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Bhagavad Gita in French Language
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This translation in French is from the English Gita of the IGS
by
Philippe De Coster, DD, president
GITA SOCIETY OF BELGIUM
Parklaan, 81
B9000, GENT
BELGIUM
E-mail contact: fb060913@skynet.be
La Bhagavad Gîtâ en Français
traduit par Philippe L. De
Coster D.D.
suivant le Sanscrit et
l'œuvre
de
Ramananda Prasad, Ph.D.
INTRODUCTION À LA BHAGAVAD GÎTÂ
Message à l’Humanité :
Aujourd’hui, après deux guerres mondiales, l’histoire semble répéter ses
leçons à l’humanité d’une voix plus forte que jamais parce que la turbulence et
la souffrance sont généralement inhérentes à l’histoire politique, affectent
directement ou indirectement des sections toujours plus grandes de l’humanité.
Et, pourtant, il ne semble pas que ces leçons aient été mieux apprises qu’avant.
Pour un esprit réfléchi, plus poignante et plus navrante que les nombreux
exemples individuels de souffrance que fournit l’histoire récente un peu partout
dans le monde, est l’étrange et tragique monotonie de conduite qui pousse
l’humanité à un nouvel accès de folie qu’on appelle la guerre. Le même vieux
mécanisme est de nouveau en marche, l’interaction de la convoitise et de la
crainte. A ce monde malade et vraiment insensé qu’est la nôtre, vient un
enseignement ancien de vérité et de sagesse éternelle, de conduite infaillible,
qu’est la Doctrine de la Bhagavad Gîtâ, résumé des livres Sacrés de
l’Hindouisme. Elle vient avec la question ardente, pleine de bienveillance, mais
calme et discrète, de savoir si, cette fois, l’humanité sera prête à saisir la
main secourable que le Seigneur Krishna et Arjuna ont tendu à l’humanité
souffrante à travers l’Enseignement éternel, en particulier de la Gîtâ. Ou
bien le monde attendra-t-il encore jusqu’à ce qu’il ait réussi à conjurer une
épreuve encore plus macabre que la dernière guerre mondiale et d’aujourd’hui
dans bien de pays dans le monde qui peuvent se terminer par le déclin final de
l’humanité, tant matériel que spirituel ? Le message du Seigneur Krishna vient
au monde comme un moyen d’aide efficace aux afflictions et problèmes actuels et
comme un remède radical contre le mal. Le dialogue du Seigneur Krishna et son
charretier Arjuna, vieux de 3000 ans, cette vraie sagesse est toujours jeune et
toujours à la portée de l’esprit ouvert qui atteint péniblement ses hauteurs en
Occident, mais qui a une époque de déclin religieux a quand-même chance d’être
écouté.
Principaux commentaires :
La Bhagavad Gîtâ, « Le Chant du Seigneur », occupe une place unique parmi
les Saintes Écritures de l’Inde, et en est le résumé. La Gîtâ affirme l’unité de
la vie et sert parfaitement de guide pour l’homme d’aujourd’hui de part les
quatre coins du monde, de toute race et culture, grâce à son approche
pragmatique de la vie qui en fait un véritable guide. La Gîtâ ne nous cache
rien, car elle met l’homme devant les faits de la vie en tant que champs de
bataille, car rien ne s’accomplit sans efforts. Dans la lutte de la vie, le
petit livre de 700 versets invite l’homme à découvrir l’action juste au cœur
même de l’existence. La vie elle-même est une alternance de trois étapes, la
création, la préservation, et la destruction, qui sont indissociable de
l’activité incessante de l’éternel recommencement de la Nature comme le
déroulement des quatre saisons. La Gîtâ est une porte ouverte vers la vie
intérieure et à la fois extérieure, nous aidant à nous maintenir dans cette vie,
croître et nous renforcer, prendre conscience, en nous apprenant à fonctionner
suivant l’attitude juste, inspirée par l’amour grâce à la perception de
l’Existence éternelle, le Suprême Absolu.
