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Bhagavad Gita in French Language
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This translation in French is from the English Gita of the IGS
by
Philippe De Coster, DD, president
GITA SOCIETY OF BELGIUM
Parklaan, 81
B9000, GENT
BELGIUM
E-mail contact: fb060913@skynet.be
La Bhagavad Gîtâ en Français
traduit par Philippe L. De
Coster D.D.
suivant le Sanscrit et
l'œuvre
de
Ramananda Prasad, Ph.D.
INTRODUCTION À LA BHAGAVAD GÎTÂ
Message à l’Humanité :
Aujourd’hui, après deux guerres mondiales, l’histoire semble répéter ses
leçons à l’humanité d’une voix plus forte que jamais parce que la turbulence et
la souffrance sont généralement inhérentes à l’histoire politique, affectent
directement ou indirectement des sections toujours plus grandes de l’humanité.
Et, pourtant, il ne semble pas que ces leçons aient été mieux apprises qu’avant.
Pour un esprit réfléchi, plus poignante et plus navrante que les nombreux
exemples individuels de souffrance que fournit l’histoire récente un peu partout
dans le monde, est l’étrange et tragique monotonie de conduite qui pousse
l’humanité à un nouvel accès de folie qu’on appelle la guerre. Le même vieux
mécanisme est de nouveau en marche, l’interaction de la convoitise et de la
crainte. A ce monde malade et vraiment insensé qu’est la nôtre, vient un
enseignement ancien de vérité et de sagesse éternelle, de conduite infaillible,
qu’est la Doctrine de la Bhagavad Gîtâ, résumé des livres Sacrés de
l’Hindouisme. Elle vient avec la question ardente, pleine de bienveillance, mais
calme et discrète, de savoir si, cette fois, l’humanité sera prête à saisir la
main secourable que le Seigneur Krishna et Arjuna ont tendu à l’humanité
souffrante à travers l’Enseignement éternel, en particulier de la Gîtâ. Ou
bien le monde attendra-t-il encore jusqu’à ce qu’il ait réussi à conjurer une
épreuve encore plus macabre que la dernière guerre mondiale et d’aujourd’hui
dans bien de pays dans le monde qui peuvent se terminer par le déclin final de
l’humanité, tant matériel que spirituel ? Le message du Seigneur Krishna vient
au monde comme un moyen d’aide efficace aux afflictions et problèmes actuels et
comme un remède radical contre le mal. Le dialogue du Seigneur Krishna et son
charretier Arjuna, vieux de 3000 ans, cette vraie sagesse est toujours jeune et
toujours à la portée de l’esprit ouvert qui atteint péniblement ses hauteurs en
Occident, mais qui a une époque de déclin religieux a quand-même chance d’être
écouté.
Principaux commentaires :
La Bhagavad Gîtâ, « Le Chant du Seigneur », occupe une place unique parmi
les Saintes Écritures de l’Inde, et en est le résumé. La Gîtâ affirme l’unité de
la vie et sert parfaitement de guide pour l’homme d’aujourd’hui de part les
quatre coins du monde, de toute race et culture, grâce à son approche
pragmatique de la vie qui en fait un véritable guide. La Gîtâ ne nous cache
rien, car elle met l’homme devant les faits de la vie en tant que champs de
bataille, car rien ne s’accomplit sans efforts. Dans la lutte de la vie, le
petit livre de 700 versets invite l’homme à découvrir l’action juste au cœur
même de l’existence. La vie elle-même est une alternance de trois étapes, la
création, la préservation, et la destruction, qui sont indissociable de
l’activité incessante de l’éternel recommencement de la Nature comme le
déroulement des quatre saisons. La Gîtâ est une porte ouverte vers la vie
intérieure et à la fois extérieure, nous aidant à nous maintenir dans cette vie,
croître et nous renforcer, prendre conscience, en nous apprenant à fonctionner
suivant l’attitude juste, inspirée par l’amour grâce à la perception de
l’Existence éternelle, le Suprême Absolu.
Le Seigneur Krishna délivre son enseignement à Son ami Arjuna, qui
représente dans la Gîtâ l’homme de hier, aujourd’hui et demain, celui qui à
travers les âges ne change pas mais qui doit changer en se formant, car il porte
en lui la faculté de se brancher bien au-delà du visible et du tangible. Arjuna
a un problème précis à régler au début de la Gîtâ, et le Seigneur Krishna se
contente à l’aider, à nous aider aujourd’hui à le résoudre nous aussi.
La vie est un mystère insondable, mais la Gîtâ nous fait découvrir les
grandes valeurs de la vie. Les manifestations de la vie sont actuellement
déroutantes, non seulement par leur infinie multiplicité, mais aussi par des
contradictions, des oppositions, des conflits qui laissent supposer une anarchie
complète. Des théories patiemment élaborées, des lois savamment établies
s’effondrent brusquement par une nouvelle constatation qui bouleverse les
observations précédentes. Et, pourtant, la vie obéit aux lois cosmiques, comme
tout ce qui existe. La vie est la Loi elle-même, et ses principes sont simples.
Mais on ne peut en découvrir le mécanisme, dans l’infinité des rouages, des
pièces de ressorts, de leviers, des canalisations électriques et humorales qui
s’enchevêtrent, des multiples inter réactions chimiques, biochimiques et
électrochimiques, de l’action des radiations cosmiques, lumineuse, telluriques,
électo-magnétiques de toutes sortes de toutes puissances, de toutes provenances,
qui s’enchevêtrent et se conjuguent ou se contrarient et se bousculent dans un
véritable carrousel, en un chaos où il est impossible de se reconnaître.
Mettez-vous sur le plan spirituel de la Gîtâ et alors tout s’éclairera. Axez vos
recherches sur la vie spirituelles de la Bhagavad Gîtâ et vous trouverez la
solution que vous cherchez vainement dans l’attachement aux fruits de votre
labeur. L’enseignement de la Gîtâ est clair : l’action dans la société ne peut
pas être évitée, et le monde des objets (samsara) ne peut pas être nié. Bien au
contraire, nous devons l’utiliser intelligemment, en mettant tous nos efforts
dans le détachement (l’action désintéressée), car il nous donne un moyen
d’éliminer les tendances égoïstes qui voilent le Soi.
En ces « Temps Nouveaux » aujourd’hui, pendant que les anciennes valeurs
de nos parents disparaissent, la Gîtâ nous invite à méditer sur la Vérité Une.
C’est par la méditation, ce que nous verrons plus loin, que l’homme en tant que
personnalité, est touché par la vibration du Moi Spirituel (l’Âme), cherche à
l’atteindre en éliminant le moi égoïste de manière de s’élever au-delà de
l’attachement matériel. C’est par la méditation ou l’extension du concret à
l’abstrait, que la conscience Causale est pénétrée, et l’homme durant cette
période finale, devient le Moi Spirituel et non plus la personnalité.
La Bhagavad Gîtâ est postérieure au grand mouvement incarné par les
Upanisads primitives, et antérieure à la période de développement des systèmes
philosophiques et de leur rédaction en sutras. Ses constructions archaïques et
d’autres références internes nous induisent à penser que le merveilleux petit
livre est une œuvre de l’ère préchrétienne, dont la date pourrait être fixée 5
siècles avant Jésus Christ, malgré que le texte ait pu subir des altérations par
la suite (Indian Philosophy, Vol. I, pages 522-25). La Bhagavad Gîtâ tend à
inculquer deux choses à l’individu : d’abord, l’oubli de soi, puis l’action. Ce
que nous croyons que Dieu nous inspire de faire demande cependant à être
contrôlé, et c’est ici qu’intervient la nécessité de recourir aux avis et aux
conseils de la Gîtâ, le meilleur gourou ou Père spirituel. C’est au niveau de la
Gîtâ que le yogi (le dévot ou méditant) soumettra sa règle de vie personnelle.
La Gîtâ en mains, le souci dominant devra être, répétons-le, de suivre de prés
la volonté du Suprême Absolu. Le renoncement qui nous est demandé n’a pas
d’autre sens. C’est un renoncement à l’orgueil, à l’obstination dans les idées
purement personnelles et fausses, au caprice, à l’impressionnabilité, en vue de
marcher sans entrave dans la voie des yogis ou dévots et de parvenir à cet amour
dont les intuitions et les désirs ne feront plus qu’un avec la sagesse et
l’amour du Seigneur Krishna. De l’étude de la Gîtâ et de son application à la
vie naîtra la croyance qu’il y a un seul Esprit et non plusieurs ; que nous ne
pouvons pas vivre pour nous seuls, mais que nous devons arriver à réaliser qu’il
n’y a pas de séparativité et qu’on ne peut se soustraire au karma collectif de
la race à laquelle on appartient et, finalement, que nous devons penser et
agir conformément à cette croyance. Tout cela, seul le Suprême Absolu, Dieu,
peut réaliser en nous, dans la lumière de sa sagesse et la force de sa grâce. Le
yogi (le dévot) est celui ou celle qui attend tout du Suprême Absolu en se
mettant sous l’abri de l’enseignement de la Gîtâ. Il ou elle ne va dans la
solitude que pour se placer plus directement dans le rayonnement du foyer divin
par un mode de vie, et la méditation d’après la Gîtâ. L’homme d’aujourd’hui
proclame sa volonté d’unir tous les hommes par une seule Écriture, un seul
Suprême Absolu, une seule philosophie et un devoir unique. La Bhagavad Gîtâ
apporte tout cela.
L’histoire du Mahâbhârata :
La Srîmad Bhagavad Gîtâ, ou « le Chant Divin du Seigneur », est une partie
du Mahâbhârata, l’une des grandes épopées de l’Inde. De par le trésor de sagesse
qu’il contient, le Mahâbhârata est appelé « le cinquième Veda ». La rédaction de
la Gîtâ est attribuée à Vyasa, le compilateur légendaire du Mahâbhârata. A cette
époque donc, prospérait au Nord de l’Inde un royaume, Bhârata, qui était régné
par Pându, le plus jeune de deux frères. L’aîné en effet, Dhrtarâstra, ne
pouvait monter sur le trône, car il était aveugle depuis sa naissance.
Le roi Pându était marié à deux épouses, Kuntî et Madrî. La première eut
trois fils : Yudhisthira, Bhîma et Arjuna. La seconde femme eut deux autres
fils, Nakula et Sahadeva, des jumeaux. Dhrtarâstra, par contre avait épousé
Gândhâri, qui par respect pour son mari aveugle, s’était volontairement bander
les yeux, et ainsi elle partageait son sort.
Un jour le roi Pându tua tout accidentellement un brahmane, et pour expier cette faute, il décida e se retirer
dans la forêt et d’y accomplir une vie d’ascèse. Ses fils
furent confiés aux soins de Bhîsma, l’oncle de Pându et de Dhrtarâstra. Ce
dernier plus tard devint roi à la mort de Pându. Le maître d’armes des fils de
Pându (les Pândavas) et de ceux de Dhrtarâstra (les Kauravas) était le brahmane
Drona. Les fils de Pându et de Dhrtarâstra grandirent et furent élevés
ensemble ; cependant, l’aîné des Pândavas, Yudhisthira, étant accepté par
tous, fut considéré l’héritier légitime au trône.
Au fil de l’histoire, les Pândavas et les Kauravas développèrent leurs
compétences respectives. Yudhisthira était l’incarnation même de la vérité, de
la vertu, de l’honnêteté. Bhîma était d’une force
surhumaine et toujours prêt à se battre. Arjuna, ami, disciple et dévot du
Seigneur Krishna, incarnait l’idéal de l’héroïsme et de l’esprit chevaleresque.
Tous les frères des Pândavas se distinguaient par la noblesse de leur caractère,
et ils firent preuve par la suite de courage et de tolérance quand vinrent les
épreuves. Les frères Kauravas par contre, au nombre de cent, étaient tout le
contraire. L’aîné, Duryodhana était méchant, cruel et d’un esprit tortueux. Il
savait absolument et depuis très longtemps que son rival pour le
trône était Yudhisthira, de là sa jalousie grandissante.
Le jour arriva où Yudhisthira fut couronné comme prince héritier, ce qui
provoqua la joie par tout le royaume, grâce à sa droiture et bonté. Duryodhana,
jaloux, monta un complot pour faire périr les cinq Pândavas. Le plan fut
favorisé par le roi régnant Dhrtarâstra, qui attaché à son fils ne pouvait
résister, échoua. Les frères Pândavas n’osèrent pas retourner rapidement à la
cour, par crainte des persécutions. Ils habitaient la forêt pendant un certain
temps, et c’est lors de ce séjour qu’Arjuna obtint la main de la princesse
Draupadî, grâce à sa manipulation extraordinaire de l’arc. Tous retournèrent
ensuite à la cour de Dhrtarâstra en exigeant que justice leur soit faite. Ils
demandèrent que la moitié du royaume leur soit donnée, et Dhrtarâstra accepta,
cependant sous l’impulsion de Bhîsma. Les Pândavas élevèrent leur nouvelle
capitale Indraprastha (près de la Delhi actuelle). Le royaume de Yudhisthira,
bien gouverné, devint rapidement prospère. Le Seigneur Krishna était l’ami des
Pândavas, et il conseillait Yudhisthira dans son administration. Arjuna avait
aussi épousé Subhadrâ, la sœur de Krishna, et c’est ainsi que les deux amis
devinrent très proches.
Duryodhana ne pouvait supporter de voir la prospérité de ses ennemis, et
son envie ne connut plus de bornes lorsqu’il fut invité au couronnement du roi
Yudhisthira. La gloire du roi Yudhisthira, et la splendeur de sa capitale
Indraprastha, lui devenaient intolérables et il jura de causer la perte
des Pândavas. Dans ses plans obscures, il fut aidé par son oncle Sakuni : ce
dernier jouait aux dés, érudit dans l’art de tricher et de gagner bien attendu.
Duryodhana invita Yudhisthira à une partie de dés. Yudhisthira s’y rendit,
attiré par l’amour du jeu. Sakuni jouait pour Duryodhana, et inévitablement
gagna. Dans sa faiblesse, Yudhisthira peu à peu mit en jeu tout ce qu’il
possédait, y compris son royaume, ses frères, et même son épouse! C’était le
triomphe de Duryodhana grâce à Sakuni, tout en insultant les Pândavas devant
toute la cours horrifiée. Finalement, Dhrtarâstra accorda la pleine liberté aux
Pândavas, et tous s’en retournèrent.
Duryodhana en fureur, ne pouvant pas tolérer ce retournement de situation,
persuada son père d’inviter les Pândavas à une nouvelle partie de jeu de dès. Le
perdant devrait cette fois partir dans la forêt, et vivre une vie d’austérité
pendant douze ans, et rester inconnu la treizième année, au risque sinon de
devoir encore mener cette vie pendant douze autres années. Yudhisthira accepta
la partie de dés et l’enjeu, et de nouveau perdit !
Les frères Pândavas vécurent douze ans dans la forêt, pratiquant des
austérités, rencontrant des sages, en écoutant leur enseignement. Puis ils passèrent la treizième année de leur exil au
royaume dur roi Virâta, sous des déguisements divers : Draupadi en servante de
la reine, et Arjuna en eunuque maître de danse, Yudhisthira en courtisan du roi,
le distrayant par son habileté aux dés, et Bhîma en cuisinier. Cela leur réussit
de ne pas être découverts pendant cette dernière phase et treizième année de
leur exil, et cela malgré les recherches acharnées de Duryodhana, les Pândavas
revinrent à la cour de Dhrtarâstra réclamant leur royaume. Duryodhana refusa
encore de leur donner le moindre morceau de territoire. Il fit des alliances
avec d’autres rois puissants en vue d’une guerre éventuelle. Le Seigneur Krishna
fit des tentatives de réconciliation, mais Duryodhana ne céda point et son père
n’eut pas le courage ni l’intelligence de l’arrêter dans cette folie. La guerre
fut ainsi inévitable.
Le Seigneur Krishna joua un rôle majeur dans ce conflit de longue haleine,
bien qu’Il prit le parti de ne pas combattre. Sollicité à la fois par les
Pândavas, il donna à Duryodhana son armée, et à la demande d’Arjuna, il accepta
de conduire son char pendant la bataille. Les armées se trouvèrent le jour dit
sur le champ de bataille du Kurukşetra, et Arjuna demanda alors au Seigneur
Krishna de mener son char au milieu des deux armées, afin qu’il puisse
évaluer les forces présents. Quant-il fit l’armée adversaire, puissante et
remplie d’amis et de parentés, Arjuna fut saisi de malheur et son seul et unique
recours fut de se tourner vers son ami Krishna, et c’est ce que constitue en
forme de dialogue, la « Bhagavad Gîtâ ». La grande guerre du Mahâbhârata fut
effroyable, et les Kauravas furent complètement anéantis. Yudhisthira, pendant
trente-six ans, régna avec justice sur le royaume réunifié et prospère.
L’effort de l’homme a sa place dans l’abandon total au Suprême Absolu ;
abandon qui ne sait être dénué n’intention ni d’effort. La doctrine de la Grâce
Divine ne doit pas s’interpréter comme une élection spéciale ; car, une telle
conception contredirait la tendance générale de la Gîtâ à affirmer que le
Suprême Absolu est « identique pour tous les êtres ». Donc, ne cherchez le
Suprême Absolu, ni dans un lieu, ni dans l’espace. Fermez les yeux de votre
corps, en chaînez votre imagination, et descendez en vous-même par la
méditation, louange et prière : vous êtes ainsi en communion avec le Suprême
Absolu. L’homme est contemplatif par destination et par structure, et d’une
connaissance innée qui participe à celle du Suprême Absolu Lui-même, par l’œil
de la foi le voyant face à face dans la ferveur d’une création parfaite visible
et invisible, l’amour béatifique. Le connaître, c’est l’objet suprême de notre
intelligence faite pour la Vérité Une, et L’aimer, c’est le tout de notre
volonté avide du bien.
N’est-il pas étrange que le yogi construit pour s’épanouir dans la
concentration, la méditation et la contemplation qui le dilate à la mesure du
Suprême Absolu, et préfère l’action détachée qui le ramasse sur lui-même dans la
volonté de vaincre et d’arriver au Salut, le Nirvana où il n’y a plus de retour
dans le monde physique. Essayons de percevoir dans la Bhagavad Gîtâ quelque
chose de ces échanges de Vérité Une, d’amour et de pratiques spirituelles dans
le dialogue entre le Seigneur Krishna et Arjuna. Aucune joie humaine ne peut se
comparer à cette félicité divine. Le yogi comprend qu’elle n’est pas un bien
étranger à lui-même, moins encore une thèse à déchiffrer dans la littérature ou
un spectacle lointain dont l’inaccessible splendeur rendrait sa vie érémitique
ou la vie tout court dans le monde plus maussade.
La Méditation dans la Gîtâ :
Le yoga sous les formes proposées dans la Gîtâ ne peut être considéré
uniquement comme un acte précis, d’une durée plus ou moins courte, mais
présuppose la vie entière, dans les enceintes de l’ermitage ou ashram, ou
en-dehors dans la vie familiale et de la société, tous se consacrant à
l’exercice spirituel pour finalement atteindre le Nirvana (la libération des
cycles incessants de transmigration). En effet, celui qui entreprend cette voie,
est saisi d’un intense désir de libération. Il s’y prépare par une vie intègre
et d’austérité, pour certains même ascétique, baignée dans la ferveur et la
générosité de l’esprit, suivant les grands principes moraux (yama) propres aux
ascètes et les observances (niyama) diverses décrétées par le ‘dharma’ de
chacun. « L’homme sage doit toujours observer le yama, mais non le niyama,
car celui qui n’obéit pas au premier, alors qu’il observe le second, devient un
proscrit. » (Manusmrti 4.204)
Les yama et les niyama sont :
(1)
La non-violence
(2)
La vérité envers tous
les êtres
(3)
L’abstention de vol
(4)
Le célibat ou la
maîtrise des sens
(5)
L’abstention d’avarice
(6)
La purification
interne et externe
(7)
Le contentement
(8)
L’austérité ou la
renonciation
(9)
L’étude des Saintes
Écritures
(10)La dévotion totale
à Dieu
(Yoga Sutra 2.30-32)
C’est par la méditation ou par le retrait que l’homme apprend la
signification de l’esprit, la Force Vitale, qui s’applique finalement à tous le
corps, et au-delà, jusqu’à rien ne reste sauf le Suprême Esprit Lui-même. C’est
par la méditation ou l’extension du concret à l’abstrait que la conscience
Causale est pénétrée, et l’homme devient finalement le Moi supérieur et non plus
la personnalité. C’est par la technique de la méditation que l’homme en tant que
personnalité est touché par la vibration de l’Ego, en cherchant à l’atteindre et
à amener la conscience égoïque de plus en plus bas, de manière à inclure
consciemment le moi inférieur au supérieur.
Comme on a déjà pu comprendre, l’étude de la Bhagavad Gîtâ n’est plus
seulement pour nous une occasion d’accroître nos connaissances livresques, mais
on y trouve également un manuel pratique de dévotion et de spiritualité qui,
avec des faciles transpositions de termes, est utilisable dans le cadre de la
plupart des religions, y compris le Christianisme. La méditation dans la Gîtâ
est pour tous et chacun individuellement, en dehors ou à l’intérieur de
l’érémitisme ou le cénobitisme, car les pratiques
spirituelles et morales sont de toute façon assimilées aux austérités. Dans le
chapitre 17, 14-19, ces austérités sont divisées en trois catégories :
corporelles, verbales et mentales. Les austérités corporelles consistent à
révérer les Dieux, les Brahmanes, les gourous et les sages par la pureté,
l’intégrité, la chasteté et le refus de faire le mal. Les austérités verbales
consistent à s’exprimer en paroles de bonté et de vérité et à pratiquer en
permanence la récitation sacrée. Les austérités mentales consistent en sérénité
de l’esprit, bienveillance, silence et maîtrise de soi. Par contre, les sévères
austérités physiques sont condamnées.
Voici donc le dit passage traduit directement en français de la version du
Dr. Ramananda Prasad :
« Le culte des régnants célestes (Deva’s), le prêtre, le
gourou, et les sages ; la pureté, la droiture, le célibat, et la non-violence,
sont considérés comme l’austérité des actes. (17.14)
La parole non offensive, qui est véridique, agréable,
bénéfique, et qui s’apprête à l’étude régulière des écritures est appelée
l’austérité de la parole. (17.15)
La sérénité du mental, la douceur, l’équanimité, le contrôle du
soi, et la pureté des pensées, est appelée l’austérité de la pensée. (17.16)
Cette triple austérité mentionnée ci-dessus (de la pensée, la
parole, et les actes) pratiquée par des yogis persévérants, avec une foi
inébranlable, sans désir d’en récolter les fruits, est dit d’appartenir au
tempérament bonté. (17.17)
L’austérité pratiquée pour obtenir le respect, l’honneur, la
révérence, et pour la cause de gloire extérieure qui s’appuie sur l’instabilité
et l’éphémère est dit d’appartenir au tempérament passion. (17.18)
L’austérité pratiquée avec une obstination stupide, ou en se
torturant, ou pour causer du tort aux autres, et dite d’appartenir au
tempérament ignorance. (17.19) »
La technique de la méditation démontrée dans la Gîtâ est appelée
« dhyâna », méditation prolongée, la septième étape du yoga, évoluant
progressivement dans ce cadre, intègre petit à petit d’autres pratiques
yoguiques. La méditation « dhyâna » est une des pratiques religieuses
fondamentales et fréquentes dans l’hindouisme d’aujourd’hui, et par le monde.
Les plus avancés dans la vie spirituelles la pratiquent plusieurs heures
chaque jour, tandis que ceux qui sont engagés dans l’activité du monde trouvent
tout de même le temps, si ce n’est qu’un moment bref, de se recueillir devant
l’image sacré du Seigneur Krishna ou autre, même un symbole sacré et de méditer
sur lui, y concentrant tout leur esprit et leur mental. Chaque acte important de
la vie hindoue, chrétienne ou autre devrait commencer par un moment de
méditation, une prière ou un chant méditatif.
Au fait, la pratique de la méditation est triple :
(1)
Elle relie et aligne
la personnalité du yogi ou dévot au Soi supérieur ou l’Ego.
(2)
Elle unit le yogi ou
dévot avec le créer visible et l’invisible, le microcosme dans le macrocosme.
(3)
Elle maintient le yogi
ou dévot en communion avec le Suprême Absolu.
Dans la Bhagavad Gîtâ, le chapitre 6, les versets 10 à 17 donne la méthode
de méditation, qu’on connaît déjà de nom, et que l’on nomme «Dhyâna yoga » (yoga
de la méditation). Le succès dans la méditation est directement proportionnel à
la tranquillité intérieure et donc à la maîtrise de soi dont le yogi ou dévot
fait preuve dans la vie quotidienne. Il n’atteint cet équilibre qu’après avoir
délaissé la fièvre de posséder et l’envie d’acquérir. Nous devons nous libérer
de cette préoccupation constante qui nous conduit à planifier sans cesse de
nouveaux moyens pour accroître nos possessions.
Comme on l’entend dans la Gîtâ, le détachement (ou, l’attachement dans le
détachement), c’est le bienfait de la solitude du yogi, tels que le silence et
l’abandon, comme nous allons voir plus tard. C’est la virginité du cœur, le
dépouillement de l’attachement, même des faveurs du Suprême Absolu en ce
qu’elles ont de savoureux. La douceur, c’est l’inaltérable patience au dedans et
au dehors, l’amour paisible des volontés contrariantes du Suprême Absolu et de
ses instruments, hommes et choses. La justice, c’est le désir lancinant du
Suprême Absolu, qu’il attise lui-même et qui opère d’admirables fruits de
sainteté. La miséricorde, c’est l’intuition perspicace et affectueuse de
l’indigence humaine, jusqu’au besoin d’y porter secours ; la tendre compassion
pour la faiblesse des autres. C’est l’indulgence qui comprend, pardonne tout et
relève avec des paroles et de gestes de bonté. La pureté, c’est l’aversion pour
le mal et la laideur, la crainte d’offenser le Suprême Absolu et sa Création
visible et invisible, le courageux effort de s’éloigner du péché, et la
vigilance héroïque pour en éviter de nouvelles, la passion pour le Suprême
Absolu primant toute intention, prière instante de purification. La paix, c’est
au dedans de soi et au dehors la tranquillité de l’ordre dans le respect de la
hiérarchie des valeurs.
Le yogi, le dévot, celui ou celle qui s’est lancé dans la pratique de la
méditation, a une manière privilégiée de le faire, qui relève de son état
religieux, se vouant ainsi au culte du Suprême Absolu, Dieu. Tous les exercices
spirituels, ressortissants d’une vie de méditation sont « Adoration et
Louange ». L’adoration authentique est difficile à l’homme dont elle devrait
être la respiration. Il lui manque sans doute le sens profond de la
transcendante Majesté du Suprême Absolu et de lui-même. Dans la méditation, les
divines perfections sont contemplées, l’idée d’Incarnation Divine étant acceptée
dans l’hindouisme autant que dans le christianisme car, en fait, chacun est en
quelque sorte une incarnation divine, puisque la Vérité Suprême imprègne chaque
créature et s’exprime envers elle. Plus l’esprit est pur, plus le rayonnement de
cette Essence divine resplendit.
Il est maintenant raisonnable de faire parler le Seigneur Krishna dans ses
indications concernant la pratique de la méditation. Les versets, chapitre 6.
10-17 sont une traduction minutieuse de la version anglaise du Sanskrit
par Dr. Ramananda Prasad :
Un yogi, assis dans la solitude et seul, doit constamment
s’efforcer de contempler le Suprême Être après avoir mis son mental et les sens
sous contrôle, libéré du désir et de droit de propriété. (6.10)
Il ou elle devrait s’asseoir dans un endroit propre, sur un
siège stable qui est ni trop haut ou trop bas, couvert d’herbe sacré Kuśa, d’une peau de daim, et d’une étoffe superposées. Là,
assis (dans une position confortable), concentrant son mental sur Dieu, et
maîtrisant ses pensées et les activités des sens, mettra en pratique la méditation pour sa propre purification.
(6.11-12)
La personne doit s’asseoir, la taille, la colonne vertébrale,
la poitrine, le cou et la tête droites, immobiles et d’aplomb ; le regard et le
mental fermement fixés sur l’extrémité du nez, sans regarder autour de soi ;
serein et sans crainte, mettant en pratique le célibat ; le mentale sous
contrôle, pensant à
Moi, et M’atteignant comme le dessein suprême. (6.13-14)
Ainsi, exerçant toujours le mental fixé sur Moi, le yogi dont
le mental est soumis atteint la paix de Brahma-nirvana et vient à Moi. (6.15)
Ce yoga n’est pas possible, O Arjuna, pour celui qui mange trop
ou qui ne mange pas du tout ; pour celui qui dort trop ou qui se tient éveillé.
(6.16)
Mais, pour la personne qui est modéré dans sa nourriture, son
délassement, ses travaux, son sommeil et l’éveil, le yoga de méditation détruit
toute souffrance. (6.17)
La méditation (dhyâna) est une assimilation à l’objet : celui qui médite
perd sa propre conscience de soi pour ne devenir conscient que de l’objet sur
lequel il médite.
(a)
Sur la
forme cosmique du Suprême Absolu : La méditation sur la forme cosmique et la
forme personnelle du Suprême Absolu sont les deux manifestations importantes de
la forme au cœur même du Suprême Absolu. Des deux, on considère que la seconde
est plus pratique que la première, car elle est le Suprême Absolu dans sa forme
la plus compréhensible pour la plupart des humains. La forme de purusa est la manifestation cosmique originale du Suprême
Absolu ; tandis que sa forme personnelle est sa
manifestation dans ses avatars. La méditation sur
la forme cosmique de Dieu, le Suprême Absolu, est essentiellement une
contemplation de toutes les choses créées, un regard porté sur elles de façon à
voir leur signification profonde en relation avec le Suprême Absolu. C’est au
fait un retour à la forme originelle de la création. Les objets considérés comme
êtres séparés et indépendants sans référence au Suprême Absolu perdent toute
signification, deviennent un vain rêve, un monde du maya, qui distrait et trompe
en enfonçant l’homme dans son ignorance. Le dhyâna est donc la méthode par
excellence pour vaincre l’ignorance en parvenant au point central, base de toute
la création, dans lequel toute chose est unifiée, toutes les choses s’articulent
comme les différents membres d’un même corps.
(b)
Sur la
forme personnelle du Suprême Absolu : De même que la méditation sur la forme
cosmique du Suprême Absolu est considérée comme plus difficile que sur la forme
personnelle, la méditation dont elle fait l’objet est censée d’être ainsi d’un
niveau presque exceptionnel à celle sur la forme du Suprême Absolu, comme nous allons lire plus bas dans la Gîtâ. On
pourrait dire que la méditation sur la forme personnelle de Dieu n’est qu’une
préparation à celle sur la forme cosmique, ou la transition progressive de
formes plus simples à des formes plus parfaites. On discerne un
approfondissement aussi bien dans les objets de la méditation que dans ses
formes mêmes, chacune réclamant au yogi ou dévot davantage de
concentration pour finalement atteindre l’union (Samadhi) avec l’objet
contemplé.
Si vous êtes vraiment détaché de tout et constamment orienté vers le
Suprême Absolu même par le désir, vous n’aurez pas besoin de paroles. Le
Seigneur Krishna interprète cette tension amoureuse dans la Gîtâ, qui traduit
jusque dans votre chair l’élan de votre être assoiffé. Les divines perfections
que le yogi ou dévot contemple ne lui arrachent qu’un mot où passe toute
l’extase de son âme parce qu’elles lui apparaissent éblouissantes dans l’unité
et l’infinité du Suprême Absolu, le mot sacré « AUM », que nous allons voir plus
loin. Tout d’abord, en ce qui concerne la méditation sur la forme cosmique et
sur la forme personnelle, la Gîtâ dit au chapitre 12 :
Arjuna dit : De ces très fermes dévots qui T’adorent (comme
Krsna, Ton aspect personnel), et de ceux qui adorent Ton aspect impersonnel,
l’Être Éternel (Brahma) ; lesquels ont la meilleure connaissance du yoga ?
(12.01)
Le Seigneur Suprême dit : Les très fermes dévots (Bhaktas) qui
adorent avec une foi suprême en fixant leur mental sur Moi comme Dieu personnel,
je les considère comme étant les meilleurs yogis. (12.02)
La réalisation du Soi est plus difficile pour ceux qui fixent
leur mental sur l’Être Éternel (Brahma) impersonnel et non manifesté ; car, le
non manifesté est très difficile à saisir pour les êtres incarnés. (12.05)
C’est pourquoi, fixe ton mental sur Moi, et laisse ton
intellect demeurer uniquement sur Moi (par la méditation et la contemplation).
Ainsi, tu M’atteindras certainement. (12.08)
La méditation peut être considérée comme une sorte de participation à la
vie du Suprême Absolu dans sa forme cosmique ; ou, dans les pas de la Gîtâ, le
Seigneur Suprême Krishna, en tant qu’aspect personnel du Suprême Être. Dans la
méditation, le yogi ou dévot se découvre lui-même dans la vie transcendantale
du Seigneur Suprême Krishna.
Méditation -I
Une simple technique de méditation est exposée ici :
(1)
Lavez votre visage,
yeux, mains, et pieds ; et asseyez-vous dans un lieu
propre, silencieux, et sombre, empruntant n’importe
quelle position confortable, avec la tête, le cou, et la colonne vertébrale
droite et verticale. La musique ni l’encens sont recommandables pendant la
méditation. L’heure et le lieu pour la méditation devraient être fixés au
préalable. Observez les yama et les niyama (voir page 6), comme étant les
bons principes de vie, autant en pensées, paroles, et actions. Quelques
exercices yogiques sont nécessaires. Minuit, matin et soir sont les meilleurs
moments pour méditer 15 à 25 minutes chaque jour.
(2)
Souvenez-vous du nom
ou de la forme du dieu personnel (Isht Dev) en qui vous croyez, tout en
implorant Son ou Sa bénédiction.
(3)
Fermez vos yeux, et faites cinq à dix respirations lentes et
profondes.
(4)
Fixez votre regard,
l’intellect, et émotions au-dedans le centre du thorax, le siège du cœur causal,
et respirez lentement. Chantez mentalement « So » lorsque vous aspirez, et
« Hum » lorsque vous expirez. Pense que c’est la respiration elle-même qui
retentit les sons « So et Hum » (Je suis Cet Esprit). Visualisez mentalement et
poursuivez la voie respiratoire par les narines, jusqu’au centre situé entre les
sourcils, en descendant jusqu’au centre de la poitrine, ou les poumons.
N’essayez pas de contrôler ou de conduire votre respiration, mais suivez le
cours naturel de votre respiration.
(5)
Dirigez votre volonté
tout en pensant que vous vous émergez dans l’infinie espace d’air que vous
respirez. Si la pensée s’écarte du rythme respiratoire entamé, recommencez à
partir de l’étape (3). Soyez régulier, et persistez sans remettre au lendemain.
Informez-nous de vos problèmes avec
cette technique.
Quelques activités profitables lors de la méditation.
Lors de la pratique de la méditation, le mental doit être possédé par les
activités suivantes :
(1)
La première est celle
de l’intention, du désir, ou la ferme résolution. C’est un désir suprême, ou une
préférence pour le contrôle dans une certaine direction, telle que la
méditation. Pour que l’on puisse atteindre le but de la méditation, il faut
souhaiter et être résolu à éviter toutes les pensées erronées et mondaines, tous
les états d’esprit qui sont des empêchements à la méditation, tout ce qui rend
l’attention confuse ou vacillante. Il faut que le but visé soit la tranquillité,
la connaissance transcendantale et la sagesse deviennent le désir ultime et le
but de l’esprit.
(2)
La seconde activité
nécessaire est d’avoir de la sincérité et du zèle. Cela veut dire que l’on
observera les préceptes yama et les niyama avec une sincérité persévérante.
(3)
La troisième des
activités nécessaire est celle de l’attention vigilante et de la réminiscence.
Cela veut dire que l’on doit toujours avoir présente à l’esprit la nature vide
et décevante du monde présent avec toutes ses tromperies et ses souffrances et
qu’il faut toujours chérir la Vérité Une et de la valeur de l’Illumination
résultant de la pratique de la méditation.
(4)
La quatrième activité
nécessaire du mental est l’acuité de la vision profonde. Il faut réfléchir en
comparant les plaisirs du monde avec ceux que nous procurent la pratique de la
méditation. Les attractions fascinantes terrestres arrivent souvent à cacher la
souffrance et l’irréalité. La vision pénétrante éveillera la conviction que la
pratique de la méditation fait gagner.
(5)
La cinquième activité
du mental est la clarté et la concentration sur une idée unique, par exemple
celle de la forme cosmique ou personnel du Suprême Absolu, Dieu. Cela veut dire
que l’on doit clairement comprendre la véritable nature du monde qui produit la
douleur ce qui est abominable ; et, en même temps il faut reconnaître que la
tranquillité et l’intelligence du mental produites par la méditation sont très
précieuses et honorables.
OM (AUM) – GAYATRI – OM TAT SAT:
Les mantras, sont des saints proverbes, mots, hymnes des Védas, ou prières
issues des textes sacrés. Au sens exotérique un mantra est la partie la plus
ancienne des Védas, la seconde partie de ce qui est composé par les Brahmanes.
Le mot mantra signifie, la faculté, ou pouvoir psychique qui conduit à la
perception ou à la pensée. Un mantra peut aussi être une vibration sonore
spirituelle, qui a pour effet de libérer l’être en purifiant le mental de ses
souillures et tendances matérielles. Ainsi, en langage métaphysique, c’est la
parole fait chair, ou ‘Grâce’ objectif de la Divinité. C’est également un
arrangement de mots ou de syllabes, disposés de telle sorte, qu’à leur énoncé
rythmiques des vibrations sont conçu. Par exemple, OM (AUM) est une vibration
sonore spirituelle qui représente la forme impersonnelle de la Vérité Une.
OM (AUM) est une syllabe mystique représentant
l’univers entier dans sa forme manifestée (le monde des noms et des formes) et
non manifesté (le Principe Suprême invisible, substratum cosmique). La syllabe
‘OM’ (AUM), est le plus grand « mantra » de tous les Vedas. La syllabe ‘OM’ est
constituée de trois sons : ‘A’, ‘U’, ‘M’, chacun représentant respectivement
l’état de veille, le rêve et le sommeil profond. Le prolongement du son ‘M’
représente le quatrième état de conscience « turîya » (l’état transcendant), et
le silence entre chaque ‘OM’ est l’Infini. Le ‘OM’ est le mot de gloire, du Moi
spirituel (l’âme) en nous, et l’espérance de la gloire par la libération finale.
Lorsque le ‘Mot’ est correctement prononcé, il s’ensuit un rayonnement
resplendissant de la Divinité, car le son fait également entrer en manifestation
l’âme incarnée (macrocosmique ou microcosmique), étant le saint mot par lequel
la lumière radieuse intérieure est visible sur terre. OM (AUM) est le Mot
libérateur de la conscience; correctement compris et utilisé, le Mot Sacré
délivre l’âme des bornes de la forme de ce monde.
Je suis Bhrgu parmi les grands Sages ; Je suis le monosyllabe
et son cosmique OM parmi les mots ; Je suis Japa-yajna parmi les disciplines
spirituelles (yajna) ; et Je suis l’Himalaya parmi les immobiles. (10.25)
Lorsqu’une personne quitte le corps physique en contrôlant tous
ses sens ; fixant le mental sur Dieu, et Prâna dans le cerveau ; engagée dans
des pratiques yoguiques ; en méditant sur Moi et en prononçant OM – le
monosyllabe et son sacré, force de l’Éternel Être (Brahma) – il atteint la
demeure Suprême. (8.12-13)
Le mot sacré ‘OM’ (AUM) est la voie la plus directe pour constituer un
canal servant à la transmission du pouvoir, autant efficace dans la méditation
individuelle que collective lors d’un Satsang par
exemple, ou autre rassemblement de caractère religieux. Parmi les vibrations
spirituelles c’est le ‘OM’ (AUM) qui représente le Suprême Absolu dans tout
l’univers visible et invisible jusque dans le plus intime de l’homme. En effet,
le divin habite au plus intime de l’être humain où l’on ne peut pas éteindre sa
lumière. Il est la clarté intérieure, le témoin caché, ce qui perdure
impérissablement de naissance en naissance, non touché par la mort, le déclin ou
la corruption. La grâce du Suprême Absolu est Sa vie même, et elle est sans
cesse déversée dans le monde de bien des manières et à des niveaux divers. C’est
donc le but de la Gîtâ de procurer aux yogis et dévots des canaux pour cette
effusion de force divine tel que le mot sacré, et de les préparer à profiter
pleinement. Apprendre à énoncer ‘OM’ (AUM) est une préparation inconsciente à
l’activité de la création spirituelle, notamment son accoutument dans le
cerveau sans qu’il soit énoncé. Pour réussir, ne faut-il pas établir une
progression graduée d’un état d’activité physique à un état de tranquillité
mentale !
Je suis Brhatsana parmi les hymnes Sâma. Je suis Gãyatrï
parmi les mantras Védiques, Je suis Novembre-Décembre parmi les mois, Je suis le
printemps parmi les saisons. (10.35)
Le Gãyatrï Mantra dont le rôle est d’ordre majeure dans
la civilisation Védique, est considéré comme la manifestation sonore Brahman.