Le Seigneur Krishna délivre son enseignement à Son ami Arjuna, qui
représente dans la Gîtâ l’homme de hier, aujourd’hui et demain, celui qui à
travers les âges ne change pas mais qui doit changer en se formant, car il porte
en lui la faculté de se brancher bien au-delà du visible et du tangible. Arjuna
a un problème précis à régler au début de la Gîtâ, et le Seigneur Krishna se
contente à l’aider, à nous aider aujourd’hui à le résoudre nous aussi.
La vie est un mystère insondable, mais la Gîtâ nous fait découvrir les
grandes valeurs de la vie. Les manifestations de la vie sont actuellement
déroutantes, non seulement par leur infinie multiplicité, mais aussi par des
contradictions, des oppositions, des conflits qui laissent supposer une anarchie
complète. Des théories patiemment élaborées, des lois savamment établies
s’effondrent brusquement par une nouvelle constatation qui bouleverse les
observations précédentes. Et, pourtant, la vie obéit aux lois cosmiques, comme
tout ce qui existe. La vie est la Loi elle-même, et ses principes sont simples.
Mais on ne peut en découvrir le mécanisme, dans l’infinité des rouages, des
pièces de ressorts, de leviers, des canalisations électriques et humorales qui
s’enchevêtrent, des multiples inter réactions chimiques, biochimiques et
électrochimiques, de l’action des radiations cosmiques, lumineuse, telluriques,
électo-magnétiques de toutes sortes de toutes puissances, de toutes provenances,
qui s’enchevêtrent et se conjuguent ou se contrarient et se bousculent dans un
véritable carrousel, en un chaos où il est impossible de se reconnaître.
Mettez-vous sur le plan spirituel de la Gîtâ et alors tout s’éclairera. Axez vos
recherches sur la vie spirituelles de la Bhagavad Gîtâ et vous trouverez la
solution que vous cherchez vainement dans l’attachement aux fruits de votre
labeur. L’enseignement de la Gîtâ est clair : l’action dans la société ne peut
pas être évitée, et le monde des objets (samsara) ne peut pas être nié. Bien au
contraire, nous devons l’utiliser intelligemment, en mettant tous nos efforts
dans le détachement (l’action désintéressée), car il nous donne un moyen
d’éliminer les tendances égoïstes qui voilent le Soi.
En ces « Temps Nouveaux » aujourd’hui, pendant que les anciennes valeurs
de nos parents disparaissent, la Gîtâ nous invite à méditer sur la Vérité Une.
C’est par la méditation, ce que nous verrons plus loin, que l’homme en tant que
personnalité, est touché par la vibration du Moi Spirituel (l’Âme), cherche à
l’atteindre en éliminant le moi égoïste de manière de s’élever au-delà de
l’attachement matériel. C’est par la méditation ou l’extension du concret à
l’abstrait, que la conscience Causale est pénétrée, et l’homme durant cette
période finale, devient le Moi Spirituel et non plus la personnalité.
La Bhagavad Gîtâ est postérieure au grand mouvement incarné par les
Upanisads primitives, et antérieure à la période de développement des systèmes
philosophiques et de leur rédaction en sutras. Ses constructions archaïques et
d’autres références internes nous induisent à penser que le merveilleux petit
livre est une œuvre de l’ère préchrétienne, dont la date pourrait être fixée 5
siècles avant Jésus Christ, malgré que le texte ait pu subir des altérations par
la suite (Indian Philosophy, Vol. I, pages 522-25). La Bhagavad Gîtâ tend à
inculquer deux choses à l’individu : d’abord, l’oubli de soi, puis l’action. Ce
que nous croyons que Dieu nous inspire de faire demande cependant à être
contrôlé, et c’est ici qu’intervient la nécessité de recourir aux avis et aux
conseils de la Gîtâ, le meilleur gourou ou Père spirituel. C’est au niveau de la
Gîtâ que le yogi (le dévot ou méditant) soumettra sa règle de vie personnelle.
La Gîtâ en mains, le souci dominant devra être, répétons-le, de suivre de prés
la volonté du Suprême Absolu. Le renoncement qui nous est demandé n’a pas
d’autre sens. C’est un renoncement à l’orgueil, à l’obstination dans les idées
purement personnelles et fausses, au caprice, à l’impressionnabilité, en vue de
marcher sans entrave dans la voie des yogis ou dévots et de parvenir à cet amour
dont les intuitions et les désirs ne feront plus qu’un avec la sagesse et
l’amour du Seigneur Krishna. De l’étude de la Gîtâ et de son application à la
vie naîtra la croyance qu’il y a un seul Esprit et non plusieurs ; que nous ne
pouvons pas vivre pour nous seuls, mais que nous devons arriver à réaliser qu’il
n’y a pas de séparativité et qu’on ne peut se soustraire au karma collectif de
la race à laquelle on appartient et, finalement, que nous devons penser et
agir conformément à cette croyance. Tout cela, seul le Suprême Absolu, Dieu,
peut réaliser en nous, dans la lumière de sa sagesse et la force de sa grâce. Le
yogi (le dévot) est celui ou celle qui attend tout du Suprême Absolu en se
mettant sous l’abri de l’enseignement de la Gîtâ. Il ou elle ne va dans la
solitude que pour se placer plus directement dans le rayonnement du foyer divin
par un mode de vie, et la méditation d’après la Gîtâ. L’homme d’aujourd’hui
proclame sa volonté d’unir tous les hommes par une seule Écriture, un seul
Suprême Absolu, une seule philosophie et un devoir unique. La Bhagavad Gîtâ
apporte tout cela.
L’histoire du Mahâbhârata :
La Srîmad Bhagavad Gîtâ, ou « le Chant Divin du Seigneur », est une partie
du Mahâbhârata, l’une des grandes épopées de l’Inde. De par le trésor de sagesse
qu’il contient, le Mahâbhârata est appelé « le cinquième Veda ». La rédaction de
la Gîtâ est attribuée à Vyasa, le compilateur légendaire du Mahâbhârata. A cette
époque donc, prospérait au Nord de l’Inde un royaume, Bhârata, qui était régné
par Pându, le plus jeune de deux frères. L’aîné en effet, Dhrtarâstra, ne
pouvait monter sur le trône, car il était aveugle depuis sa naissance.
Le roi Pându était marié à deux épouses, Kuntî et Madrî. La première eut
trois fils : Yudhisthira, Bhîma et Arjuna. La seconde femme eut deux autres
fils, Nakula et Sahadeva, des jumeaux. Dhrtarâstra, par contre avait épousé
Gândhâri, qui par respect pour son mari aveugle, s’était volontairement bander
les yeux, et ainsi elle partageait son sort.
Un jour le roi Pându tua tout accidentellement un brahmane, et pour expier cette faute, il décida e se retirer
dans la forêt et d’y accomplir une vie d’ascèse. Ses fils
furent confiés aux soins de Bhîsma, l’oncle de Pându et de Dhrtarâstra. Ce
dernier plus tard devint roi à la mort de Pându. Le maître d’armes des fils de
Pându (les Pândavas) et de ceux de Dhrtarâstra (les Kauravas) était le brahmane
Drona. Les fils de Pându et de Dhrtarâstra grandirent et furent élevés
ensemble ; cependant, l’aîné des Pândavas, Yudhisthira, étant accepté par
tous, fut considéré l’héritier légitime au trône.
Au fil de l’histoire, les Pândavas et les Kauravas développèrent leurs
compétences respectives. Yudhisthira était l’incarnation même de la vérité, de
la vertu, de l’honnêteté. Bhîma était d’une force
surhumaine et toujours prêt à se battre. Arjuna, ami, disciple et dévot du
Seigneur Krishna, incarnait l’idéal de l’héroïsme et de l’esprit chevaleresque.
Tous les frères des Pândavas se distinguaient par la noblesse de leur caractère,
et ils firent preuve par la suite de courage et de tolérance quand vinrent les
épreuves. Les frères Kauravas par contre, au nombre de cent, étaient tout le
contraire. L’aîné, Duryodhana était méchant, cruel et d’un esprit tortueux. Il
savait absolument et depuis très longtemps que son rival pour le
trône était Yudhisthira, de là sa jalousie grandissante.