Brahma en est l’initiateur, et c’est par une filiation spirituelle qu’il fut, à partir de Lui transmis. Le Gãyatrï est
composée de trois vers, chacun de huit syllabes. Côte à côte avec le mot sacré
‘OM’ (AUM), nul n’a été aussi glorifié que le Gãyatrï et aucun ‘mantra’ n’a eu
le privilège d’être chanté par tant de dévots, et depuis si longtemps.
Aum Bhûr Bhuvah Svah
Aum Tat Savitur varenyam bhargo devasya dhîmahi
Dhiyo yo nah prachodayât
Aum
Ce qui traduit :
Aum O Créateur de l’univers
Puissions-nous recevoir Votre Suprême Lumière qui détruit le péché
Puissiez-vous guider notre intellect dans la bonne direction.
Aum
La vie sur terre est une manifestation matérielle de la force suprême et
solaire de Gãyatrï. Ce qui signifie que le Gãyatrï mantra exerce son influence
sur divers niveaux de l’existence : physique, mental et émotionnel. C’est pour
cela, indépendamment de notre bagage culturel ou croyance scientifique,
inattentif à nos croyances religieuses, nous chantons Gãyatrï mantra, en
l’absorbant et le méditant car il possède la puissance pour ouvrir les écluses
de plus hauts capacités intellectuelles et créatives. Le Gãyatrï mantra se
chante individuellement ou en chœur 108 fois avec un rosaire qui s’y apprête.
Pour comprendre comment un mantra peu avoir une telle importance, nous devons
connaître un peu ce que l’on pourrait appeler la physique des mondes supérieurs,
et les lois qui régissent ces forces puissantes et la manière de les utiliser,
ce qui au fait la Gîtâ nous fait découvrir. Le Gãyatrï mantra est le Seigneur
Krishna Lui-même ; et en chantant ce mantra comme Arjuna son charretier, nous
lui confions la lutte, Lui tendant les armes, les reines et du gouvernement.
« OM TAT SAT » est dit d’être le triple nom de l’Éternel Être
(Brahma). Les personnes avec des qualités Brahmaniques, les Vedas, et le service
désintéressé (Seva, Yajna) ont été crées dans les temps anciens de et par
Brahma. (17.23)
Par conséquent, actes de sacrifice, de charité, et d’austérité
prescrits par les Écritures, commencent toujours par l’articulation « OM »
chez les connaisseurs du Suprême Être (Para-Brahma). (17.24)
Divers types de sacrifice, de charité, et d’austérité sont
accomplis par les chercheurs de libération (Mokşa) en
articulant « TAT » (ou, Il est le tout) sans viser à la récompense. (17.25)
Le mot « SAT » est employé dans le sens de la Réalité et de la
Bonté. Le mot « SAT » est aussi utilisé pour un acte favorable, O Arjuna.
(17.26)
La foi dans le sacrifice, la charité, et l’austérité est aussi
appelée « SAT ». Le service désintéressé pour plaire au Suprême, est appelé en
vérité « SAT ». (17.27)
OM TAT SAT. Sur chaque plan du système solaire, le
Suprême Absolu déverse Sa Lumière, Sa Force et Sa Vie ; et, c’est naturellement
sur les plans supérieurs que l’effusion de force divine peut nous être confiée
dans toute sa plénitude sur le plan mental, ce qui fait découvrir la méditation
et l’utilisation des mantras. OM TAT SAT représente la Vérité Absolue, Dieu
Lui-même, le Suprême Absolu, et reflète en trois mots l’aspect de l’unique
Réalité. « OM » représente le Soi transcendantal et pur, l’Absolu, qui est le
Substratum Infini sur lequel se maintiennent les projections du corps, du
mental, et de l’intellect. Le terme « TAT » est utilisé pour indiquer le But
Éternel, Immuable et Parfait. « TAT » désigne la source dont tout a émergé, en
laquelle tout existe et tout se dissoudra à la fin. Le mot « SAT » signifie
‘existence’ : c’est le Principe d’Existence fonctionnant à travers tout ce qui
est perçu, ressenti et pensé dans notre vie.
Donc, invoquer « OM » exprime l’Absolu transcendantal ; « TAT », la Vérité
Universelle ; « SAT » le concept. « OM TAT SAT », est la Réalité une en trois
parties qui permettent d’élever notre esprit et de purifier notre activité dans
le monde. De ce triple désignation coule la vie divine avec une plénitude
incomparablement grande sur le plan mental et de l’intuition. Cependant, ainsi
pour tout ce qui se rapporte à la spiritualité de la Gîtâ ou autres, des
expériences répétées et des investigations patiemment poursuivies, nous montrent
que le vrai succès n’arrive que lorsque le yogi ou dévot y est totalement ouvert
par une conduite de vie pure et irréprochable à la quête du Suprême Absolu.
Lorsque la pensée ou le sentiment d’un homme est égoïste, l’énergie produite se
meut en courbe fermée et revient inévitablement se verser sur son propre plan ;
mais lorsque la pensée ou le sentiment est parfaitement altruiste, l’énergie
s’élance en une courbe ouverte et ne revient pas dans la direction habituelle,
mais passe dans le plan au-dessus, trouvant sa place nécessaire à l’expansion
requise. Un courant illimité de force élevée est toujours prêt à se déverser
dans et par le yogi ou dévot qui s’offre à Lui, comme l’eau d’un réservoir qui
abreuve les assoiffés.
Le terme « OM » est prononcé au moment où ceux qui suivent la vie
intérieure, s’adaptent aux valeurs divines en entreprenant les actes de
sacrifice, la charité et l’austérité ou l’ascèse. Ce sont des étapes
préliminaires pour devenir compétent en matière de méditation, comme :
1.
LE REPENTIR,
c’est-à-dire se rendre compte de ses imperfections et faire de sincères efforts
pour les surmonter.
2.
L’ABSTINENCE de
ce que l’on considère comme faux et de ce qui, à nos propres yeux, nous dégrade.
3.
LE RENONCEMENT,
c’est-à-dire renoncer au sens de possession, aussi bien pour les choses
matérielles que pour les affections.
4.
L’AUSTÉRITÉ,
c’est-à-dire réduire au minimum ses besoins matériels. L’austérité n’implique
pas un manque, pour personne ; le manque tourmente l’âme.
5.
LA CONFIANCE AU
SEIGNEUR SUPRÊME, c’est-à-dire la patience face aux instabilités de la vie.
Prenez tout ce qui vous arrive comme venant du Seigneur Suprême et tout sera
bienvenu.
Nous savons déjà que le mot « TAT » représente la Vérité Universelle et
indique l’unité de toutes les créatures vivantes. Si l’on garde dans le mental
les intérêts de la famille, on oublie son intérêt personnel, et
l’accomplissement des actions avec l’attitude mental juste et désintéressé.
Le mot « SAT » signifie à la fois la réalité et bonté, et les actions
dignes de louanges, et a aussi trait au substratum unique, la Réalité Absolue,
« SAT ». Le verset 27 explique comment le mot « SAT » est utilisé pour
désigner « Brahman ». Ce mot est également employé pour indiquer la foi et la
dévotion d’un yogi ou dévot face au sacrifice, l’austérité ou l’ascèse et la
charité. « OM TAT SAT » invoque le concept du Suprême Absolu (OM), de
l’Universel (TAT) et du Réel (SAT), « Brahman » Infini. Dans tout ce
qu’accomplit le yogi ou dévot, le but suprême « OM TAT SAT » est invoqué,
servant à parfaire toute action, et confère à toute chose la plénitude. Le
souvenir du Divin exalte l’éclat et la gloire de nos motifs. Le don de soi au
Suprême Absolu signifie consacrer au Suprême Absolu toutes ses actions et Lui
offrir son mental. De même qu’un filet d’huile, versé d’un récipient dans
un autre, coule sans interruption, de même le yogi ou le dévot déverse toute sa
vie en Dieu ou « OM TAT SAT ».
Il y a trois degrés dans le don de soi à Dieu. Le premier, c’est de penser
qu’Il est tout, l’esprit immanent en tout. Le deuxième, c’est de penser qu’Il
est dans le mental, c’est-à-dire qu’Il est manifesté dans le mental exactement
comme l’électricité se manifeste partout mais plus particulièrement dans
l’ampoule qui donne la lumière. Le troisième degré, c’est la conviction qu’Il
est mon Moi réel, Lui et Moi sommes un. Le premier de ces degrés s’applique à la
méditation et à la douceur, le deuxième à la méditation et à la maîtrise du
mental et le troisième c’est le but de la méditation. Patanjali déclare
d’ailleurs : « Le don de soi à Dieu mène à l’absorption spirituelle ».
Le Suprême Seigneur Krishna (Krsna). Le Seigneur Krishna
est le personnage principal dans le Mahâbhârata. Il est né à Mathurâ, dans le
clan des guerriers Vrni, nom d’un ancêtre du Seigneur Lui-même. Krishna est le
fils de Vasudeva et de Devakî sa mère. Sa naissance avait été menacée car son
oncle qui était roi, suite à une prédiction obscure, tuait tous les
enfants que sa sœur mettait au monde. C’est ainsi que
Krishna fut enlevé à sa mère dès sa naissance, emmené à Gokula, et confié à des
parents adoptifs. Beaucoup d’événements miraculeux marquèrent la jeunesse de
Krishna parmi les bergers. Il était très intelligent, plein de joie de vivre, et
jouait merveilleusement de la flûte à l’enchantement de tous. A l’âge de douze
ans, il revint à Mathurâ et vainquit le roi despotique,
faisant preuve d’une force absolument surhumaine. Ensuite, il construisit à
Dvârakâ une ville, et il y établit un royaume. En réalité, il ne monta jamais
sur le trône, mais prodigua ses conseils en toutes les matières concernant le
bon déroulement d’un royaume, et dans les négociations diplomatiques les plus
délicates. Son entourage, autant que les citoyens du royaume et bien au-delà
reconnaissaient tous qu’Il était exceptionnel et absolument divin. Il fut la
réalisation divine qui marqua toute Sa vie, de plus Il était un exemple pour le
monde entier de hier, aujourd’hui et demain. En effet, une fois que l’on est
parvenu à la réalisation du Suprême Absolu, rien ne peut nous faire tomber de
cet état de conscience élevé. Il n’existe pas de profit plus grand que celui-là.
Le Seigneur Krishna vivait comme son enseignement dans la Gîtâ. Il pratiquait le
détachement, aimant, servant inlassablement autrui sans attendre les fruits de
son action, en parfait yogi, et engagé dans toutes les activités humanitaires,
tout en restant observateur des événements. Krishna fut plus qu’un chef de
clan, Il était le Guide Spirituel et le Dieu Suprême de toujours. Il ne cessa de
dire à son charretier et ami, Arjuna : « Lève-toi et combats ! » C’est suivant
la notion spirituelle qu’il faut comprendre cet ordre, et jusqu’à nous
aujourd’hui, et non réservé aux guerriers d’autrefois mais à l’humanité toute
entière, à bien mener la bataille de la vie. Krishna, par les paroles de la Gîtâ
nous apprend à maintenir notre esprit dans ce même état que Lui-même a mené,
afin d’atteindre la libération, le Nirvana, la Grande Illumination pour
toujours. Et, dans la Gîta, la philosophie de vie qu’Il nous propose pour
arriver à la plus haute perfection, c’est l’amour de Dieu le Suprême Absolu,
l’obéissance à Ses préceptes divines, le célibat ou le contrôle des sens,
l’austérité, le détachement, la méditation, l’oraison, le silence, la paix.
Prasâda:
Prasâda, qui signifie grâce ou miséricorde, est un rituel d’offrande lors
d’un Satsang, d’une réunion religieuse ou d’un culte Hindou. C’est de la
nourriture d’abord offerte au Seigneur Krishna, ou à une autre divinité et
redistribuée ensuite aux yogis ou dévots comme une bénédiction. Le Seigneur
Krishna accepte cette nourriture de la part de ses fidèles pour autant que les
dons soient offerts avec amour et dévotion ; et, ensuite Lui aussi les consacres
pour les partager avec Ses bien-aimés en guise de purification et de
bénédiction. Toutes les religions recommandent aux fidèles de faire des
offrandes comme d’ailleurs dans la Chrétienté, dont la célébration Eucharistique
dans les Églises Apostoliques et Épiscopales (Catholiques, Orthodoxes,
Anglicanes), et la Sainte Cène chez les Protestants d’après 1 Corinthiens 11.
23-29 de la Bible. Par notre rituel que l’on nomme ‘prasâda’ dans l’Hindouisme,
c’est notre offrande à Dieu ou à un avatar, que ce soit
le Seigneur Krishna ou autre divinité, même Jésus Christ, pour redevenir enfin
le partage entre fidèles, disciples, yogis ou dévots peut importe la
qualification ou le nom.
Quiconque M’offre une feuille, une fleur, un fruit, ou de l’eau
avec dévotion ; J’accepte et mange cette offrande de dévotion venant d’un cœur
pur. (Gîtâ 9.26)
« Eucharistie » vient du grec eucharistia, que l’on traduit par
« action de grâces », et utilisé dans le Nouveau Testament de la Bible pour
traduire le terme hébreu berakah, l’action de grâce prononcée par les
Juifs pieux sur toutes choses, et ne l’est certainement pas au sens étroit d’un
remerciement égoïste. « Prasâda » est également une eucharistie qui
purifie. Mais, ce « prasâda » (eucharistie) ne purifie, ne nourrit et ne
fait pas l’unité avec l’avatar, que si l’offrande est vécue dans la foi et dans
l’amour, dans une concorde sans tiraillement. La foi et la charité sont une
participation de l’amour inlassable dont prasâda est le gage, et ainsi se
traduit toute la dynamique de ce rite de partage. La mentalité d’aujourd’hui
pourrait s’étonner que le Suprême Absolu ait besoin d’objets aussi insignifiants
qu’une cuillerée d’huile pour la lampe, un cierge, un ‘mandir’ (temple), ou
église. Le verset 9.26 ci-dessus montre que les objets matériels offerts n’ont
aucune valeur, sauf la dévotion avec laquelle l’offrande est faite, que ce soit
une feuille, une fleur, un fruit ou simplement de l’eau. Dans un temple ou un
simple coin réservé chez soi à la méditation, le Seigneur accepte l’offrande
faite dans un esprit de pure dévotion. Bien attendu, le Suprême Absolu n’a pas
besoin de nos libéralités pour augmenter ou maintenir Sa gloire. Tout ce que
nous Lui présentons ne vient-il pas de Lui ? Autant qu’un amoureux cueille une
fleur pour la donner à sa bien-aimée ; de même le yogi ou dévot cueille une
fleur pour offrir au Seigneur Krishna. Prasâda est une réalité vivante,
vivifiante car purificatrice, une énergie, une puissance. Le Seigneur Krishna,
la représentation humaine de Dieu, après avoir montré qu’Il se trouve à
l’origine de la création, qu’Il est comme Avatar le Créateur autant que la
création, est donc véritable objet de tous les sacrifices. Le Seigneur Suprême
révèle quelques dons à offrir en offrande, non seulement par le soi personnel
mais aussi par ‘prasâda’. Le Seigneur Krishna, tout comme Jésus de Nazareth, le
Messie (le Christ) des Chrétiens, trois mille ans plus tard, est le centre et le
nœud de l’histoire, Dieu Lui-même incarné, désireux se voir présenter en
oblation, la nourriture devenant céleste, spirituelle et divine. Si, en effet,
nous voulons nous dévouer au Seigneur Krishna, et par conséquent à
l’enseignement de la Gîtâ, par le culte de dévotion, et nous purifier ainsi pour
atteindre le but de l’existence, notre offrande sera valide.
Celui qui aime le Seigneur Krishna Lui offrira tout ce qu’Il désire, en
mettant en pratique les préceptes de la Gîtâ, donc ce que le Suprême Seigneur a
enseigné dans le dialogue avec Arjuna. Prasâda est une offrande de produits
naturels que produit la terre, ce que nous retrouvons dans le rite Eucharistique
Catholique, par exemple, lorsque les dons sont offerts à Dieu à l’offrande :
« Tu es béni, Dieu de l’univers, Toi qui nous donnes ce pain et ce vin (jus
de raisins non alcoolisé), fruits de la terre et du travail des hommes, pour
qu’ils deviennent le pain et le vin (jus de raison non alcoolisé) du
Royaume Éternel. » Pour la brièveté, nous avons jumelé les deux offrandes, celle
du pain et le jus de raisin (produit de base pour faire le vin), de plus que de nos jours les deux espèces (le
pain sur patène et le vin dans le calice) sont très souvent offertes en même
temps. Naturellement, les Catholiques et Orthodoxes ajoutent à leur « prasâda »,
la « consécration » qui fait partie de la prière eucharistique où à lieu la
transsubstantiation (comment le Christ se rend présent sous les deux espèces
de pain et de vin), dogme vivement contesté de nos jours. Malgré que le
dogme infaillible ( ?) de la « Présence Réelle » sous les deux espèces soit
vérité pour les uns ; pour les autres, le pain et le vin simplement symbolisent
l’œuvre rédemptrice du Christ, pendant que le peuple de Dieu s’unit au Christ et
devient ‘un’ en Lui, contemplant en esprit et vérité Sa mort et résurrection (dogme
chrétien universel).
Prasâda nous unit également au Suprême Absolu dans la personne du Seigneur
Krishna, ou autre avatar, mais une immolation spirituelle comme dans chez les
Catholiques et Orthodoxes n’existe pas. Simplement, le Seigneur Krishna est
présent là où Il est invoqué.
La troisième et dernière partie de la célébration Eucharistique est la
communion, lorsque les espèces bénies et consacrées sont distribuées aux fidèles
comme don salutaire. La prière spécifiquement du prêtre à la communion
mentionne, « qu’elles soutiennent mon esprit et mon corps et me donne la
guérison. » D’abord, nous donnons au Seigneur Krishna notre offrande, puis nous
recevons de Lui, et avons ainsi communion avec Lui. Toutes les religions
insistent sur l’importance de l’offrande, sans que le fidèle à l’impression
qu’il fait un sacrifice lorsqu’il donne quelque chose. Quand dans la
dernière partie de prasâda, celle de la « communion », nous allons chercher ce
que le Seigneur nous donne, soit une feuille, une fleur, un fruit, ou de l’eau
pour nommer quelques espèces seulement, une telle nourriture n’est pas
différente de Krishna Lui-même. D’où l’urgence logique pour ceux qui participent
à prasâda en offrant des présents au Seigneur, finalement partagent aux dons du
Seigneur Krishna Lui-même, se conformant toujours plus pleinement a Lui, en se
mettant davantage sous l’abri de Sa plénitude.
Il est clair qu’une offrande n’est pas efficace que si elle est offerte
avec dévotion et par un mental pur, devenant ainsi un facteur d’évolution
spirituelle. Sans ceci, l’offrande est nulle et non avenant. Celui qui aime le
Seigneur Krishna, Lui offre ce qu’Il désire, et non ce qu’Il Lui déplaît. A ce
propos, la Gîtâ dit :
Les justes, qui mangent le restant du service désintéressé
(Seva, Yajna) sont libérés de tous péchés, mais les impies qui cuisinent
seulement pour eux-mêmes (sans d’abord M’en offrir, ou partager avec les
autres), vraiment mangent le péché. (Gîtâ 3.13)
Les êtres vivants subsistent des aliments de grains ; les
grains sont produits par la pluie ; la pluie arrive (comme une faveur des Dévas)
si le devoir est accompli en tant que service désintéressé (Seva, Yajna). Le
devoir est prescrit dans les Védas. Les Védas viennent de Brahma (l’Éternel
Être). Par conséquent, le Brahman omniprésent est toujours présent dans Seva.
(3.14-15)
Il est défendu d’offrir au Seigneur Krishna de la viande, du poisson ou
des œufs, ce qu’Il accepterait d’ailleurs jamais. Dans le verset 9.26 (voir plus
haut), Il confirme que seuls, une feuille, un fruit, une fleur, et l’eau, Lui
est agréable, mais Il ne mentionne en aucun cas, viande, poisson et œufs. Seuls
les légumes, céréales, fruits (boissons non alcoolisés de fruits), lait (beurre
et fromage), et l’eau composent une nourriture substantielle pour l’être humain,
ce que le Seigneur Krishna recommande Lui-même. Si l’on ne respecte Son désir,
comment se croire encore attaché et uni d’une manière indissoluble au Bien-Aimé
Seigneur !
Voilà comment se révèle cette théologie mystique de la Gîtâ, et cet amour
secret que portent les yogis et les dévots dans l’âme pour monter jusqu’au
Suprême Absolu. L’amour est comme le feu ; il s’élève toujours vers le haut pour
atteindre le centre de sa sphère, le Cœur spirituel du Seigneur. Offrons au
Seigneur Krishna les fruits de la terre, et préparons Lui des plats végétariens
simples et savoureux pour offrir devant Son Image, Sa Forme dans Son sanctuaire,
que ce soit un mandir (temple), ou un lieu de méditation d’une habitation, une
salle où se tient satsang, en se prosternant et en Le priant d’accepter notre
humble offrande, ce qui nous permet de progresser sur la voie spirituelle. C’est
en effet une grande merveille et une chose vraiment suave et douce que le
Seigneur tient en réserve à ceux qui accomplissent leurs devoirs et de
l’offrande faite même de soi, dans un sentiment d’amour. Répétons le, le Suprême
Absolu n’a pas besoin de nos offrandes pour augmenter ou maintenir Sa gloire,
car toutes choses viennent de Lui. Le Seigneur accepte l’offrande de celui ou
celle qui désire Lui plaire en faisant offrande des fruits de la terre et de
notre travail (nos efforts). Le facteur dominant de prasâda, dans la
préparation, la présentation, et finalement l’offrande, ne sont que pour
exprimer notre amour pour le Seigneur Krishna. Le verset 9.27 suivant,
confirme :
O Arjuna, quoique tu fasses, quoique tu manges, quoique tu
offres comme oblation au feu sacré, quoique charité tu donnes, quelle que soit
l’austérité que tu pratiques, accomplis tout en offrande à Moi. (9.27)
Le Suprême Absolu a Ses Desseins. Même au point de vue naturel Il veut que
nous perfectionnons, et Il nous conduit à ce sommet de perfection par la Gîtâ.
Au point de vue métaphysique surtout, notre cause est tout à fait claire et
certaine. On se procure ces devoirs dans la joie de la foi et en pénétrant
dans la retraite mystérieuse de la méditation où la foi devient vie, et dans le
détachement comme l’enseigne la Gîtâ.
Philippe De Coster, D.D.
The International Gita Society
Cette société internationale pour la diffusion de la Bhagavad Gîtâ fondée
en 1984, est enregistrée aux États Unies d’Amérique comme « International Gita
Society » (abrégée ‘IGS’). C’est une association absolument sans but lucratif,
taxe exempte en tant qu’institut spirituel, sous la Section 501 (c) (3) du Code.
L’adhésion comme membre est totalement gratuite. Tous sont bienvenus.
Les Actions et Objectives de la IGS sont :
- Publier et
distribuer, « La Bhagavad Gîtâ » dans un langage simple et compréhensif.
- Fournir un cours par
correspondance, soutenir, guider et encourager l’enseignement de la Gîtâ comme
manière de vivre.
Une édition de poche de la Gîtâ est gratuitement disponible en langue
anglaise, traduit du Sanscrit par le Dr. Ramananda Prasad. Une traduction de
cette version anglaise est en préparation. Vous pouvez également copier la Gîtâ
aux adresses suivantes :
gita-society.com/
ou
gita4free.com/
Dr.
Ramananda Prasad, Ph. D.D.
Le Dr. Prasad, un ingénieur gradué de l’Institut Indien de Technologie à
Kharagpur, en Inde, obtint son grade M.S. à l’Université de Toronto, et un Ph.D.
comme ingénieur civil à l’Université d’Illinois. Il retrouve sa racine à Bihar
(Inde) près de Bodh Gaya. Il travaille dans la recherche et l’enseignement,
comme ingénieur consultant pour différentes entreprises, autant pour le
gouvernement d’État et Fédéraux aux États Unis d’Amérique. Il travailla comme
superviseur à la Division Ouest de la Marine Américaine avant de prendre sa
retraite. Il est aussi professeur ingénieur civil de l’Université d’État
‘San Jose’, et professeur adjoint de Religion et de Psychologie au Collège de
« Union Institute of Cincinnati » à Ohio. Il publia plusieurs pages dans les
journaux de la Société Américaine des Ingénieurs Civils. Le Dr. Prasad
comprend confirmer l’immense contribution et guidance de la part de ses gourous
sur sa voie spirituelle, lui offrant le privilège de commencer l’étude de la
Gîtâ et de Kriya Yoga. Ils sont : Swami Prabhupada, Swami Chinmayananda, Swami
Dayananda Sarasvati de Rishikesh, Swami Harihar, et Paramahamsa
Hariharanandaji ;
Le Dr. Prasad est le membre fondateur de différentes organisations sans
but lucratif à San Francisco Bay Area comme le ‘Vedic Dharma Samaj’, qui a
maintenant un temple Hindou à Fremont ; Ramayan Sabha, et le Centre Universel de
Yoga à San Francisco. Il est le fondateur du « International Gita Society » en
1984, qui a comme but de servir l’humanité par l’enseignement de la Bhagavad
Gîtâ et autres Écritures, tout en établissant l’harmonie entre toutes les
cultures, races, religions, Foi Mondiale par l’enseignement immortelle des
grands maîtres spirituels et Écritures majeurs. Sa traduction « La Bhagavad
Gîtâ » (Le Chant de Dieu), est maintenant à sa quatrième édition, et est obtenue
gratuitement sur Internet en Sanscrit, Hindou et en Anglais.
Il est aidé par son épouse Sadhana Prasad, une grande dévote du Seigneur
Shiva. Il a une fille, Madame Reeta Raina, épouse du Dr. Abhinav Raina, M.D. ;
et un fils célibataire, Sanjay Prasad qui dirige les activités de l’IGS, et
prévoit de devenir un Docteur en Ostéopathie.
Le Dr. Prasad prit sa retraite en Mars 2000, afin de se consacrer
entièrement à la propagation du message de la Gîtâ avec l’aide et la coopération
de personnes qui partagent le même idéal et organisation.
Pour la lecture de la Gîtâ en langue anglaise, que vous pouvez
également copier :
bhagavad-gita
Pour acheter le livre en anglais :
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Prêtre, ou une personne de la classe des
intellectuels en Inde.
La séparation du monde fait l’ascète.
Elle va si loin pour lui qu’elle le coupe de la société des hommes et femmes,
fussent-ils ses émules dans la recherche du Suprême Absolu, et qu’elle le fait
vivre d’une façon continue avec l’Absolu seul, n’ayant de contact avec les
autres que ceux qu’imposent le besoin ou la charité.
Si nous oubliions le Suprême Absolu, si
notre vie intérieure se repliait sur elle-même, si elle ne tendait qu’à une
expérience du divin destinée à nous satisfaire nous-mêmes, nous ne serions plus
dignes de la Gîtâ et du nom de yogi, de dévot et d’ascète suivant notre
vocation.
Pour l’appelé par vocation, le yogi
(l’ermite), l’entrée dans la solitude d’une forêt ou du désert est très
certainement un instant solennel. Vous quittez le monde normal des relations
sociales pour l’inconnu de la solitude. Là, il faut commencer par des
arrachements, des brisements, peut-être des reniements. On n’accomplit pas sans
larmes cette universelle et parfois définitive rupture avec ce qui nous était le
plus cher. On trouvera bon la solitude, tout en affrontant l’austérité, mais
l’anachorète à travers les âges en quête du Suprême Absolu définit la solitude
d’une terre aride et ravinée, terre de sécheresse et de ténèbres, terre que nul
homme ne parcourt, où rarement l’homme se fixe. Finalement, grande est la paix
intérieure, vivant suivant l’enseignement de la Gîtâ.
D’après des statistiques peu récentes
quand-même datant de quelques années, environ trois cents ermites, hommes et
femmes, vivent en France. Ils étaient une vingtaine en 1960. De ces hommes et de
ces femmes – de ces femmes surtout – qui choisissent de tout quitter pour vivre
dans la précarité matérielle, la solitude et le silence. Tous à la recherche du
Suprême Absolu. Hindouistes, bouddhistes, juifs, chrétiens et mêmes musulmans
ont toujours su qu’un des chemins vers la Transcendance – peut-être le plus
court et certainement le plus difficile – se trouvait dans la solitude dite
désert. Mais, en Occident depuis deux siècles, rares étaient ceux qui
l’empruntaient. Au fait, pour la plupart d’entre nous, la solitude, le désert
n’est pas un cadre, il est un état d’âme. En cela gît sa difficulté dans le
monde. Le centre de la solitude, c’est vous en qui cette absence de l’homme et
de ses vanités crée une première zone de silence. Sur la steppe, il n’est qu’un
bruit : le gémissement du vent. C’est, dit le proverbe arabe, le désert qui
pleure parce qu’il voudrait être prairie ! Ainsi de vous, terre aride et sans
eau, qui supplie le Suprême Absolu d’y faire pleuvoir sa rosée. Le souffle du
Suprême Esprit doit seul se faire entendre.
Kuśa: herbe à longues feuilles pointues et
coupantes que long utilise dans les rituels.
Purusa : Le Moi spirituel ; Le moi incarné.
Le mot signifie aussi : l’habitant dans la cité, c’est-à-dire dans la corps. Il
dérive du sanscrit « pura » qui signifie cité ou corps et du « usa », un dérivé
du verbe « vas » habiter.
Dans le premier livre de la Bible, la Genèse,
l’allégorie de la création relate, « Au commencement, Dieu créa les cieux et la
terre. La terre était informe et vide ; il y avait des ténèbres à la surface de
l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. » (Gen. 1.1-2)
Avatars: Dieu, une ou autre de Ses émanations
plénières ou l’un de Ses représentants, “descendu” du monde spirituel dans le
monde matériel pour rétablir les principes de la religion, par exemple le
Seigneur Krishna, Moïse, Jésus, Mohammed, pour en citer quelques uns.
Par exemple, méditer sur l’effigie du Seigneur
Krishna.
Le repas doit être pris depuis quelques heures
afin que la digestion soit accomplie. Le corps doit être parfaitement propre
autant que les vêtements.
Se retirer dans une chambre tranquille où l’on
est assuré de n’être dérangé par aucune intervention ni aucun bruit. En Orient,
on trouve souvent dans des maisons mêmes peu fortunées, une chambre réservée
exclusivement pour la méditation. Si on le peut, se mettre dehors sous un arbre,
mais s’assurer toujours la plus grandes tranquillité.
Au fait, pour les débutants, il est bon avant
de commencer la méditation, de s’exercer quotidiennement à demeurer assis de la
manière souhaitée pendant 5, 10, 15 minutes, afin de discipliner le corps et
n’avoir plus à s’en occuper quand ils commenceront la méditation. On doit le
faire chaque jour à la même heure.
Ou, les yeux
légèrement baissés, pour limiter le champ de vision, ou complètement fermés, si
on peut le faire sans céder au sommeil. L’attention doit être concentrée entre
les sourcils.
Beaucoup de personnes font confusion entre les
idées et les pratiques de la respiration du Yoga des Hindous. Il est ainsi utile
de donner certaines explications sur les exercices Hindous de respiration
rythmique, mais l’on doit se rendre compte que seuls deux exercices Yogiques :
la respiration dite de purification et la respiration rythmique sont sans danger
pour nous. Le yoga est une science expérimentée qui permet à chacun d’obtenir un
contrôle inusité de son corps et de son esprit. Le mot « Yoga » employé dans
l’Hindouisme veut dire l’union avec Brahma, le Suprême Absolu, l’Être Suprême,
et quand on respire, le corps absorbe avec l’air une force appelée « Prâna »
(énergie vitale) qui est latente dans l’atmosphère.
(1)
Respiration Purificatrice.
Pour purifier le système respiratoire, cet
exercice est indiqué :
Fermez la narine droite, en la comprimant sur
le côté avec un doigt. Aspirez alors par la narine gauche. Renvoyez l’air
aspirez en exhalant par la narine droite ; recommencez en comprimant la narine
gauche et en aspirant l’air par la narine droite, et ainsi de suite. Les voies
respiratoires seront ainsi nettoyées de l’acide carbonique et autres impuretés.
Si la rétention du souffle indiquée est trop longue pour certains, nous
conseillons :
Aspirer en comptant huit ;
Retenir le souffle en comptant quatre.
Expirer en comptant huit.
Rester sans respirer (vide) en comptant
quatre.
(2)
Respiration Rythmique.
Voici un exercice très estimé :
Vider les poumons en comptant six.
Rester sans respirer en comptant trois.
Remplir les poumons et le thorax en comptant
six.
Retenir l’air en comptant trois.
Il ne faut pas que les comptes de la
respiration soient plus rapides, ni plus lents que le battement du cœur. Cette
respiration doit être rythmique, et deviendra par la suite automatique. Un
conseil, il vaut mieux commencer par cette pratique respiratoire en dehors des
heures saintes de méditation pour s’y habituer. On doit comprendre que plus tard
on peut augmenter le nombre des comptes et retenir la respiration plus
longtemps, mais si un débutant essaie la rétention du souffle, il se peut qu’il
ressente des vertiges ou autres troubles. Il faut toujours se rappeler que le
motif de cette respiration est de purifier le corps, de fortifier le système
nerveux et de calmer le mental, mais en évitant tout surmenage.
Les deux exercices dont partie du « Prânâyâma » pratiqué dans les systèmes
Yogiques des Hindous.
Compagnie (sanga)
des maîtres et des sages qui sont ancrés dans la Vérité (Sat). C’est aussi la
compagnie de ceux en quête de connaissance spirituelle.
Filiation
spirituelle, ou succession disciplique (paramparā) : Succession de maîtres
spirituels qui ont transmis, sans l’altérer, l’enseignement originel du Seigneur
jusqu’à nos jours, ce que au fait la Bhagavad Gîtâ représente en tant que
Sainte Écriture. Dans la Chrétienté Apostolique (Catholique, Orthodoxe,
Anglicane et autres), et d’après leur enseignement, par le souffle de l’Esprit,
le jour de la Pentecôte, un peuple « spirituel » est né, dont Jésus est le
premier-né et le Roi. L’Église Chrétienne est donc née, et l’apôtre Pierre avant
les autres apôtres, dès ce moment, est entré dans son rôle d’ « économe des
mystères de Dieu » suivant l’enseignement de Jésus Christ. C’est à partir des
apôtres, qu’en première instance l’Église de Jérusalem fut, pendant un certain
temps, toute l’Église de Jésus Christ ; et, de là Antioche et puis Rome, et
cette même succession apostolique ou disciplique ininterrompue jusqu’à nos jours
par les évêques.
En Anglais :
Oh, Creator of the universe
May we receive thy supreme sin-destroying
light
May thou guide our intellect in the right
direction
Aum
Mokşa : Libération,
nirvana, Mukti.
Trois mille ans
après, marquant le début d’une nouvelle ère pour la religion Abrahamique par la
naissance du Messie promis, rejeté jusqu’à nos jours par ceux qui attendent
encore Sa venue, et accepté par les autres de la Nouvelle Alliance, Jésus de
Nazareth, fils de Marie et du père adoptif Joseph, le roi Hérode dans sa
tyrannie fit massacrer les nouveaux nés, afin d’être certain de la mort de
l’Enfant Messie de Bethlehem.
A l’âge de douze
ans, Jésus de Nazareth monta avec ses parents à Jérusalem comme chaque année
pour la fête de Pâques. Au moment de repartir après la fête, l’enfant Jésus
resta dans la cité, pour discuter avec les docteurs dans le temple, et tous ceux
qui l’entendaient étaient stupéfiés de son intelligence et de ses réponses.
Après à Nazareth, il resta soumis à ses parents. Ici, la narration
évangélique s’arrête jusqu’à l’âge de trente ans environ lorsque Jésus
commença sa vie publique.
Incarnation divine
(littéralement) ‘descente’. Dans la tradition vishnouite, ce mot désigne les
incarnations de Visnu au nom de dix venant rétablir l’ordre dans le monde :
Matsya (le Poisson), Kûrma (la Tortue), Varâha (le Sanglier), Narasimha
(l’Homme-Lion), Vâmana (le Nain), Parasurâma (Râma portant une hache), le
Seigneur Rama, Balarâma (frère aîné de Krishna), le Seigneur Krishna (Krsna), et
pour terminer Kalki qui doit venir à la fin de notre ère actuelle. Le Bouddha
est parfois aussi inclus dans cette liste, et même Jésus comme incarnation
de Dieu fait homme.
Il est impérieux de dire que toute boisson
alcoolisée nous est absolument interdit. S’en abstenir, signifie que le yogi ou
dévot a vraiment compris le dessein du Suprême Absolu pour chacun de nous.
L’alcool fait déraisonner même les Sages. S’abstenir d’alcool et de drogue
(fléau des temps actuels), offre au Suprême Absolu quelque chose de son propre
mouvement dans la joie du Suprême Esprit, retranchant ainsi à son corps un
‘interdit’ dans l’exaltation du désir spirituel. Il est donc impérieux de
faire de notre cœur une carte blanche où la Suprême Sagesse divine puisse y
graver ce qu’Il Lui plaira. Combien est-il pénible pour un yogi ou dévot de
passer des heures entières dans la méditation, muettes, humbles, soumises, et ne
pas vouloir comprendre le réel motif de l’interdiction. L’âme arrive à la
libération par la purification opérée en elle par le Suprême Seigneur Lui-même.
Pour situer en
bref, ‘Philippe De Coster’ sur le plan religieux et spirituel, il est un
gradué en théologie protestante. Il fut élève à l’Institut Biblique de Bruxelles
(1960) ; il reçut en 1970 un certificat de fin d’études en métaphysique
chrétienne de l’ « Unity School of Christianity, Lee’s Summit, Missouri, USA » ;
obtint un diplôme au London Bible College, Northwood, Londres en 1984, et
accepté depuis lors comme ancien élève de cette institution. Entretemps, il
poursuivit un programme d’étude ‘extra muros’ de réadaptation théologique avec
une faculté de théologie universitaire Américaine, et obtenu le degré de
« Bachelier en Théologie » en 1980 au Southeastern University, Greenville, South
Carolina par l’intermédiaire du Pasteur Diederik D. J. Quatannens, Professeur à
la Faculté Théologique Protestante de Bruxelles, Aumônier Général des
institutions pénitentiaires belge ; et, responsable Européen pour la
Southeastern University. En 1979, il reçut le titre ‘honoris causa’ Anglo-saxon
de ‘Docteur en Divinité’, d’où les initiales ‘D.D.’, conféré par l’Institut St.
Ephrem à Stockholm, Suède, suite à un travail de recherche et traité
théologiques important. Depuis 1963 environ, il s’est toujours intéressé à la
méditation, à la vie érémitique et, fut même le fondateur d’une telle
institution en Belgique sous l’abréviation ‘OMESA’,
l’ésotérisme notamment Hindou ; et, il eut depuis 1974 une haute fonction
dans le Vieux Catholicisme Romain et Latine (hors Rome).
Le 1e
Octobre 1991, il fut reçu comme oblat séculier à l’Abbaye Bénédictine Saint
Pierre (Catholique Romaine), Steenbrugge, lez Bruges (Belgique), par feu Dom
Livien, prieur de la dite Abbaye. Il jouissait ainsi des privilèges spirituels
de l’Ordre Bénédictin. Le Père Dom Livien-Frans Biebuyck mourut le 5 Février
1998.
Désormais, à la retraite depuis Janvier 2000, il s’occupe unique de propager la
Bhagavad Gîtâ et la Méditation (comme toujours d’ailleurs depuis les années
soixante), tout en vivant son idéal de vie semi érémitique, puisque il est situé
en ville.
ŚRĪMAD BHAGAVAD-GĪTĀ
Chapitre 1
LE DILEMME D’ARJUNA
Dhrtarâstra dit : O Samjaya, assemblés au champs saint de Kurukşetra et
désireux de combattre, que firent mon peuple et les Pāndavas ? (1.01)
Samjaya dit : Voyant la formation de bataille de l’armée des Pāndavas, le
Roi Duryodhana s’approcha de son gourou, et prononça ces paroles : (1.02)
O Maître, regarde cette puissante armée des fils de Pāndu, alignée en
formation de bataille par ton talentueux disciple, le fils de Drupada. (1.03)
Il y a plusieurs héros et puissants archers, égaux à Bhīma et à Arjuna en
guerre comme Yuydhāna, Virīta, et le grand guerrier Drupada ; Dhrsţaketu,
Cekitāna, et le Roi héroïque de Kāshi ; Purujit, Kuntibhoja, et le grand homme
Śaibya. Le vaillant Yudhāmanyu, le formidable Uttamauja, le fils de Subhadrā, et
les fils de Draupadī, tous de grands guerriers. (1.04-06)
INTRODUCTION DES COMMANDEURS DE
L’ARMÉE
Reconnais aussi, O Meilleur des « deux-fois-nés », ceux qui sont les plus
remarquables de notre côté. Pour ton information, je vais nommer les commandeurs
de mon armée ainsi : (1.07)
Toi-même, Bhīşma, Karna, le victorieux, Kŗpa, Aśvatthāmā, Vikarna, fils de
Somadatta, et bien d’autres héros qui ont risqué leur vie pour moi. Ils sont
armés avec diverses armes, et tous sont habiles dans le combat. (1.08-09)
Notre armée commandée par Bhīşma, est invincible ; pendant que leur armée,
protégée par Bhīma est facile à conquérir. Par conséquent, vous tous qui vous
tenez dans vos divisions respectives sur tous les fronts, protégez seulement
Bhīşma. (1.10-11)
LA GUERRE DÉBUTE AU SON DE LA
CONQUE
Le puissant Bhīşma, l’homme le plus ancien de la dynastie des Kurus, rugit
comme un lion, et souffla bruyamment dans sa conque, apportant la
réjouissance à Duryodhana. (1.12)
Après que les conques, les gongs, les timbales, les tambours, et les
trompettes retentirent ensembles, la commotion fut immense. (1.13)
Alors le Seigneur Kŗşna et Arjuna, assis dans un grand char attelé à des
chevaux blancs, soufflèrent dans leurs conques célestes.