Le jour arriva où Yudhisthira fut couronné comme prince héritier, ce qui
provoqua la joie par tout le royaume, grâce à sa droiture et bonté. Duryodhana,
jaloux, monta un complot pour faire périr les cinq Pândavas. Le plan fut
favorisé par le roi régnant Dhrtarâstra, qui attaché à son fils ne pouvait
résister, échoua. Les frères Pândavas n’osèrent pas retourner rapidement à la
cour, par crainte des persécutions. Ils habitaient la forêt pendant un certain
temps, et c’est lors de ce séjour qu’Arjuna obtint la main de la princesse
Draupadî, grâce à sa manipulation extraordinaire de l’arc. Tous retournèrent
ensuite à la cour de Dhrtarâstra en exigeant que justice leur soit faite. Ils
demandèrent que la moitié du royaume leur soit donnée, et Dhrtarâstra accepta,
cependant sous l’impulsion de Bhîsma. Les Pândavas élevèrent leur nouvelle
capitale Indraprastha (près de la Delhi actuelle). Le royaume de Yudhisthira,
bien gouverné, devint rapidement prospère. Le Seigneur Krishna était l’ami des
Pândavas, et il conseillait Yudhisthira dans son administration. Arjuna avait
aussi épousé Subhadrâ, la sœur de Krishna, et c’est ainsi que les deux amis
devinrent très proches.
Duryodhana ne pouvait supporter de voir la prospérité de ses ennemis, et
son envie ne connut plus de bornes lorsqu’il fut invité au couronnement du roi
Yudhisthira. La gloire du roi Yudhisthira, et la splendeur de sa capitale
Indraprastha, lui devenaient intolérables et il jura de causer la perte
des Pândavas. Dans ses plans obscures, il fut aidé par son oncle Sakuni : ce
dernier jouait aux dés, érudit dans l’art de tricher et de gagner bien attendu.
Duryodhana invita Yudhisthira à une partie de dés. Yudhisthira s’y rendit,
attiré par l’amour du jeu. Sakuni jouait pour Duryodhana, et inévitablement
gagna. Dans sa faiblesse, Yudhisthira peu à peu mit en jeu tout ce qu’il
possédait, y compris son royaume, ses frères, et même son épouse! C’était le
triomphe de Duryodhana grâce à Sakuni, tout en insultant les Pândavas devant
toute la cours horrifiée. Finalement, Dhrtarâstra accorda la pleine liberté aux
Pândavas, et tous s’en retournèrent.
Duryodhana en fureur, ne pouvant pas tolérer ce retournement de situation,
persuada son père d’inviter les Pândavas à une nouvelle partie de jeu de dès. Le
perdant devrait cette fois partir dans la forêt, et vivre une vie d’austérité
pendant douze ans, et rester inconnu la treizième année, au risque sinon de
devoir encore mener cette vie pendant douze autres années. Yudhisthira accepta
la partie de dés et l’enjeu, et de nouveau perdit !
Les frères Pândavas vécurent douze ans dans la forêt, pratiquant des
austérités, rencontrant des sages, en écoutant leur enseignement. Puis ils passèrent la treizième année de leur exil au
royaume dur roi Virâta, sous des déguisements divers : Draupadi en servante de
la reine, et Arjuna en eunuque maître de danse, Yudhisthira en courtisan du roi,
le distrayant par son habileté aux dés, et Bhîma en cuisinier. Cela leur réussit
de ne pas être découverts pendant cette dernière phase et treizième année de
leur exil, et cela malgré les recherches acharnées de Duryodhana, les Pândavas
revinrent à la cour de Dhrtarâstra réclamant leur royaume. Duryodhana refusa
encore de leur donner le moindre morceau de territoire. Il fit des alliances
avec d’autres rois puissants en vue d’une guerre éventuelle. Le Seigneur Krishna
fit des tentatives de réconciliation, mais Duryodhana ne céda point et son père
n’eut pas le courage ni l’intelligence de l’arrêter dans cette folie. La guerre
fut ainsi inévitable.