(1.14)
Kŗşna souffla dans Sa conque, Pāncajanya ; Arjuna souffla dans sa conque,
Devadatta ; et Bhīma, le faiseur de formidables actions, souffla dans sa grande
conque, Paundra. (1.15)
O Seigneur de la Terre ; le Roi Yudhişţhira, fils de Kunti, souffla dans
sa conque appelée Anantavijaya ; pendant que Nakula et Sahadeva soufflèrent dans
leurs conques respectives Sughośa et Manipuşpaka. Le Roi de Kāśī, le puissant
archer ; Sikhandī, le grand guerrier ; Dhŗşţadyumma, Virāta, l’invincible
Sātyaki, le Roi Drupada, les fils de Draupadī, et le puissant fils de
Subhadrā, soufflèrent dans leurs conques respectives. (1.16-18)
Le mugissement tumultueux, répercutant de par la terre et le ciel, déchira
le cœur des Kauravas. (1.19)
ARJUNA DÉSIRE INSPECTER L’ARMÉE
ENNEMIE QU’IL VA DEVOIR AFFRONTER
Voyant les fils de Dhrtarâstra rangés en ordre pour commencer la bataille,
pendant que déjà les projectiles volaient ; Arjuna dont l’étendard portait
l’emblème du Seigneur Hanumāna, prit son arc et s’adressa au Seigneur Kŗşna : O
Seigneur, je T’en prie arrête mon char entre les deux armées, pour que je puisse
observer ceux qui sont rangés ici ardents pour le combat, contre lesquels je
suis engagé dans cet acte de guerre. (1.20-22)
Je désire observer tous ceux qui sont prêts à servir, rassemblés ici pour
livrer bataille, apaisant ainsi le fils perfide de Dhrtarâstra. (1.23)
Samjaya dit : O Roi ; Seigneur Kŗşna, à la requête d’Arjuna, j’ai placé le
meilleur des chars au milieu des deux armées, en face de Bhīşma, Drona, et les
autres Rois ; et dit à Arjuna : « Vois les Kurus rassemblés. » (1.24-25)
Arjuna vit là ses oncles, grands-pères, des maîtres, des oncles maternels,
frères, fils, petit-fils, et camarades. (1.26)
LE DILEMME D’ARJUNA
Voyant aussi les beaux-pères, les compagnons, et tous ses parentés se
trouvant dans les rangs de deux armées, Arjuna fut envahi d’une grande
compassion et dit douloureusement : O Kŗşna, voyant tous mes proches rangés
désireux de se battre, mes membres fléchissent et ma bouche se dessèche. Mon
corps tremble et mes cheveux se dressent. (1.27-29)
L’arc me glisse des mains et ma peau brûle intensément. Ma tête est prise
de vertige, je me sens incapable de me tenir debout, et O Kŗşna, je ne vois que
funestes présages. Je ne vois pas l’utilité de tuer mes parentés dans cette
guerre. (1.30-31)
Je ne désire pas la victoire, ni les plaisirs, ni royaume, O Kŗşna. A quoi
bon le pouvoir, ou les plaisirs, ou même la vie, O Kŗşna ? Car, tous ceux pour
qui nous désirons le royaume, les jouissances et les plaisirs sont rangés ici en
bataille, renonçant à leur vie et à leurs richesses. (1.32-33)
Je ne souhaite pas de tuer les maîtres, oncles, fils, grands-pères, oncles
maternels, beaux-pères, beaux-frères, et autres parentés qui sont prêts à nous
tuer, même pour la souveraineté des trois mondes, et encore moins pour ce
royaume terrestre, O Kŗşna. (1.34-35)
O Seigneur Kŗşna, quels plaisirs pourront être nôtres en tuant les fils de
Dhrtarâstra ? En tuant ces criminels nous commettrons que le péché. (1.36)
Par conséquent, nous ne pouvons pas tuer nos cousins frères, les fils de
Dhrtarâstra. Comment pourrions-nous être heureux après avoir tué les nôtres, O
Kŗşna ? (1.37)
Même si ils sont aveuglés par la convoitise, ne voient aucun mal à
détruire leur famille, ou de péché en trahissant leurs amis. Comment ne pas nous
détourner de ce péché, nous qui voyons clairement le mal dans la destruction de
la famille, O Kŗşna ? (1.38-39)
ARJUNA DÉCRIT LES MÉFAITS DE LA
GUERRE
Les traditions immémoriales familiales et les codes de conduite périssent
avec la destruction de la famille. L’immoralité prévale dans la famille à cause
de la destruction des traditions familiales. (1.40)
Et lorsque l’immoralité prévale, O Kŗşna, les femmes de la famille
deviennent corrompues ; quand les femmes sont corrompues, beaucoup de problèmes
sociaux s’élèvent. (1.41)
Ceci mène la famille et les tueurs de la famille en enfer, à cause que les
esprits de leurs ancêtres sont dégradés, privés des offrandes cérémoniales de
riz et de l’eau. (1.42)
Les qualités éternelles d’ordre social et des traditions familiales de
ceux qui détruisent leur famille sont ruinées en commettant le péché de
l’illégitimité. (1.43)
On nous a raconté, O Kŗşna, que les personnes dont les traditions
familiales sont détruites, demeure pour longtemps en enfer. (1.44)
Hélas ! Nous sommes prêtes à commettre un grand péché, en cherchant à
massacrer nos proches par convoitise du plaisir de la royauté. (1.45)
Il serait préférable pour moi que les fils de Dhrtarâstra me tuent dans la
bataille les armes en mains, pendant que je suis désarmé et sans résistance. (1.46)
EN AVANÇANT ON ENDURCIT, ET
MALGRÉ L’ENDURCISSEMENT ON PEUT DEVENIR D’ILLUSIONNÉ
Samjaya dit : Ayant dit ceci en plein champ de bataille, abandonnant arc
et flèches, Arjuna s’assit dans son char l’esprit accablé de douleur. (1.47)
Ainsi prend fin le premier chapitre intitulé « Le dilemme d’Arjuna » dans
les Upanişad de la Bhagavadgītā, l’écriture de yoga, touchant la science de
l’Absolu dans la forme du dialogue entre Srīkŗşna et Arjuna.
Le monde est un champ de bataille pour une
lutte morale. Le débouché décisif séjourne dans le cœur des hommes où les
batailles se livrent chaque jour et à tout instant. L’ascension du visible à
l’invisible ou du dedans, de la souffrance au mental, a lieu par la voie du
dharma, cette action gouvernée par la loi essentielle de la propre nature de
chacun. Même dans notre vie corporelle, c’est par la pratique du dharma ou la
morale juste, que nous parvenons à cet état de sécurité où toute difficulté
culmine dans une joie intérieure que le monde ne peut offrir. La vie dans le
monde est un écolage, l’école des saints yogis et dévots, ce que signifie « être
dans le monde mais pas du monde » où la flamme sacrée de l’esprit ne se laisse
jamais éteindre. Le monde est le lieu où nous épuisons notre karma (action qui
se prolonge par des conséquences) et accomplissons ainsi la tâche comme une
vocation de construire notre âme. Le
champ saint de Kurukşetra et de bataille est
celui du droit, parce que le Seigneur qui est le protecteur du dharma, y est
activement présent. La vie est une bataille contre l’esprit du mal. Le processus
créateur est une tension perpétuelle entre deux incompatibles, chacun dressé
contre l’autre. Par leur mutuel conflit, l’évolution progresse et le but de
l’univers s’accomplit. Ce monde comporte des éléments d’imperfections, de mal et
d’irrationalité, et il est notre devoir par l’action du dharma, de le changer.
Kurukşetra est le champ de la pénitence et de la discipline (Manu, II, 19
et 20). Établir une distinction très nette entre vie spirituelle et vie sociale
(matérielle) n’est pas une chose facile, car la vie spirituelle conditionne
profondément l’autre, et vice versa. La vie yogique n’est pas un but en soi,
mais doit amener le yogi ou dévot à abandonner beaucoup de choses et de
s’aligner aux saintes écritures comme la Bhagavad-Gîtâ, afin d’aboutir plus
rapidement qu’autrement à la libération ou le Nirvana. La solitude de l’ascète,
du yogi ou dévot, est une aide à une vie consacrée au silence et à la méditation
afin de parvenir à cette contemplation pure.
O Meilleur des « deux-fois-nés », est celui
qui a reçu le cordon sacré, celui qui est né deux fois dans la chair à la
naissance, et lors de la conversion ou l’initiation à la vie de l’esprit. Nous
naissons dans le monde naturel, tandis que la seconde naissance est celle de
l’esprit. L’humain naît enfant de la nature et croît jusqu’à la stature
spirituelle pour devenir un enfant de la lumière.
Dans toute la littérature hindoue et
bouddhiste le char symbolise l’organisme psychophysique, ou la discipline qui
étudie et cherche à quantifier les sensations provoquées par des excitations
déterminées. Les coursiers sont les sens, les rênes leur maîtrise mais le
cocher, le guide, est l’esprit, le Soi véritable, Atman. Kŗşna le cocher
est l’esprit en nous. (Katha Upanishad, III, 3)
Arjuna est conduit par des conventions
sociales et par la moralité de sa culture et non par une vision personnelle de
la Vérité. Il lui faut détruire les symboles de cette moralité extérieure et
acquérir la force intérieure. Ses anciens instructeurs qui l’ont guidé dans la
vie doivent être tués avant qu’il puisse acquérir la sagesse de l’âme, alors
même que les ennemis sont des agresseurs, nous ne pouvons pas les tuer. On ne
peut pas commettre un péché en représailles d’un autre péché. M.B.,
Udyogaparva, 38, 73, 74 : « Conquérez la colère des autres par la
non-colère ; les méchants par la sainteté, l’avare par des dons, la
fausseté par la vérité ».
Quand nous négligeons les archétypes
d’idéaux incarnés dans les traditions immémoriales, troublant ainsi l’équilibre
social, nous introduisons donc le chaos dans le monde.
Les paroles d’Arjuna sont prononcées dans
l’agonie et la charité. Son mental est sur la frontière entre le matériel et le
spirituel. Il lutte pour arriver à une solution, comme l’homme a toujours fait,
et pourtant il est inapte à prendre une décision à cause de son incapacité de
comprendre sa propre nature, celle des autres et du cosmos. Il met l’accent sur
la douleur humaine et la détresse matérielle qu’implique la guerre, malgré que
le but essentiel de la vie ne soit pas la poursuite du bonheur et l’aisance
matérielle. L’âme est attirée par le Suprême Absolu hors des sentiers de
la persuasion, de l’instruction et de l’entendement, parce que dans ceux-ci,
l’amour des choses divines est trop imparfait, et il y dépend trop de créatures,
il y ressemble à des gouttes d’eau qui tombent l’une après l’autre et par
intervalles. Nombreux sont ceux pour qui cette philosophie est sans rapport avec
la vie. Deux voies conduisent au Suprême Absolu. L’une se sert de la réflexion
et du raisonnement, l’autre de la foi simple et de la connaissance générale et
confuse. La première s’appelle « méditation » ; la seconde la contemplation, le
recueillement intérieur dans son sens le plus profond et acquise. La première
est pour ceux qui commencent et persévèrent ; la seconde pour ceux qui sont plus
avancés dans la vie yogique. La première est sensible, la seconde plus pure et
profondément spirituelle. Plus on est dans l’indépendance des créatures, plus on
s’appuie sur le Suprême Absolu, et sur Ses inspirations secrètes, par le moyen
de la foi pure, le détachement, et la charité ferme, confiant et véhément. Il
faut donc que la charité prenne les devants, se dépouillent
d’appréhensions de toutes sortes ; que le yogi ou dévot aime son Seigneur pour
ce qu’Il est, et non pour ce que l’imagination lui en présente. L’auteur de la
Gîtâ nous donne par le dialogue entre
Kŗşna et Arjuna l’expression dramatique du
sentiment de la Présence Divine en l’homme. Plus le mental de l’homme s’élève,
plus il se détache des objets sensible. Bien des âmes viennent jusqu’à la porte
de la contemplation, mais il y en a peu qui passent, soit faute d’un bon gourou,
ou parce qu’elles ne se soumettent pas à Dieu avec une entière confiance.
Quand Arjuna est tenté de s’abstenir de son devoir divin, la Présence en
lui, son inspiration la plus authentique, lui révèle la voie établie aussitôt
qu’il a pu écarter les subtiles suggestions de son moi inférieur. Quand le
mental considère avec attention les mystères de foi comme décrits dans la Gîtâ,
ce qu’il considère en détail, essayant d’en découvrir la vérité, il expérimente
que le cœur le plus intime de son âme est aussi le centre divin de tout
l’univers, le microcosme dans le macrocosme. Le soi le plus profond d’Arjuna est
Kŗşna. Seul celui qui, voué au Seigneur Kŗşna, possède la grandeur d’âme et la
tendresse de cœur d’Arjuna. Nul est aussi proche du Suprême Absolu, Dieu, que
soi-même et pour parvenir à Lui nous n’avons besoin qu’un cœur ardent et
l’intention pure. Arjuna se tient dans sa solitude et nudité sans intermédiaire
en face de son Seigneur. Il y a dans une telle situation une continuelle
communion entre le Suprême Absolu et l’homme, qui permet un dialogue se
poursuivant jusqu’à ce qu’une harmonie complète soit atteinte. Le yogi ou dévot
peut connaître soit par une habitude acquise à force de raisonnement, soit par
des lumières divines particulières. Le Suprême Absolu n’est jamais éloigné de
nous, il est tout proche. Il est ni un spectateur détaché ou un juge lointain de
la cause en cours, mais un ami. Le Seigneur veut que par la spiritualité autant
que par le secours de Sa grâce on fasse naître dans notre cœur la lumière dans
les ténèbres, le silence dans le tumulte, la solitude même au milieu de la
foule, l’oubli dans la misère, la force dans la faiblesse, le courage dans la
crainte, la résistance au milieu des tentations, et la paix dans la guerre. Le
chapitre premier s’achève dans l’abattement et la souffrance, et cela aussi est
appelé Yoga, car cette obscurité de l’âme est un pas important sur la voie de la
spiritualité. Arjuna traverse une phase de grande tension intérieure, mais
lorsqu’il se détache de ses obligations sociales et demande pourquoi il lui faut
accomplir le devoir que la société attend de lui, il passe au delà de son moi
socialisé et prend pleine conscience de lui-même en temps qu’homme seul et
dépouillé de tout. Lorsque le Seigneur veut conduire l’âme par la voie mystique,
à la connaissance et à l’amour de la Loi intérieure, Il la fait passer
parfois par des sentiers arides et ténébreux. En ce qui concerne Arjuna, sa
nouvelle liberté crée en lui un profond sentiment d’anxiété, de solitude, de
doute et d’insécurité. Cependant, pour qu’il retrouve sa fonction et son
efficacité, il faut qu’il dépasse les sentiments. La conclusion mentale est le
point de départ de la recherche spirituelle, et l’attitude nécessaire pour que
les graines de la Gîtâ puissent être semées et les fleurs de la perfection
cueillies. Croissance et activité sont les principales caractéristiques de la
vie dans son ensemble, aussi bien sur le plan physique que sur le plan
spirituel.
Chapitre 2
LA CONNAISSANCE TRANSCENDANTALE
Samjaya dit : Le Seigneur Kŗşna prononça ces paroles à Arjuna ayant les
yeux affligés et pleins de larmes, envahit de compassion et de désespoir. (2.01)
Le Suprême Seigneur dit : Comment un tel découragement a-t-il pu s’emparer
de toi en ce moment ? Ce n’est pas convenable pour un Aryen (ou une personne
dont le mental et les actions sont nobles). C’est déshonorant, et ne conduit pas
une personne au ciel, O Arjuna. (2.02)
Ne te laisse pas aller à la couardise, O Arjuna, car cela ne te convient
pas. Chasse cette faiblesse insignifiante de ton cœur et lèves-toi pour le
combat, O Arjuna. (2.03)
ARJUNA CONTINUE SON RAISONNEMENT
CONTRE LA GUERRE
Arjuna dit : Comment pourrais-je dans le combat lancer des flèches à
Bhīşma et Drona, qui sont dignes de ma vénération, O Kŗşna ? (2.04)
Vraiment, mieux voudrait vivre dans ce monde d’aumône plutôt que d’abattre
ces nobles gourous, car en les tuant je ferais que profiter des richesses et
plaisirs souillées de sang. (2.05)
Nous ne connaissons pas quel alternatif soit mieux pour nous, combattre ou
quitter. D’ailleurs, nous ne savons pas si nous allons conquérir ou qu’ils nous
conquérront. Nous ne devrions pas, ne fus que souhaiter, de vivre après avoir
tué les fils de Dhrtarâstra qui sont dressés devant nous. (2.06)
Mes sens sont envahis par la faiblesse de la pitié, et mon mental est
confus quant au devoir (Dharma). Je Te demande de me dire en toute certitude
qu’elle est la meilleure. Je suis Ton disciple. Instruis-moi, qui aie trouvé
refuge en toi. (2.07)
Je ne vois pas qu’acquérir un royaume sans rival et prospère sur cette
terre, ou même la seigneurie sur les régnants célestes (Devas) dissiperaient la
douleur qui dessèche mes sens. (2.08)
Samjaya dit : O Roi, après avoir parlé ainsi au Seigneur Kŗşna, le
puissant Arjuna dit à Kŗşna : je ne combattrai pas, et il resta silencieux.
(2.09)
O Roi, le Seigneur Kŗşna, esquissant un sourire, dit ces paroles à Arjuna
découragé au milieu des deux armées. (2.10)
LES ENSEIGNEMENTS DE LA GÎTÂ
DÉBUTE PAR LA VRAIE CONNAISSANCE DU SOI ET DU CORPS PHYSIQUE
Le Seigneur Suprême dit : Tu pleures pour ceux qui ne sont pas
dignes d’être lamentés, et pourtant tu prononces des paroles de sagesse. Le sage
ne se lamente ni pour les vivants ni pour les morts. (2.11)
Il n’y eut jamais un temps que ces monarques, toi, ou moi cessèrent
d’exister, et nous ne pourrons jamais cesser d’exister dans l’avenir. (2.12)
Tout comme l’entité vivante (Atmâ, Jîva, Jîvâtma) acquiert
l’enfance, un corps jeune, et un corps de vieillesse durant cette vie ; de même
elle acquiert un autre corps après la mort. Le sage n’en est pas troublé. (Voir
aussi 5.08) (2.13)
Les contacts des sens vers les objets appropriés engendrent la chaleur et
le froid, la douleur et le plaisir. Ils sont transitoires et impermanents.
Ainsi, apprends à les endurer, O Arjuna. (2.14)
Car une personne calme – qui n’est pas affectée par ces sensations, et est
ferme dans la douleur et le plaisir, se rend digne de l’immortalité, O Arjuna.
(2.15)
LE SOI EST ETERNEL, LE CORPS EST
TRANSITOIRE
L’Esprit invisible (Sat, Atmâ) est éternel, et le monde visible (y compris
le corps physique) est transitoire. La réalité de ces deux est vraiment perçue
par les voyants de la vérité. (2.16)
L’Esprit (Atmâ) par qui tout cet univers est pénétré, est indestructible.
Personne ne sait détruire l’impérissable Esprit. (2.17)
Les corps de l’éternel, immuable, et incompréhensible Esprit sont
périssables. Par conséquent, livre bataille, O Arjuna. (2.18)
Celui qui pense qu’Atmâ (Esprit) peut tuer, et celui qui pense qu’Atmâ est
tué, les deux sont ignorants. Parce qu’Atmâ ne tue ou est tué. (Un verset
parallèle se trouve dans KaU 2.19) (2.19)
L’Esprit (Atmâ) ne naît jamais et ne meurt jamais en aucun
temps. Il ne commence pas d'être, ou ne cesse pas d’exister. Il est ingénéré,
éternel, permanent, et ancien. L’Esprit n’est pas détruit lorsque le corps est
détruit. (Voir aussi KaU 2.18) (2.20)
O Arjuna, comment une personne qui sait que l’Esprit (Atmâ) est
indestructible, éternel, ingénéré, et immuable, tue quelqu’un ou provoque
quelqu’un d’être tué ? (2.21)
LA MORT ET LA TRANSMIGRATION DE
L’ÂME
Tout comme un homme revêt des vêtements neufs après avoir laissé
les anciens ; de même, l’entité vivante (Atmâ, Jîva, Jîvâtma) acquiert de
nouveaux corps après avoir rejeté les vieux corps. (2.22)
Les armes ne peuvent pourfendre cet Esprit (Atmâ), le feu ne le brûle pas,
l’eau ne le mouille pas, et le vent ne le dessèche. L’Atmâ ne peut être coupé,
brûlé, mouillé, ni asséché. Il est éternel, omniprésent, inchangé,
immuable, et ancien. (2.23-24)
L’esprit (Atmâ, le Soi) est dit être inexplicable, incompréhensible, et
immuable. Connaissant cet Esprit comme tel, tu ne devrais pas t’affliger. (2.25)
Bien que tu penses que cette entité vivante ou corps prend naissance et
meurt perpétuellement, même alors, O Arjuna, tu ne devrais pas t’affliger ainsi.
Car la mort est certaine pour ce qui est né, et la naissance est certaine pour
ce qui meurt. Par conséquent, tu ne devrais pas te lamenter sur l’inévitable.
(2.26-27)
Tous les êtres, O Arjuna, sont non manifestés – invisibles aux
yeux physiques – avant la naissance et après la mort. Ils se manifestent
seulement entre la naissance et la mort. Y a-t-il là de quoi s’affliger ? (2.28)
L’ESPRIT INDESTRUCTIBLE
TRANSCENDE LE MENTAL ET LA PAROLE
Certains voient l’Esprit comme une merveille, d’autres le décrivent comme
merveilleux, d’autres entendent parler de lui comme d’une merveille. Même après
avoir entendu le concernant, peu de gens le connaît. (Voir aussi KaU 2.07)
(2.29)
O Arjuna, l’Esprit qui demeure dans le corps de tous les êtres est
éternellement indestructible. Par conséquent, tu ne devrais pas pleurer pour
personne. (2.30)
LE SEIGNEUR KŖŞNA RAPPELLE
ARJUNA DE SON DEVOIR COMME GUERRIER
Ayant égard à ton propre devoir en tant que guerrier, tu ne devrais pas
être indécis. Car, il n’y a rien de plus heureux pour un guerrier qu’une guerre
juste. (2.31)
Seulement les guerriers favorisés, O Arjuna, reçoivent l’opportunité d’une
telle guerre non préméditée, qui est comme une porte ouverte vers le ciel.
(2.32)
Si tu ne veux pas combattre cette guerre juste, alors tu manqueras à ton
devoir, tu perdras ta réputation, et tu t’affligeras le péché. (2.33)
Les hommes raconteront perpétuellement ta disgrâce. Pour les honorables,
le déshonneur est pire que la mort. (2.34)
Les grands guerriers penseront que tu t’es retiré de la bataille par
crainte. Ceux qui t’on hautement estimés, perdront leur respect pour toi. (2.35)
Tes ennemis prononceront beaucoup de paroles injurieuses et mépriseront ta
capacité. Que peut-il y avoir de plus douloureux ? (2.36)
Tu iras au ciel si tué au combat (répondant au devoir), ou victorieux tu
jouiras du royaume terrestre. Par conséquent, debout donc, décidé à combattre, O
Arjuna. (2.37)
Considérant le plaisir et la souffrance, le gain et la perte, la
victoire et la défaite de la même façon, engage-toi dans ton devoir. En
accomplissant ton devoir, tu ne commettras pas de péché. (2.38)
LE SCIENCE DE KARMA-YOGA,
L’ACTION D’DÉSINTÉRESSÉE
La sagesse de la connaissance transcendantale t’a été transmise, O Arjuna.
Maintenant écoute la sagesse de Karma-yoga, le service désintéressé (Sevā), car
en y étant pénétré tu seras libéré des chaînes de l’action (Karma). (2.39)
Dans le Karma-yoga aucun effort n’est jamais perdu et il n’y a pas d’effet
adverse. Même la moindre pratique de cette discipline protège l’homme de la
grande peur de la naissance et de la mort. (2.40)
Un Karma-yogi tient une détermination résolue vers la réalisation de Dieu,
O Arjuna, mais les désires sont innombrables et diverses de l’homme qui
travaille pour jouir des fruits de son activité. (2.41)
LES VEDAS TRAITENT L’ASPECT
MATÉRIEL ET SPIRITUEL DE LA VIE
Les mal guidé prend plaisir dans le chant mélodieux de la Véda – sans
comprendre le vrai objectif des Védas – réfléchit, O Arjuna, comme si il n’y a
rien d’autre dans les Védas que des rituelles avec la seule raison d’obtenir les
jouissances célestes. (2.42)
Ils sont dominés par les désirs matériels, et considèrent l’acquisition
céleste comme étant le but le plus élevé de la vie. Ils s’engagent dans des
rites spécifiques pour cause de prospérité et de jouissance. La renaissance est
le résultat de leurs actions. (Voir aussi KaU 2.05, IsU 09) (2.43)
La détermination résolue de la réalisation du Soi n’est pas formée dans le
mental de ceux qui sont attachés aux plaisirs et au pouvoir, dont le jugement
est obscurci par ces activités ritualistes. (2.44)
Une partie des Vedas traite les trois modes ou états (Gunas) de la Nature
matérielle. Libère-toi des paires d’opposés, restes toujours équilibré et
indifférent à toutes pensées d’acquisition et de préservation. Lève-toi
au-dessus des trois états, en pleine conscience, O Arjuna. (2.45)
Pour la personne dont le Soi est réalisé les Védas sont aussi utiles qu’un
petit réservoir d’eau lorsque l’eau d’un énorme lac devient disponible. (2.46)
THÉORIE ET PRATIQUE DU
KARMA-YOGA
Tu as Adhikāra (droit, privilège) simplement sur tes devoirs
respectifs, mais pas de contrôle ou de revendication sur les résultats. Les
fruits du travail ne peuvent pas être ton motif. Tu ne devrais jamais être
inactif. (2.47)
Accomplis ton devoir le mieux possible, O Arjuna, par ton mental
attaché au Seigneur, abandonnant le souci et l’attachement intéressé aux
résultats, et reste calme dans le succès et l’échec. L’équanimité du mental est
appelée Karma-yoga. (2.48)
Le travail accompli avec des motifs égoïstes est très inférieur au service
désintéressé ou le Karma-yoga. C’est pourquoi sois un Karma-yogi, O Arjuna. Ceux
qui travaillent pour jouir des fruits de leur labeur sont vraiment malheureux.
(Car l’homme n’a pas de contrôle sur les résultats). (2.49)
Un Karma-yogi devient dans cette vie même libéré du vice autant
que de la vertu. S’efforcer de travailler le mieux possible sans être attaché
aux fruits du travail est appelé Karma-yoga. (2.50)
Les Sages Karma-yogis sont libérés des chaînes de la renaissance en
renonçant à l’attachement intéressé aux fruits de tout travail, pour atteindre
ainsi l’état de béatitude divine. (2.51)
Lorsque ton intellect aura complètement franchi le voile de confusion,
alors tu deviendras indifférent aux Écritures que tu connais et à celles qu’il
te reste à connaître. (2.52)
Lorsque ton intellect, rendu confus par les opinions contradictoires et la
doctrine ritualiste des Védas, restera ferme et inébranlable dans la
concentration sur le Suprême Être, ainsi tu atteindras l’union avec le Suprême
Être en état d’extase (Samādhi). (2.53)
Arjuna dit : O Kŗşna, quelles sont les marques d’une personne illuminée
(Sthita-prajna) dont l’intellect est ferme ? Quelle est la façon de parler d’une
personne dotée d’un intellect stable ? Comment une telle personne s’assied et
marche ? (2.54)
LES MARQUES D’UNE PERSONNE QUI
S’EST RÉALISÉE
Le Seigneur Suprême dit : Lorsqu’un être est complètement libre de tous
désirs du mental et est satisfait avec l’Éternel Être (Brahma) par la joie de
l’Éternel Être, ainsi cet homme est appelé un illuminé (Sthita-prajna), O
Arjuna. (2.55)
Une personne dont le mental est impassible au chagrin, qui ne
sollicite pas les plaisirs, et qui est complètement libérée de l’attachement, de
la peur, et de la colère, est appelée Sthita-prajna – un sage d’un intellect
ferme. (2.56)
Ceux qui n’ont aucun attachement ; qui ne sont pas transportés dans
l’obtention des résultats désirés, ni troublés par des résultats inopportuns ;
leur intellect est considéré comme fermement établi. (2.57)
Lorsque quelqu’un retire complètement ses sens des objets de perception
comme une tortue retire ses membres dans sa carapace pour se protéger, alors
l’intellect d’une personne est considéré comme fermement établi. (2.58)
Le désir pour les plaisirs sensuels s’évade lorsque l’homme s’abstient de
jouissance sensuelle, bien que le goût envers la jouissance sensuelle subsiste.
Cette envie disparaît aussi chez la personne qui a connu le Suprême Être. (2.59)
LE DANGER DES SENS NON
RESTREINTS
Les sens sans repos, O Arjuna, emportent fortement le mental,
même d’une personne sage s’efforçant vers la perfection. (2.60)
L’homme devrait fixer son mental sur Moi dans une douce
contemplation, après avoir mis les sens sous contrôle. Son intellect devient
fermement établi, lorsque ses sens se trouvent complètement maîtrisés. (2.61)
L’homme développe l’attachement aux objets des sens, en pensant
à ces objets de sens. Le désir envers les objets de sens vient de l’attachement
aux objets de sens, et la colère vient des désirs inaccomplis. (2.62)
L’illusion ou les idées sauvages parviennent de la colère. Le mental est
désorienté par l’illusion. Le raisonnement est détruit lorsque le mental est
désorienté. L’homme s’égare du droit chemin lorsque le raisonnement est détruit.
(2.63)
L’OBTENTION DE LA PAIX ET DU
BONHEUR PAR LE CONTRÔLE DES SENS ET DE LA CONNAISSANCE
Une personne disciplinée, se mouvant parmi les objets des sens sous
contrôle et libérée de tout attachement et de toute aversion, atteint la
tranquillité. (2.64)
Toutes les souffrances sont détruites en atteignant la tranquillité.
L’intellect d’une telle personne tranquille devient vite complètement ferme et
unie à l’Éternel Être (Brahma). (2.65)
Il n’y a pas de connaissance du Soi, ni de perception du Soi chez ceux qui
ne sont pas unis à l’Éternel Être (Brahma). Sans la perception du Soi il n’y pas
de paix, et sans paix il n’y a pas de bonheur. (2.66)
Le mental, lorsque contrôlé par les sens vagabonds, emporte
l’intellect comme la tempête qui dérive un vaisseau en mer de sa destination –
le rivage spirituel. (2.67)
Par conséquent, O Arjuna, l’intellect d’une personne devient ferme lorsque
les sens sont complètement retirés des objets des sens. (2.68)
Le yogi, la personne modérée, se tient éveillé lorsqu’il fait nuit pour
les autres. Il fait nuit pour le yogi lorsqu’il voit tous les autres éveillés.
(2.69)
L’homme atteint la paix intérieure don le mental a dissipé tous
les désirs sans créer moindre perturbation mental, comme l’eau d’une rivière qui
se déverse en plein océan sans le perturbé. Celui qui désire les objets
matériels ne trouve jamais la paix. (2.70)
Celui qui abandonne tous désirs, et devient libéré de tout aspiration et
d’émotion quant au « je » et « moi », atteint la paix. (2.71)
O Arjuna, ceci est l’état superconscient (Brāhmā). Atteignant cet
état, l’homme n’est plus abusé. Une fois parvenu dans cet état, même à la fin de
la vie, la personne atteint Brahma-nirvāna (ou, devient un avec l’absolu).
(2.72)
Ainsi prend fin le deuxième chapitre intitulé «La Connaissance
Transcendantale »
dans les Upanişad de la Bhagavadgītā, l’écriture de yoga, touchant la
science de l’Absolu dans la forme du dialogue entre Srīkŗşna et Arjuna.
La pitié d’Arjuna n’a rien de commun avec la compassion du Suprême Absolu.
C’est une forme de bienveillance de soi, le recul de ses nerfs devant un acte
qui lui commande de faire du mal à ses proches. Arjuna se détourne ainsi de son
devoir, mais le Seigneur Kŗşna le désapprouve.
Les Aryens, d’après quelques uns, sont ceux qui acceptent un type
particulier de culture intérieure et de pratique sociale, qui insistent sur le
courage, la courtoisie, la noblesse et la justice.
Kŗşna essaie de libérer Arjuna de ses doutes, et rappelle aussi la
doctrine de l’indestructibilité du soi, en appelle à son sentiment de l’honneur
et à ses traditions comme guerrier, lui révélant ainsi le dessein du
Suprême Absolu, tout en indiquant comment l’action doit être entreprise dans ce
monde. Voilà pourquoi il y a des âmes qui sont toujours écrasées, même par des
riens (et surtout par des riens) parce que ces riens sont au-dessus de leurs
forces ; et il y en a d’autres qui sont toujours debout et vaillantes, parce que
leurs forces spirituelles sont à la hauteur de toute épreuve.
Si nous nous représentons les victimes de toutes les pages sanglantes de
l’histoire, si nous entendons les cris d’hommes, femmes et enfants jusqu’à nos
jours, voyons ces mille formes de destruction, d’oppression et d’injustice. Nul
cœur animé de charité humaine ne peut goûter la joie dans ces conquêtes
souillées de sang.
Il est nécessaire que le monde nous laisse au cœur un grand vide. Ce vide
c’est la place du Suprême Absolu. Arjuna n’est pas poussé seulement par le
désespoir, l’anxiété et le doute, mais aussi par l’ardent désir de certitude.
Reposez-vous dans le bien du Suprême Absolu. Il y a en effet un sommeil qui ne
repose pas ; et il y a un autre sommeil qui opère la détente de l’être. Le
sommeil dans le Suprême Absolu, le sommeil de l’âme qui s’en remet pleinement à
Lui de tous ses soucis et de toutes ses peines, voilà le sommeil qui est repos.
Comme Arjuna, le yogi ou dévot doit comprendre sa misère et son ignorance, et en
même temps être anxieux de faire la volonté du Suprême Absolu, et de découvrir
ce qu’elle est.
Le sourire de Kŗşna indique qu’il perce à jour l’effort de rationalisation
d’Arjuna, ce qu’on appelle aujourd’hui pensée-désir. Mais je ne suis pas abattu
parce que je suis imparfait… et je ne veux pas que tu sois découragée parce que
la perfection, cet oiseau rare, cet oiseau du Suprême Être, s’est encore dérobée
à tes poursuites. Non, pas de découragement, précisément pour continuer ta
poursuite. La perfection de la terre c’est cette poursuite et c’est le courage
de la continuer jusqu’au bout et malgré tout. Je te conseille de sourire à tes
défauts, quand tu les regardes. Je te conseille de sourire à tes qualités, à tes
efforts, à tout ce qu’il y a de bon en toi, et à en remercier le Seigneur Kŗşna
qui t’a tout donné, Dieu Lui-même.
On explique brièvement dans le verset 2.38, la sagesse de la
philosophie du Sānkhya. « Considérant le plaisir et la souffrance, le gain et la perte, la
victoire et la défaite de la même façon, engages-toi dans ton devoir. En
accomplissant ton devoir, tu ne commettras pas de péché. » (2.38) Le Sānkhya est un
système enseigné par l’avatāra Kapila, qui procède par l’étude analytique de
l’âme spirituelle conçue comme distincte des vingt-quatre éléments de la nature
matérielle. Aussi, système d’analyse purement matériel du monde phénoménal dans
ses diverses manifestations, mis en forme par Kapila. Sānkhya-yoga est la voie
de l’approfondissement du moi spirituel comme distinct du corps matériel. Il a
pour effet d’amener l’être au bhakti yoga (l’amour pour le Suprême Absolu par le
service de dévotion), où il peut alors s’engager dans les activités spirituelles
qui lui sont propres. Le Bhakti yogi applique l’amour et la dévotion pour le
Seigneur, que caractérise l’engagement une fois purifié, des sens de l’être
distinct au service des Sens du Seigneur. Le silence mystique, il y en a
trois. Le premier est celui des paroles ; le second, celui des désirs ; le
troisième, celui des pensées.
Le premier est
parfait, le second est plus que parfait encore, le troisième l’est davantage. Le
silence des paroles sert à acquérir la vertu ; celui des désirs à trouver le
repos ; celui des pensées, à parvenir au recueillement intérieur. C’est au
silence, à l’absence de désirs et de pensées qu’on reconnaît le véritable
silence mystique pendant lequel le Suprême Absolu parle à l’âme, se communique à
elle, et lui enseigne la plus sublime, la plus parfaite des sciences. Voilà, ce
que enseigne la Bhagavad Gîtâ, la pratique par l’abandon de soi au Seigneur
Suprême, le Seigneur Kŗşna, à travers les activités dévotionnelles que le livre
enseigne. Pour finir,
Sānkhya ne se
rapporte pas au système de Kapila mais à l’enseignement des Upanishads.
L’être humain se rend capable de l’immortalité en passant par une série
de naissances et de morts. Les changements quant au corps ne signifient pas des
changements de l’âme. Aucune de ces incarnations n’est permanente. La
renaissance est une loi de la nature. Les incarnations semblent essentielles à
l’évolution de l’âme.
La vie éternelle est différente de la survie après la mort, la
réincarnation qui est accordée à tout être incarné. Être sujet au chagrin et à
la douleur, être troublé par les événements matériels, être détourné par eux du
sentier du devoir qu’il faut suivre, indique que nous sommes encore victimes de
l’ignorance.
L’être psychique est le vijnāna qui sert de base à la triple
manifestation en corps (anna), en vie (prāna), en en mental (manas).
Quand le corps physique disparaît, les gaines vitale et mentale subsistent et
sont le véhicule de l’âme.
Notre existence est brève et la mort est certaine. L’inévitabilité de
la mort ne sait pas justifier le meurtre, le suicide ou la guerre. Nous ne
pouvons pas délibérément désirer la mort des autres sous le prétexte que tous
les hommes doivent mourir. La loi des renaissances n’encourage pas les
meurtres, les massacres et les guerres inutiles, même si en certaines
circonstances afin de préserver la paix et l’ordre dans la société, l’homme doit
faire usage de l’armement militaire.
L’existence du Soi plus subtil que le corps, les émotions et l’intellect,
est une idée difficile à concevoir pour le « Je suis » (l’ego). L’individu peut,
cependant, atteindre la perfection spirituelle grâce à la pratique de certaines
disciplines et techniques. Une citerne, si profonde soit-elle, se remplit
toujours lorsque le ciel y déverse la pluie, donc qu’il se confie au Suprême
Absolu, en se conformant à ses devoirs dans le détachement, qui se trouve à la
base même de la perfection. Il expérimentera ainsi une merveilleuse extase
au-delà de toutes sensations.
L’Esprit, est ce lieu de repos, le royaume de toutes perfections et de
toutes les beautés spirituelles. Là, une lumière divine éclaire les mystères de
la foi ; là se trouvent l’humanité profonde, la résignation entière, la pureté,
la simplicité, l’innocence de la colombe, la modestie extérieure, la liberté
dans le Seigneur
Kŗşna et la pureté du cœur qui s’en suit. Bien
que la vérité du Soi soit libre d’accès pour l’humanité toute entière, seules
les rares âmes y parviennent, qui consentent à en payer le prix en discipline de
soi, persévérance et renoncement. La vérité est ouverte à tous, mais beaucoup ne
ressentent aucune inclination à la chercher ; et, parmi ceux qui ont
l’inclination il y a le doute et l’hésitation ou qui rebutent à cause des
difficultés. Seules les rares âmes réussissent à braver les obstacles pour
parvenir au but.
La lutte doit être entreprise dans un esprit de sérénité, sans céder au
bruyant désir de changement, d’être à la merci des variations affectives, mais
en accomplissant l’œuvre qui nous est assignée dans la situation où nous sommes
appelés.
Le Seigneur
Kŗşna distingue le vrai karma de la piété
ritualiste. Les sacrifices du Veda sont destinés comme récompenses matérielles.
La Bhagavad Gîtâ nous propose de renoncer à tout désir et à tout effort égoïste,
et de faire de la vie entière un sacrifice offert avec une dévotion réelle. Il
est bon de choisir un gourou, un maître spirituel qu’on désire imiter et pour
lequel on aura beaucoup de dévotion. Si un gourou veut avoir un ministère riche
en moissons spirituelles, qu’il ne recherche pas la conduite des âmes, car les
âmes viendront à lui au moment opportun. Le véritable moyen d’agir utilement,
c’est de ne pas faire le maître ni de chercher à le paraître. Peu de paroles et
de raisonnements sont nécessaires pour produire de grands effets, si un maître
spirituel souhaite sincèrement que ses disciples aiment la vertu et que leur
amour pour le Suprême Absolu soit pur et parfait. Sachez aussi, qu’il n’y a pas
de meilleur gourou que la Gîtâ. L’âme en qui naît l’abstraction pourra marcher à
sa perte, si elle tombe entre les mains d’un gourou sans expérience lui
conseillant la discipline spirituelle. Tout cela nous prouve combien, dans la
voie mystique et spirituelle, un guide expérimenté est nécessaire. Pour s’armer
conter certains gourou, allez à l’adresse suivante :
http://www.gita-society.com/guru4.htm
Le verset 2.47 bien connu contient le principe essentiel du
désintéressement. Quand nous accomplissons notre tâche, quelle soit comme paysan
ou ouvrier, chanteur ou penseur, nous serons détournés du désintéressement si
nous pensons à la renommée, ou aux revenus ou à toute autre considération
extérieure. Mais rien ne vaut excepté la bonne volonté, l’accomplissement du
dessein de Dieu.
On doit agir avec une sérénité sans égale et dans l’indifférence pour
les résultats. La personne qui agit en vertu d’une loi intérieure est à un degré
plus élevé que celui dont l’action est à la merci de ses fantaisies.
Un Karma yogi s’élève au-dessus de la morale et de sa distinction entre le
bien et le mal ; il est libéré de l’égoïsme et par conséquent incapable de mal.
La Gîtâ yoga est aussi l’égalité du mental dans le succès ou l’échec, chez lui
qui est engagé dans l’accomplissement de ses devoirs, tandis que son mental
demeure en le Suprême Absolu.
Sthita-prajna :
situation au plus haut niveau de la conscience mentale.
Commentaires sur les versets 2.54 -55. Lorsque l’âme est anéantie,
lorsqu’elle est complètement dépouillée, elle goûte dans son être supérieur une
paix profonde et un délicieux repos, car c’est dans « la Présence » qu’il
demeure. Dans cet heureux état, elle ne veut, elle ne désire que ce que veut et
désire le Seigneur
Kŗşna, et c’est dans cet esprit que l’âme
accepte tous les événements, travaux et angoisses, ainsi que les consolations et
les plaisirs. Une âme entrée dans le ciel de la paix se sent pleine du Suprême
Absolu, comblée de dons surnaturels, parce que le pur amour est son appui, et
qu’elle se plaît dans la lumière comme dans les ténèbres, dans le jour comme
dans la nuit, dans l’affliction comme dans la consolation.
Lorsque l’âme est dominée passionnément par les plaisirs de ce monde,
sa mémoire est perdue, son intelligence obscurcie à tout ce qui est normal et
naturel dans le cadre de la création et par conséquent des lois cosmiques, et
l’homme va à sa ruine. Ce qui est nécessaire n’est pas l’isolement forcé du
monde, ni la destruction de la vie sensible, mais une retraite à l’intérieur.
Haïr les sens est aussi critiquable que les aimer.
Quand tous les humains sont attirés par l’éclat des objets des sens, le
sage est concentré dans la réalité. Il est éveillé à la nature du réel, à
l’égard de laquelle le mondain est endormi ou indifférent. L’homme n’est dans
l’illusion que quand il suit ses convoitises ou ses attraits, ses raisonnements,
ses connaissances ou ses affections. Quelle heureuse fortune pour le yogi ou
dévot de pouvoir ce délivrer de la maison de la sensualité mal dirigée. Le plan
des contraires qui est le jour ou l’état d’activité pour le mondain, est nuit,
ténèbres de l’âme, pour le yogi ou dévot.
Brahma-nirvāna, c’est l’extinction de l’ego dans le plus haut Moi
intérieur spirituel ; mieux encore, l’immersion du moi personnel dans
l’existence infinie. L’âme ne saurait parvenir à l’union intime et affective
avec le Suprême Absolu, si le cœur n’est pas net, si les sens ne sont pas
purifiés. Il faut pour y atteindre que la mémoire soit vide, le mental éclairé,
la volonté soumise et ardente, car le Suprême Absolu étant la pureté, la lumière
et le repos même, ne peut accepter que l’âme totalement pure, le savoir juste,
détachée, attentive et paisible. Le nirvana, c’est la libération ultime de l’âme
qui l’unit éternellement au Suprême Absolu, Dieu le Seigneur
Kŗşna.
Chapitre 3
LA VOIE DE KARMA YOGA (Action, Altruisme)
Arjuna dit : Si tu considères que l’acquisition de la connaissance
transcendantale est préférable à celui du travail, pourquoi alors m’incites-tu à
m’engager dans cette terrible guerre, O Kŗşna ? Apparemment, tu sembles
confondre mon mental par des paroles contradictoires. Donne-moi, en toute
certitude, un moyen par lequel je puisse atteindre le Suprême. (3.01-02)
Le Seigneur Suprême dit : Dans ce monde, O Arjuna, il y a une
double voie de discipline spirituelle comme Je l’ai déjà dit dans le passé. La
voie de la connaissance du Soi (Jnāna-yoga) pour les contemplatifs, et la voie
du travail désintéressé (Sevā, Karma-yoga) pour les actifs. (3.03)
L’homme n’atteint pas la libération des chaînes de Karma en s’abstenant de
travailler. Personnes atteint la perfection en renonçant simplement au travail.
(3.04)
Car, personne ne peut demeurer, ne serait-ce qu’un instant sans action.
Chacun est contraint d’agir – vraiment sans aide – par les forces de la nature.
(3.05)
Le simulateur, qui refrène ses organes d’action mais se complaît
mentalement dans la jouissance des sens, est appelé un hypocrite. (3.06)
ON DEVRAIT SERVIR LES AUTRES
Celui qui contrôle les sens par le mental et l’intellect éduqués et
purifiés, engageant les organes d’action au service désintéressé, est supérieur,
O Arjuna. (3.07)
Accomplis ton devoir prescrit, car vraiment le travail vaut mieux que de
rester inactif. Même le maintien de ton corps ne peut s’effectuer sans travail.
(3.08)
Les êtres humains sont liés par la chaîne Karmique des activités, à
l’exception de ceux accomplies par le service désintéressé (Sevā, Yajna). Par
conséquent, O Arjuna, libère-toi de l’attachement égoïste aux fruits du travail,
et accomplis avec efficacité ton devoir comme un service qui M’est rendu. (3.09)
S’ENTRAIDER EST UN PREMIER
COMMANDEMENT DU CRÉATEUR
Brahmā, le créateur, au commencement créa les êtres humains ensembles avec
le service désintéressé (Sevā, Yajna, sacrifice), et dit : Par Yajna (en
servant) tu prospèreras et Yajna satisfera tous tes désirs. (3.10)
Nourris les régnants célestes (Devas) par le service désintéressé (Sevā,
Yajna), et les Devas te nourriront. Ainsi, vous nourrissant mutuellement, tu
atteindras le but Suprême. (3.11)
Les régnants célestes (Devas), nourris par le service désintéressé (Sevā,
Yajna), te donneront les objets désirés. Celui qui jouit des dons des Devas sans
rien leur offrir en retour est vraiment un voleur. (3.12)
Les justes qui mangent les restes du service désintéressé (Sevā, Yajna)
sont libérés de tous les péchés, mais les impies qui préparent la nourriture
pour eux seuls (sans d’abord M’en offrir, ou partager avec autrui) vraiment
mangent le péché. (Voir aussi RV 10.117.06) (3.13)
Les êtres vivants sont nés de la nourriture de graines, les grains sont
produits par la pluie, la pluie vient (comme une faveur des Devas) si le devoir
(Karma) est accompli en tant que service désintéressé (Sevā, Yajna). (Voir aussi
4.32) Le devoir est prescrit dans les Védas. Les Védas viennent de Brahman
(l’Éternel Être). Donc, le Brahman omniprésent est toujours présent dans la
Sevā. (3.14-15)
Celui qui ne M’aide pas à maintenir la roue de la création en
mouvement par le devoir sacrificiel (Sevā), et se complaît dans les plaisirs
sensuels, cette personne dans le péché vit en vain, O Arjuna. (3.16)
L’homme qui se réjouit uniquement dans l’Éternel Être (Brahman), qui fonde
ses délices dans l’Éternel Être, et qui trouve le contentement dans l’Éternel
Être seul, est une personne qui a réalisé le Moi, pour qui il n’y a pas de
devoir. (3.17)
Une telle personne n’à aucun intérêt, ni dans l’action ou l’inaction.
Celui qui a réalisé le Moi ne dépend de personnes pour aucun intérêt qui soit
sien (sauf de Dieu). (3.18)
LES DIRIGEANTS DEVRAIENT MONTRER
L’EXEMPLE
Par conséquent, accomplis ton devoir efficacement et sans
attachement égoïste aux résultats, car en accomplissant le travail sans
attachement, l’homme atteint le Suprême Être. (3.19)
Le Roi Janaka et autres ont atteint la perfection (ou, la
réalisation du Soi) par le service désintéressé (Karma-yoga) seul. Toi aussi
accomplis ton devoir en vue de guider le monde, et pour le bien-être universel
de la société. (3.20)
Quoi que fasse une noble personne, d’autres suivent. Quelque soit le
modèle qu’ils représentent, le monde suit. (3.21)
O Arjuna, il n’y a rien dans ces trois mondes (ciel, terre, et les régions
inférieures) que Je doive faire, ni rien à obtenir qui n’ait été obtenu ;
pourtant Je reste engagé dans l’action. (3.22)
Si Je ne suis pas inlassablement engagé dans l’action, O Arjuna, les
hommes de toutes manières suivraient Ma voie. Les mondes périraient si Je
cessais d’agir, Je serais la cause de confusion et de destruction pour tous les
hommes. (3.23-24)
QUE DEVRAIT FAIRE LE SAGE À
L’IGNORANT
Comme l’ignorant agit avec attachement aux fruits du travail, O Arjuna, de
même l’homme sage travaille sans attachement pour le bien-être de la société.
(3.25)
Le sage ne devrait pas troubler le mental des ignorants qui sont
attachés aux fruits du travail, mais l’illuminé devrait inspirer les autres par
l’accomplissement de tous travaux, sans attachement intéressé. (Voir aussi 3.29)
(3.26)
TOUTES LES ACTIONS SONT LES
ACTIVITÉS DE LA NATURE
Tous les travaux sont accomplis par l’énergie et la force de la
nature ; mais à cause de l’ignorance illusionniste, les gens assument en être
les faiseurs. (Voir aussi 5.09, 13 :29, et 14.19) (3.27)
Celui qui connaît la Vérité, O Arjuna, quant au rôle des forces de la
nature et leur activité, ne devient pas attaché à l’activité. Une telle personne
sait que ce sont les forces de la nature qui agissent avec leurs instruments –
nos organes. (3.28)
Ceux qui sont égarés par la force illusoire (Māyā) de la Nature deviennent
attachés aux fonctions des forces de la Nature. Les sages ne devraient pas
troubler le mental des ignorants dont la connaissance est imparfaite. (Voir
aussi 3.26) (3.29)
Accomplis ton devoir en Me dédiant toutes actions avec une
orientation spirituelle mentale libérée de tout désir, d’attachement, et de
fièvre mentale. (3.30)
Ceux qui pratiquent constamment Mon enseignement – avec foi (ou, avec une
pleine attention et sincérité) et ne se fiant pas à la critique – sont libérés
des chaînes du karma. Mais, ceux qui méprisent Mon enseignement et ne le
pratique pas, considère les comme dénués de toute connaissance, inanimés, et
perdues. (3.31-32)
Tous les êtres suivent leur propre nature. Même les sages agissent d’après
leur propre nature. Quelle est alors l’utilité de la restriction des sens ?
(3.33)
DEUX PIERRES D’ACHOPPEMENT SUR
LA VOIE DE LA PERFECTION
L’attachement et l’aversion (Rājā et Dveşa) pour les objets de
sens résident dans les sens. Que nul ne vienne sous le contrôle de ces deux, car
vraiment ils sont deux pierres d’achoppement majeures, sur la voie de la
réalisation du Soi. (3.34)
Le travail inférieur et naturel de l’homme est préférable au travail
supérieur dénaturé. Il est préférable de mourir en accomplissant son travail
naturel. Le travail dénaturé produit beaucoup trop de tension. (Voir aussi
18.47) (3.35)
LE DÉSIR EST À L’ORIGINE DU
PÉCHÉ
Arjuna dit : O Kŗşna, par quoi l’homme est-il poussé à commettre le péché,
tout comme contre son gré et forcé contre sa propre volonté ? (3.36)
Le Suprême Seigneur dit : C’est le désir (Kāmā) né de la passion
(Rajo Guna) qui devient colère (lorsque inaccompli). Le désir est insatiable et
est un grand démon. Sache que c’est le grand ennemi. (3.37)
Comme le feu est enveloppé par la fumée, comme un miroir est
recouvert de poussière et l’embryon par l’amnios, de même la connaissance de Soi
(Brahma-jnana) s’obscurcit par le désir. (3.38)
O Arjuna, la connaissance de Soi (Brahma-jnana) s’enveloppe
ainsi par l’insatiable feu du désir, l’éternel ennemi du sage. (3.39)
Les sens, le mental, et l’intellect sont, dit-on, le siège du
désir (Kāma). Kāma – en contrôlant les sens, le mental, et l’intellect – égare
la personne de la connaissance du Soi (Jnana). (3.40)
Par conséquent, O Arjuna, en contrôlant d’abord les sens, détruis ce démon
du désir matériel qui ruine la connaissance et la réalisation du Soi.
(3.41)
COMMENT CONTRÔLER LE DÉSIR
On dit que les sens sont supérieurs au corps, le mental supérieur aux
sens, l’intellect supérieur au mental, et Atmâ (Esprit) supérieur à l’intellect.
(Voir aussi KaU 3.10, et Gîtâ (6.07-08) (3.42)
Connaissant le Soi (Atmâ) comme étant supérieur à l’intellect,
et contrôlant le mental par l’intellect (qui est purifié par des pratiques
spirituelles), on doit tuer le désir (Kāma) cet ennemi puissant, O Arjuna.
(3.43)
Ainsi prend fin le troisième chapitre intitulé «La Voie de Karma Yoga »
dans les Upanişad de la Bhagavadgītā, l’écriture de yoga, touchant la
science de l’Absolu dans la forme du dialogue entre Srīkŗşna et Arjuna.
Une succession disciplique, tradition, ou actions sont authentiques
quand elles éveillent une réponse adéquate à la réalité qu’elles présentent, et
valables quand le mental vibre en réponse à sa présentation. L’intention est
toujours nécessaire, comme caractère de la connaissance, et plus généralement de
toute la psychologie humaine, qui fait qu’elle s’oriente sur un objet qui lui
est transcendant. La phénoménologie moderne, à la suite de Husserl, a montré
comment la considération de l’intention est essentielle à toute compréhension de
l’acte de connaître, de conférer, et de faire.
Le Seigneur Kŗşna distingue, deux grands types de chercheurs : les
introvertis dont la tendance naturelle est d’explorer la vie spirituelle
intérieure, et les extrovertis dont l’inclination naturelle va vers l’action
dans le monde extérieur. En autres termes, le mystique (yogi, dévot) de la vie
intérieure traite avec la vie évoluante du Dieu intérieure, ainsi du centre à la
périphérie. Le mystique monte par l’aspiration et une intense dévotion vers le
Suprême Absolu macrocosmique et microcosmique, ou le Maître qu’il reconnaît. Le
mystique (yogi, dévot) extroverti, s’occupe de la forme et de la manifestation
extérieure du Suprême Absolu du dedans au dehors, et œuvre par l’activité.
Correspondant à ces deux caractères nous avons le yoga de la connaissance pour
ceux dont l’être intérieur cherche l’essor de la contemplation intérieure, et le
yoga de l’action pour les âmes énergiques qui se lancent vers l’action.
Cependant, cette distinction n’est pas finale, car nous sommes tous, à nos
degrés divers, à la fois introvertis et extrovertis. Pour la Bhagavad Gîtâ la
voie des œuvres est un moyen de libération tout aussi valable que celle de la
connaissance ; et l’une et l’autre est destinée à ces deux classes. Elles ne
sont pas exclusives mais complémentaires. La voie est un seul tout, impliquant
des phases différentes. L’action désintéressée, c’est simplement libérer de
l’énergie cosmologique. Exemple : « Dans l’action d’abord, j’adhère à la
puissance créatrice du Suprême Absolu ; je coïncide avec elle ; j’en deviens,
non seulement, l’instrument, mais le prolongement vivant. » Agir dans le
désintéressement, c’est également s’unir au Suprême Absolu. Mais, s’unir, c’est
se transformer en un plus grand que soi. Agir dans le détachement, c’est
finalement sortir du matériel, de l’immédiat, de l’égoïsme, pour avancer dans la
Vérité Une qui constamment évolue. Autant comme introvertis et extrovertis, nous
appliquons notre volonté à la réalisation du progrès. Encore, dans la vie
intérieure, c’est le Seigneur qui opère. La vie pleine de dévotion et de vertu
devient plus forte ; les liens se rompent ; les imperfections disparaissent ;
les passions s’évanouissent et l’âme se trouve libre. Dans la voie extérieure,
on s’efforce également d’accomplir sans cesse des actes vertueux, on essaie par
tous les moyens d’arracher le vice, de déraciner l’un après l’autre de la nature
humaine les attachements.
Dans le Nouveau Testament de la Bible, l’apôtre Paul pareillement
écrit : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. » (2
Th.3.10) La loi naturelle est que nous sommes liés par les résultats de nos
actes dans le détachement. Tout acte a ses réactions naturelles, et ainsi est
source d’enchaînement à la vie de chaque jour, lequel renvoie l’âme au monde du
devenir et empêche son union avec le Suprême Absolu à travers la transcendance
cosmique. Par conséquent, ce qui est exigé, ce n’est pas le renoncement à
l’action, mais l’abandon total aux désirs égoïstes.
Tant que nous vivrons des vies incarnées, nous ne pourrons échapper à
l’action.
Sevā : service désintéressé à l’humanité. Yajna : (Yajnya, Yagnya) :
Sacrifice, service, Sevā, actes méritoires, un rituel Védique (3.9).
Des dieux (voir chapitre 7)
Brahman : le Réel Suprême, indivisible et infini, hors de quoi rien
d’autre réellement n’existe.
Brahma-nirvāna : extinction de l’ego dans le plus haut Moi
intérieur spirituel.
Brāhmī-sthiti : état de stabilité en Brahman.
L’action a sa racine dans l’Impérissable. Sans l’action du Suprême Absolu,
le monde tomberait en ruines. Nous lisons dans le Rg-Veda (X, 90) que l’Unique
Purusa fut offert en sacrifice, et que ses membres furent dispersés dans toutes
les régions de l’espace. C’est par la grande action que le plan du monde est
maintenu. L’action est une nécessité mentale aussi bien que physique pour les
êtres incarnés.
La conception Védique du sacrifice et le service désintéressé sont
comme un échange entre les dieux (devas) et les hommes dans le cadre plus large
de l’interdépendance des êtres dans le Cosmos. Les actes accomplis dans un
esprit sacrificiel sont agréables au Suprême Absolu. Dieu est le contenu de tous
les sacrifices. L’apôtre Paul (Bible) : « Je vous exhorte donc, frères, par les
compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint,
agréable à Dieu, qui sera de votre part un culte raisonnable. (Rom. 12.1) »
L’amour de soi-même est comme un monstre, il faut le vaincre, et ce n’est que
par cette victoire qu’on arrive au sommet de la montagne de Paix, le Nirvāna (la
libération des cycles interminables de transmigration). Le sacrifice est le
Suprême Absolu, et la loi de la vie. L’être individuel et le cosmos sont
interdépendants, ayant un constant échange entre les deux.
Janaka fut le Roi de Mithilā et le père de Sitā, femme de Rāma. Le Roi
Janaka gouverna en abandonnant le sentiment personnel d’être l’agent. Samkara
lui-même dit que Janaka et les autres agirent pour que le peuple ne puisse pas
s’égarer, convaincus que leur sens seuls étaient engagés dans l’activité.
La Gîtâ souligne que les sages sont les pionniers qui tracent les voies
suivies par les autres. L’homme imite les modèles fixés par ces élites.
La vie du Suprême Absolu et la vie de tous les jours ne sont pas opposés
l’une à l’autre.
Le Suprême Absolu, par son activité ininterrompue, maintient le monde
et l’empêche de retomber dans la non-existence.
Qu’on ne trouble personne. Il ne faut pas affaiblir la dévotion
religieuse, quelle qu’elle soit. Le devoir, le sacrifice et la charité semblent
être à la base de toutes les religions. Le caractère absolu de la doctrine
théologique de n’importe quelle religion est incompatible avec le caractère
mystérieux de la Vérité Une au fondement d’une religion. La foi est plus grande
que la croyance.
L’âme vivante égarée s’attribue à elle-même les actes de Prakrti.
Prakrti : Nature, énergie créatrice. (Gîtâ 7.4) Prakrti et ses modes
représentent les limites de la liberté humaine telles que la force de l’hérédité
et la pression du juste milieu. Le moi expérimental est le produit des actions,
de même que l’ensemble du processus cosmique résulte de l’opération des causes.
Nous ne pouvons en aucun cas troubler ceux qui agissent sous l’impulsion
de la Nature. Il faut les libérer en temps opportun, et petit à petit de la
fausse identification du soi avec l’ego soumis à la nature. Le vrai soi est le
Soi divin, à tout jamais libre et conscient de soi. Le faux soi est l’ego qui
est portion de la nature, et reflète les activités de
Prakrti.
En nous abandonnant au Seigneur Suprême qui préside à l’existence et à
l’activité cosmique, nous sommes appelés à nous engager dans l’action, le
travail.
Verset 33 nous invite à découvrir notre être véritable et à lui
donner expression.
Prakrti est l’équipement mental avec lequel
nous naissons, qui est le résultat de nos actes passés, et dont l’activité doit
suivre son court, pour finalement abandonner toutes les impulsions néfastes. Si
nous voulons atteindre la perfection, il faut que nous soyons forts d’une
certaine assurance en la miséricorde divine, dans toutes nos imperfections et
dans toutes les fautes où nous pourrions succomber. Au court de la vie, c’est
par les petites chutes que le Suprême Absolu, notre Seigneur, nous fait éviter
les grandes, et nous sommes ainsi rendus humbles et vigilants, ce dont nos âmes
ont vraiment besoin. Saint Augustin, ce grand sages connu de par le monde dit :
« Ascendamus etiam per vitia et passiones nostras. (Pour monter au ciel,
servons-nous même de nos vices et de nos passions.) » L’homme doit agir
conformément à la compréhension. De point de vue de notre incarnation largement
comprise d’ailleurs, le détachement, le renoncement devient avant tout le fait
de ne pas chercher tant de choses, mais de chercher dans toute chose ce qui est
plus grand , plus parfait et donc plus pure.
Finalement, pour résumer, ce chapitre expose la nécessité d’accomplir
l’action sans aucun attachement égoïste pour ses résultats, en vue d’assurer le
bien du monde. C’est le détachement, non par coupure, mais par traversée et
sublimation. La spiritualité non plus par négation ou évasion, mais par
émergence. C’est le bien du monde en comprenant que l’énergie active appartient
aux modes de Prakrti ou au Suprême Absolu lui-même.
Chapitre 4
LA VOIE DE LA RENONCIATION PAR LA CONNAISSANCE
Le Suprême Seigneur dit : J’ai enseigné ce Karma-yoga, la science
éternelle de l’action correcte, au Roi Vivasvān. Vivasvān l’a enseigné à Manu.
Manu l’a enseigné à Ikşvāku. Ainsi, transmis de l’un à l’autre en succession
disciplique les saints Rois ont connu ce (Karma-yoga). A la longue la science de
Karma-yoga s’est perdue sur cette terre. Aujourd’hui, Je te décris cette même
ancienne science, car tu es Mon dévot et ami sincère. Karma-yoga est vraiment un
secret suprême. (4.01-03)
Arjuna dit : Postérieure a été ta naissance, mais antérieure dans les
temps anciens fut la naissance de Vivasvān. Comment donc pourrais-je comprendre
que Tu as enseigné ce yoga au début de la création ? (4.04)
Le Suprême Seigneur dit : Toi et Moi avons pris de nombreuses naissances.
Je Me souviens de toutes, O Arjuna, mais toi tu ne t’en souviens pas. (4.05)
Bien que Je sois éternel, immuable, et le Seigneur de tous les êtres ;
néanmoins, Je Me manifeste en contrôlant Ma propre Nature matérielle en usant
Mon énergie potentielle divine (Yoga-māyā). (Voir aussi 10.14) (4.06)
Chaque fois qu’il y a un déclin du Dharma (Justice) et une prédominance du
Adharma (Injustice), O Arjuna, alors Je Me manifeste. J’apparais de temps en
temps pour la protection du bien, la transformation des méchants, et pour
l’établissement de l’ordre mondial (Dharma). (Voir aussi TR 1.120.03-04)
(4.07-08)
Celui qui comprend vraiment Mon apparition transcendantale et Mes
activités (de la création, maintenance, et dissolution), atteint Ma demeure
suprême et ne naît plus après avoir quitté ce corps, O Arjuna. (4.09)
En prenant refuge en Moi, devenant pleinement absorbés en Mes pensées et
purifiés par le feu de la connaissance du Soi ; nombreux sont ceux libérés de
l’attachement, la peur, la colère, et qui ont atteint le salut (Mukti). (4.10)
LA VOIE DE L’ADORATION ET DE LA
PRIÉRE
Quelle que soit la manière dont les hommes Me rendent un culte,
J’accomplis leurs désirs en conséquence. Les hommes Me rendent un culte pour des
motifs différents. (4.11)
Ceux qui aspirent le succès dans leur travail ici-bas, rendent un culte
aux régnants célestes (Devas). Le succès dans le travail se réalise très vite
dans le monde humain. (4.12)
LA RÉPARTITION DU TRAVAIL EST
BASÉE SUR L’APTITUDE DES PERSONNES
Les quatre divisions – basées sur l’aptitude et la vocation de
la société humaine ont été crées par Moi. Bien que je sois l’auteur de ce
système, divisionnaire du travail, on devrait savoir que Je ne fais rien
(directement) et que Je suis éternel. (Voir aussi 18.41) (4.13)
L’activité ne M’affecte pas, car Je n’ai pas de désir pour les fruits du
travail. Celui qui comprend et pratique complètement cette vérité n’est pas lié
au Karma. (4.14)
Les anciens aspirants à la libération se sont également engagés à
accomplir leurs devoirs avec connaissance. Par conséquent, tu devrais accomplir
ton devoir comme firent les anciens. (4.15)
L’ACTION ATTACHÉE, DÉTACHÉE ET
INTERDITE
Même les sages sont troublés quand il s’agit de déterminer ce que sont
l’action et l’inaction. Par conséquent, Je vais clairement t’expliquer ce qu’est
l’action afin que, le sachant, on soit libéré du mal de la naissance et de la
mort. (4.16)
La vraie nature de l’action est difficile à comprendre. Par conséquent,
l’homme devrait connaître la nature de l’action attachée, de la nature détachée
de l’action, et aussi la nature de l’action interdite. (4.17)
UN KARMA-YOGI N’EST PAS
ASSUJETTI AUX LOIS KARMIQUES
Celui qui voit l’inaction dans l’action, et l’action dans
l’inaction, est une personne intelligente. Cette personne est un yogi et a tout
accompli. (Voir aussi 3.05, 3.27, 5.08 et 13.29) (4.18)
Une personne dont les désirs sont devenus désintéressés ayant été
consommés dans le feu de la connaissance de Soi, est appelée un sage par les
hommes avisés. (4.19)
Celui qui a abandonné l’attachement égoïste aux fruits du
travail, et reste toujours satisfait et ne dépend de personne sauf de Dieu, une
telle personne bien qu’il soit engagé dans l’activité, ne fait absolument
rien, et ne court pas le risque de la réaction Karmique. (4.20)
Celui qui est libéré des désirs, dont le mental et les sens sont sous
contrôle, et qui a renoncé à tout droit de propriété, ne s’attire pas le péché –
ni la réaction Karmique – en agissant avec son corps. (4.21)
Satisfait de ce qui vient d’une façon naturelle par Sa volonté, sans
affection des paires des opposés, libéré de l’envie, équanimité dans le succès
et l’échec, alors qu’il est engagé dans le travail, un tel Karma-yogi n’est pas
lié au Karma. (4.22)
Celui qui est libéré de l’attachement, dont le mental est fixé dans la
connaissance du Soi, qui travaille dans un esprit de service (Sevā) au Seigneur,
tous les liens Karmiques d’une telle personne philanthropique (Karma-yogi) sont
dissoutes. (4.23)
L’Éternel Être (Brahman) est l’oblation. Brahman est le beurre
clarifié. L’oblation est versée par Brahman dans le feu de Brahman. Brahman sera
réalisé par celui qui considère tout comme (une manifestation, ou) un acte de
Brahman. (Voir aussi 9.16) (4.24)
DIFFÉRENTS TYPES DE PRATIQUES
SPIRITUELLES OU SACRIFICES
Certains yogis accomplissent le service du culte aux régnants célestes
(Devas), alors que d’autres offrent le sacrifice par le soi dans le feu de
l’Éternel Être (Brahman) en accomplissant le sacrifice de la connaissance du
Soi. (4.25)
Certains offrent leur ouïe et les autres leur sens en sacrifice dans le
feu de la maîtrise, d’autres offrent le son et d’autres les objets des sens
(comme sacrifice) dans le feu des sens. (4.26)
D’autres offrent toutes les fonctions des sens, et les fonctions des cinq
bio-impulsions (Prāna) comme sacrifice dans le feu de la maîtrise de soi, allumé
par la connaissance du Soi. (4.27)
D’autres offrent la richesse, leur austérité, et leur pratique du yoga en
sacrifice, tandis que les ascètes aux vœux sévères offrent leur étude des
Écritures et leur connaissance en sacrifice. (4.28)
Ceux qui sont engagés dans des pratiques yogiques, parviennent à l’état
essoufflé d’extase (Samādhi) en offrant l’inhalation dans l’exhalation, et
l’exhalation dans l’inhalation en sacrifice (en utilisant de brefs techniques
respiratoires Kriyā). (4.29)
D’autres restreignent leur nourriture, et offrent leurs inhalations en
leurs inhalations. Ils sont tous des connaisseurs en sacrifice, et sont purifiés
par leur sacrifice. (4.30)
Ceux qui accomplissent le service désintéressé (Sevā, Yajna)
obtiennent le nectar de la connaissance qui découle de leur sacrifice et
atteignent l’Éternel Être (Brahma). O Arjuna, même ce monde n’est pas un lieu
heureux pour celui qui n’offre aucun sacrifice, quelle serait alors sa part dans
l’autre monde ? (Voir aussi 4.38, et 5.06) (4.31)
Plusieurs types de disciplines spirituelles sont déployés dans les Védas.
Sache que tous sont nés de Karma ou de l’action du corps, du mental et des sens.
Sachant cela, tu obtiendras le salut (Mokşa, Nirvāna). (Voir aussi 3.14) (4.32)
ACQUÉRIR LA CONNAISSANCE
TRANSCENDANTALE EST SUPÉRIEUR À LA PRATIQUE SPIRITUELLE
Le sacrifice de la connaissance est supérieur qu’aucun sacrifice
matériel, O Arjuna. Car, toutes actions sans exception culminent dans la
connaissance. (4.33)
Cherche la connaissance transcendantale d’une personne qui a
réalisé le Soi en te prosternant humblement, par la recherche sincère, et par le
service. Les sages qui ont réalisé la Vérité t’instruiront. (4.34)
Quand tu auras connu la science transcendantale, O Arjuna, tu ne seras
plus aussi confus. Avec cette connaissance tu verras la création toute entière
dans ton Soi, et ainsi en Moi. (Voir aussi 6.29, 6.30, 11.07, 11.13) (4.35)
Même si une personne est la plus grande de tous les pécheurs, il
traversera quand-même l’océan du péché par le seul radeau de la connaissance du
Soi (Brahma-jnāna) (4.36)
De même que le feu ardent réduit le bois en cendre, le feu de la
connaissance du Soi (Brahma-jnāna) réduit en cendres les liens de Karma, O
Arjuna. (4.37)
LA CONNAISSANCE TRANSCENDANTALE
EST AUTOMATIQUEMENT RÉVÉLÉE AU KARMA-YOGI
En vérité, il n’y a pas de purificateur plus grand dans ce monde
que Jnāna, la vraie connaissance du Suprême Être (Para-Brahman). Celui qui
devient purifié par Karma-yoga découvre la connaissance au-dedans, évidemment en
temps opportun. (Voir aussi 4.31, et 5.06, 18.78) (4.38)
L’homme plein de foi, qui est sincère dans les pratiques yoguiques ; et,
qui a le contrôle des sens, acquiert la connaissance transcendantale. Possédant
cette sagesse, il parvient directement à la paix suprême. (4.39)
L’irraisonnable, l’homme sans foi, l’incroyant (l’athée) périt. Ni dans ce
monde, ni dans l’autre, aucun bonheur n’est pour l’incroyant. (4.40)
LA CONNAISSANCE TRANSCENDANTALE
ET LE KARMA-YOGA SONT L’UNE ET L’AUTRE NÉCESSAIRE POUR NIRVANA
Les œuvres (Karma) ne lient pas celui qui a renoncé au travail – en
renonçant aux fruits du travail – par Karma-yoga, et dont les doutes (concernant
le Soi) sont complètement détruits par Viveka, l’application de la connaissance
du Soi, O Arjuna. (4.41)
Par conséquent, tranche avec l’épée de la connaissance de Soi, le doute en
ton mental né de l’ignorance, et que tu aies recours au Karma-yoga, ainsi
lève-toi et combats, O Arjuna. (4.42)
Ainsi prend fin le quatrième chapitre intitulé «La Voie de la Renonciation
par la Connaissance »
dans les Upanişad de la Bhagavadgītā,
l’écriture de yoga, touchant la science de l’Absolu dans la forme du dialogue
entre Srīkŗşna et Arjuna.
Une succession disciplique est vraiment authentique quand elle éveille
une réponse adéquate à la réalité qu’elle présente. Elle est seulement valable
quand notre mental vibre en réponse à sa présentation. Si ce résultat n’est pas
atteint la grâce passe outre, et choisit de nouveaux instructeurs. Les grands
instructeurs n’affichent aucune exigence à l’originalité ; ils affirment
seulement qu’ils enseignent la Vérité Une de toujours, qui est la norme
définitive que l’on retrouve à la base de toutes les religions et philosophies.
Chaque fois qu’il y a une nécessité sur terre, le Divin descend
jusqu’au niveau terrestre pour l’élever à un degré supérieur. Le Suprême
Absolu descend pour que l’homme puisse monter. Les religions théistes, qui non
seulement croient en Dieu, Suprême Absolu, mais qui également attribuent leurs
lois à Dieu, ont quelque peu varié entre elles quant au sens de la révélation.
Le concept de révélation semble, chez elles, se réduire à deux notions de base :
ou bien Dieu, le Suprême Absolu, envoie Son message, par un ange ou directement
dans l’esprit de l’élu, par l’inspiration, ou bien Dieu s’incarne dans un homme,
et c’est par la bouche de celui-ci que Dieu parle comme par le Seigneur
Kŗşna, agit par ses mains, et désire par son
cœur. Le Seigneur Kŗşna est un Avatār, la descente du Divin dans le monde
humain. Chaque fois que pâlit la justice, et que croît l’injustice, le Suprême
Absolu vient par intermédiaire, et dévoile la forme d’existence à laquelle les
âmes humaines doivent s’élever. La naissance de l’être sans naissance signifie
la révélation du mystère dans l’âme des hommes. Le Suprême Absolu, bien
qu’ingénéré et immortel, se manifeste en une forme humaine pour triompher des
forces de l’ignorance et de l’égoïsme. L’Avatar accomplit une variété de
fonctions dans le développement cosmique, et confirme qu’il n’y a pas
d’opposition dans tout l’univers entre la vie spirituelle et la vie naturelle.
Si notre monde est imparfait et sous l’empire des sens et du mal, notre devoir
yogique est de le sauver pour le Suprême Esprit ; en présentant à l’humanité un
modèle de vie spirituelle à l’exemple du Seigneur Kŗşna, de Bouddha, de Moïse,
de Jésus, et de Mohammed pour en citer quelques uns. En résumé, l’Avatar indique
la voie par où les hommes pourront s’élever de leurs modes d’existence animale
(n’est pas exagéré de dire), à un mode d’existence spirituelle. Il y va de
pacifier le sanctuaire du cœur qui devrait donc être le soin principal, et
exercice continuel, afin que le Suprême Absolu puisse en faire Sa demeure. La
paix profonde ne peut naître que par la transformation intérieure. Il n’y a pas
d’autres armes ni d’autre défense pour l’homme, que la dévotion par la
méditation, la prière, et le recueillement en la Présence divine.
La libération.
Le but de l’incarnation n’est pas simplement de maintenir l’ordre du
monde mais aussi d’aider l’humain à rendre sa nature parfaite. L’âme libérée est
vive, illuminée, et devient sur terre, une image vivante du Suprême Infini. Plus
le Suprême Esprit trouve l’âme bien disposée et dévote, plus Il l’éclaire. Il
est absolument vrai que Dieu, le Suprême Absolu donne aussi Ses lumières pendant
la méditation, mais ces lumières sont peu de chose, comparées à celles répandues
dans un mental absorbé et purifié par le feu de la connaissance de Soi.
L’ascension de l’homme en Dieu est aussi le but de la descente de l’Infini dans
l’humanité. Le yogi, le dévot, l’âme contemplative, une fois qu’il a accepté la
Volonté Divine dans sa vie, par exemple d’après l’enseignement de la Gîtâ et les
Écrits Védiques, de vivre en présence du Suprême Seigneur, persiste dans cette
détermination, tant qu’il n’a pas de volonté contraire. Thomas d’Aquin dit :
« Non enim oportet quod qui propter Deum aliquod iter arripuit, in qualibet
parte itineris de Deo cogitet actu. » Ce qui veut dire, « Pour celui qui est
entré dans une voie pour obéir à Dieu, il est inutile de penser à chaque pas à
son Seigneur. » Le contemplatif réalise la présence du Suprême Absolu en toutes
choses, que ce soit écouter, parler ou manger, et travailler.
Ne craignez rien, le Suprême Absolu agit toujours pour la purification
de votre âme, lui faire sentir sa misère, et lui faire comme toucher du doigt le
néant de toutes les passions, et de tous les désirs déréglés. Dieu purifie les
âmes qu’Il appelle à Lui, se servant de l’épreuve comme d’une lime pour enlever
la rouille de l’orgueil, de l’avarice, de la vanité, de l’ambition mal orienté,
de la présomption, et de l’amour-propre. Mais, ce verset 11, met en relief la
large catholicité de la philosophie religieuse de la Gîtâ. Le Suprême Absolu
accueille chaque aspirant avec faveur et accorde à chacun après l’épreuve, le
désir du cœur. Lorsque le dévot se trouve au milieu de ces tourments,
l’affliction, la souffrance, Dieu n’éteint pas l’espérance en personne mais il
aide toutes les espérances à grandir selon leur nature. Même ceux qui adorent
les divinités védiques avec sacrifices, et en attendant une récompense
obtiennent ce qu’ils cherchent par la grâce du Suprême Absolu.
Comme les anciens accomplirent l’œuvre fixée par la tradition, Arjuna
est appelé à faire son devoir de guerrier.
Autant que nous travaillons dans un esprit de détachement notre
mental n’est pas troublé. Le détachement devient avant tout le fait de ne pas
chercher tant de choses, mais de chercher dans toute chose ce qui est plus grand
qu’elle et au-delà d’elle, - qui permet d’aimer les choses sans y rester, qui
permet de les dépasser tout en les emmenant avec soi. Nous nous abstenons des
actes nés du désir et accomplissons notre devoir d’âme en liaison avec le
Suprême Absolu. Le détachement est d’être en parfaite harmonie avec l’idée de
notre incarnation, en laquelle se résume la Gîtâ. Ainsi, la véritable inactivité
consiste à conserver l’équilibre intérieur et à être libre de tout attachement,
en cherchant dans toutes choses et dans tout être ce qui est plus grand qu’eux
et au-delà d’eux. Aimer les choses et les êtres sans s’y complaire ; les
dépasser tout en les emportant avec soi et en les transfigurant. L’inaction des
ignorants, due à la perversité et à l’ignorance, équivaut à l’action. L’action
du yogi ou dévot (sans désir) porte le même fruit que le renoncement.