Le Seigneur Krishna joua un rôle majeur dans ce conflit de longue haleine,
bien qu’Il prit le parti de ne pas combattre. Sollicité à la fois par les
Pândavas, il donna à Duryodhana son armée, et à la demande d’Arjuna, il accepta
de conduire son char pendant la bataille. Les armées se trouvèrent le jour dit
sur le champ de bataille du Kurukşetra, et Arjuna demanda alors au Seigneur
Krishna de mener son char au milieu des deux armées, afin qu’il puisse
évaluer les forces présents. Quant-il fit l’armée adversaire, puissante et
remplie d’amis et de parentés, Arjuna fut saisi de malheur et son seul et unique
recours fut de se tourner vers son ami Krishna, et c’est ce que constitue en
forme de dialogue, la « Bhagavad Gîtâ ». La grande guerre du Mahâbhârata fut
effroyable, et les Kauravas furent complètement anéantis. Yudhisthira, pendant
trente-six ans, régna avec justice sur le royaume réunifié et prospère.
L’effort de l’homme a sa place dans l’abandon total au Suprême Absolu ;
abandon qui ne sait être dénué n’intention ni d’effort. La doctrine de la Grâce
Divine ne doit pas s’interpréter comme une élection spéciale ; car, une telle
conception contredirait la tendance générale de la Gîtâ à affirmer que le
Suprême Absolu est « identique pour tous les êtres ». Donc, ne cherchez le
Suprême Absolu, ni dans un lieu, ni dans l’espace. Fermez les yeux de votre
corps, en chaînez votre imagination, et descendez en vous-même par la
méditation, louange et prière : vous êtes ainsi en communion avec le Suprême
Absolu. L’homme est contemplatif par destination et par structure, et d’une
connaissance innée qui participe à celle du Suprême Absolu Lui-même, par l’œil
de la foi le voyant face à face dans la ferveur d’une création parfaite visible
et invisible, l’amour béatifique. Le connaître, c’est l’objet suprême de notre
intelligence faite pour la Vérité Une, et L’aimer, c’est le tout de notre
volonté avide du bien.
N’est-il pas étrange que le yogi construit pour s’épanouir dans la
concentration, la méditation et la contemplation qui le dilate à la mesure du
Suprême Absolu, et préfère l’action détachée qui le ramasse sur lui-même dans la
volonté de vaincre et d’arriver au Salut, le Nirvana où il n’y a plus de retour
dans le monde physique. Essayons de percevoir dans la Bhagavad Gîtâ quelque
chose de ces échanges de Vérité Une, d’amour et de pratiques spirituelles dans
le dialogue entre le Seigneur Krishna et Arjuna. Aucune joie humaine ne peut se
comparer à cette félicité divine. Le yogi comprend qu’elle n’est pas un bien
étranger à lui-même, moins encore une thèse à déchiffrer dans la littérature ou
un spectacle lointain dont l’inaccessible splendeur rendrait sa vie érémitique
ou la vie tout court dans le monde plus maussade.
La Méditation dans la Gîtâ :
Le yoga sous les formes proposées dans la Gîtâ ne peut être considéré
uniquement comme un acte précis, d’une durée plus ou moins courte, mais
présuppose la vie entière, dans les enceintes de l’ermitage ou ashram, ou
en-dehors dans la vie familiale et de la société, tous se consacrant à
l’exercice spirituel pour finalement atteindre le Nirvana (la libération des
cycles incessants de transmigration). En effet, celui qui entreprend cette voie,
est saisi d’un intense désir de libération. Il s’y prépare par une vie intègre
et d’austérité, pour certains même ascétique, baignée dans la ferveur et la
générosité de l’esprit, suivant les grands principes moraux (yama) propres aux
ascètes et les observances (niyama) diverses décrétées par le ‘dharma’ de
chacun. « L’homme sage doit toujours observer le yama, mais non le niyama,
car celui qui n’obéit pas au premier, alors qu’il observe le second, devient un
proscrit. » (Manusmrti 4.204)
Les yama et les niyama sont :
(1)
La non-violence
(2)
La vérité envers tous
les êtres
(3)
L’abstention de vol
(4)
Le célibat ou la
maîtrise des sens
(5)
L’abstention d’avarice
(6)
La purification
interne et externe
(7)
Le contentement
(8)
L’austérité ou la
renonciation
(9)
L’étude des Saintes
Écritures
(10)La dévotion totale
à Dieu
(Yoga Sutra 2.30-32)
C’est par la méditation ou par le retrait que l’homme apprend la
signification de l’esprit, la Force Vitale, qui s’applique finalement à tous le
corps, et au-delà, jusqu’à rien ne reste sauf le Suprême Esprit Lui-même. C’est
par la méditation ou l’extension du concret à l’abstrait que la conscience
Causale est pénétrée, et l’homme devient finalement le Moi supérieur et non plus
la personnalité. C’est par la technique de la méditation que l’homme en tant que
personnalité est touché par la vibration de l’Ego, en cherchant à l’atteindre et
à amener la conscience égoïque de plus en plus bas, de manière à inclure
consciemment le moi inférieur au supérieur.