Quand l’homme est débarrassé de ses désirs passionnelles et de sa volonté
personnelle, il devient un miroir qui reflète la volonté divine, et devient
ainsi un vrai instrument du Suprême Seigneur.
On reconnaît le yogi ou le dévot à ses actions et à ses paroles. Maître
absolu de ses passions et de ses actes, il est toujours égal à lui-même, tel un
fleuve clair et paisible qui reflète exactement la Sagesse d’en haut.
Gîtâ 4.25-32 : La connaissance de beaucoup de vérités ne rend ni plus
saint ni plus sage, on ne le devient qu’en les mettant en pratique.
Le but est la sagesse salutaire qui nous donne la liberté de l’action et
nous libère des chaînes des œuvres. La sainteté ne consiste pas à se former de
Dieu des conceptions sublimes, mais à L’aimer et à renoncer à l’attachement.
Les sages nous enseigneront la vérité si nous nous approchons d’eux dans
un esprit de service et d’enquête respectueuse. Tant que nous n’aurons pas
atteint le Divin intérieur, il nous faut agir suivant les conseils de ceux qui
ont eu l’expérience du Suprême Absolu. Chez les sages, la raison illuminée est
une élévation simple et sublime de l’esprit ; et c’est avec une vision nette
qu’il considère tout ce qui est au-dessous de lui, et ce qui concerne sa vie et
sa manière d’être. C’est cette élévation qui rend l’âme spirituelle, simple,
pleine de lumière et de sérénité, et qui l’isole de toutes créatures. Le cœur
des êtres humbles et doux est transformé par la raison illuminée dans une
paisible violence, il est alors rempli d’une paix et d’une sérénité sans mesure.
C’est elle dont le sage dit qu’elle amène avec elle toutes sortes de biens.
« Venerunt mihi omnia bona pariter cum illa (Tous les biens me viendront avec
elle). » Cependant, nous devons combiner la dévotion envers le sage avec le
droit le plus étendu de libre examen et de recherche. L’obéissance aveugle à une
autorité extérieure est rejetée. Il y a aujourd’hui des gourous et autres, qui
exigent de leurs dévots ou disciples une obéissance irréfléchie à leurs ordres,
croyant que la mort de l’intellect est la condition de vie de l’esprit. Beaucoup
d’âmes naïfs et simples d’esprit sont attirés vers eux, non pas tant par leur
pouvoir spirituel que par la publicité de leurs agents et l’inclination générale
pour la nouveauté, la curiosité et l’excitation. Cela est contraire à la
tradition hindoue qui insiste sur la recherche personnelle, comme l’enseigne la
Gîtâ. L’opinion d’autrui gouverne la plupart des hommes, et leur jugement se
base très vite sur les idées fausses que leur sens et leur imagination leur
présentent. Le vrai gourou, qui ne demande rien en retour pour son instruction
spirituelle, lui, n’établit son jugement que sur la Vérité Une et Absolue, qui
demeure en lui, et qui fait qu’il entend tout, qu’il conçoit tout, qu’il pénètre
tout, puisqu’il s’élève spirituellement au-dessus de tout ce qui est, au-dessus
de lui-même, le Suprême Absolu.
La foi n’est pas, bien sûr, la seule adhésion intellectuelles aux dogmes
d’une religion. C’est dans un sens beaucoup plus riche, et va au-delà de toute
religion, notamment la croyance au Suprême Absolu chargée de tout ce que la
connaissance de cet Être Adorable peut susciter en nous de confiance en sa force
bienfaisante. C’est la conviction pratique que l’Univers, entre les mains de
Créateur, continue à être l’argile dont Il pétrit à son gré les possibilités
multiples. La foi est nécessaire à l’acquisition de la connaissance, et n’est
certainement pas croyance aveugle. Elle est le reflet dans le Moi empirique de
l’intelligence qui réside au plus profond de notre être. La foi ne naît que de
la foi, il n’y a pas d’un côté la raison, et de l’autre la foi. Actions de foi
de plus en plus élevées, où le monde a un sens, et ce sens est activé par le
mental, et qui se fait par l’unification, ce qui signifie l’adhésion à la Vérité
Une spécialement décrite dans la Gîtâ. Jnana, la connaissance, est pure de toute
doute ; tandis que la connaissance intellectuelle qui dépend des données
sensorielles et de l’inférence logique connaît le doute et le scepticisme. Ce
n’est pas dans le fait de donner un enseignement, mais dans la pratique de cet
enseignement que consiste la libération. Il faut vivre sa vie intérieure et la
posséder progressivement. La connaissance de Soi et divine règne rarement dans
le cœur de ceux qui se plaisent aux spéculations de la science humaine ; mais
lorsque la connaissance de Soi et la science se trouvent réunies, c’est une
rencontre merveilleuse. La voie qui y mène est la foi et la maîtrise.
Viveka : la force de l’analyse et de discrimination.
À Arjuna est ici demandé d’accomplir l’action à l’aide de la connaissance
et de la concentration. Le doute en son cœur concernant le combat est le produit
de l’ignorance. Ce doute sera détruit par la connaissance de Soi, pour enfin
savoir ce qu’il doit faire.
Chapitre 5
LA VOIE DE LA RENONCIATION
Arjuna dit : O Kŗşna, Tu loues la connaissance transcendantale (Sāmkhya,
Karma-samnyāsa) et aussi, l’accomplissement du service désintéressé
(Karma-yoga). Dis-moi en toute certitude, laquelle des deux est la meilleure.
(5.01)
Le Seigneur Suprême dit : La voie de la connaissance du Soi
(Karma-samnyāsa) et la voie du service désintéressé (Karma-yoga, Sevā) mènent
tous deux au but suprême. Mais des deux, Karma-yoga est supérieur au
Karma-samnyāsa. (5.02)
Une personne devrait considérer comme vrai un Samnyāsī (renonciateur) qui
ne dédaigne ni ne désire. Il est facilement libéré des chaînes Karmiques en
devenant affranchi des paires des opposés, O Arjuna. (5.03)
LES DEUX VOIES MÈNENT AU SUPRÊME
L’ignorant – non le sage – considère la voie de la connaissance
de Soi (Karma-samnyāsa) et la voie du service désintéressé (Karma-yoga), comme
s’il s’agissait de deux choses distinctes. La personne qui est fermement établi
dans l’un des deux obtient le fruit des deux. (5.04)
L’état où arrive le renonciateur (Samnyāsī), le Karma-yogi
atteint également le même destin. C’est pourquoi, celui qui voit la voie de la
renonciation et la voie du travail désintéressé comme identiques, voit vraiment.
(Voir aussi 6.01 et 6.02)) (5.05)
Mais, la vraie renonciation (Samnyāsa), O Arjuna, est difficile
à atteindre sans Karma-yoga. Un sage harmonisé par le Karma-yoga atteint très
vite Brahman. (Voir aussi 4.31, et 4.38) (5.06)
Le Karma-yogi dont le mental est pur, dont le mental et les sens sont sous
contrôles, et qui perçoit le même Éternel Être (Brahman) en tous les êtres n’est
pas lié au Karma même s’il est engagé dans le travail. (5.07)
UN TRANSCENDANTALISTE NE SE
CONSIDÈRE PAS COMME ÉTANT LE FAISEUR.
Le sage (ou Samnyāsī) qui connaît la vérité pense : « Je ne fais
absolument rien. » En voyant, entendant, touchant, sentant, mangeant, marchant,
dormant, respirant, parlant, saisissant et rejetant, ouvrant et fermant les
yeux, un Samnyāsī croit que ce sont uniquement les sens qui opèrent sur leurs
objets. (Voir aussi 3.27, 13.29, et 14.19) (5.08-09)
UN KARMA-YOGI TRAVAILLE POUR
DIEU
Celui qui fait son travail comme une offrande au Seigneur,
abandonnant tout attachement intéressé aux résultats – n’est pas affecté par la
réaction Karmique ou le péché comme la feuille de lotus qui n’est mouillée par
l’eau. (5.10)
Les Karma-yogis accomplissent l’action – sans attachement égoïste – avec
leur corps, mental, intellect, et sens pour leur purification. (5.11)
Un Karma-yogi atteint la félicité Suprême en abandonnant les fruits du
travail ; pendant que d’autres, qui sont attachés aux fruits du travail, se
lient au travail égoïste. (5.12)
LA VOIE DE LA CONNAISSANCE
Une personne qui a complètement renoncé aux fruits de tous travaux,
demeure heureuse dans la Cité à Neuf Portes, sans agir ni engendrer l’action.
(5.13)
Le Seigneur ne crée pas l’obligation de l’action, ni l’incitation d’en
être l’auteur, ni l’attachement aux résultats des actions parmi les hommes. Tout
est l’œuvre des forces (Gunas) de la Nature. (5.14)
Le Seigneur ne prend pas la responsabilité des actes bons ou mauvais de
quiconque. La connaissance du Soi est enveloppée par le voile de l’ignorance,
c’est pourquoi les hommes s’égarent (et accomplissent des actes mauvais). (5.15)
La connaissance transcendantale détruit l’ignorance sur le Soi, et révèle
le Suprême, tout comme le soleil révèle la beauté des objets de ce monde. (5.16)
Les personnes dont le mental et l’intellect sont totalement
absorbés dans l’Éternel Être (Brahman), qui sont des dévots confirmés de
Brahman, qui ont Brahman comme leur suprême destin et unique refuge, et dont les
impuretés sont détruites par la connaissance de Brahman, ne prennent plus
naissance. (5.17)
LES MARQUES SUPPLÉTIVES D’UNE
PERSONNE ILLUMINÉE
Le sage illuminé (en percevant le Seigneur en toutes choses)
voit le Brāhmana cultivé et humble, un paria, même une vache, un éléphant, ou un
chien d’un œil égal. (Voir aussi 6.29) (5.18)
Tout est accompli dans cette vie même dont le mental est équanime. Une
telle personne a réalisé l’Éternel Être (Brahman), car l’Éternel Être est
parfait et impartial. (Voir aussi 18.55, et ChU 2.23.01) (5.19)
Celui qui n’est pas exalté en obtenant quelque chose d’agréable, ni
s’afflige lorsqu’il obtient quelque chose de désagréable, dont le mental est
ferme, qui n’est pas troublé, et qui est connaisseur de l’Éternel Être
(Brahman), une telle personne est établie en Brahman. (5.20)
Une telle personne qui est en union avec l’Éternel Être
(Brahman) devient détachée aux plaisirs sensuels externes en découvrant la joie
du Soi par la contemplation, et jouit d’une félicité transcendantale. (5.21)
Les plaisirs sensuels sont vraiment une source de misère, et qui ont un
début et une fin. Par conséquent, le sage, O Arjuna, ne se réjouit pas des
plaisirs sensuels. (Voir aussi 18.38) (5.22)
Celui qui est capable de résister aux impulsions du désir ou de la colère
au moment de la mort est un yogi, et une personne heureuse. (5.23)
Celui qui trouve le bonheur dans l’Éternel Être (Brahman), se réjouit de
Brahman en lui, et qui est illuminé par la connaissance du Soi, ce yogi atteint
Brahma-nirvāna, et parvient au Suprême Être (Para-Brahman). (5.24)
Les voyants dont les péchés (ou imperfections) sont détruits, ayant
tranchés le doute par la connaissance du Soi (Jnāna), dont le mental est
discipliné, et qui sont engagés au bien-être de toutes les créatures, atteignent
le Suprême Être (Para-Brahman). (5.25)
Ceux qui sont libérés du désir et de la colère, qui ont conquis le mental
et les sens, et qui ont découvert le Soi, atteignent facilement Brahma-nirvāna.
(5.26)
LA TROISIÈME VOIE – LA VOIE DE
LA MÉDITATION DÉVOTIONNELLE ET LA CONTEMPLATION.
Le sage est vraiment libéré en renonçant à toutes jouissances des sens,
fixant les yeux et le mental (au point noir imaginaire) entre les sourcils,
égalisant le souffle de l’inspiration et celui de l’expiration dans les narines
(par les techniques Kriyā), tenant les sens, le mental, et l’intellect sous
contrôle, obtenant le salut (Mukti) comme le but suprême, devenant ainsi libéré
du désir, de la colère, et de la peur. (5.27-28)
Mon dévot atteint la paix en Me (ou, Kŗşna, le Suprême Être (Para-Brahma))
connaissant, comme celui qui jouit des sacrifices et des austérités, le grand
Seigneur de tout l’univers, et l’ami de tous les êtres. (5.29)
Ainsi prend fin le cinquième chapitre intitulé «La Voie de la
Renonciation»
dans les Upanişad de la Bhagavadgītā, l’écriture de yoga, touchant la
science de l’Absolu dans la forme du dialogue entre Srīkŗşna et Arjuna.
Voie de l’approfondissement dans la connaissance du moi intérieur
distinct du corps matériel.
Renoncement aux fruits de l’acte dans l’accomplissement du devoir.
L’action dans la conscience et présence du Seigneur
Kŗşna. Le Karma Yoga
est un des premiers échelons du yoga, et aide le yogi ou dévot à se défaire
progressivement de toute souillure matérielle en lui apprenant à purifier ses
actes.
Tout d’abord, Karma est la loi de la nature selon laquelle toute action
matérielle, bonne ou mauvaise, entraîne obligatoirement des conséquences,
lesquelles ont pour effet d’enchaîner toujours davantage l’âme vivante à
l’existence matérielle et au cycle des morts et des renaissances. Karma, c’est
également son acception la plus générale, ainsi que les conséquences de
l’action.
Samnyāsa, signifie le renoncement aux fruits des actes dans
l’accomplissement du devoir.
Le service désintéressé à l’humanité.
La voie du Sāmkhya implique renoncement au travail, c.à.d. travailler dans
un esprit de détachement, et celle de Karma-yoga insiste pour qu’on les
accomplisse, dans un esprit qui convient. Il ne suffit pas pour atteindre le
salut, d’être un jnani (une personne qui réalise la connaissance de Soi), de
connaître son identité spirituelle, il faut mettre la théorie en pratique, seul
moyen de briser les chaînes qui nous gardent prisonniers de la matière. Il faut
se vaincre soi-même, résister à ses sentiments, mépriser ses faux raisonnements,
obéir, se taire, et suivre les saints conseils que la Gîtâ nous donne, afin de
déraciner la convoitise et les désirs déréglés.
C’est-à-dire, le froid et le chaud, le plaisir et la douleur, le
malheur et le bonheur, etc.
Le vrai yogi de l’action est aussi le vrai « renonçant », car il accomplit
l’action dans un esprit de détachement.
Karma-samnyāsa et Karma-yoga désignent la voie intellectuelle et le
renoncement à l’action.
Le yogi ou dévot qui vit selon les normes du
samnyāsa et
renonce à tout pour
servir le Seigneur.
Le véritable yogi ou dévot du renoncement n’est pas celui qui demeure
totalement inactif, mais celui dont le service est accompli dans un esprit de
détachement. Le renoncement est une attitude mentale, le rejet du désir, tandis
qu’on agit. La véritable action est celle d’où tout désir a été éliminé. Quand
des actions son accomplies par le sage ou par l’ignorant, l’acte extérieur est
le même, mais la compréhension interne diffère. Au fait, il faut que l’âme soit
purifiée par le feu de l’épreuve pour qu’elle puisse s’unir au Suprême Absolu.
Nous sommes invités à prendre conscience du Soi en nous, qui est pur,
libre, et distinct des éléments matériels. Les principes constitutifs du Moi
sont impermanents, c’est-à-dire, cette fraction de la personnalité qui équilibre
les forces auxquelles l’individu est soumis, avec ses propres impulsions
(tendances profondes), sa morale, face à la réalité éphémère du monde extérieur.
La Gîtâ nous incite, non pas à renoncer au travail, mais à l’accomplir
en l’offrant au Suprême Absolu, en qui seul est l’immortalité. Renoncer à notre
attachement ; se soumettre au service désintéressé ; lutter continuellement
contre ses passions, sont des vertus que beaucoup de gens enseignent mais que
peu pratiquent. Quand nous renonçons à notre attachement à l’égo fini, à ses
préférences et à ses aversions, et plaçons nos actions dans l’Éternel, nous
acquérons le vrai renoncement, qui est compatible avec une libre activité dans
le monde. La plupart de ceux qui se sont engagés dans la voie spirituelle n’y
restent que tant qu’ils savourent encore le miel de la première ferveur ; mais
cette douceur se dissipe, à mesure qu’ils s’avancent sur la voie de la
connaissance. Ils voient s’élever l’orage des tentations ; ils prévoient la
sécheresse, alors ils s’en retournent, signe évident qu’ils se cherchaient
eux-mêmes et n’aspiraient ni à Dieu ni à la perfection. Celui qui renonce à
l’attachement agit, non pour son moi éphémère et fini, mais pour le Soi dans
chaque humain.
Les neuf portes sont les yeux, les oreilles, les narines, la bouche et
les deux organes d’excrétion et de génération. L’âme ne saurait parvenir à
l’union intime et affective avec le Suprême Absolu (Dieu), si le cœur n’est pas
net, si les affections ne sont pas purifiées. Il faut pour y atteindre que la
mémoire soit vide, l’esprit éclairé, la volonté soumise et ardente, car le
Suprême Être étant la pureté, la lumière et le nirvana même, ne peut faire Sa
demeure que dans une âme pure, attentive, paisible et désintéressé. Ce cœur
purifié n’est possédé que par ceux qui cultivent en eux-mêmes l’amour du
Seigneur avec un soin jaloux. Le Suprême Absolu est le même en tous les êtres :
dans les animaux, les hommes, et les religieux (les Brāhmanas). La lumière de
Brahman éclaire tous les corps et n’est pas affectée par leurs différences.
Celui qui s’est libéré de l’illusion des sens et qui vit dans l’Éternel
Absolu jouit de la félicité transcendantale. Notre attitude en face du Suprême
Seigneur sera déterminée par l’appréciation saine de ce qu’Il est à notre égard,
de ce que nous sommes au sien, de ce qu’il a prescrit et sous quels efforts de
notre part. Nous sommes des créatures, car nous tenons tout du Suprême Être : le
corps, l’âme, la vie, la durée, les influences, les directions, le jour de notre
mort, tout enfin. A ce titre, Dieu a sur nous un droit absolu de propriété et
d’autorité. Il n’y a rien là qui nous puisse effrayer. C’est la joie, la plus
haute joie de la créature de reconnaître cette souveraineté divine et de
s’abandonner à ce pouvoir arbitraire. Et, jamais le Suprême Seigneur ne nous
fait plus d’honneur que lorsque Il dispose de nous à son gré, sans nous demander
conseil, sans paraître soupçonner, seulement qu’il y aurait une hésitation dans
notre volonté ou un frémissement dans notre chair. Le sage voit le Suprême
Absolu dans tous les êtres, et acquiert la qualité d’équanimité qui caractérise
Dieu.
Le détachement en tout ce que nous faisons, dont résulte la paix
intérieure, la liberté et la joie peut-être obtenu dès ici-bas sur la terre et
pendant notre vie incarnée. Ce conformer au Suprême Absolu est faite de
connaissance et de fidélité. Nous entendons de nouveau ce principe qu’il nous
faut prendre conscience d’un Suprême Absolu toujours présent, ainsi, au sein
même de la vie humaine, le Nirvāna est accessible. Le yogi, le dévot parvient à
l’unité de sa conscience avec le Suprême Absolu en lui, et l’âme qui a acquis la
sagesse et la paix est également remplie d’amour et de compassion. Les deux
aspects de la religion, le personnel et le social, sont soulignés dans la Gîtâ.
A titre personnel, nous devons découvrir la Suprême Présence en nous, et y
laisser pénétrer tout l’humain, aussi socialement, tout en essayant de vivre
dans une communauté soumise à l’image de Dieu. C’est la conviction surnaturelle
de la Suprême Présence qui mettra de l’ordre en nous, et dans la société.
Sages visionnaires.
Le bénéfice le plus réel du procédé est renfermé dans le procédé
lui-même. Sans doute il nous fera obtenir miséricorde ; sans doute une solution,
une indication pratique nous sera fournie, nous l’accueillerons les yeux fermés,
sans discussion et sans réserve; mais, sa vraie efficacité est ailleurs. Il nous
établit dans la simplicité, dans la loyauté absolue, il crée l’unité profonde de
notre vie, la conformité entre le dedans et le dehors. Certaines petites
roueries secrètes ne résistent pas au parti pris de tenir toujours son âme comme
un livre ouvert, de n’y porter que ce que le Suprême Absolu et chacun y peuvent
lire et ainsi parler. Dieu n’est pas le lointain régent du monde mais un ami
intime prêt à nous faire triompher du mal si seulement nous plaçons notre foi et
fidélité en Lui.
Chapitre 6
LA VOIE DE LA MÉDITATION
UN KARMA-YOGI EST UN
RENONCIATEUR
Le Suprême Seigneur dit : Celui qui accomplit le devoir qui lui incombe
sans dépendre des fruits (pour jouissance personnelle) est un renonciateur
(Samnyāsī) et un Karma-yogi. L’homme ne devient pas un yogi simplement en
s’abstenant de travailler. (6.01)
O Arjuna, ce qu’ils appellent renoncement (Samnyāsa) est aussi connu comme
Karma-yoga. Personne ne devient un Karma-yogi s’il n’a pas renoncé aux motifs
égoïstes de l’action. (Voir aussi 5.01, 5.05, 6.01, et 18.02) (6.02)
LA DÉFINITION DU YOGA
Pour le sage qui cherche de parvenir à l’état de yoga (de
méditation, ou de l’équanimité du mental), il est dit que le Karma-yoga en est
le moyen. Pour celui qui a atteint le yoga, l’équanimité devient le moyen (pour
la réalisation du Soi). Dit-on, qu’une personne a atteint la perfection yoguique
lorsqu’ il ou elle n’a plus de désir pour les jouissances sensuelles, ou
l’attachement aux fruits du travail, et a renoncé à tous les motifs égoïstes.
(6.03-04)
LE MENTAL EST LE MEILLEUR AMI
AUTANT QUE LE PIRE ENNEMI
L’homme doit s’élever – et ne pas se dégrader – par son propre
mental. Le mental seul est son ami autant que son ennemi. Le mental est l’ami de
celui qui le contrôle, et le mental agit comme ennemi de celui qui ne le
contrôle pas. (6.05-06)
Celui qui a le contrôle sur le soi inférieur – le mental et les sens –
reste calme au chaud et le froid, le plaisir et la douleur, dans l’honneur et le
déshonneur, et demeure toujours ferme au Soi suprême. (6.07)
Une personne est nommée un yogi qui possède la connaissance du Soi et la
réalisation du Soi, qui est équanime, qui a le contrôle sur le mental et les
sens, et pour qui une motte de terre, une pierre, et l’or sont tous identiques.
(6.08)
Une personne est considérée comme supérieure qui est égale pour
les compagnons, les amis, les ennemis, ceux qui sont neutres, les arbitres, les
haineux, les parentés, les saints, et les pécheurs. (6.09)
LES TECHNIQUES DE MÉDITATION
Un yogi, assis dans la solitude et seul, doit constamment s’efforcer de
contempler le Suprême Être après avoir mis son mental et les sens sous contrôle,
libéré du désir et de droit de propriété. (6.10)
Il ou elle devrait s’asseoir dans un endroit propre, sur un siège stable
qui est ni trop haut ou trop bas, couvert d’herbe sacré Kuśa, d’une peau de
daim, et d’une étoffe superposées. Là, assis (dans une position confortable),
concentrant son mental sur Dieu, et maîtrisant ses pensées et les activités des
sens, mettra en pratique la méditation pour sa propre purification. (6.11-12)
La personne doit s’asseoir, la taille, la colonne vertébrale, la poitrine,
le cou et la tête droites, immobiles et d’aplomb ; le regard et le mental
fermement fixés sur l’extrémité du nez, sans regarder autour de soi ; serein et
sans crainte, mettant en pratique le célibat ; le mentale sous contrôle, pensant
à Moi, et M’atteignant comme le dessein suprême. (6.13-14)
Ainsi, exerçant toujours le mental fixé sur Moi, le yogi dont le mental
est soumis atteint la paix de Brahma-nirvana et vient à Moi. (6.15)
Ce yoga n’est pas possible, O Arjuna, pour celui qui mange trop ou qui ne
mange pas du tout ; pour celui qui dort trop ou qui se tient éveillé. (6.16)
Mais, pour la personne qui est modéré dans sa nourriture, son délassement,
ses travaux, son sommeil et l’éveil, le yoga de méditation détruit toute
souffrance. (6.17)
Il est dit, qu’une personne a atteint le yoga, l’union avec l’Éternel Être
(Brahman), lorsque le mental parfaitement discipliné, est libéré de tous désirs,
et complètement uni au Brahman en Samādhi. (6.18)
Une lampe abritée (par l’Éternel Être) du vent (des désirs) ne vacille
pas ; cette similitude est utilisée pour définir le mental discipliné du yogi
qui pratique la méditation sur l’Éternel Être (Brahman). (6.19)
Lorsque le mental discipliné par la pratique de la méditation atteint la
quiétude, en quoi l’on devient satisfait avec l’Éternel Être (Brahman) en Le
contemplant dans un intellect purifié. (6.20)
En quoi l’on éprouve une infinie félicitée qui est seulement perçue par
l’intellect, et est par-delà l’atteinte des sens. Après avoir réalisé l’Éternel
Être (Brahman), l’on n’est jamais séparé de la Réalité Absolue. (Voir aussi KaU
3.12) (6.21)
Ce qui, ayant obtenu la réalisation du Soi, on ne regarde aucun gain
supérieur à atteindre. L’établissement dans la réalisation du Soi n’est pas
ébranlé même par la plus grande calamité. (6.22)
L’état de dissolution de l’association avec la souffrance est appelé yoga.
Ce yoga devrait être pratiqué avec une ferme détermination, et sous aucune
réserve mentale. (6.23)
On atteint graduellement la tranquillité du mental en abandonnant
totalement tous désirs égoïstes, et en maîtrisant complètement les sens des
objets de sens par l’intellect, tenant le mental entièrement absorbé dans
l’Éternel Être (Brahman) au moyen d’un intellect bien formé et purifié, ne
pensant à rien d’autre. (6.24-25)
Tout ce qui fait errer le mental sans repos et instable, on
devrait ramener doucement à la réflexion du Seigneur Kŗşna, la Suprême
Personnalité de la Divinité. (6.26)
QUI EST UN YOGI
La suprême félicité est pour le yogi qui a réalisé le Soi, dont le mental
est calme, de qui les désirs sont sous contrôle, et qui s’est libéré de tous
péchés (ou fautes). (6.27)
Un tel yogi exempt de péchés, qui engage constamment son mental et
intellect au Suprême Être (Brahman), atteint aisément l’infinie félicité en
contact avec Brahman. (6.28)
Car en percevant l’Éternel Être omniprésent (Brahman) demeurant
dans tous les êtres, et tous les êtres demeurant en l’Éternel Être, le yogi qui
est en union avec l’Éternel Être, voit chaque être d’un œil égal. (Voir aussi
4.35, 5.18) (6.29)
Ceux qui Me voient en tout et qui voient tout en Moi, ne sont
pas séparés de Moi, et Je ne suis pas séparé d’eux. (6.30)
Les non-dualistes qui M’adorent, Moi qui réside en tous les êtres,
demeurent en Moi, de quelque façon leur mode de vie. (6.31)
Il est le meilleur yogi qui voit tous les êtres à l’image de son
propre être, et qui est sensible à la douleur ou le plaisir des autres comme
pour lui-même, O Arjuna. (6.32)
DEUX MÉTHODES POUR MAÎTRISER LE
MENTAL TURBULENT
Arjuna dit : O Kŗşna, Tu as dit que le yoga de la méditation est
caractérisé par l’équanimité du mental, mais à cause de l’inquiétude du mental
je ne discernes pas l’état stable du mental. Parce que le mental est vraiment
instable, turbulent, fort et obstiné, O Kŗşna, je pense que le mental est aussi
difficile à maîtriser que le vent. (6.33-34)
Le Suprême Seigneur dit : Sans aucune doute, O Arjuna, le mental
est sans repos et difficile à refréner, mais il est dompter par la pratique
spirituelle constante et vigoureuse dans la persévérance et le détachement, O
Arjuna. (6.35)
J’en conviens que le yoga est difficile pour celui dont le mental n’est
pas maîtrisé. Néanmoins, le yoga est accessible aux personnes dont le mental est
dompté grâce à des efforts bien dirigés. (6.36)
LA DESTINATION DU YOGI SANS
SUCCÈS
Arjuna dit : Le fidèle qui s’écarte de la voie de la méditation, et est
incapable d’atteindre la perfection yoguique à cause du mental insoumis – quelle
est la destination d’une telle personne, O Kŗşna ? (6.37)
Ne périssent-ils pas comme un nuage qui se déchire, O Kŗşna, ayant perdus
autant (le yoga et le Bhoga, les jouissances célestes et mondaines), privés de
support et égarés sur la voie de la réalisation du Soi ? (6.38)
O Kŗşna, Toi seulement es capable de dissiper totalement ce doute en moi.
Car nul autre que Toi, peut dissiper ce doute. (Voir aussi 15.15) (6.39)
Le Suprême Seigneur dit : Il n’y a pas de destruction, O Arjuna, pour un
yogi dans ce monde ou dans l’autre. Un transcendantaliste ne vient jamais à mal,
Mon cher ami. (6.40)
Le yogi qui a échoué dans la voie du yoga renaîtra dans une maison des
pieux et prospères après avoir atteint le ciel et y séjournant pendant de
longues années, ou un tel yogi est né dans une famille de yogis doués de
sagesse. Une naissance semblable est vraiment difficile à obtenir dans ce monde.
(6.41-42)
Là, il ou elle retrouve la connaissance acquise dans la vie antérieure, et
s’efforce à nouveau vers la perfection, O Arjuna. (6.43)
Le yogi qui n’a pas abouti, est instinctivement poussé vers
l’Éternel Être (Brahman) par la vertu des impressions (Samskāra) des pratiques
yoguiques dans les vies précédentes. Même le chercheur de yoga – l’union avec
Dieu – dépasse ceux qui effectuent les rituels Védiques. (6.44)
Le yogi qui poursuit assidûment ses efforts, devient complètement libéré
de tous péchés (ou imperfections) après avoir poursuivi graduellement des
perfections en de nombreuses incarnations, atteint la Suprême Demeure. (6.45)
QUI EST LE MEILLEUR YOGI
Le yogi est supérieur à l’ascète. Le yogi est supérieur aux érudits
Védiques. Le yogi est supérieur aux ritualistes. Par conséquent, O Arjuna,
devient un yogi. (6.46)
Je considère, le yogi consacré – qui affectionnément Me
contemple avec une foi suprême, et dont le mental reste absorbé en Moi est le
meilleur de tous les yogis. (Voir aussi 12.02 et 18.66) (6.47)
Ainsi prend fin le sixième chapitre intitulé «La Voie de la Méditation» dans les Upanişad de
la Bhagavadgītā, l’écriture de yoga, touchant la science de l’Absolu dans la
forme du dialogue entre Srīkŗşna et Arjuna.
Un Karma-yogi est un renonciateur (6.01-02)
Le Seigneur
Kŗşna va maintenant exposer la doctrine
complète du Divin, dans sa manifestation cosmique, plutôt que dans sa
manifestation humaine uniquement. Aussi, nous ne devons pas nous borner à la
connaissance de l’Absolu sans relation; c’est-à-dire, nous devons comprendre Sa
manifestation dans le multiple. Le Suprême Absolu (Être) est partout, autant
dans l’homme que dans la nature, mais Il n’est certainement pas limité par eux.
La définition du yoga (6.03-04)
Nous vivons dans un monde, dont beaucoup parmi nous ne sentent même pas
le besoin de la perfection, et vivent de jour en jours, et à bout portant, sans
poser trop de questions sur le vrai motif de la vie. Par contre, de ceux qui
s’efforcent pour voir la vérité et parvenir au but, quelques uns au fait
réussissent. La vérité du macrocosme dans le microcosme, et vice versa, d’où
l’importance de l’homme, n’est pas autre chose que la cohérence totale de
l’Univers par rapport à chaque point de lui-même. Pourquoi suspecter ou même
sous-estimer cette cohérence parce que nous sommes nous-même l’observateur et
l’acteur ? Par la Gîtâ, l’homme découvre l’importance du Moi (Soi) intérieur,
cette organisme spirituel, animé, en état de naissance, et qui permet
l’incorporation réelle de l’homme au Suprême Être (l’Absolu). Pour
l’ensemble de ceux qui participent effectivement, par la grâce, à la vie
cosmique de Dieu, la montée, de l’homme, âme vivante s’achèvera lorsqu’il aura
atteint le Nirvāna, ou la libération définitive de la naissance et de la mort.
N’oublions jamais, l’homme est une espèce comme les autres, mais encore et
surtout il est une espèce plus que les autres. Ici, le yoga est important, comme
la définition du yoga le montre très clairement dans les verstes 3 et 4. La Gîtâ
nous donne un yoga complet, large, flexible, et riche de voie d’action, qui
inclut plusieurs phases du développement de l’âme et de son ascension vers le
Nirvāna (la libération).
Les différents yogas sont des applications spéciales de la discipline
intérieure qui mène à la libération de l’âme, et qu’il faut accomplir par
l’effort conscient. Arjuna signifie l’âme humaine à la recherche de la
perfection et de la paix. La connaissance métaphysique se transforme en
réalisation grâce au yoga, la technique de concentration. Dès les temps très
anciens, le mot ‘yoga’ a été employé pour décrire des pratiques et des
expériences d’un certain ordre qui sont devenues des différentes techniques
d’enseignement comme le Jnāna, le Bhakti et le Karma.
·
Le
Jnāna-yoga est la voie de la connaissance. La
personne qui emprunt cette voie s’efforcera d’atteindre la perfection
spirituelle en cultivant la connaissance, par l’étude des Écritures et des
auteurs mystiques et spirituels.
·
Le
Bhakti-yoga est la voie de développement de
l’amour pour Dieu, en son état pur, sans la moindre action intéressée (Karma).
Il constitue l’étape finale du yoga tel que l’enseigne la Bhagavad Gîtâ, dans la
pratique de l’abandon de soi au Suprême Absolu, par le Seigneur
Kŗşna. Car, Bhakti ou
la dévotion est une relation de confiance et d’amour envers un dieu. Le culte de
l’inmanifesté est difficile à comprendre pour l’homme de la rue, bien qu’il y
ait des exemples de grands advaitins (non-dualistes), qui ont donné à la réalité
impersonnelle une grande chaleur de continu affectif. L’adoration du dieu
personnel est recommandée comme étant la voie la plus facile, ouverte absolument
à tous dans ce monde. Le sacrifice d’amour n’est pas si difficile que l’accord
de la volonté avec le dessein divin, ou la discipline ascétique par l’effort
persistant du mental.
·
Le
Karma-yoga aide le yogi et le dévot à se défaire
progressivement de toute souillure matérielle en lui apprenant à purifier ses
actes. Le mot ‘Karma’ désigne cette loi selon laquelle l’homme est le résultat
de ses actes passés. La loi du Karma est la force vitale de la philosophie du
Vedânta : elle permet à l’homme d’être empli de courage et de dynamisme, et
d’atteindre le but de l’existence humaine. La solution que la Gîtâ adopte
n’évacue pas le monde comme une illusion ni l’action comme un piège. Elle
recommande à l’homme vivant dans ce monde une vie pleinement active et une vie
intérieure ancrée dans le Suprême Être. Dans cette vie, il faut savoir renoncer.
Tant que l’action est fondée sur de fausses prémisses, elle lie l’âme
individuelle. Par contre, la Gîtâ enseigne le détachement des désirs et non pas
l’abstention du travail, l’action en générale.
Le yoga n’est pas destiné à détruire quelque partie que ce soit de
l’instrument psychologique mais à l’entraîner, à le transformer et à l’utiliser
d’une manière juste. Maladie, échec, malheur et toutes situations négatives
résultant des actions passées (Karma) peuvent être modifiés par un mental
concentré et purifié surtout du désintéressement, mais tout cela représente bien
peu de choses sans la paix du mental et le désir d’aider autrui.
Le mental est le meilleur ami autant que le pire ennemi
(6.07-09)
Ce passage du chapitre 6 se réfère à la réglementation et à
l’ajustement du mental, avant de passer aux techniques de la méditation. En ce
qui concerne Dhyāna (méditation), il y a trois étapes à suivre en réglant le
mental : (1) l’entrée dans la méditation ; (2) la pratique ; (3) la sortie de la
méditation. Dès l’entrée, le mental doit être vidé et tranquillisé. Le courant
des pensées dont nous sommes à moitié conscients, toutes les pensées vagabondes
et confuses doivent être arrêtées. Il faut éviter que ces pensées vagabondes se
lèvent de nouveau, il faut également éviter tous les états du mental
défavorables ou mauvais, tel que le découragement, la faiblesse des résolutions,
le manque de contrôle ou la tension excessive du mental. N’oublions jamais, que
c’est le Suprême Être qui donne l’être toute chose et qui est toute chose. Les
existences du monde sont maintenues en un tout par le Suprême Être. Ainsi, notre
mental doit se trouver attentif au Seigneur
Kŗşna, car tant que
les activités agitées du mental sont arrêtées la tranquillité durera. Si le
mental est réglé et ajusté il ne tombera pas en somnolence et il n’ira pas à la
dérive. Quant à la tension excessive du mental cela peut être le résultat de
notre effort sincère de pratiquer la concentration ; nous aurons exagéré
l’effort et nous nous serons servis de moyens incorrects. Le résultat est que le
cerveau se fatigue, avec les conséquences de maux de tête et de la poitrine. Si
le contrôle mental est trop relâché, il peut devenir terne et l’attention se
disperser, le corps ne sera plus tenu droit, la bouche se trouvera peut-être
ouverte et peut baver, tandis que l’on sera vaincu par le sommeil. Dans ce cas
il faut renouveler l’attention et l’effort de contrôler le mental, car celui-ci
et le corps peuvent s’aider mutuellement dans la réussite de la méditation. Il
faut pour réussir, établir une progression graduée d’un état d’activité physique
à un état de tranquillité mentale. Ainsi que la respiration doit devenir douce
et silencieuse, le courant de l’activité mentale doit pareillement devenir doux
et inaperçu. On doit par la suite régler et ajuster les activités du corps
jusqu’au moment où la tranquillité et la paix intérieure s’établissent.
Pour régler le mental pendant qu’il demeure en méditation, il y a trois
façons de le régler. (1) On doit se servir du cerveau pour concentrer le mental
à chaque instant, et il faut trouver des expédients habiles pour prolonger le
temps de la méditation de vingt, trente minutes, et même six heures des
vingt-quatre de la journée. (2) Il faut pouvoir régler et ajuster les conditions
pour qu’elles soient les meilleures possibles pendant toute la durée de la
méditation. Si cependant le corps devient trop détendu ou trop tendu, ou
relâché, il faut immédiatement le redresser et le rendre attentif. Il se peut
que notre corps reste droit, mais que la respiration devienne mauvaise, soit
contractée, ou époumonée ou assez forte pour être entendue. Il faut tout de
suite corriger ceci et la rendre douce, régulière, silencieuse. (3) Il se peut
aussi que bien que le corps et la respiration soient bien réglés, le mental s’en
aille à la dérive, ou sombre, ou se relâche ou comme un arc soit trop tendu. Il
faut aussitôt ajuster. Il n’y a pas d’ordre fixe pour régler les trois (le
corps, la respiration et le mental), il faut simplement régler et réajuster
celui qui se trouve déréglé. Tant que nous pratiquons la méditation, il faut
tenir ces trois sous obéissance et dans un état d’harmonie. La méditation avec
comme guide la Gîtâ, il n’y aura aucun empêchement à l’obtention de
l’Illumination, le portail du Nirvāna. Dévouons nos vies à l’ardeur du Seigneur
Kŗşna, d’autant plus que nous avons accepté la Gîtâ comme règle de vie.
Kuśa : herbe à longues
feuilles pointues et coupantes que long utilise dans les rituels.
Les techniques de la méditation (6.10-26).
Asseyez-vous tranquillement, le matin, à midi ou le soir, ou à une
heure désignée par vous, dans une position confortable et stable, que ce soit
sur un coussin posé sur le sol, ou même une chaise. La colonne vertébrale, le
cou et la tête doivent être dressés en ligne droite verticale, le menton rentré.
Les meilleurs moments pour méditer sont le matin de bonne heure et le soir avant
d’aller se coucher mais quels que soient l’heure et le lieu choisis, il faut s’y
tenir dans toute la mesure du possible car un rythme s’établit ainsi et une
habitude spirituelle se crée qui augmente le pouvoir et l’efficacité de la
méditation. Assis détendu, concentrez vos pensées sur le point entre les deux
sourcils qui est un centre de conscience très important, appelé ‘Ajna’. Le corps
est comme un bateau gouverné sur l’océan de la vie par le mental qui en est le
capitaine et qui le dirige en partant de ce point entre les sourcils que l’on
peut comparer au pont. La conscience universelle elle-même est située dans ce
centre bien qu’il ne faille pas le confondre avec la position des glandes du
corps physique qui fonctionnent sur un plan de conscience plus bas. Concentrez
et localisez le mental sur ce point. Placez-y le noms du Seigneur
Kŗşna (Krishna), ou remplacer par le mot de
puissance ‘OM’, le symbole de tout ce qu’il y a de plus haut et de plus beau.