Comme on a déjà pu comprendre, l’étude de la Bhagavad Gîtâ n’est plus
seulement pour nous une occasion d’accroître nos connaissances livresques, mais
on y trouve également un manuel pratique de dévotion et de spiritualité qui,
avec des faciles transpositions de termes, est utilisable dans le cadre de la
plupart des religions, y compris le Christianisme. La méditation dans la Gîtâ
est pour tous et chacun individuellement, en dehors ou à l’intérieur de
l’érémitisme ou le cénobitisme, car les pratiques
spirituelles et morales sont de toute façon assimilées aux austérités. Dans le
chapitre 17, 14-19, ces austérités sont divisées en trois catégories :
corporelles, verbales et mentales. Les austérités corporelles consistent à
révérer les Dieux, les Brahmanes, les gourous et les sages par la pureté,
l’intégrité, la chasteté et le refus de faire le mal. Les austérités verbales
consistent à s’exprimer en paroles de bonté et de vérité et à pratiquer en
permanence la récitation sacrée. Les austérités mentales consistent en sérénité
de l’esprit, bienveillance, silence et maîtrise de soi. Par contre, les sévères
austérités physiques sont condamnées.
Voici donc le dit passage traduit directement en français de la version du
Dr. Ramananda Prasad :
« Le culte des régnants célestes (Deva’s), le prêtre, le
gourou, et les sages ; la pureté, la droiture, le célibat, et la non-violence,
sont considérés comme l’austérité des actes. (17.14)
La parole non offensive, qui est véridique, agréable,
bénéfique, et qui s’apprête à l’étude régulière des écritures est appelée
l’austérité de la parole. (17.15)
La sérénité du mental, la douceur, l’équanimité, le contrôle du
soi, et la pureté des pensées, est appelée l’austérité de la pensée. (17.16)
Cette triple austérité mentionnée ci-dessus (de la pensée, la
parole, et les actes) pratiquée par des yogis persévérants, avec une foi
inébranlable, sans désir d’en récolter les fruits, est dit d’appartenir au
tempérament bonté. (17.17)
L’austérité pratiquée pour obtenir le respect, l’honneur, la
révérence, et pour la cause de gloire extérieure qui s’appuie sur l’instabilité
et l’éphémère est dit d’appartenir au tempérament passion. (17.18)
L’austérité pratiquée avec une obstination stupide, ou en se
torturant, ou pour causer du tort aux autres, et dite d’appartenir au
tempérament ignorance. (17.19) »
La technique de la méditation démontrée dans la Gîtâ est appelée
« dhyâna », méditation prolongée, la septième étape du yoga, évoluant
progressivement dans ce cadre, intègre petit à petit d’autres pratiques
yoguiques. La méditation « dhyâna » est une des pratiques religieuses
fondamentales et fréquentes dans l’hindouisme d’aujourd’hui, et par le monde.
Les plus avancés dans la vie spirituelles la pratiquent plusieurs heures
chaque jour, tandis que ceux qui sont engagés dans l’activité du monde trouvent
tout de même le temps, si ce n’est qu’un moment bref, de se recueillir devant
l’image sacré du Seigneur Krishna ou autre, même un symbole sacré et de méditer
sur lui, y concentrant tout leur esprit et leur mental. Chaque acte important de
la vie hindoue, chrétienne ou autre devrait commencer par un moment de
méditation, une prière ou un chant méditatif.
Au fait, la pratique de la méditation est triple :
(1)
Elle relie et aligne
la personnalité du yogi ou dévot au Soi supérieur ou l’Ego.
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