Parfaitement détendu, fixez votre mental sur le Seigneur Krishna (un autre
avatâr ou dieu même d’une religion différente) ou sur le Nom « OM » (AUM)
pendant cinq à dix minutes. Pendant quelques jours, cela risquera de
probablement vous ennuyer et vous manquerez d’enthousiasme. Mais vous devrez
être patient et persévérer dans l’effort. Si vous accomplissez cette pratique
pendant quelques mois sans attendre aucun résultat tangible, vous verrez une
nouvelle lumière s’animer dans votre mental et vos pensées prendront une
direction nouvelle. Concentrez-vous toujours sur la Gîtâ, et donc la Vérité Une
et Éternelle qui imprègne tout.
Une fois par jour, à un moment résolu, faites un examen de conscience
minutieux et impartial et notez soigneusement les points faibles les plus
importants de votre caractère. Soyez pour vous mêmes un juge sévère, sans aucun
découragement émotif et mettez de côté tous vos préjugés. Chaque jour, prenez un
de vos points faibles et décidez-vous à en triompher. N’ayez pas de remords,
n’en soyez pas attristé mais simplement soyez résolu à vous maîtriser.
Déterminez aussi quelle est la vertu exactement à l’opposé de la faiblesse que
vous désirez extirper et méditez sur ce sujet. Cela implique d’exclure toute
autre pensée du mental. Si possible, consacrez au moins dix minutes par jour à
cet exercice, et faites-le quotidiennement au même moment et prenez-y intérêt.
Le soir, avant d’aller vous coucher, interrogez-vous pour savoir jusqu’à quel
point vos efforts ont été couronnés de succès. Ne vous découragez pas si vous ne
réussissez pas directement, mais imprégnez votre mental de courage, de confiance
en vous.
1.
Les repas
et lieu de méditation.
Le repas doit être pris depuis quelques heures afin que la digestion
soit accomplie et le corps ainsi que les vêtements doivent être parfaitement
propres. Le régime alimentaire ne doit pas être lourd, l’alcool est interdit. Se
retirer dans une chambre tranquille où l’on est assuré de n’être dérangé par
aucune intervention ni aucun bruit. Trouvons une chambre réservée exclusivement
pour la méditation, qui sera votre sanctuaire. Le silence est absolument
nécessaire.
2.
La posture. S’établir dans une
position aisée n’occasionnant aucune gène, position que l’on puisse conserver
sans fatigue, ou douleur, pendant un temps long. La position classique des
Orientaux avec les jambes croisées est à peu près impossible pour les
Occidentaux. Son but est de ralentir la circulation dans les membres
inférieurs, afin qu’un afflux de sang plus important soit dirigé vers le
cerveau, ce qui facilite sa plus grande activité. L’occidental moins assoupli,
devra donc à faute de mieux, s’asseoir sur une chaise ou un tabouret (ou, banc
de méditation), ayant soin de garder le buste droit (la colonne vertébrale et la
tête doivent être en ligne droite), les mains reposant sur les cuisses paumes
ouvertes (ou, la main droite reposant paume ouverte sur la main gauche). Les
yeux légèrement baissés, pour limiter le champ de vision, ou complètement
fermés, si on peut le faire sans céder au sommeil. L’attention doit être
concentrée entre les sourcils. Pour les débutants, il est utile avant de
commencer les méditations, de s’exercer quotidiennement à demeurer assis de
cette manière pendant 5. 10, 15, 20 minutes, afin de discipliner le corps et
n’avoir plus à s’en occuper quand la méditation commencera. Comme déjà dit, on
doit le faire chaque jour à la même heure, ainsi qu’on le fera au début de la
méditation.
La respiration.
Beaucoup de personnes
font confusion entre les idées et les pratiques de la respiration du Yoga des
Hindous. Il est ainsi utile de donner certaines explications sur les exercices
Hindous de respiration rythmique, mais l’on doit se rendre compte que seuls deux
exercices Yogiques : la respiration dite de purification et la respiration
rythmique sont sans danger pour nous. Le yoga est une science expérimentée qui
permet à chacun d’obtenir un contrôle inusité de son corps et de son esprit. Le
mot « Yoga » employé dans l’Hindouisme veut dire l’union avec Brahma, le Suprême
Absolu, l’Être Suprême, et quand on respire, le corps absorbe avec l’air une
force appelée « Prâna » (énergie vitale) qui est latente dans l’atmosphère.
(1)
Respiration Purificatrice.
Pour purifier le système respiratoire, cet
exercice est indiqué :
Fermez la narine droite, en la comprimant sur
le côté avec un doigt. Aspirez alors par la narine gauche. Renvoyez l’air
aspirez en exhalant par la narine droite ; recommencez en comprimant la narine
gauche et en aspirant l’air par la narine droite, et ainsi de suite. Les voies
respiratoires seront ainsi nettoyées de l’acide carbonique et autres impuretés.
Si la rétention du souffle indiquée est trop longue pour certains, nous
conseillons :
Aspirer en comptant huit ;
Retenir le souffle en comptant quatre.
Expirer en comptant huit.
Rester sans respirer (vide) en comptant
quatre.
(2)
Respiration Rythmique.
Voici un exercice très estimé :
Vider les poumons en comptant six.
Rester sans respirer en comptant trois.
Remplir les poumons et le thorax en comptant
six.
Retenir l’air en comptant trois.
Il ne faut pas que les comptes de la
respiration soient plus rapides, ni plus lents que le battement du cœur. Cette
respiration doit être rythmique, et deviendra par la suite automatique. Un
conseil, il vaut mieux commencer par cette pratique respiratoire en dehors des
heures saintes de méditation pour s’y habituer. On doit comprendre que plus tard
on peut augmenter le nombre des comptes et retenir la respiration plus
longtemps, mais si un débutant essaie la rétention du souffle, il se peut qu’il
ressente des vertiges ou autres troubles. Il faut toujours se rappeler que le
motif de cette respiration est de purifier le corps, de fortifier le système
nerveux et de calmer le mental, mais en évitant tout surmenage.
Les deux exercices dont partie du « Prânâyâma » pratiqué dans les systèmes
Yogiques des Hindous. L’homme est une réplique de l’Univers : de même
qu’il y a dans l’univers des systèmes solaires et galactiques et d’autres
encore, de même sont-ils représentés dans l’homme. Ce n’est pas tout car il y a
une correspondance directe entre l’homme et tous les centres du Cosmos. Comme il
est dit que le Suprême Absolu réside dans le Ciel bien qu’Il soit en toutes
choses et est toute choses, ainsi réside-t-il dans le cœur de l’homme dans Sa
forme personnelle et dans le centre du cerveau dans Sa forme impersonnelle.
Lorsque, détendu, vous aurez respiré maintes fois et que vous aurez ouvert vos
structures physiologiques et mentales au cosmos tout entier avec lequel elles
sont reliées, vous éprouverez une sorte de paix que le monde ne peut fournir,
une sorte de délectation qui ne sont pas créées par le contact des sens avec
quelque objet que ce soit.
Une simple technique de méditation est exposée ici :
(1)
Lavez votre visage,
yeux, mains, et pieds ; et asseyez-vous dans un lieu propre, silencieux, et
sombre, empruntant n’importe quelle position confortable, avec la tête, le cou,
et la colonne vertébrale droite et verticale. La musique ni l’encens sont
recommandables pendant la méditation. L’heure et le lieu pour la méditation
devraient être fixés au préalable. Observez les yama et les niyama (voir page
6), comme étant les bons principes de vie, autant en pensées, paroles, et
actions. Quelques exercices yogiques sont nécessaires. Minuit, matin et soir
sont les meilleurs moments pour méditer 15 à 25 minutes chaque jour.
(2)
Souvenez-vous du nom
ou de la forme du dieu personnel (Isht Dev) en qui vous croyez, tout en
implorant Son ou Sa bénédiction.
(3)
Fermez vos yeux, et
faites cinq à dix respirations lentes et profondes.
(4)
Fixez votre regard,
l’intellect, et émotions au-dedans le centre du thorax, le siège du cœur causal,
et respirez lentement. Chantez mentalement « So » lorsque vous aspirez, et
« Hum » lorsque vous expirez. Pense que c’est la respiration elle-même qui
retentit les sons « So et Hum » (Je suis Cet Esprit). Visualisez mentalement et
poursuivez la voie respiratoire par les narines, jusqu’au centre situé entre les
sourcils, en descendant jusqu’au centre de la poitrine, ou les poumons.
N’essayez pas de contrôler ou de conduire votre respiration, mais suivez le
cours naturel de votre respiration.
(Consulter également, « Introduction à la Bhagavad Gîtâ »)
Qui est un yogi (6.27-32). Le yogi ou
le dévot véritable et humble tient pour peu de chose tout ce qui est dans le
monde, aussi bien que sa propre personne, et, se confiant en Dieu, s’abandonne à
Lui. Cet homme véritablement humble supporte patiemment et en silence les
souffrances intérieures, il avance ainsi rapidement, en peu de temps, comme
l’esquif poussé par le vent. Le yogi ou le dévot trouve le Suprême Absolu
partout ; qu’on l’injurie, qu’on le méprise, que les hommes le couvrent
d’opprobres, il accepte tout avec sérénité, l’âme en paix. Il n’est pas troublé
par ses imperfections qu’il essaie de corriger, quoiqu il soit pénétré de
douleur jusqu’au fond de l’âme d’avoir offensé le Suprême Absolu et Seigneur
qu’il aime. Il ne se tourmente pas non plus du regret de ne pouvoir accomplir de
grandes choses, car il se met toujours en face de son néant et de sa misère ;
bien plus, il s’étonne de pouvoir réaliser un seul acte vertueux et il rend
grâce au Suprême Seigneur de ce qu’Il le lui permet, en se disant que c’est le
Seigneur qui fait tout, étant continuellement mécontent de ce qu’il fait
lui-même. Pour le yogi ou le dévot en contact avec le Suprême Absolu, Il n’est
plus une simple rumeur ou une aspiration vague, mais une réalité vivante, avec
laquelle nous sommes en contact positif. La religion n’est pas affaire
dialectique, mais fait d’expérience. Plus profonde est l’expérience de la
réalisation de Soi, plus étendue est sa compréhension. Une fois unis au Suprême
en nous, nous le sommes aussi avec l’évolution totale de la vie.
Deux méthodes pour maîtriser le mental turbulent 6.33-36).
Arjuna comprend qu’il y a dans la nature humaine un élément important
d’obstination et de violence, d’hésitation et de volonté personnelle. Nous
sommes enclins à fermer les yeux aux défauts de notre nature et à endurcir nos
cœurs contre la lumière. Arjuna demande aussi ce qu’il advient de l’âme qui
tente et échoue. La défaite est temporaire, car celui qui commence bien parvient
à ses fins. La dévotion au Suprême Seigneur est l’un des plus sûrs moyens pour
purifier la volonté et l’intellect.
Jouissances matérielles.
La destination du yogi sans succès (6.37-45). La question d’Arjuna se rapporte à l’avenir de ceux qui meurent sans être en
conflit avec la Suprême et Éternelle Bonté, tout en ne s’étant pas maîtrisés
suffisamment pour contempler la magnificence de la Pureté Éternelle. Est-ce que
l’alternative est entre un ciel éternel et un enfer éternel comme les religions
de Foi Abrahamiques font croire, où y a-t-il une chance pour ces âmes de marcher
vers la perfection après la mort ? Qu’arrive-t-il à ces nombreuses âmes qui
n’ont pas réussi à suivre le sentier de yoga jusqu’à la fin ? Leurs efforts
sont-ils entièrement inutiles ? Vaut-il la peine de commencer une entreprise que
l’on n’est pas capable d’achever ? Aucun homme dont la vie est honnête ne veut
venir à mal ; et, aucune âme bonne ne peut avoir une fin mauvaise, comme
prétendent les religions qui prêchent, « en dehors de notre Foi, il n’y a pas de
salut ». Le Suprême Absolu connaît nos faiblesses et les efforts que nous
faisons pour les surmonter. Il n’y a pas lieu de désespérer, car même l’échec
ici-bas est un succès, et aucun effort sincère ne va sans récompense.
L’évolution sur la voie qui même à la libération est lente et l’on peut avoir à
le suivre pendant bien des existences terrestres, mais nul effort est perdu.
Maître Eckhart écrit : « Si tu ne pèches pas en intention mais seulement en
capacité, vraiment tu as fait tout le nécessaire aux yeux de Dieu ». Johann
Wolfgang von Goethe : « Pour celui qui s’efforce et recommence, la rédemption
est toujours possible. » Les desseins de Dieu ne seront pas accomplis tant que
tous les êtres humains ne seront pas sauvés par le pardon, la repentance et la
maîtrise, et rendus à la Suprême Demeure. Chaque âme sera ramenée au Suprême
Être qui l’a créée à son image. L’amour de Dieu est harmonie, et c’est que la
Gîtâ enseigne, et nous donne la foi, et l’espérance pour le salut assuré de
tous.
Quel
est le meilleur yogi ? (6.46-47). Simplement ceci, le meilleur yogi est le
grand dévot (Bhakta). Yoga ou l’union avec le Suprême Absolu obtenue par
Bhakti-yoga est le But Suprême. Dirige-toi, donc aspirant, yogi, dévot, âmes
vivante, dirige-toi dès maintenant sans distraction vers cet heureux état. Le
Seigneur t’appelle ; Pourquoi encore hésiter ? C’est au fond de ton cœur qu’Il
veut te renouveler, te changer, t’enrichir, te vêtir, te révéler la voie de la
libération, tout en étant plein d’allégresse, de joie, de calme et de paix.
L’Essence du Suprême Être, aussi en nous est de la nature de l’Univers Cosmique
donc incréé et indestructible, c’est ce qu’il faut Réaliser.
Chapitre 7
LA CONNAISSANCE DU SOI ET L’ILLUMINATION
Le Suprême Seigneur dit : O Arjuna, écoute comment tu Me connaîtras
pleinement sans douter, ayant ton mental absorbé en Moi, prenant refuge en Moi,
et en accomplissant des pratiques yoguiques. (7.01)
LA CONNAISSANCE MÉTAPHYSIQUE EST
L’ULTIME CONNAISSANCE
Je vais te révéler la connaissance du Soi (Jnāna) ainsi que l’illumination
(Vijnāna), de sorte que, quand on la connaît, il n’est rien qui reste à
connaître. (7.02)
LES CHERCHEURS SONT PEU NOMBREUX
Parmi de milliers de personnes, à peu près un seul s’efforce vers la
perfection dans la réalisation du Soi. A peine une personne parmi ceux qui
s’efforcent avec succès Me comprend vraiment. (7.03)
DÉFINITIONS DE LA MATIÈRE, LA
CONSCIENCE, ET L’ESPRIT
Le mental, l’intellect, l’ego, l’éther, l’air, le feu, l’eau et la terre
sont les huit transformations ou divisions de Mon énergie matérielle (Prakŗti).
(Voir aussi 13.05) (7.04)
L’énergie matérielle est Ma Nature inférieure (Aparā-śakti,
Prakŗti, matière). Connais mon autre Nature supérieur (Parā-śakti, Cetanā,
Puruşa, Esprit) par laquelle l’univers entier est soutenu, O Arjuna. (7.05)
LE SUPRÊME ESPRIT EST LA BASE DE
LA MATIÈRE, LA CONSCIENCE, ET L’ESPRIT
Sache que toutes les créatures sont évoluées de cette double
énergie ; et, Je suis – le Suprême Être (Para-Brahma, Kŗşna) – l’origine autant
que la dissolution de l’univers tout entier. (Voir aussi 13.26) (7.06)
Il n’y a rien de plus haut que Moi, O Arjuna. Tout dans
l’univers est lié en Moi, le Suprême Être (Para-Brahman Paramātma), comme des
joyaux liés sur un fil (d’un collier). (7.07)
LE SUPRÊME ESPRIT EST LA BASE DE
TOUT
O Arjuna, Je suis la saveur dans l’eau, Je suis la lumière dans la lune et
le soleil, Je suis la syllabe OM dans tous les Védas, le son dans l’éther, et la
virilité dans les êtres humains. Je suis le doux parfum dans la terre. Je suis
la chaleur dans le feu, la vie des êtres vivants, et l’austérité des ascètes.
(7.08-09)
O Arjuna, sache que Je suis le germe éternel de toutes les créatures. Je
suis l’intelligence des intelligents, et l’éclat des brillants. (Voir aussi 9.18
et 10.39) Je suis la force du fort qui s’est démuni du désir et de l’attachement
intéressé. Je suis le désir (Kāma) dans les êtres humains qui vivent en accord
avec la justice (Dharma) (pour la seule raison sacrée de la procréation), O
Arjuna. (7.10-11)
Connais les trois modes (Gunas) de la Nature matérielle – la bonté, la
passion, et l’ignorance – qui émanent aussi de Moi. Je ne suis pas dépendant, ou
affecté par les Gunas, mais les Gunas sont dépendants de Moi. (Voir aussi 9.04
et 9.05) (7.12)
Les êtres humains sont trompés par les aspects différents de ces trois
modes (Gunas) de la Nature matérielle ; c’est pourquoi, ils ne Me connaissent
pas comme étant éternel, et au-delà des Gunas. (7.13)
COMMENT VAINCRE LA FORCE DIVINE
ILLUSOIRE (MAYA)
Ma force divine (Māyā), formée par les trois états (Gunas) du
mental, est très difficile à vaincre. Seuls ceux qui se sont abandonnés à Moi
peuvent facilement franchir ce Māyā. (Voir aussi 14.26, 15.19, et 18.66) (7.14)
QUI CHERCHE DIEU ?
Les malfaisants, les ignorants, les êtres vils qui sont attachés à la
nature démoniaque, et dont leur force de discrimination a été enlevée par la
force divine illusoire (Māyā) ne M’adorent ni Me recherchent. (7.15)
Quatre types de vertueux M’adorent ou Me recherchent, O Arjuna.
Ils sont : les affligés, le chercheur de la connaissance du Soi, celui qui
poursuit la richesse, et l’illuminé qui a expérimenté le Suprême. (Voir aussi TR
1.21.03) (7.16)
Parmi eux, le dévot illuminé (Jnāni-bhakta), qui se maintient toujours uni
à Moi, dont la dévotion n’a qu’une seule ambition, est la meilleure. Car, Je
suis extrêmement cher pour l’illuminé, et l’illuminé M’est très cher. (7.17)
Tous ces chercheurs sont vraiment nobles; mais, Je considère le dévot
illuminé comme Moi-même, car celui qui est stable réside dans Ma suprême
demeure. (Voir aussi 9.29) (7.18)
Après de nombreuses naissances l’illuminé a recours à Moi en
réalisant que tout est vraiment, Ma manifestation (ou, du Suprême Être). Une
aussi grande âme est très rare à trouver. (7.19)
Les personnes dont le discernement s’est emporté vers de maints désirs,
dominées par leur impression Karmique (Samskāra), ont recours aux régnants
célestes (Devas) et pratiquent des différents rites religieux. (7.20)
LE CULTE À UNE DIVINITÉ EST
AUSSI L’ADORATION DE DIEU
Quelle que soit la divinité (en empruntant n’importe quel nom,
forme, et méthode) qu’on adore avec foi, Je fais que cette foi soit ferme envers
cette divinité. Dotés d’une foi stable, ils s’engagent d’adorer cette divinité,
et obtiennent leurs souhaits par cette divinité. En vérité, ces souhaits sont
accordés par Moi seul. (7.21-22)
De tels gains matériels obtenus par les êtres humains de petite
intelligence sont temporaires. Les adorateurs des régnants célestes (Devas) vont
aux Devas, mais Mes dévots viennent sûrement à Moi. (7.23)
DIEU PEUT ÊTRE VU DANS L'EFFIGIE
DE N’IMPORTE QUELLE FORME DE CULTE DÉSIRÉ
Les ignorants, privés de comprendre Ma forme transcendantale (ou
existence), immuable, incomparable, et incompréhensible – assument que Je, le
Suprême Être (Para-Brahman), qui suis sans forme prend des formes ou s’incarne.
(7.24)
Voilé par Ma force divine (Māyā), Je ne me révèle pas aux
ignorants qui ne connaissent et ne comprennent pas Ma forme transcendantale,
ingénérée, éternelle et personnalité (et en Me considérant sans forme). (7.25)
Je connais, O Arjuna, les êtres du passé, du présent, et ceux à venir,
mais nul ne Me connaît vraiment. (7.26)
Tous les êtres de ce monde sont dans l’ignorance totale à cause des paires
des opposés trompeuses, nées du désir et de l’aversion, O Arjuna. Mais les
personnes aux actions désintéressées, dont le Karma ou le péché a pris fin, sont
libérées de l’illusion des paires des opposées et M’adorent, fermement établies
dans les vœux. (7.27-28)
Ceux qui s’efforcent vers la délivrance des cycles de la naissance, la
vieillesse, et de la mort, en trouvant refuge en Moi, connaissent le Brahman
(l’Être Éternel) ; la nature de Brahman ; et Karma, la force créative de
Brahman. (7.29)
Les personnes stables qui Me connaissent comme l’Unique dans les êtres
matériels (Adhibhūta), les Êtres Divins temporels (Adhidaiva), et la Super Âme
(Adhiyajna) même au moment de leur mort, M’atteignent. (Voir aussi 8.04) (7.30)
Ainsi prend fin le septième chapitre intitulé «La Connaissance de Soi et
l’Illumination»
dans les Upanişad de la Bhagavadgītā,
l’écriture de yoga, touchant la science de l’Absolu dans la forme du dialogue
entre Srīkŗşna et Arjuna.
Le Seigneur Kŗşna expose maintenant la doctrine de Dieu non plus dans sa
manifestation humaine, mais cosmique.
Nous ne devons pas nous limiter à la connaissance du Suprême Absolu sans
relation, mais comprendre Sa manifestation dans le multiple, dans l’homme et la
nature. Bien qu’Il ne soit pas limité par eux.
Parmi les milliers de personnes qui écoutent et comprennent le contenu de
la Gîtâ autant que du Vedânta tout entier, quelques-unes essayeront d’en vivre
l’enseignement. Même parmi les érudits, les théologiens comme on dit en
Occident, et les chercheurs sur la voie mystique et spirituelle, sont très rares
qui réalisent le Soi. Il est plus facile d’enseigner, que de vivre
l’enseignement soi-même. Et, pourtant, on ne sait enseigner que si on a vécu
l’enseignement soi-même. Arjuna, et tous les étudiants de la Gîtâ ne sont que
quelques uns dans la masse, mais groupe très important, surtout à l’heure
actuelle pour le salut du monde. Que serait le monde, sans le soutient de ceux
qui se dévouent au service désintéressé, et qui connaissent la force de la
pensée positive, donc de la prière qui englobe toute la vie dévotionnelle dans
la Gîtâ. Laissant parler les Pères Chrétiens du Désert, notamment Cassien, « La
fin que se propose le moine, toute la perfection de son cœur, réside dans la
continuité d’une prière ininterrompue. » Cassien n’était en cela que l’écho de
l’Évangile de Jésus Christ : « Jésus leur adressa une parabole, pour montrer
qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher. (Luc 18.1) » Et, l’apôtre
Paul s’écria : « Priez sans cesse. 1 Thess.5, 17) Cela veut simplement dire, que
toute la vie doit devenir prière par la vie dévotionnelle dans le détachement le
plus complet, tout en étant attaché au Suprême Absolu. L’Hindouisme, autant que
le Christianisme Évangélique, sont des religions de la prière, car ils sont des
religions de la foi et de la grâce, parce qu’ils mettent à la première place
l’œuvre désintéressé de Dieu en l’homme et que, le travail désintéressé de
l’homme lui-même, il le regarde comme l’œuvre de Dieu agissant en l’homme et par
lui. Quand on a compris combien nous sommes dépendants du Suprême Absolu,
combien nous avons besoin de Lui, la vie autre que celle de la prière ne peut
exister.
La Gîtâ montre comment le Suprême Être s’exprime sous la forme de cet
univers de pluralité, dans l’étreinte de la matière. Dans ce verset et le
suivant,
Kŗşna cite tous les éléments qui, dans un être vivant et le cosmos,
constituent la matière de l’Esprit. Dieu est non seulement proche des hommes,
mais Il est également présent en eux-mêmes, dans leur propre conscience. La
notion de l’expansion du Cosmos est très récente. Elle date du vingtième siècle
seulement. Les anciennes civilisations n’avaient aucun moyen de constater
l’existence d’un tel phénomène. Aussi, la question de savoir si le Cosmos était
fixe ou non, ne fut jamais posée. On n’avait pas de raison de s’interroger sur
quelque chose qui n’existait pas. Le ciel était plutôt synonyme de ce qui est
vaste et immuable. Les observations célestes de l’époque avaient une importance
propre en raison des influences astrologiques qu’on attribuait aux différents
astres. On connaissait bien sûr le cortège des sept planètes (Mercure, Vénus,
Mars, Saturne, Jupiter, Lune et Terre), ainsi que les constellations figurées
par des personnages ou des animaux légendaires. Ce n’est que plus tard qu’on
introduisit les fondements de l’astronomie. En dehors des étoiles et des
planètes, le ciel recelait quelques points diffus auxquels les anciens avaient
donné le nom de nébuleuses. L’une d’elles située dans la Constellation
d’Andromède fut décrite selon les sources Occidentales pour la première fois en
1612 par l’astronome allemand, Simon Marius, qui l’aurait comparée à « une lueur
semblable à la flamme d’une chandelle, vue à travers un disque de corne. » En
1867, un astronome Américain du nom de Abbe, se basant sur les observations
d’autres astronomes, dont William Herschel, ainsi que sur les hypothèses du
philosophe Emmanuel Kant publiées dans son « Histoire naturelle et théorie des
Cieux » (1755), admit que certaines nébuleuses pouvaient être situées en dehors
de notre Galaxie, et constituer elles-mêmes des galaxies. Ces prévisions
s’avérèrent exactes. Elles furent confirmées par les observations menées en
1923/1924, par Edwin Hubble, grâce au télescope du Mont Wilson (Californie),
avec lequel il parvint à distinguer des étoiles dans la Nébuleuse d’Andromède.
Dès lors la nébuleuse qui était vue comme une lueur, devient une galaxie.
Cependant, les résultats sont là et la théorie de l’expansion ne souffre plus de
nos jours d’aucun doute. Mais que de moyens matériels et humains n’aura-t-il pas
fallu mobiliser pou arriver à des conclusions aussi audacieuses qui marquent
d’une pierre blanche les acquis scientifiques du 20ème siècle ! Ce
n’est pas peu dire, ce siècle a été si fertile en découvertes remarquables.
Les versets 5 à 7, expriment l’Unité dans la Vérité, et la multiplicité
qui l’exprime est une vérité d’ordre inférieur, mais certainement pas une
illusion. Le Suprême Absolu est Iśvara, le Seigneur personnel de l’univers en
qui sont contenues les âmes vivantes et conscientes, et la nature inconsciente
les unes comme l’autre sont considérées comme Sa Nature supérieure et
inférieure. Il est la vie et la forme de tous les êtres. Le Suprême Être inclut
la totalité de l’inconscient dans sa nature inférieure et la totalité du
conscient dans sa nature supérieure. Cette théorie, dite ‘union créatrice’
est la théorie qui admet que, dans la phase évolutive actuelle du Cosmos, tout
se passe comme si l’Un se formait par unifications successives du Multiple.
Cette union créatrice suppose un foyer créateur préexistant, bien que ce dernier
se découvre seulement au niveau de l’unité finale sur le plan des phénomènes.
Pour le yogi ou dévot sincère, la résolution du multiple à l’un s’opère en
supprimant le multiple, l’unité n’a rien de commun avec ce multiple dont il faut
se séparer (Māyā). L’incarnation de l’âme dans le corps, dans la vitalité des
sens, le mental et l’intelligence, constitue l’égo, qui utilise le cadre
matériel comme champ de son activité. Il n’est aucun autre principe au delà du
Suprême Absolu. C’est Lui qui donne l’être à toute chose et qui est toute chose.
Les existences du monde sont maintenues en un tout par le Suprême Esprit comme
les perles le sont au fil d’un collier.
Il n’y a de mystique que lorsque le mental cherche à résoudre
l’opposition entre unité et multiplicité, lorsqu’il y a aspiration à l’unité
(pas de mystique du pluralisme). La résolution du multiple à l’un s’opère en
supprimant le multiple. L’unité n’a rien de commun avec ce multiple dont il faut
se séparer (Māyā) ; c’est-à-dire, on arrive à l’Unité en dissipant par évasion
ou suppression de l’illusion de Māyā, le Multiple.
Le moyen de remporter cette victoire est de montrer toujours une ferme
résolution d’obéir au Suprême Absolu, pendant que notre cœur demeure libre et
déchargé de soucis matériels, nous livrant aux paroles de la Gîtâ, ou à un père
spirituel (gourou) réalisé. Une âme obéissante à la parole du Seigneur, possède
toutes les vertus. Il faut franchir le monde de māyā qui est la source de toute
erreur.
Si la séparation du monde de māyā, à elle seule, fait le yogi ou dévot,
c’est elle, à plus forte raison, qui fait l’ascétique. L’ascétisme des
temps nouveaux est l’état de perfection religieuse et de pureté spirituelle, qui
n’est pas obtenu par une ascèse visant à supprimer la matière, mais par une
ascèse tendant à la spiritualiser et à la sublimer. Sans les mortifications
interdites dans la Gîtâ, l’ascétisme va si loin pour lui qu’elle le coupe de la
société des hommes, fussent-ils ses rivaux dans la recherche du Suprême Absolu,
et qu’elle le fait vivre habituellement avec le Suprême Être seul, n’ayant de
contact avec les autres que ceux qu’imposent la nécessité quotidienne ou le
service désintéressé, cette charité pure. Bien sûr, tous ne sont pas appelés à
la vie ascétique. Il n’y a pas deux ascèses en présence, l’une de développement,
et l’autre de mortification. Mais il y a deux phases aptes à s’allier dans un
équilibre souple et mobile. Toutefois, ascètes ou dévots tous sont appelés à
s’unir avec l’Unique Soi de toutes choses, Dieu. Car, tant que nous cherchons,
nous nous trouvons dans le monde de la dualité. Dès que nous avons atteint la
connaissance de Soi, la dualité n’est plus. Dans la sphère de la connaissance de
Soi, l’opération divine règne en absolue souveraineté.
Toutes les formes sont des formes du Suprême Absolu ; les adorer c’est
adorer le Suprême, celui qui confère toutes les récompenses. Cette importante
doctrine ne peut que favoriser l’union entre les religions mondiales, et déjà
enseignée par beaucoup de théologiens mystiques experts en cette science, car
nous avons tous un seul et même Maître, le Suprême Absolu qui finalement en un
temps le plus critique de l’humanité envoie Son avatar (incarnation divine) pour
nous mener à la libération.
Parce qu’il n’est pas facile de connaître le Suprême Être transcendant,
nous recourons à des aspects de Dieu et leur offrons notre culte. Nous
obtenons les résultats que nous cherchons, car le Suprême Être est patient à
l’égard de nos limitations. Il accepte nos prières et y répond, au niveau même
où nous nous approchons de Lui. Aucune dévotion n’est sans valeur. Peu à peu, le
dévot même tout inculte qu’il est, cherchera son salut dans le Suprême Seigneur
et s’approchera de Lui en esprit et vérité. Ceux qui s’élèvent à l’adoration du
Suprême Être transcendant, en toute humilité, et obéissance en accomplissant son
devoir, expérimentent l’état le plus élevé. Pour se consacrer profondément à la
vie dévotionnelle, il faut une grande humilité, car un cœur orgueilleux, épris
de lui-même, ne sent pas le besoin du Suprême Seigneur. Un saint ermite disait :
« On ne prie bien que du jour où l’on a compris qu’on n’est qu’un homme faible,
un homme comme les autres : un ‘ propre à rien ‘, et qu’on ne se regarde plus
comme digne d’intéresser qui que ce soit. La vie dévotionnelle, c’est déjà
s’oublier soi-même, se compter pour rien en face du Suprême Absolu, c’est déjà
prier. Ce qui suit, à toujours été la règle d’or de l’auteur : « Cherchez
premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront
données par-dessus. » (Matthieu 6.33) La vie dévotionnelle, c’est se mettre dans
la présence du Suprême Absolu, « la prière sans cesse » en accomplissant son
devoir.
Les aspects matériels.
Les formes que nous imposons au Sans Forme sont dues à nos limitations.
Nous nous détournons de la contemplation de la réalité ultime pour nous attacher
à des reconstructions d’effigies. Tous les dieux ou devas, à l’exception de
Suprême Absolu l’Inmanifesté, sont des formes qu’on Lui impose. Dieu n’est pas
un Dieu parmi beaucoup d’autres, Il est l’Unique. Il y a, quand-même, lieu
de faire la différence entre le Créateur de l’univers, dont l’œuvre est plus
extraordinaire que celle de l’homme et le fait que celui-ci soit doté de
facultés qui l’élèvent au dessus de la matière. L’homme dispose d’une primauté
absolue sur la matière et ne saurait en aucun cas lui vouer un culte quelconque
qui le rabaisserait dans sa dignité. C’est le Suprême Absolu seul qui peut
élever l’âme de la méditation à la contemplation. Le Suprême Absolu est l’unique
chemin que les âmes peuvent vraiment progresser.
Chapitre 8
L’Éternel Brahman (Esprit)
Arjuna dit : O Kŗşna, qui est l’Éternel Être (Brahman) ? Qu’est-ce que
l’Adhyātma, ou la nature de l’Éternel Être ? Qu’est ce que Karma ? Qui sont les
êtres mortels (Adhibhūta) ? Et, qui sont les Êtres divins (Adhidaiva) ? Qui est
la Super-âme (Adhiyajna), et comment demeure-t-Elle dans le corps ? Et, comment au
moment de la mort, es-Tu connaissable par ceux qui ont maîtrisé leur mental, O
Kŗşna ? (8.01-02)
LA DÉFINITION DU SUPRÊME ESPRIT,
ESPRIT, ÂME INDIVIDUELLE, ET KARMA
Le Suprême Seigneur dit : L’immuable Atmâ (Esprit) est nommé
Brahman (Éternel Être). La nature (y compris la force inhérente de cognition et
du désir) de Brahman est appelée Adhyātma. La force créative de Brahman qui
occasionne la manifestation de l’entité vivante (Jīva) est appelée Karma. (8.03)
Les êtres mortels sont appelés Adhibhūta. Les expansions de la Divine
Personnalité – comme Nārāyana, Mahā-vişnu, Īşvara, etc. – sont appelées les
Êtres Divins (Adhidaiva). Je suis le Super-âme (Adhiyajna) résidant dans le
corps comme le suprême régnant (Īşvara), O Arjuna. (8.04)
THÉORIE DE LA RÉINCARNATION ET
DE KARMA
Quiconque se souvient exclusivement de Moi en abandonnant le corps au
moment de la mort, M’atteint ; de cela il n’y a aucun doute. (Voir aussi PrU
3.10) (8.05)
Quelque soit l’objet auquel un homme se souvient au moment qu’il
quitte son corps à la fin de la vie, il atteint cet objet, O Arjuna, s’y étant
toujours absorbé dans cette même pensée (la personne se souvient de cet objet à
la fin de la vie, et l’atteint). (Voir aussi ChU 3.14.01) (8.06)
UNE SIMPLE MÉTHODE DE
RÉALISATION DE DIEU
Par conséquent, souviens-toi à tout moment de Moi et fais ton
devoir. Tu M’atteindras certainement si ton mental et intellect sont toujours
fixés sur Moi. (8.07)
En Me contemplant dans un mental sans défaillance, qui est discipliné par
la pratique de la méditation, celui-ci atteint le Suprême Être, O Arjuna. (8.08)
Quiconque médite sur le Suprême Être (Para-Brahman) – comme l’omniscient,
l’ancien des jours, le régnant, plus subtil que le subtil (et plus grand que
grand), le soutien de tout, l’inconcevable, par lui-même brillant comme le
soleil, et transcendantal ou au-delà de la réalité matérielle – à l’heure de la
mort tenant le mental immobile et dévotieux ; conduisant le courant de l’énergie
vitale (Prāna) au milieu des deux sourcils pour s’y fixer par la force du yoga ;
atteint Kŗşna, la Suprême Personne Divine. (Voir aussi les versets 4.29, 5.27,
6.13, et YV 31.18, KaU 2.20) (8.09-10)
Je vais d’enseigner brièvement le processus pour atteindre la suprême
demeure que les connaisseurs de la Véda appellent immuable ; cela, en quoi les
ascétiques entrent, libérés de l’attachement, désireux de mener une vie de
célibataire. (8.11)
ATTEINDRE LE SALUT EN MÉDITANT
SUR DIEU AU MOMENT DE LA MORT
Celui qui quitte le corps physique en maîtrisant tous les sens ; fixant le
mental sur Dieu, et Prāna dans le cerveau ; engagé dans les pratiques
yoguiques ; méditant sur Moi et prononçant OM – le monosyllabe sacré, force de
l’Éternel Être (Brahman) – il atteint la suprême demeure. (8.12-13)
Je suis facilement à atteindre, O Arjuna, par ce yogi toujours
inébranlable qui pense toujours à Moi et dont le mental est indifférent à tout
autre objet. (8.14)
M’ayant atteint, ces grandes âmes ne reprennent plus naissance dans ce
monde misérable et transitoire, car ils ont atteint la plus haute perfection.
(8.15)
Les habitants de tous les mondes – jusqu’à et y compris le monde de
Brahmā, le créateur, sont sujets à la misère des naissances et des morts
répétées. Mais, après M’avoir atteint, O Arjuna, celui-ci n’a plus à naître.
(8.16)
TOUT EST CYCLIQUE DANS LA
CRÉATION
Ceux qui savent que le jour du créateur (Brahmā) dure mille Yugas (ou 4.32
billions d’années) et que sa nuit dure aussi mille Yugas, ils sont les
connaisseurs du jour et de la nuit. (8.17)
Toutes les manifestations émergent de la Nature matérielle primaire (Adi
Prakŗti ou Avyakta) à l’arrivée du jour de Brahmā (Créateur), et elles
s’absorbent à nouveau dans cela même, à la venue de la nuit de Brahmā. (8.18)
Cette même multiplicité d’êtres vient encore et encore à
l’existence lors de l’arrivée du grand jour du créateur (Brahmā) ; et se
dissout, inévitablement, à l’arrivée de la nuit de Brahmā. (8.19)
Il y a une autre existence transcendantale et éternelle – plus élevée que
la Nature matérielle changeante (Prakŗti) – qui ne périt pas lorsque tous les
êtres crées périssent. Ce qui est appelé l’Éternel Être non manifesté (Avyakta
Akşara Brahma). Ce qui est aussi connu comme Parama-dhāma, la demeure suprême.
Ceux qui atteignent Ma suprême demeure ne renaissent plus. (8.20-21)
DEUX VOIES DE BASE POUR LE
DÉPART DU MONDE
Cette demeure suprême, O Arjuna, est conquise par une dévotion infaillible
pour Moi qui existe au-dedans de chaque être, et par qui tout cet univers est
pénétré. (Voir aussi 9.04 et 11.55) (8.22)
O Arjuna, Je vais maintenant te retracer les différentes voies par
lesquelles pendant la mort, les yogis quittent pour revenir ou ne pas revenir.
(8.23)
Le feu, la lumière, la clarté du jour, la quinzaine de la lune croissante
et les six mois du solstice du soleil vers le nord – s’éloignant de la voie de
ces régnants célestes (Devas), les yogis qui connaissent l’Éternel Être
(Brahman) atteignent Brahman. (Voir aussi ChU 4.15.05, 5.10.01, BrU 6.2.15, PrU
1.10, et IsU 18) (8.24)
La fumée, la nuit, la quinzaine sombre de la lune, et les six mois du
solstice méridional du soleil – s’éloignant de ces voies, la personne juste
atteint la lumière lunaire (ou, le ciel) et réincarne. (Voir aussi 9.21, ChU
5.10.03-05, BS 3.01.08) (8.25)
La voie de la lumière (de la pratique spirituelle et la connaissance du
Soi) et la voie des ténèbres (du matérialisme et l’ignorance), elles sont,
dit-on, les deux voies éternelles du monde. L’une mène au salut (Mukti, Nirvāna)
et par l’autre on renaît. (8.26)
LA CONNAISSANCE TRANSCENDANTALE
MÈNE AU SALUT
Connaissant ces deux voies, O Arjuna, un yogi ne s’égare jamais. Par
conséquent, O Arjuna, sois toujours ferme dans le yoga. (8.27)
Le yogi qui connaît tout cela passe par delà les mérites de l’étude des
Védas, de celles qui résultent des sacrifices, des austérités, et de la charité,
atteint Parama-dhāma, la Demeure Suprême et Éternelle. (8.28)
Ainsi prend fin le huitième chapitre intitulé «L’Éternel Brahman (Esprit)»
dans les Upanişad de la Bhagavadgītā, l’écriture de yoga, touchant la
science de l’Absolu dans la forme du dialogue entre Srīkŗşna et Arjuna.
L’Éternel Être pénètre tous les êtres créés, tous les sacrifices, tous
les dieux et toutes les œuvres, car ce sont là les diverses expressions des
dieux. C’est ainsi, que ce chapitre s’est ouvert par des questions sur la
définition précise des mots utilisés par le Seigneur
Kŗşna. De plus, Arjuna
veut aussi savoir comment on peut réaliser le Soi au moment de la mort. Une fois
de plus, la réponse est simple, notamment par la parfaite maîtrise de soi grâce
à une vie de pratique spirituelle.
Brahman est l’existence immuable, ingénérée, sur lequel repose tout ce
qui vit, se meut et a son être. Le Soi est l’Esprit dans l’homme, autant que
dans la nature. Brahman est le Soi, le Principe de Conscience qui illumine le
corps, le mental, et l’intellect pendant le séjour de l’homme de la naissance à
la mort et à travers toutes les vicissitudes de l’existence. Karma est
l’impulsion créatrice qui donne naissance aux formes de la vie, mais n’est pas
seulement un mouvement produit par un effort, qu’on nomme « action ». C’est
quelque chose de plus profond, de plus subtil et de divin. Le Suprême Être se
trouve derrière chaque intellect, qui finalement s’accomplit dans la production
des êtres et des choses, et cette force spirituelle subtile est appelée
« Karma » (action qui se prolonge par des conséquences). Dans l’action,
l’homme adhère à la puissance créatrice de Dieu, en coïncidant avec elle, pour
en devenir non seulement l’instrument, mais le prolongement vivant. La
« Mändükya Upanişad » affirme que tandis que l’Absolu est indescriptible et
comparable avec personne, le Dieu vivant est le régent du monde, l’âme incarnée.
La distinction entre divinité et Dieu, Dieu Absolu et Dieu personnel, Brahman et
Isvara, est énoncée clairement dans cette Upanişad. Le Dieu personnel est le
Dieu cosmique, tandis que Brahman est la réalité trans-cosmique.
Irrésistiblement, autour de nous, par tous les accès de l’expérience et de la
pensée, l’Univers va se liant organiquement et génétiquement sur lui-même. Le
Dieu cosmique, qui s’incarne en l’homme suffi à remplir notre cœur et à
satisfaire notre mental. Il y a l’immuable Divin : Brahman ; il y a le Dieu
personnel, et Isvara, l’objet de toute dévotion. Dans le cœur de chaque être
vivant, réside le Super-âme.
Les techniques de la méditation et la dévotion permettent d’entretenir
dans le mental la flamme de l’aspiration divine, afin qu’au moment ultime,
l’être médite sur le Soi. L’importance de l’état d’âme au moment de la mort est
soulignée dans les
Upanişads : Chāndogya III, 14, Praśna III, 10 ; ce qui confirme, que
nous penserons à Dieu au moment de la mort, que si nous l’avons déjà adoré
préalablement. L’âme va à ce sur quoi elle a été concentrée pendant les derniers
moments de la vie. Psychologiquement, et c’est d’autant plus vrai, nous devenons
ce que nous pensons. Nos pensées d’autrefois déterminent notre naissance
présente, et nos pensées présentes déterminent la naissance à venir.
Dans son éternelle vision de soi et dans sa sagesse.
Aucune religion dans le monde ne peut servir l’humanité si elle ne
donne pas de recommandations pratiques. Le Seigneur
Kŗşna donne ici
(8.7-11) une instruction pouvant guider l’homme dans sa vie de chaque jour
autant que dans son développement spirituel, afin d’élever la qualité de
l’existence. Et, oui, nous devons prendre part à l’œuvre de l’humanité, tout en
conservant notre conscience de l’éternité, notamment la présence continue de
Suprême Être immuable maintenant et toujours. Toutes les actions de notre vie
doivent être abandonnées à Dieu qui embrasse, pénètre et donne signification à
notre existence. Ce n’est pas la repentance lors de la mort qui nous sauvera
mais l’exercice constant, et la consécration totale au Suprême Absolu (Être).
Quand le Suprême Absolu répand Sa lumière dans une âme, elle y produit deux
effets : elle lui fait voir d’abord la grandeur du Seigneur, et les paroles sont
incapables de rendre la profondeur de l’abîme où l’âme se trouve plongée,
lorsque ensuite elle se rend compte de sa misère. Les mots ne peuvent exprimer
l’ardeur avec laquelle elle souhaite que tout le monde connaisse son néant. La
vaine gloire et la complaisance pour soi-même sont si loin de sa pensée, que
toutes les grâces qu’elle reçoit du Suprême Être ne sont pour elle que des
effets de la miséricorde divine. Cela n’est possible qu’à ceux qui choisissent
le pouvoir du yoga. Il ne s’agit pas de quelque énergie mystérieuse qui ne peut
être dévoilé qu’à quelques uns ; mais, c’est plutôt le feu intérieur qui
s’embrasse quand l’individu se retire complètement des agitations pour s’ancrer
dans le Suprême Absolu. Le verset 11 rappelle au yogi toutes les précautions à
prendre pour éviter les obstacles dans la pratique d’une vie consacrée au
Suprême Être, et dans la pratique de la méditation. Il est tout à fait naturel
que la montée graduelle vers la perfection spirituelle, fait aussi découvrir les
obstacles autant que le moyen de les franchir. Le pratiquant de la méditation
doit se libérer de ses attachements au monde, car plus les désirs sont nombreux,
plus le mental s’égare. La persévérance dans le non attachement amène le yogi à
découvrir rapidement, une force intérieure, un calme et une efficacité que
produit également la méditation, lui permettant d’absorber son mental entier
dans la réalisation de Soi en lui-même. La Gîtâ toute entière est le chant de la
renonciation, c’est-à-dire un détachement sain et créatif produit par la
connaissance du Soi, et la discrimination dans les sens, « je suis dans le
monde, non pas de ce monde » (vivre détaché des rudiments de ce siècle).
Nous savons déjà depuis le chapitre 5.13, que le corps est appelé la cité
aux neuf portes. Le mental confiné dans le cœur indique que ses fonctions sont
arrêtées. Le yoga śastra nous enseigne que l’âme passe du cœur au Brahmarandhra
(le septième chakras) dans la tête par suşum nāndi et de là s’échappe,
pour s’unir au Suprême Être. Le son du OM ou AUM est une combinaison de trois
sons primeurs : A, U, M. AUM est la source de tous les sons qu’on puisse
prononcer. Par conséquent, c’est le symbole sonique qui répond le mieux au
Suprême Étre (Brahman). C’est l’impulsion majeure qui tient actif nos centres
nerveux qui contrôlent les fonctions corporelles. Paramahansa Yogananda dit que
le son OM (AUM) est la vibration du moteur cosmique. La Bible dit : « Au
commencement était la Parole (OM, AMEN, ALLAH), et la Parole était avec Dieu, et
la Parole était Dieu ». (Jean 1.1) Les yogis acceptent cette vibration sonique
et cosmique comme étant un son, ou un mélange sonique de fréquences variées. La
méditation omnique, mentionnée ici
par le Seigneur est une technique puissante et sacrée utilisée par les saints et
sages de toutes les religions. Le son OM (AUM) combine les six dernières étapes
de Patanjali en trois étapes, schéma qui s’obtient chez nous gracieusement en
nous écrivant, mais seulement après avoir pratiqué la méditation ci-dessous
pendant plusieurs mois.
Une simple technique de méditation est exposée ici :
(1)
Lavez votre visage,
yeux, mains, et pieds ; et asseyez-vous dans un lieu propre, silencieux, et
sombre, empruntant n’importe quelle position confortable, avec la tête, le cou,
et la colonne vertébrale droite et verticale. La musique ni l’encens sont
recommandables pendant la méditation. L’heure et le lieu pour la méditation
devraient être fixés au préalable. Observez les yama et les niyama, comme étant
les bons principes de vie, autant en pensées, paroles, et actions. Quelques
exercices yogiques sont nécessaires. Minuit, matin et soir sont les meilleurs
moments pour méditer 15 à 25 minutes chaque jour.
(2)
Souvenez-vous du nom
ou de la forme du dieu personnel (Isht Dev) en qui vous croyez, tout en
implorant Son ou Sa bénédiction.
(3)
Fermez vos yeux, et
faites cinq à dix respirations lentes et profondes.
(4)
Fixez votre regard,
l’intellect, et émotions au-dedans le centre du thorax, le siège du cœur causal,
et respirez lentement. Chantez mentalement « So » lorsque vous aspirez, et
« Hum » lorsque vous expirez. Pense que c’est la respiration elle-même qui
retentit les sons « So et Hum » (Je suis Cet Esprit). Visualisez mentalement et
poursuivez la voie respiratoire par les narines, jusqu’au centre situé entre les
sourcils, en descendant jusqu’au centre de la poitrine, ou les poumons.
N’essayez pas de contrôler ou de conduire votre respiration, mais suivez le
cours naturel de votre respiration.
(5)
Dirigez votre volonté
tout en pensant que vous vous émergez dans l’infinie espace d’air que vous
respirez. Si la pensée s’écarte du rythme respiratoire entamé, recommencez à
partir de l’étape (3). Soyez régulier, et persistez sans remettre au lendemain.
Une méthode simple de méditation figure au verset 14 pour ceux qui ne
peuvent pas suivre la voie conventionnelle de méditation :
Je suis facilement à atteindre, O Arjuna, par ce yogi toujours
inébranlable qui pense toujours à Moi et dont le mental est indifférent à tout
autre objet. (8.14)
La Bible (l’apôtre Pierre) dit : « Mais il est une chose, bien-aimés,
que vous ne devez pas ignorer, c’est que, devant le Seigneur, un jour est comme
mille ans, et mille ans comme un jour. » 2 Pierre 3.8)
D’après les Védas, la création est un cycle sans commencement et sans
fin, et il n’a rien qui présuppose une première création.
« S’ils s’en font dans la flamme, la lumière, le jour, la quinzaine
brillante de la lune et des mois de la lumière croissante du soleil, ceux qui
connaissent Bra
hman, vont à Brahman. » (8.24)
Le yogi ou dévot essaie de vivre en s’identifiant avec le Suprême
Esprit (Purusha) qui est en lui. Un tel disciple de la Vérité, au moment de la
mort, vient à penser à l’objet de contemplation de sa vie entière, et il se
dirige vers le monde de ses pensées. En entretenant des pensées nobles toute sa
vie, l’homme suit après la mort le chemin de l’évolution, la voie du Suprême
Absolu, qui est celle de la libération graduelle.
« Mais s’ils s’en font dans la fumée, la nuit, les semaines sombres de
la lune et les mois des jours décroissants de la lumière du soleil, ils entrent
la lumière lunaire, et retournent dans le monde de la mort. » (8.25)
Au fait, les versets 24 et 25 montrent, que celui qui pendant sa vie
s’efforce de s’élever au-dessus des enveloppes de la Nature matérielle et de ses
identifications avec elle, atteint les plans spirituels supérieurs d’où, dans le
flot de son progrès spirituel, il atteint la libération, le Nirvāna (ou
l’existence infinie). En revanche, s’il se plaît aux plaisirs mondains et de la
sensualité, il doit revenir pour satisfaire ses instincts dans ce monde, où tout
est à nouveau possible, où il peut s’élever ou s’abaisser.
La vie est un conflit entre la lumière et les ténèbres. La première
conduit à la libération, la seconde à la renaissance. Les modes de vie peuvent
être divisés en deux grandes catégories : le profane et le sacré. Le premier
concerne ceux qui s’attachent aux choses matérielles, la satisfaction dépendant
du nombre de désirs contentés. Le second, le sacré, est adopté par ceux dont
l’intellect est toujours à la recherche de quelque chose de plus grand que la
nature matérielle, ou de plus profond que la surface de la vie. La Bible dit
(l’apôtre Jean) : « Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans
le monde. » (1 Jean 4.4)
Considérant la réalisation de Dieu comme objet et le but de la vie,
dont la perfection, la paix et la liberté éternelles en sont les fruits, le yogi
ou dévot passe outre l’étude des Védas, les sacrifices, les austérités et la
charité (les dons), car il a franchi, et parvient au but suprême. Une fois que
l’on est parvenu à la réalisation de Dieu, rien ne peut nous faire tomber de cet
état de conscience élevé. Il n’existe pas de profit plus grand que celui-là.
Chapitre 9
La Connaissance Suprême et le Grand Mystère
Le Suprême Seigneur dit : Je vais te révéler, à toi qui ne t’adonnes pas à
l’incrédulité, le plus profond secret de la connaissance associé à l’expérience
transcendantale. Connaissant cela, tu seras délivré des misères de l’existence
du mal. (9.01)
LA CONNAISSANCE DE LA NATURE DU
SUPRÊME EST LE GRAND MYSTÈRE
La connaissance du Soi est souveraine entre toutes les connaissances ;
elle est le plus profond secret et vraiment sacrée, pouvant être discernée par
l’instinct, se conformant à la justice (Dharma), est très facile à pratiquer, et
éternelle. (9.02)
O Arjuna, ceux qui n’ont pas de foi en cette connaissance ne M’atteignent
pas, et suivent les cycles de naissance et de mort. (9.03)
Cet univers entier est une expansion de Moi. Tous les êtres
dépendent de Moi (comme une chaîne dépend de l’or, et les produits laiteux du
lait). Je ne dépends pas d’eux (car Je suis le plus grand de tous). (Voir aussi
7.12) (9.04)
Vois la force de Mon divin mystère ; en réalité, Je ne dépends
pas d’eux - le protecteur et créateur de tous les êtres –, et ils ne dépendent
pas de Moi. (Au fait, la chaîne en or ne dépend pas de l’or, malgré que la
chaîne n’est autre que or. Aussi, la matière et l’énergie sont distinctes autant
que identiques). (Voir aussi BP 2.09.34 – 36) (9.05)
Comprends que tous les êtres sont en Moi (sans contacte ou sans
produire un effet quelconque), comme le vent puissant, soufflant partout,
demeurant éternellement dans l’espace. (9.06)
THÉORIE DE L’ÉVOLUTION ET DE
L’INVOLUTION
Tous les êtres s’établissent en Mon Adi Prakŗti (nature primaire
matérielle) et à la fin d’un Kalpa (ou, un cycle de 4.32 billions d’années), O
Arjuna, Je les crée à nouveau au commencement du prochain Kalpa. (9.07)
Je crée la multitude entière des êtres à mainte et mainte reprise avec
l’aide de Ma Nature matérielle (Prakŗti ou Māyā). C’est êtres se trouvent sous
le contrôle des modes (Gunas) de la Nature matérielle (Prakŗti). (9.08)
Les actes de la création ne Me lient pas, O Arjuna, car Je reste
indifférent et détaché de ces actes. (9.09)
L’énergie cinétique divine Māyā – avec l’aide de la Nature matérielle
(Prakŗti) – crée sous Ma supervision tous les objets animés et inanimés, et par
ce moyen la création poursuit sa ronde, O Arjuna. (Voir aussi 14.03) (9.10)
LES VOIES DES SAGES ET DES
IGNORANTS SONT DIFFÉRENTES
Les personnes ignorantes Me méprisent lorsque J’apparais dans la forme
humaine, ne connaissant pas Ma nature transcendantale comme le grand Seigneur de
tous les êtres (et Me considèrent comme le plus commun des mortels). Car, vains
sont leurs espoirs, vains leurs actes, et vaine leur connaissance ; et,
possèdent des aptitudes affolantes (Tāmasika) (Voir 16.04-18) des démons cruels
et avides (et, ils sont incapables de Me reconnaître). (9.11-12)
Mais les grandes âmes, O Arjuna, qui possèdent des qualités divines (Voir
16.01-03) Me connaissent comme L’immuable ; aussi en tant que cause matérielle
et efficace de la création, et M’adorent d’un amour unique et entier. (9.13)
Les personnes de ferme détermination M’adorent avec ardeur et persévérance
dans la dévotion, en chantant sans cesse Mes gloires, déterminées de
M’atteindre, se prosternant devant Moi avec dévotion. (9.14)
Certains M’adorent par le sacrifice de la connaissance. D’autres adorent
l’Unique comme Celui qui est en tout (sans dualité), comme le maître de tout
(ou, dualité), et le multiple tourné dans toutes les directions. (9.15)
TOUT EST LA MANIFESTATION DE
L’ABSOLU
Je suis le rituel, Je suis le sacrifice, Je suis l’offrande, Je suis
l’herbe, Je suis le mantra, Je suis le beurre clarifié (Ghī), Je suis le feu, et
Je suis l’oblation. (Voir aussi 4.24). Je suis le soutien de l’univers, le père,
la mère, et le grand-père. Je suis l’objet de la connaissance, le syllabe sacré
OM, et aussi le Ŗg, le Yajur, et le Sāma Véda. Je suis le but, le soutien, le
Seigneur, le Témoin, la Demeure, le Refuge, l’Ami, l’Origine, la Dissolution, la
fondation du substrat, et la semence immuable. (Voir aussi 7.10 et 10.39)
(9.16-18)
Je dispense la chaleur, J’envoie et retiens la pluie. Je suis
l’immortalité autant que la mort, Je suis aussi l’Absolu (Sat ou Akşara) et à la
fois le temporel (Asat ou Kşara), O Arjuna. (Le Suprême Être est devenu le tout,
voir aussi 13.12) (9.19)
ATTEINT LE SALUT PAR L’AMOUR
DÉVOTIONNEL
Ceux qui accomplissent les rituels prescrits dans les trois Védas, les
buveurs du nectar de dévotion (Soma), et purifiés de leurs péchés (fautes),
M’adorent en faisant de bonnes actions (Yajna) pour aller au ciel. Par leurs
actes méritoires, il en résulte qu’ils vont au ciel et jouissent des plaisirs
des dieux. (9.20)
Ils retournent au monde des mortels, après avoir savouré le vaste monde
des jouissances célestes – après y avoir épuisé le bénéfice de leur bon Karma
(Punya). Conformément aux injonctions des trois Védas, ces personnes travaillent
aux fruits de leurs actions, et ils sont pris dans le cycle de la naissance et
de la mort. (Voir aussi 8.25) (9.21)
J’apporte personnellement tous bien spirituel et matériel à ces
dévots inébranlables qui se souviennent constamment de Moi, et M’adorent dans
une contemplation décidée. (9.22)
O Arjuna, même les dévots qui adorent les divinités avec foi, rendent un
culte à Moi, bien que d’une manière impropre. (9.23)
Car Je, le Suprême Être (Para-Brahman), suis le seul bénéficiaire de tous
les cultes sacrificiels (Yajna), et le Seigneur de l’univers. Mais Mon peuple ne
connaît pas Ma vraie nature transcendantale. C’est pour cela qu’ils tombent
(dans les cycles répétés de naissance et de mort). (9.24)
Les adorateurs des régnants célestes (Devas) vont aux Devas, ceux qui
vénèrent les ancêtres vont aux ancêtres, et ceux qui adorent les esprits vont
aux esprits, mais Mes dévots viennent à Moi (et ne naissent plus). (Voir aussi
8.16) (9.25)
LE SEIGNEUR ACCEPTE ET MANGE
L’OFFRANDE D’AMOUR ET DE DÉVOTION
Quiconque M’offre une feuille, une fleur, un fruit, ou de l’eau
avec dévotion ; J’accepte et mange cette offrande de dévotion venant d’un cœur
pur. (Voir aussi BP 10.81.04) (9.26)
O Arjuna, quoique tu fasses, quoique tu manges, quoique to
offres comme oblation au feu sacré, quoique charité tu donnes, quelle que soit
l’austérité que tu pratiques, accomplis tout en offrande à Moi. (Voir aussi
12.10, 18.46) (9.27)
Tu seras libéré de l’enchaînement – bon ou mauvais – de Karma par cette
attitude de renonciation complète (Samnyāsa-yoga). Devenant libre, tu
parviendras à Moi. (9.28)
Le Moi est présent en tous les êtres et ne favorise personne.
Quant à Moi, nul n’est détestable ou cher. Mais, ceux qui M’adorent avec amour
et dévotion sont très proches de Moi, et Je suis très proche d’eux. (Voir aussi
7.18) (9.29)
IL N’Y A PAS DE PÉCHEUR
IMPARDONNABLE
Même si le plus grand pécheur décide de M’adorer avec une
dévotion exclusive et par amour, il doit être considéré comme un saint, ayant
pris la résolution correcte. (9.30)
Une telle personne devient rapidement une âme juste et atteint la paix
éternelle. Tiens pour certain, O Arjuna, que Mon dévot ne périra ni tombera
jamais. (9.31)
LA VOIE DE L’AMOUR DÉVOTIONNELLE
EST PLUS FACILE
Quiconque – aussi les femmes, les marchants, les ouvriers, et les
malfaisants – sait atteindre la demeure suprême tout en se livrant simplement à
Ma volonté avec amour et dévotion, O Arjuna. (Voir aussi 18.66) (9.32)
Combien plus dès lors est-il facile pour les saints brahmanes et les
saints royaux pieux d’atteindre le Suprême Être. C’est pourquoi, ayant obtenu
cette vie humaine transitoire, emplie de tristesse, on devrait M’adorer avec
amour et dévotion. (9.33)
Fixe ton mental sur Moi, sois Mon dévot, adore-Moi, et
incline-toi devant Moi. Ainsi, uni à Moi en Me mettant comme dessein suprême et
seul refuge, tu M’atteindras certainement. (9.34)
Ainsi prend fin le neuvième chapitre intitulé «La Connaissance Suprême et
le Grand Mystère» dans les Upanişad de la Bhagavadgītā, l’écriture de yoga,
touchant la science de l’Absolu dans la forme du dialogue entre Srīkŗşna et
Arjuna.
La sagesse, entre toutes les sagesses, le secret entre tous les secrets.
Nous tenons à notre disposition les moyens différents et
complémentaires d’obtenir la vérité, dont l’expansion intuitive et
intellectuelle du mental. Ainsi, il nous est loisible d’acquérir la sagesse, la
connaissance, la pénétration du réel et une profonde appréhension de la nature
des choses. Les philosophies religieuses démontrent que Dieu existe, mais que la
connaissance de Dieu est indirecte. Les grands mystiques proclament qu’ils ont
perçu la réalité de Dieu dans les profondeurs de leur âme et que leur
connaissance est directe. Cependant, pour que Dieu vienne produire ces touches
d’union, il nous convient de purifier le mental de toutes les jouissances du
désir et des sens. Le mental, étant donc transformé en Dieu, ne peut plus
recevoir l’impression des formes et des connaissances mondaines. Dans cet état,
toutes les opérations de la mémoire et autres puissances sont divinement
transformées à la réalité du Suprême Absolu. Dieu, en effet, les possède, comme
le Maître absolu, par la suite de la transformation en Lui. Désormais, Dieu nous
meut et nous commande divinement, suivant Son Suprême Être et Sa volonté. Celui
qui s’unit au Suprême Absolu ne fait qu’un avec Lui. Au fait, commençons de voir
le Suprême Absolu comme étant notre propre Moi, par notre mental développé,
purifié à son diapason.
La connaissance suprême est celle de l’identité de Kŗşna, le Seigneur
incarné, avec Brahman, la source de toute existence. Dans la dernière étape, le
Samadhi, luira sur nous (du dedans au dehors) si, dans la certitude de cette
Divine Présence, nous adorons l’Incarné. Le « Samadhi » dont l’autre nom est
« connaissance », c’est l’oubli de toute activité mentale en rendant tout
d’abord la pensée immuable, puis en identifiant la conscience au Seigneur. La
contemplation directe du Suprême Absolu cosmique est plus difficile. Les humains
sans foi qui refusent d’accepter la Vérité Une, n’obtiennent pas la libération
(Nirvāna), mais reviennent à la naissance.
Pacifier le sanctuaire du cœur devrait donc être notre soin principal,
notre exercice journalier par la méditation et les pratiques spirituelles de la
Gîtâ, par exemple. La paix profonde ne peut naître que par l’activité
spirituelle intérieure. Quand arrivera ce qui est parfait, la claire vision, la
connaissance du Suprême Absolu complètera l’œuvre divin en nous. La réalité
suprême transcende de très loin les choses qui sont dans l’espace et le temps,
et qui sont qu’apparences.
En un mot, ne perdez jamais courage ; ne vous affligez pas quand vous
serez dans l’abattement ; recherchez la paix intérieure, car Dieu s’activera en
votre âme lorsque le calme y régnera. Chaque vertu est par elle-même paisible,
douce et forte, et produit dans l’âme qui la possède : la paix, la douceur et la
force.
Hors de Son action, ils retournent en Son immobilité et Son silence.
Le Suprême Être, fonctionnant à travers la Conscience Cosmique, est le
Créateur ; et, le même principe absolu s’exprimant à travers l’individu, âme
vivante, mentalement autant qu’intellectuellement, est le soi individuel, l’ego
(samsārin). L’ego est soumis à la loi de Karma et, en conséquence, contraint
malgré lui de prendre naissance dans la vie cosmique. En autres termes, le
Suprême Être, Se multiplie à travers la nature matérielle, pour provoquer à
nouveau la manifestation cosmique. La nature n’est autre que la manifestation de
l’énergie inférieure du Suprême Être. La loi du « Karma » est incontournable :
telle action, telle réaction. L’Éternel Être n’est motivé ni par l’attachement,
ni par l’aversion, quand Il anime le « Prakŗti » (énergie créatrice) et projette
la multitude des êtres vivants. L’homme ne peut se comprendre que dans la mesure
où, dépassant son corps de constructions tangibles, n’est finalement
définissable dans le Suprême Être. Bien que le Suprême Être dirige la création
et la dissolution comme conscience et guide, Il n’est pas impliqué en elles,
parce qu’Il dépasse la procession des événements cosmiques. Comme la création
est l’œuvre de la nature qui appartient au Suprême Être (Dieu), Il doit être
considéré comme immanent en elle, et aussi sous son aspect pleinement cosmique.
D’innombrables individus naissent, croissent, agissent, souffrent, meurent et
renaissent, mais le Soi universel, le Suprême Être est à jamais libre. L’homme
recueille le fruit de ses actions, et il est lié par ses actes passés, mais le
Suprême Être est à jamais libre. Cette évolution qui commence à l’aurore
cosmique pour être réabsorbé à la nuit cosmique, qui finalement porte tous les
vivants vers une plus grande concentration, et par conséquent vers un psychisme
toujours plus développé. Au verset 10,
Kŗşna est représenté comme le Soi universel qui pénètre le crée et
l’incréé, et soutient tous les êtres, et pourtant les transcende et en même
temps n’est pas affecté par eux. Comment, dans ces conditions le Suprême Être,
il y a environ cinq mille ans (le Dieu Cosmique) s’incarna dans la personne du
Seigneur Kŗşna, et trois mille ans après dans le Christ pour notre adoration et
libération. Le Suprême Être est présent à Sa création, et il l’a maintient, et
que les Seigneurs Kŗşna, le Christ, et autres grands avatars, en s’incarnant,
relient à leur tour la création à son Créateur, le but royal de leur venue
ici-bas. Le Suprême Être considéré comme terme de l’évolution, de la création
tout entière du monde et de l’effort humain, à l’intérieur desquels Il agit
depuis les origines sans que Sa Présence puisse se dévoiler totalement. Nous ne
voyons de l’homme que son corps extérieur et non pas la Divinité en lui. Nous
voyons l’apparence extérieure, non la réalité intime. Et pourtant, ce qui fait
et classe l’homme d’aujourd’hui surtout, c’est d’être devenu capable de voir,
non seulement dans l’Espace et dans le Temps, autant que dans la Durée, ou dans
l’Espace-Temps, grâce au mental spiritualisé de l’homme. Ce qui affecte à ce
moment nos vies, c’est que le mental de l’homme a cessé d’être anti-matière,
extra-matière, pour devenir trans-matière. La spiritualité ne saurait
plus à nos yeux s’opérer en rupture, ni en discordance avec la matière, mais en
traversée et émergence de celle-ci. Ceci a un sens, si nous appliquons
l’attachement désintéressé, car reconnaître le Suprême Être sous son déguisement
terrestre exige un effort. Tant que nous ne tournerons pas notre existence
entière vers le Suprême Être, que nous ne franchirons pas les limites de la
Nature phénoménale pour retrouver la conscience universelle qui nous fait vivre
dans la Divine Présence, nous serons en proie à la fascination des choses
finies.
Jugés d’après le critère éternel et divin.
C’est-à-dire « qu’ils tendent vers la nature des Asura et des
Rakshasa » - une classe d’élémentaux mauvais ; selon certains, ces hommes
participaient « du caractère des constituants les plus inférieurs de la
nature ».
Nous ne voyons de nos semblables que l’aspect extérieur et non pas la
Divinité en lui. Nous voyons l’apparence extérieure, non la réalité intérieure.
D’ailleurs la Bible dit : « Et l’Éternel dit à Samuel : Ne prends point garde à
son apparence et à la hauteur de sa taille, car je l’ai rejeté. L’Éternel ne
considère pas ce que l’homme considère ; l’homme regarde à ce qui frappe les
yeux, mais l’Éternel regarde au cœur. (1 Samuel 16.7). Reconnaître le Suprême
Être sous son déguisement terrestre exige un effort. Tant que nous ne tournerons
pas notre être entier vers le Suprême Être, nous serons en proie des choses
finies, et spirituellement aveugles. Tout cela nous prouve combien, dans la voie
mystique et spirituelle, un guide tel que la Gîtâ d’une part, et un gourou
(maître spirituel) sérieux et désintéressé d’autres part sont nécessaires. Si
nous tenons notre nature divine et intérieure éveillée, nous manifesterons notre
vraie conscience de Soi, étant donné que notre nature entière est tournée vers
le Divin, pendant que toute notre vie devient une adoration continue au Suprême
Être. L’opinion d’autrui gouverne la plupart des hommes, et leur jugement se
base sur les idées fausses que leur sens et leur imagination leur présentent. Le
sage, le yogi ou dévot, lui, n’établit son jugement que sur la Vérité Une, qui
demeure en lui, et qui fait qu’il entend tout, qu’il conçoit tout, qu’il pénètre
tout, puisqu’il s’élève au dessus de tout ce qui est, au dessus de lui-même.
Le sacrifice Védique est interprété comme une offrande de tout notre
être, un don entier de soi au Soi Suprême et Universel. Ce que nous recevons de
Lui nous Lui rendons. La Bible dit : « Je vous exhorte donc, frères, par les
compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint,
agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable. » (Romains
12.1) Autrement parlant, quiconque est dévoué à la dévotion et au service de
Kŗşna doit être considéré comme ayant accompli tous les sacrifices
recommandés dans les Védas. La vérité du Suprême Absolu est Sa sagesse qui
commande tout l’ordre cosmique de la création et du gouvernement de la Nature
matérielle. Se consacrer à Lui, le Suprême Être, et de L’aimer a des
conséquences immenses pour notre vie et celle d’autrui. (Encore ceci à ajouter,
le culte des images peut seulement être employé comme moyen d’approche vers le
Divin, et pour nous faciliter l’idée de Sa Divine Présence. Autrement, les
effigies sont sans valeur.) Rien n’est plus propre à affirmer notre foi et
espérance que la conviction profondément gravée dans le yogi ou dévot, nous
tous, que rien n’est impossible au Suprême Absolu, et qu’Il exauce nos prières,
sous quelque forme que nous l’adorons. Durant ma vie entière, j’ai appliqué ce
que j’appelle la « Règle d’Or », qui se lit dans la seconde partie de la Bible :
« Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses
vous seront données par-dessus. » (Matthieu 6.33) Méditez, adorez, contemplez,
ainsi vous demeurez en Sa Présence. Et, l’évangéliste ajoute : « Ne vous
inquiétez donc pas …. », au verset suivant. Le don de soi à Dieu signifie Lui
consacrer toutes ses actions et Lui offrir son mental. De même qu’un filet
d’huile, versé d’un récipient dans un autre, coule sans interruption, de même le
yogi ou dévot déverse toute sa vie en Dieu le Suprême Absolu (Être) ou
simplement « OM » (AUM). Il a une constante dévotion envers Lui sous la forme OM
(AUM) s’il ne peut accepter aucune autre forme.
La vie dans ce monde est une occasion offerte pour développer la Nature
divine de l’âme à travers des instruments imparfaits.
Le Suprême Être prend sur Lui les fardeaux et les soucis de ses yogis
et dévots. La méditation qui mène à la contemplation simple, pure, inspirée et
parfaite, est une révélation intime, par l’expérience que Dieu fait de Lui-même,
de Sa Bonté car Il est parfait, de Sa Paix et de Son Amour. Vous ne saurez boire
ce divin nectar si vous ne faites des progrès dans la vertu et le renoncement,
et si vous ne vous efforcez de rendre votre âme ferme dans la paix, dans le
silence, dans l’oubli et dans la solitude intérieure.
Le Seigneur aime d’être aimé par Son dévot. Un cœur consacré Lui est
doux, loin des rituels compliqués, seule offrande qui est agréable à Dieu, quant
à la dispensation de Sa grâce. On devrait manger la nourriture après l’avoir
d’abord offerte à Dieu, « car nous te rendons grâce pour tous Tes bienfaits Dieu
tout-puissant ». A Son tour, le Seigneur mange la nourriture offerte par ses
dévots. Le mental est purifié lorsqu’on se nourrit de la nourriture d’accueil
offerte au Seigneur. Si pauvre que soit l’offrande, elle est acceptable au
Seigneur si elle est faite avec amour et sincérité. La voie qui mène à l’Éternel
Être ne passe pas par les subtilités de la métaphysique ou des rituels
compliqués, mais par le simple don de soi-même symbolisé dans l’offrande d’une
feuille, d’une fleur, d’un fruit ou même de l’eau. Ce qui est indispensable,
c’est l’adoration du cœur. Le sujet a été traité longuement dans notre
« Introduction à la Bhagavad Gîtâ », sous la rubrique « Prasâda ». La mémoire que
nous gardons du Suprême Être en Sa faveur, et que nous invoquons incite le
Seigneur à avoir mémoire de nous. Il convient à tout dévot de louer le Seigneur
en tout lieu et en tout temps pour rappeler toujours, comme il se doit, le
souvenir de Ses bienfaits.
La course à l’honneur est un feu qui détruit tout yoga et austérité. La
force illusoire de l’énergie divine cinétique (Māyā) est terrible. Elle trahit
tous, y compris les yogis, sauf si tout se fait pour Dieu seul par le don de
soi, et par la consécration de tous les actes au Suprême Absolu. Les flots des
tâches de chaque jour doivent s’écouler à travers l’adoration de Dieu. L’amour
de Dieu n’est pas une évasion hors des peines de la vie, mais une consécration
au service du Très-Haut.
Plus on est détaché de tout et recueilli en soi-même, plus on est en
état de comprendre sans effort ce qui est très élevé, car on reçoit alors du
ciel le don de l’intelligence. Un cœur pur, simple et constant dans le bien ne
se laisse pas dissiper par la variété des soins, et des occupations
extérieures : parce qu’en toutes choses, il n’envisage que la gloire du Suprême
Être, sans se rechercher soi-même. Un yogi ou dévot vertueux et fidèle au
Seigneur règle d’avance intérieurement les actions extérieures qu’il doit faire.
Le Seigneur n’a ni ami ni ennemi, car Il est impartial, et ne damne ou
n’élit personne La seule voie pour gagner Son amour est la foi et l’adoration.
Pourquoi différer toujours dans l’accomplissement des bonnes résolutions ?
« Lève-toi et commence dès maintenant ; dis-toi à toi-même : il est temps d’agir
et de combattre, voici le temps de se corriger. »
Il y a des pécheurs et des péchés qui sont impardonnables, mais le feu de
la repentance sincère brûle tous les péchés. Le Saint Coran dit : « Et celui qui
croit en Allah et accomplit de bonnes œuvres, il lui effacera ses mauvaises
actions et le fera entrer dans des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux
où ils demeurent éternellement. Voilà l’énorme succès ! (Sourate 64) Chaque
saint a un passé, et chaque pécheur à un avenir. Yogānanda dit : « Un saint est
un pécheur qui ne cède jamais. » La Bible dit : « Quiconque croit en lui a
la vie éternelle. » (Jean 3.15) Des actes de prières jaculatoires (Japa),
d’austérité, de service et de charité accomplies sans motif intéressé savent
réparés les actes mauvais, ainsi l’obscurité s’évanouit à l’aurore. (MB
3207.57).
La Gîtâ transcende toutes les distinctions de race, de sexe ou de
caste, et met l’accent sur les valeurs spirituelles. Son évangile d’amour est
ouvert à toute l’humanité, inclus les membres de toutes les castes, aussi bien
qu’aux hors-castes. Ce texte exprime l’opinion dominante au moment de la
composition de la Gîtâ, mais aujourd’hui aussi nous pouvons en tirer une leçon.
Le verset 33, autrement compris ; même ceux qui, en raison de leurs vies
passées, souffrent d’incapacités diverses et s’adonnent à des poursuites
mondaines peuvent surmonter leurs faiblesses et parvenir au Suprême Absolu. La
voie est plus facile pour ceux des Brahmanes et des sages royaux qui sont
spirituellement favorables.
Dans la méditation directe sur le Soi, le yogi ou dévot médite sur les
grandes maximes qui enseignent la non-dualité comme « Tu es cela » (Tat Twam
Asi) et « Je suis Brahman » (Aham Brahmasmi). C’est la forme la plus élevée de
la méditation. Le mystique, le yogi ou le dévot doit méditer attentivement sur
son propre Soi qui, bien qu’invisible, est pourtant la seule réalité ; et bien
que manifeste dans l’univers extérieur est pourtant de la nature de la
conscience subjective. Le « Samadhi », c’est l’oubli de toute activité mentale
en rendant tout d’abord la pensée immuable puis en identifiant la conscience au
Brahman.
Chapitre 10
La Manifestation de l’Absolu
Le Seigneur Suprême dit : O Arjuna, écoute une fois de plus Ma parole
suprême, que Je vais te dire pour ton bien, parce que tu M’es très cher. (10.01)
DIEU EST L’ORIGINE DE TOUT
Ni les régnants célestes (Devas), ni les grands sages connaissent Mon
origine, car Je suis l’origine de tous les Devas et aussi des grands sages.
(10.02)
Celui qui Me connaît comme le Non-Né, sans commencement, et comme le
Suprême Seigneur de l’univers, celui-là est considéré comme intelligent parmi
les mortels, et sera libéré de l’enchaînement de Karma. (10.03)
La discrimination, la connaissance de Soi, la libération de l’égarement,
le pardon, la vérité, le contrôle du mental et des sens, la tranquillité, le
plaisir, la souffrance, la naissance, la mort, la crainte, le courage, la
non-violence, l’équanimité, le contentement, l’austérité, la charité, la
renommée, l’opprobre – ces diverses qualités des êtres humains procèdent de Moi
seul. (10.04-05)
Les sept grands sages, et les plus anciens quatre Sanakas et les quatorze
Manus, d’où sont nés toutes les créatures du monde, émanent de Mon énergie
potentielle. (10.06)
Celui qui connaît véritablement Mes manifestations et Mes pouvoirs
yoguiques, M’est uni par une dévotion inébranlable. Il n’y a aucun doute à ce
sujet. (10.07)
Je suis l’origine de tout. Tout émane de Moi. Comprenant cela,
les sages m’Adorent avec amour et dévotion. (10.08)
Les dévots intelligents se maintiennent toujours satisfaits et joyeux.
Leurs pensées restent absorbées en Moi, et leurs vies entièrement données à Moi.
Ils s’éclairent mutuellement en s’entretenant constamment de Moi. (10.09)
LE SEIGNEUR DONNE LA
CONNAISSANCE À SES DÉVOTS
Je délivre la connaissance et la compréhension des sciences métaphysiques
– à ceux qui Me sont toujours unis et M’adorent avec amour – par quoi ils
viennent à Moi. (10.10
Demeurant dans leur psyché intérieure en tant que conscience, mû de
compassion Je détruis l’obscurité née de l’ignorance par la lumineuse lampe de
la connaissance transcendantale. (10.11)
Arjuna dit : Tu es le Suprême Être, la Suprême Demeure, le Suprême
Purificateur, l’Éternel Divin Être, le Premier des dieux, le Non-né,
l’Omniprésent. Tous les sages T’ont proclamé. Le divin sage Nārada, Asita,
Devela, Vyāsa, et Toi-même Tu me le déclares. (10.12-13)
PERSONNE NE SAIT CONNAÎTRE LA
VRAIE NATURE DE LA RÉALITÉ
O Kŗşna, je crois que tout ce que Tu m’as dit est vrai. O Seigneur, ni les
régnants célestes (Devas), ni les démons comprennent complètement Ta nature
réelle. (Voir aussi 4.06) (10.14)
O Créateur et Seigneur de tous les êtres, Dieu de tous les
régnants célestes (Devas), Suprême personne, et Seigneur de l’univers, Toi seul
Te connais par Toi-même. (10.15)
En vérité, Toi seul peux énoncer intégralement Tes propres divines gloires
– les manifestations – par lesquelles Tu existes imprégnant tous les univers.
(10.16)
Comment puis-je Te connaître, O Seigneur, par la contemplation constante ?
Sous quelle forme de manifestation dois-je penser à Toi, O Seigneur ? (10.17)
O Seigneur, explique-moi de nouveau en détail, Ton pouvoir yoguique et Ta
gloire, car je ne me rassasié pas d’écouter Tes paroles douces comme du nectar.
(10.18)
TOUT EST UNE MANIFESTATION DE
L’ABSOLU
Le Suprême Seigneur dit : O Arjuna, Je vais maintenant t’expliquer Mes
plus hautes prééminentes manifestations divines, car Mes manifestations sont
sans fin. (10.19)
O Arjuna, Je suis l’Esprit (Atmâ) siégeant dans la psyché intérieure de
tous les êtres. Je suis le commencement, le milieu, et la fin de tous les êtres.
(10.20)
Je suis Vişņu parmi les (douze) fils d’Aditi, Je suis le soleil
resplendissant, Je suis Marīci parmi les régnants supernaturels de l’air, Je
suis la lune parmi les étoiles. (10.21)
Je suis Sāmaveda parmi les Védas, Je suis Indra parmi les régnants
célestes (Devas), Je suis le mental parmi les sens, Je suis la conscience des
êtres vivants. (10.22)
Je suis Siva parmi les Rudras, Je suis Kubera parmi les Yakşas et les
démons, Je suis le feu parmi les Vasus, et Je suis Meru parmi les montagnes.
(10.23)
Parmi les prêtres, O Arjuna, sache que Je suis le chef Bŗhaspati. Je suis
Skanda parmi les généraux de l’armée. Je suis l’océan parmi les étendues d’eau.
(10.24)
Je suis Bhŗgu parmi les grands sages ; Je suis le monosyllabe et le son
cosmique OM parmi les mots ; Je suis Japa-yajna parmi les disciplines
spirituelles (yajna) ; et Je suis l’Himālaya parmi les immobiles. (10.25)
UNE BRÈVE DESCRIPTION DES
MANIFESTATIONS DIVINES
Je suis l’arbre banyan parmi les arbres, Nārada parmi les sages,
Citraratha parmi les Gandharvas, et le sage Kapila parmi les Siddhas. (10.26)
Sache que parmi les chevaux je suis Uccaihśravas, manifesté au temps du
surgissement de l’océan né du nectar, Airāvata parmi les éléphants, et parmi les
hommes Je suis le Roi. Je suis le foudre parmi les armes, Kāmadhenu parmi les
vaches, et Je suis le cupidon de la procréation. Parmi les serpents, Je suis
Vāsuki. (10.27-28)
Je suis Śeşanāga parmi les Nāgas, Je suis Varuna parmi les dieux des eaux,
et les Aryamā parmi les mānes. Je suis Yama parmi les divinités régnantes. Je
suis Prahlāda parmi la progéniture des Daityas, Je suis le temps entre les
calculateurs, le lion parmi les animaux, et Garuda parmi les oiseaux. (10.29-30)
Je suis le vent parmi les purificateurs, et le Seigneur Rama parmi les
guerriers. Je suis le crocodile parmi les poissons, et le saint Gange parmi les
rivières. (10.31)
Je suis le commencement, le milieu, et la fin de la création, O Arjuna.
Parmi les sciences Je suis la science du suprême Moi. Je suis la logique des
logiciens. (10.32)
Je suis la lettre « A » de l’alphabet. Je suis le nombre duel entre les
composés. Je suis le temps infini (Akşaya Kāla). Je suis le préservateur de
tous, et J’ai multiples faces dans toutes les directions (ou, Je suis
omniscient). (10.33)
Je suis la mort qui saisit tout, et aussi l’origine des êtres futures. Je
suis les sept déesses (Devis) ou anges gardiens ayant la présidence sur sept
qualités – la gloire, la prospérité, la parole, la mémoire, l’intelligence, la
fermeté et le pardon. (10.34)
Je suis Bŗhatsāma parmi les hymnes Sāma. Je suis Gāyatri parmi les mantras
Védiques, Je suis Novembre-Décembre parmi les mois, Je suis le printemps parmi
les saisons. (10.35)
Je suis le jeu des tricheurs ; l’éclat de tout ce qui
resplendit ; la victoire des victorieux ; la résolution des résolus ; et, la
bonté des bons. (10.36)
Je suis Vāsudeva parmi les descendants des Vŗşnī, Arjuna parmi les
Pāndavas, Vyāsa parmi les sages, et Uśanā parmi les poètes. (10.37)
Je suis la force des dirigeants, Je suis la science politique de ceux qui
recherchent la victoire, Je suis le silence des choses secrètes, et la
connaissance du Soi des connaissants. (10.38)
Je suis l’origine ou la semence de tous les êtres, O Arjuna. Il n’y a rien
d’animé ou d’inanimé, qui puisse exister sans Moi. (Voir aussi 7.10 et 9.18)
(10.39)
LA CRÉATION VISIBLE N’EST QU’UNE
PETITE FRACTION DE L’ABSOLU
Il n’y a pas de fin à Mes manifestations divines, O Arjuna. Ce que Je t’ai
exposé n’est qu’une brève description de l’étendue de Mes manifestations
divines. (10.40)
Tout ce qui est doué de gloire, d’éclat, et de force, sache que c’est la
manifestation d’une très petite fraction de Ma splendeur. (10.41)
Quelle est l’utilité d’une connaissance aussi détaillée, O Arjuna ? Je
soutiens continuellement cet univers tout entier par une simple fraction de Ma
force divine (Yoga-māyā). Voir aussi ChU 3.12.06) (10.42)
Ainsi prend fin le dixième chapitre intitulé «La Manifestation de
l’Absolu» dans les Upanişad de la Bhagavadgītā, l’écriture de yoga, touchant la
science de l’Absolu dans la forme du dialogue entre Srīkŗşna et Arjuna.
Le Suprême Être est l’Éternel ingénéré, et est aussi le Seigneur du
monde bien qu’Il n’ait pas de naissance, pendant que toutes les existences
dérivent de Lui. Plus on invoque le Suprême Être, et plus qu’on gagne de
stabilité dans le service de dévotion. La paix d’une telle âme aussi pure, le
contentement de son mental, sa sérénité et son calme intérieur est si intense,
qu’il brille même au-dehors, comme un rayon lumineux et une étincelle du Suprême
Absolu.
Tous ces différents états de l’être résultent du karma passé. Le Suprême
Être est indirectement responsable, même pour la douleur et les souffrances du
monde. Étant le Seigneur du monde, Il le dirige, sans pourtant être affecté par
le bon ou le mauvais.
Les yogis ou dévots, les êtres humains atteignent finalement la libération
par les moyens de leur propre mental qui sont conservés purs, transparents, sans
souillure, frais et clair, et sans tache, conscients de leur unité avec le
Suprême Être, participant à l’œuvre du monde qui est la manifestation du Suprême
Être.
Le Suprême Être (Dieu) agit sur le monde pour le bien de l’homme, mais
Lui-même en demeure séparé. Quand l’amour et la connaissance sont présents,
l’éternel dessein est accompli dans l’individu.
Arjuna accepte la vérité de ce qui a été déclaré et proclame sa conviction
que Kŗşņa qui lui parle, est le Suprême Être, l’Absolu et l’Indépendant, auquel
nous pouvons nous élever par l’abandon de nous-mêmes. La vie intérieure est, en
effet, non seulement action, mais aussi confrontation, confrontation du sujet
avec d’autres sujets. De cette confrontation franche et sans arrière-pensées
naît le vrai dialogue, qui se trouve à la racine de l’amitié et de l’amour. La
connaissance transcendantale est révélée par Dieu, les sages en sont les
témoins, et Arjuna les vérifie de sa propre expérience.
La vie intérieure authentique ne se confond pas avec l’introspection. Le
vrai yogi ou dévot n’est ni un narcissique ni un introverti. La vraie vie
intérieure consiste à sortir finalement de soi en allant vers l’autre. Si l’on
reste enfermé dans sa citadelle intérieure, l’on tourne en rond. L’élan vers
l’autre, c’est l’autre nom de l’amour. Il n’y a donc pas de vie intérieure sans
amour. Dialogue, amour, vie intérieure, action désintéressée sont les quatre
pièces d’une tétralogie. Et, cette tétralogie est une bonne fondation pour la
philosophie du sujet, qu’il nous appartient de construire ensemble. La Gîtâ
n’établit pas d’opposition entre Brahman et le monde, la réalité ineffable et
son inadéquate expression. Elle donne une vision spirituelle de l’ensemble ;
elle mentionne l’indéfinissable, l’Inmanifesté immuable, l’Impensable, l’Absolu
qui transcende toute détermination empirique. Cependant l’adoration du Suprême
Absolu est difficile aux êtres incarnés. Il est plus facile d’approcher le
Suprême Être à travers ses relations avec le monde, car cette méthode est plus
naturelle. Le Suprême Être est le Seigneur personnel qui régit l’activité
multiple de la nature qui réside au cœur de chaque créature.
La Bible entretient des paroles semblables : « Jésus Christ (Dieu
Lui-même) est le même hier, et aujourd’hui, et éternellement. » (Hébreux 13.08)
Et, dans l’Apocalypse : « Je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la
fin. » (Apo. 21.6a) Atmâ (Esprit) n’a pas de commencement et appartient au
Suprême Être (Para-Brahman) comme la lumière du soleil appartient au soleil (BS
2.03.17). Para-Brahman et l’Éternel Brahman (Atmâ) sont comme le soleil et la
lumière du soleil, différents autant que pas différents (BS 3.02.28). L’Esprit
(Atmâ) dans les êtres vivants s’appelle Cetanā ou le règnent suprême (Iśvara).
Le même Esprit qui soutient l’univers est appelé Brahman. Atmâ est différent du
corps comme le feu est différent du bois. Atmâ, la conscience universelle, ne
sait pas être vue par les sens, le mental, et l’intellect ; car les sens, le
mental, et l’intellect tiennent leur force et fonctionnent à partir d’Atma
seulement (KeU 1.06). Atmâ se trouve à la base et maintient chaque forme de
force, de mouvement, d’intellect, et la vie dans cet univers. C’est cette force
qui permet à l’homme de voir, d’entendre, de sentir, de penser, d’aimer, d’haïr,
et de désirer les objets.
Les dieux de l’air, les Maruts.
Les Aditis sont des dieux Védiques. Bien que le Suprême Être soit en
toutes choses, Il est plus évident chez les uns que chez les autres. Le monde
est un ordre ascendant. Le Suprême Absolu se révèle plus dans la vie que dans la
matière, dans la conscience plus que dans la vie, et plus encore dans les saints
et les sages. Des expressions similaires figurent dans les Védas (RV 4.26.01 et
9.96.06)
Le Sāmaveda est mentionné comme un ouvrage principal des Védas à cause de
sa beauté musicale.
Japa (répétition silencieuse de mots sacrés) est considéré en ces temps
comme étant la plus ancienne et la méthode la plus efficace pour la réalisation
de Soi, suivant la confirmation de Tulasīdāsa, Nānak, le Seigneur Caitanya,
Prabhupāda, et autres. La répétition mentale (Japa) constante avec foi du Tāraka
mantra – OM Sri Rāma, Jai Rāma, Jai Jai Rāma – poussera les vibrations soniques
dans les diverses couches du mental, et y fonctionnant comme étouffeur, pour
prévenir ainsi l’arrivée des vagues de pensées et d’idées négatives. La
méditation est l’extension et le stade supérieur de Japa. On doit d’abord
pratiquer Japa avant de s’engager dans la méditation transcendantale. Swami
Harihar dit : Il ne devrait avoir aucun désir de s’acquérir des objets de ce
monde en échange de la répétition du nom divin. La force spirituelle du nom
divin ne devrait pas être utilisé pour la destruction du péché, mais devrait
avoir recours uniquement à la réalisation divine. Le Suprême Être se révèle plus
dans la vie que dans la matière, dans la conscience que dans la vie, et plus
encore dans les saints et les sages. Le saint Tulasīdāsa dit : Place la lampe du
nom du Seigneur près de la porte de ta langue, si tu désires la lumière
au-dedans et au-dehors. Le nom est plus grand que les aspects impersonnel et
personnel de l’Éternel Être (Brahman), car la force du nom contrôle les deux
aspects de Brahman (TR 1.21-26). Gourou Nānak dit : Le meilleur de tous les
efforts est de se souvenir et de répéter le nom de Dieu.
Ou, Aśvattha, un saint figuier, l’arbre banyan ou pipal.
Kapila fut le fondateur de la philosophie Samkhya.
La vache qui exauce tous les vœux.
Serpents venimeux.
Serpents non venimeux d’une espèce légendaire doués, dit-on, de parole
et de sagesse.
Le Juge des morts.
Des êtres semi humains.
Akşaya Kāla, le temps infini, est aussi nommé Akāla Puruşa ou Kāla
Nirānjana. C’est la forme du Seigneur Kŗśņa dans le temps.
« Je suis le jeu des tricheurs », comme exemple pris par
Kŗśņa pour faire comprendre à Arjuna la nature du Soi.
Le grand arbre figuier banian (Aśvattha), avec ses nombreuses branches,
feuilles, fleurs, fruits, et semences, proviennent d’une toute petite semence
dans la forme non manifestée, pour se manifester par la suite et devenir un
arbre. De même, toutes les manifestations (Jagat) en l’Éternel Être (Brahman)
dans la forme non manifestée, se manifestent pendant la création, et deviennent
non manifestée encore et encore pendant la dissolution. Le fruit se maintient
caché dans la semence, et la semence est le fruit ; de même Dieu demeure dans
chaque être humain et chaque être humain en Dieu (Suprême Être).
La variété dans tout l’univers, en commençant par les plus hauts régnants
célestes (Devas), jusqu’à la moindre insecte, et même le grain de sable, ne sont
rien d’autre que la manifestation de l’Unique et même Absolu.
Toutes choses sont soutenues par le Suprême Absolu (Suprême Être,
Dieu), la beauté et la splendeur Le révèlent plus qu’autre chose. Tout acte
d’héroïsme, toute vie de sacrifice, toute œuvre de génie, est une révélation du
Divin. Les moments mémorables dans la vie d’un homme sont inexplicablement plus
grands que le mental fini de l’homme. Le cosmos n’est qu’une révélation
partielle de l’infini ; sa lumière n’est qu’on rayon de la splendeur divine. La
lumière transcendantale du Suprême Absolu a son domaine par delà ce cosmos, au
delà du temps et de l’espace.
Chapitre 11
LA VISION DE LA FORME COSMIQUE
Arjuna dit : Mon illusion s’est dissipée par les paroles profondes de
sagesse que Tu as prononcées – par compassion pour moi – concernant le suprême
secret de l’Éternel Être (Brahman). (11.01)
O Kŗşna, j’ai entendu de Toi en détail sur l’origine et la dissolution des
êtres, et de Ta gloire immuable. (11.02)
LA VISION DE DIEU EST L’ULTIME
FIN DU CHERCHEUR
O Seigneur, Tu es comme Tu l’as déclaré, mais je désire voir Ta
divine forme cosmique, O Suprême Être. (11.03)
O Seigneur, si Tu penses qu’il est possible pour moi de voir Ta forme
universelle, ainsi, O Seigneur des yogis, montre moi Ta forme transcendantale.
(11.04)
Le Suprême Seigneur dit : O Arjuna, contemple Mes centaines par milliers
et multiples formes divines de différentes couleurs et de formes. (11.05)
Voir les Ádityas, les Vasus, les Rudras, les Aśvins, et aussi les Maruts.
Contemple, O Arjuna, ces multiples merveilles jamais vues auparavant. (11.06)
O Arjuna, vois maintenant la création entière – animée et inanimée, et
aussi tout ce que tu désires voir, toutes unifiés en Mon corps. (11.07)
Mais, tu ne sais pas Me voir avec ton œil physique ; c’est
pourquoi, Je te donne l’œil divin afin de voir Ma puissance et gloires
souveraines. (11.08)
LE SEIGNEUR MONTRE SA FORME
COSMIQUE À ARJUNA
Samjaya dit : O Roi, ayant dit ceci ; le Seigneur Kŗşna, le grand Seigneur
de la force mystique du yoga, révéla Sa forme suprême et souveraine à Arjuna.
(11.09)
Arjuna vit la Forme Universelle du Seigneur pourvue de nombreuses bouches
et yeux, plusieurs visions merveilleuses, avec d’abondants ornements divins et
brandissant de beaucoup d’armes divines. Portant des guirlandes et des apparats,
embaumées de parfums et d’onguents célestes, plein de prodiges, le Dieu infini
ayant le visage tourné de tous côtés. (11.10-11)
Si la splendeur de milliers de soleils éclatait soudainement dans le ciel,
alors elle ne serait même pas comparable à la splendeur de cet Être sublime.
(11.12)
Arjuna vit l’univers entier avec ses divisions multiples, mais rassemblées
en unité (toutes en une, et une en toutes) dans le corps transcendantale de
Kŗşna, le Seigneur des régnants célestes (Devas). (Voir aussi 13.16, et 18.20)
(11.13)
ON POURRAIT NE PAS ÊTRE PRÉPARÉ,
OU QUALIFIÉ, POUR VOIR LE SEIGNEUR
(En voyant la forme cosmique du Seigneur) Arjuna fut empli
d’émerveillement ; et les cheveux dressés, courba la tête devant le Seigneur et
pria les mains jointes. (11.14)
Arjuna dit : O Seigneur, je vois en Ton corps tous les régnants
supernaturels (Devas) et une multitude d’êtres, tous les sages, et les serpents
célestes, le Seigneur Śiva autant que le Seigneur Brahmā assis sur le lotus.
(11.15)
O Seigneur de l’univers, je Te vois partout en Ta forme infinie,
avec plusieurs bras, estomacs, faces et yeux. O Forme Universelle, Je ne vois ni
Ton commencement, ni le milieu, ni la fin. (11.16)
Je Te vois avec Ta couronne, Ta massue, Ton disque ; et une masse de
radiance difficile à discerner, rayonnant de toutes parts comme
l’incommensurable lumière du soleil et le feu ardent. (11.17)
Je crois que Tu es le Suprême Être (Para-Brahman) qu’il faut réaliser. Tu
es l’ultime support de l’univers. Tu es l’Éternel Être (Brahman, Atmâ, Esprit),
et le protecteur de l’ordre éternel (Dharma). (11.18)
Je Te vois comme puissance infinie, sans commencement, milieu, ou fin ;
aux bras innombrables, dont Tes yeux sont le soleil et la lune, et Ta bouche un
feu ardent, échauffant l’univers de Ta radiance. (11.19)
O Seigneur, l’espace entier entre le ciel et la terre dans toutes les
directions est empli par Toi. Voyant Ta forme merveilleuse et terrifiante, les
trois mondes (Lokas) tremblent de frayeur. (11.20)
Des légions de régnants supernaturels entrent en Toi. Certains avec les
mains jointes chantent dans la crainte Tes noms et Tes gloires. Une multitude de
Maharsis et de Siddhas s’écrient en T’adorant avec de nombreuses louanges.
(11.21)
Les Rudras, les Adityas, les Vasus, les Sādhyas, les Viśvadevas, les
Aśvins, les Maruts, le Uşmapās, les Gandharvas, les Yakşas, les Asuras, et les
Siddhas – tous ces êtres célestes Te regardent dans l’émerveillement. (11.22)
Voyant Ta forme infinie avec une multitude de bouches, yeux, bras,
cuisses, pieds, estomacs, et de terribles dents, les mondes sont terrifiés, et
moi aussi, O Seigneur Puissant. (11.23)
ARJUNA A PEUR DE VOIR LA FORME
COSMIQUE
En voyant Ta forme resplendissante et colorée touchant le ciel ; Ta bouche
grande ouverte avec des yeux immenses et brillantes ; j’ai peur et ne trouve ni
paix ni courage, O Kŗşna. (11.24)
Voyant Tes bouches, et Tes dents effroyables comme le feux de la
dissolution cosmique, je ne peux plus m’orienter et ne trouve le réconfort.
Accorde-moi Ta grâce ! O Seigneur des régnants célestes (Devas), refuge de
l’univers. (11.25)
Les fils de Dhŗtarāstra avec la troupe des rois ; Bhīşma, Drona, et Karna
et aussi les chefs guerriers de notre camps, se précipitent dans Tes bouches
effrayantes avec les dents terribles. On voit certains pris entre les dents avec
leurs têtes broyées. (11.26-27)
Ces guerriers du monde des mortels entrent dans Tes bouches flamboyantes
comme les flots impétueux de nombreuses rivières coulent vers l’océan. (11.28)
Tous ces gens se précipitent rapidement dans Tes bouches pour la
destruction, comme les mites s’élancent en grande vitesse dans un feu ardent
pour y périr. (11.29)
Tu lèches tous les mondes avec Tes bouches flamboyantes, les dévorants de
toutes parts. Ta radiance puissante remplit l’univers entier avec éclat et le
brûle, O Kŗşņa. (11.30)
Dis-moi, qui es-Tu dans une telle apparence terrifiante ? A Toi mes
salutations, O meilleur des régnants célestes (Devas), accorde-moi Ta grâce ! Je
désire Te comprendre, O Être Primordial, car je ne connais pas Ta mission.
(11.31)
LE SEIGNEUR DÉCRIT SES FORCES
Le Suprême Seigneur dit : Je suis la mort, le destructeur puissant du
monde. Je suis venu ici pour détruire tout ce monde. Même sans ta participation
dans la guerre, tous les guerriers rangés en armées opposés cesseront d’être.
(11.32)
Par conséquent, lève-toi et acquiers la gloire. Vaincs tes ennemies, et
jouis d’un royaume prospère. Tous ces guerriers ont déjà été détruits par Moi.
Tu es seulement un instrument, O Arjuna. (11.33)
Tue Drona, Bhīşma, Jayadratha, Karna, et d’autres grands guerriers qui ont
déjà été tués par Moi. Ne crains pas. Tu vaincras certainement tes ennemis dans
la bataille ; ainsi, combats ! (11.34)
LES PRIÈRES D’ARJUNA À LA FORME
COSMIQUE
Samjaya dit : Ayant entendu ces paroles de Kŗşna ; l’Arjuna couronné,
tremblant, les mains jointes, prosterné avec crainte, parla à Kŗşna d’une voie
entrecoupée. (11.35)
Arjuna dit : Il est exacte, O Kŗşņa, le monde trouve ses délices et se
réjouit en Te glorifiant. Les démons épouvantés s’enfuient dans toutes les
directions. Les légions des Siddhas se prosternent et T’adorent. (11.36)
Comment ne se prosterneraient-ils pas devant Toi, O grande âme, Toi le
créateur primordial, qui est plus grand que Brahmā, le créateur des mondes
matériels ? O Seigneur infini, O Dieu de tous les régnants célestes (Devas), O
demeure de l’univers, Tu es Sat (Éternel) et Asat (Temporel), et le Suprême Être
(Para-Brahman) qui se trouve au-delà de Sat et Asat. (Voir aussi 9.19, et 13.12
pour un commentaire) (11.37)
Tu es le Dieu Primordial, la Personne la plus ancienne. Tu es le refuge
ultime de tout l’univers. Tu es celui qui connaît, l’objet de la connaissance,
et la demeure suprême. L’univers entier est pénétré par Toi, O Seigneur de la
forme infinie. (11.38)
Tu es Vāyu, Yama, Agni, Varuna, Sasānka, et Brahmā, de même le père de
Brahmā. Salutations à Toi mille fois, encore et encore salutations à Toi.
(11.39)
Mes salutations à Toi, en face de Toi et derrière Toi. O Seigneur, mon
obéissance à Toi de toutes parts. Tu es infini en pouvoir et la force
incommensurable, Tu pénètres tout et Tu es en tout. (11.40)
Te considérant imprudemment comme un ami, et ignorant Ta grandeur, je T’ai
appelé par inadvertance O Kŗşna, O Yādava, O Ami, etc., simplement par affection
ou par inconscience. (11.41)
Quelle que soit la façon dont j’ai pu T’avoir insulté par plaisanterie ;
pendant le jeu, couché ou assis, ou au repas, seul ou parmi les autres ; O
Kŗşna, l’incommensurable, je T’implore pardonne-moi. (11.42)
Tu es le père de ce monde animé et inanimé, et le plus grand gourou qu’on
puisse adorer. Il n’en existe pas un qui puisse T’égaler dans les trois mondes ;
et qui pourrait Te surpasser ? O Être incomparable en gloire. (11.43)
Par conséquent, O Seigneur adorable, je cherche Ta miséricorde en
m’inclinant et prosternant mon corps devant Toi. Comme un père pour son enfant,
un ami pour son ami, et un époux pour son épouse, O Seigneur. (11.44)
Je suis heureux de contempler ce qui n’a jamais été vu auparavant, mais
mon mental est accablé par la peur. Par conséquent, O Dieu des régnants célestes
(Devas), le refuge de l’univers, aie pitié de moi ; et montre-moi cette forme (à
quatre bras). (11.45)
IL EST POSSIBLE DE VOIR DIEU
DANS LA FORME DE SON CHOIX
Je désire Te voir couronné, portant la massue et le disque dans Ta main.
Par conséquent, O Seigneur aux milliers de bras et la forme universelle,
apparais je T’en supplie avec Ta forme à quatre bras. (11.46)
Le Suprême Seigneur dit : O Arjuna, étant satisfait de toi, Je t’ai montré
par Mes propres forces yoguiques, cette forme suprême, lumineuse, universelle,
infinie, et primordiale de Moi, et qui avant n’a jamais été vue par un autre que
toi. (11.47)
O Arjuna, ni l’étude des Védas, ni les sacrifices, ni la charité, ni les
rituels, ni les austérités sévères permettent à quiconque de Me voir dans cette
forme cosmique, sauf nul autre que toi dans ce monde humain. (11.48)
LE SEIGNEUR MONTRE À ARJUNA SES
QUATRE BRAS ET LA FORME HUMAINE
Ne sois pas perturbé ou déconcerté en voyant une telle forme terrible qui
est Mienne. Libéré de la crainte et le mental joyeux, contemple maintenant la
forme à quatre bras. (11.49)
Samjaya dit : Ayant ainsi parlé à Arjuna, Kŗşna révéla Sa forme (à quatre
bras). Et, assumant à nouveau Sa forme humaine douce, le Seigneur Kŗşna, le
Grand Être, consola Arjuna si terrifié. (11.50)
Arjuna dit : O Kŗşna, en revoyant Ta gracieuse forme humaine, je suis
apaisé et je reviens à moi. (11.51)
LE SEIGNEUR PEUT ETRE VU PAR LA
DEVOTION DOUCE
Le Suprême Seigneur dit : Cette forme (à quatre bras) de Moi que tu as vu
est vraiment difficile à apercevoir. Même les régnants célestes (Devas) aspirent
de voir cette forme. (11.52)
Ma forme (à quatre bras) que tu viens de voir, ne peut être aperçue ni par
l’étude des Védas, ou par l’austérité, ou par des actes de charité, ou par des
pratiques rituelles. (Voir aussi KaU 2.23) (11.53)
Ce n’est que par une dévotion inébranlable, que Je peux être vu dans cette
forme, qu’on peut Me connaître vraiment, et aussi M’atteindre, O Arjuna. (11.54)
Celui qui accomplit tous travaux pour Moi, et qui Me voit comme le suprême
but ; qui est Mon dévot, qui n’a pas d’attachement, libre de toute inimitié
envers les êtres ; M’atteins, O Arjuna. (Voir aussi 8.22) (11.55)
Ainsi prend fin le onzième chapitre intitulé «La Vision de la Forme
Cosmique» dans les Upanişad de la Bhagavadgītā, l’écriture de yoga, touchant la
science de l’Absolu dans la forme du dialogue entre Srīkŗşna et Arjuna.
Le mirage ou l’illusion que les choses du monde existent par elles-mêmes
et se soutiennent, qu’elles vivent et existent en dehors du Suprême Être est
impensable.
O Toi aux yeux pareils aux feuilles de lotus.
La grandeur de la révélation du Suprême Absolu est accordée à Arjuna parce
qu’il comprend la signification réelle du processus et de la destinée cosmique.
Cette vision n’est pas un mythe ou une légende, mais une expérience profonde.
Voici les effets que la vision du Suprême produit dans l’âme. Elle donne la
quiétude, la lumière, une joie intérieure inexplicable propre à l’état de
gloire, la suavité, l’amour, l’humilité, l’attrait vers le Suprême Absolu,
l’élévation du mental dans le Divin, suivant Son bon plaisir.
Une vision intérieure profonde.
Les yeux humains ne voient que les formes extérieures ; l’âme intime n’est
vue que par l’œil du mental (esprit). Il est un type de connaissance que nous
pouvons acquérir par nos seuls efforts : la connaissance fondée sur l’activité
des sens et l’élaboration intellectuelle. Et, une autre sorte de connaissance
est possible lorsque nous sommes sous l’influence de la grâce, ainsi ouvert à la
perception directe des réalités divines. La vision divine est un don du Suprême
Absolu, et se produit au moment même où elle est présente à l’imagination,
confère et infuse à l’âme les connaissances, l’amour et la suavité qui plait à
Dieu. Cette vision n’est pas une construction mentale mais la révélation d’une
vérité qui transcende l’intelligence finie.
C’est la transfiguration de Kŗşņa où Arjuna voit toutes les créatures du
monde visible et invisible unies dans la Forme Divine. L’Évangile relate une
transfiguration semblable (Matthieu 17.1-8 ; Marc 9.2-10 ; Luc 9.28-36), celle
de Jésus, au bas de la montagne entouré de trois apôtres, Pierre, Jacques et
Jean son frère. Jésus, transfiguré, Il le fit avec deux prophètes de l’Ancien
Testament, Moïse et Elie. On y trouve aussi des remarques identiques comme dans
la Gîtâ 11, notamment, lorsque la transfiguration fut terminée, Jésus
s’approchant des ses disciples, dit : « Relevez-vous, et soyez sans crainte. »
« Quæ autem sunt, a Deo ordinata sunt » (ce qui existe a été ordonné par
Dieu) (Bible, Rom. 13.1) Arjuna a la vision de l’Un dans le multiple et du
multiple dans l’Un. Toutes choses demeurent ce qu’elles sont et pourtant toutes
sont changées. Il y a étonnement de voir disparaître le paysage du monde
quotidien, fondu dans les autres. De toute manière, la vision est une révélation
du Suprême Absolu, le potentiel de toute vie terrestre.
Mode de salutation des hindous. Ici, Arjuna prie et adore.
Les Uragas sont censés être des serpents ; mais ceci doit se rapporter aux
grands Maîtres spirituels (de Sagesse), appelés souvent serpents.
La vision du Suprême Être étend l’horizon du yogi ou dévot, le
transportant au delà des confusions et des souffrances de la terre. Néanmoins,
la création du Suprême Être, nous le savons, ne se borne pas à la planète
‘Terre’, qui n’est qu’une portion insignifiante du cosmos. Arjuna y voit là
toute une hiérarchie immense d’habitants célestes, qui au fait remplit tout
l’univers, par la seule grâce du Seigneur. L’accès de la vision spirituelle dans
la vision humaine amène à des agrandissements de la vision du Suprême Absolu.
Les légions spirituelles adorent la gloire du Seigneur, et sont ainsi
perdues dans une contemplation extatique, et comme disent les Chrétiens au rite
Eucharistique : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur, Dieu de l’univers ! Le
ciel et la terre sont remplis de ta gloire. »
Les êtres aveuglés par leur ignorance, prenant le monde visible comme la
seule réalité se ruent à leur destruction, pendant que le Suprême Être le
permet, parce qu’ils subissent les effets de leurs propres actes. Vouloir un
acte c’est aussi vouloir ses conséquences. Nos activités libres nous astreignent
à leurs résultats. Parce que cette loi de cause et d’effet est l’expression de
la conscience divine, on peut dire que le Divin applique la loi. Kŗşņa par Sa
conception de la forme universelle indique que le cosmos tout entier dans son
immensité, sa beauté et sa terreur aussi ; avec ses dieux, ses âmes élues, ses
animaux, ses plantes, est là dans la plénitude de la vie du Suprême Être. Dieu
ne peut pas se mouvoir hors de Lui-même, ayant tout en Lui. Nous, les êtres
humains, dont la pensée va vers la logique, sommes attirés tantôt par un objet,
tantôt par un autre. Nous pensons consécutivement, mais l’intelligence suprême
connaît tout dans l’unité. Elle est hier, aujourd’hui et demain.
Le Suprême Être assume la responsabilité à la fois de la création et de la
destruction. La Gîtâ ne soutient pas la doctrine familière des croyances
Abrahamiques (Adamiques) que, Dieu étant responsable de tout ce qui est
bien, la responsabilité de tout ce qui est mal repose ainsi sur Satan. Si Dieu
est responsable de l’existence dans ce monde qui est éphémère, Il est aussi de
tout ce que la vie ici-bas implique comme l’existence elle-même, la création,
l’angoisse et finalement la mort. Dieu a la maîtrise du temps parce qu’Il est
extérieur ; nous aussi obtiendrons la maîtrise du temps si nous nous élevons
au-dessus du temps et du tangible. Étant la force intérieure, le Suprême Être
voit plus loin que nous, car il sait comment tous les événements sont conduits,
et manifestement Il montre à Arjuna que des causes mises en mouvement pendant
des années tendent maintenant vers leurs effets naturels et que ceux-ci ne
peuvent être gênés par aucune action présente. La destruction de ses ennemis est
irrévocablement décidée par des actes commis il y a longtemps. Toute
protestation, tout effort de volonté propre pour s’y opposer, sont vains.
Le Suprême Être prévoit et ordonne toutes choses, et Arjuna doit n’être
que l’instrument entre les mains du Suprême Absolu, qui poursuit ses desseins au
moyen d’une immense évolution. Arjuna s’abuse lui-même, s’il croit vraiment
qu’il peut agir suivant son propre jugement imparfait ! L’âme personnelle ne
peut pas agir à l’encontre des avantages spirituels. En refusant de prendre les
armes, Arjuna est coupable de soupçon, mais seulement à l’occasion. (Voir aussi
18.58) Kŗşņa semble soutenir la doctrine Calviniste (Chrétienne) de la
prédestination en soulignant la complète impuissance et l’insignifiance de
l’individu, la futilité de sa volonté et de son effort. La décision est déjà
prise, Arjuna ne peut absolument rien faire pour la changer. Il est un
instrument impuissant entre les mains de Dieu. Et, pourtant, nous trouvons aussi
cette autre thèse que Dieu n’est pas une volonté arbitraire et changeante mais
qu’il est absolument amour et justice. Comment réconcilier ces deux thèses. La
notion théologique qui est exprimée ici, est celle d’un Dieu agissant seul et
ayant tout prévu, qui suscite en nous un sentiment de dépendance complète envers
Lui. Il suffit que nous allons considérer le processus cosmique dans son
entièreté comme n’étant autre chose que le développement d’un plan prédéterminé,
de quelque chose qui est déjà prêt. On ne nie pas ici l’imprévisibilité des
actes humains, qui n’affirme le sens profond d’une éternité en laquelle tous les
moments du temps, passés, présents et futurs, sont présents au Suprême Esprit.
Derrière ce monde de l’espace et du temps, l’interpénétrant tout entier, est le
plan et le dessein créateur de Dieu. Il nous faut comprendre ce plan suprême et
mettre notre satisfaction à Le servir dans le détachement, et le service
désintéressé.
Dans une extase d’adoration et d’angoisse aussi, Arjuna exalte le Suprême
Seigneur. Il voit non seulement la puissance temporelle de ce monde et du temps,
mais aussi la Présence Divine, et cette unique réalité éternelle qui gouverne le
cosmos. Si la vie sans morale engendre la froide solitude et l’incertitude, la
foi en Dieu et notre état d’être en lui procurent l’épanouissement et l’extase,
pouvant laisser parler l’âme dans une totale contemplation. Lorsque l’âme a déjà
formé l’habitude de raisonner sur les mystères de la vie spirituelle en s’aidant
de l’imagination, en se servant des idées corporelles, après avoir été portée
d’objet en objet et de connaissance en connaissance, lorsque après avoir acquis
une petite partie de ce qu’elle souhaite, elle s’élève jusqu’au Créateur.
Celui-ci prend l’âme par la main.
Le Suprême Absolu est partout, comme cette belle prière le dit si bien, et
qui a spirituellement transformé en 1963 l’auteur de cette cet ouvrage :
La lumière de Dieu m’entoure;
L’amour de Dieu m’inonde;
La puissance de Dieu me protège;
La présence de Dieu me garde;
Là où je suis Dieu est !
Il n’est aucun lieu où Il n’est pas (Voir MuU, II, 2. 11 et ChU VII, 25)
On trouve souvent répété dans les écritures, cette vérité que nous sommes les
créatures du Suprême et qu’IL habite en chacun de nous.
La vision de Dieu détermine chez le yogi ou dévot un profond sentiment
d’indignité et de péché.
Il ne faut pas considérer le Suprême Absolu comme un mystère transcendant,
mais comme une réalité toute proche de nous. Dieu conçu comme un Père est non
seulement une conception familière Chrétienne mais Hindoue aussi.
La lumière qui brille à jamais par delà les mondes est aussi la lumière
intérieure, l’instructeur et l’ami présent dans son propre cœur.
C’est la forme de Vişņu dont Kŗşna est une incarnation, qu’Arjuna lui
demande de reprendre.
Cette vision n’est pas le but final de la quête humaine, autrement la Gîtâ
s’achèverait ici. La vision passagère doit devenir expérience permanente.
L’extase ou samādhi n’est ni la fin, et surtout pas un élément essentiel de la
vie yoguique. Les éclairs lumineux, les envois extatiques, doivent être
transmués en foi permanente.
La Gîtâ ne s’achève pas après la terrible expérience de la vision
spirituelle. Arjuna a perçu le grand secret de l’Atmâ transcendant, à la fois
source de tout ce qui existe et pourtant immuable. Le Suprême Absolu est
l’arrière plan de l’incessante procession des choses finies. Arjuna a vu cette
vérité, et il lui reste à vivre en elle par la transmutation de tout son être en
une acceptation volontaire de la Volonté Divine. Une vision passagère, si réels
et permanents qu’en soient les effets, n’est certainement pas le but final.
C’est la puissance divine qui œuvre, et cette œuvre surpasse toute intelligence.
Chapitre 12
LA VOIE DE DÉVOTION
DOIT- ON ADORER UN DIEU
PERSONNEL OU UN DIEU IMPERSONNEL ?
Arjuna dit : De ces dévots d’une fermeté constante qui T’adorent
(en tant que Kŗşna, Ton aspect personnel), et ceux qui adorent Ton aspect
impersonnel, l’Éternel Être (Brahman) ; lesquels ont la meilleure connaissance
du yoga ? (12.01)
Le Suprême Seigneur dit : Ces dévots avec un zèle constant
(Bhaktas) qui M’adorent avec une foi suprême en fixant leur mental sur Moi en
tant que Dieu personnel, Je les considère les plus parfaits yogis. (Voir aussi
6.47) (12.02)
Ceux qui adorent l’Éternel Être (Brahman) immuable, indéfinissable,
invisible, omniprésent, inconcevable, inchangé, et immobile ; restreignant tous
les sens, en toutes circonstances indifférents, engagés dans la bienveillance
des créatures, ceux-la aussi M’atteignent. (12.03-04)
LES RAISONS MENANT A L’ADORATION
D’UNE FORME PERSONNELLE
DE DIEU
La réalisation du Soi est plus difficile pour ceux qui fixent
leur mental sur l’Éternel Être (Brahman) impersonnel et non manifesté, car la
compréhension du non manifesté est difficile à atteindre par les êtres incarnés.
(12.05)
Mais ceux qui M’adorent avec une dévotion inébranlable Me considérant
comme leur Dieu personnel, M’offrant toutes actions, se dédiant à Moi comme le
Suprême, méditant sur Moi ; et, qui fixent leur pensées sur Ma forme
personnelle, Je les sauverai rapidement du monde qui est un océan de mort et de
transmigration, O Arjuna. (12.06-07)
QUATRE VOIES VERS DIEU
Par conséquent, fixe
ton mental sur Moi, et laisse ton intellect demeurer en Moi seul (par la
méditation et la contemplation). Après, tu m’atteindras certainement. (12.08)
Si tu es incapable de fixer ton mental fermement sur Moi, cherche alors de
M’atteindre, O Arjuna, par la pratique d’une discipline spirituelle quelconque
(Sādhanā) qui t’est convenable. (12.09)
Si tu es incapable de réaliser une des disciplines spirituelles (Sādhanā),
veille alors à accomplir ton devoir pour Moi (comme instrument, faisant toutes
les actions uniment pour Moi, sans motifs intéressés). (Voir aussi 9.27,
18.46) (12.10)
Si tu es incapable de travailler pour Moi, alors prend simplement refuge
en Ma volonté, et renonce (l’attachement à, et l’anxiété pour) aux fruits du
travail le mental maîtrisé et serein (en apprenant d’accepter tous les résultats
comme une grâce (Prasāda) venant de Dieu). (12.11)
KARMA-YOGA EST LA MEILLEURE VOIE
POUR COMMENCER
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