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Bhagavad Gita in French Language
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This translation in French is from the English Gita of the IGS
by
Philippe De Coster, DD, president
GITA SOCIETY OF BELGIUM
Parklaan, 81
B9000, GENT
BELGIUM
E-mail contact: fb060913@skynet.be
La Bhagavad Gîtâ en Français
traduit par Philippe L. De
Coster D.D.
suivant le Sanscrit et
l'œuvre
de
Ramananda Prasad, Ph.D.
INTRODUCTION À LA BHAGAVAD GÎTÂ
Message à l’Humanité :
Aujourd’hui, après deux guerres mondiales, l’histoire semble répéter ses
leçons à l’humanité d’une voix plus forte que jamais parce que la turbulence et
la souffrance sont généralement inhérentes à l’histoire politique, affectent
directement ou indirectement des sections toujours plus grandes de l’humanité.
Et, pourtant, il ne semble pas que ces leçons aient été mieux apprises qu’avant.
Pour un esprit réfléchi, plus poignante et plus navrante que les nombreux
exemples individuels de souffrance que fournit l’histoire récente un peu partout
dans le monde, est l’étrange et tragique monotonie de conduite qui pousse
l’humanité à un nouvel accès de folie qu’on appelle la guerre. Le même vieux
mécanisme est de nouveau en marche, l’interaction de la convoitise et de la
crainte. A ce monde malade et vraiment insensé qu’est la nôtre, vient un
enseignement ancien de vérité et de sagesse éternelle, de conduite infaillible,
qu’est la Doctrine de la Bhagavad Gîtâ, résumé des livres Sacrés de
l’Hindouisme. Elle vient avec la question ardente, pleine de bienveillance, mais
calme et discrète, de savoir si, cette fois, l’humanité sera prête à saisir la
main secourable que le Seigneur Krishna et Arjuna ont tendu à l’humanité
souffrante à travers l’Enseignement éternel, en particulier de la Gîtâ. Ou
bien le monde attendra-t-il encore jusqu’à ce qu’il ait réussi à conjurer une
épreuve encore plus macabre que la dernière guerre mondiale et d’aujourd’hui
dans bien de pays dans le monde qui peuvent se terminer par le déclin final de
l’humanité, tant matériel que spirituel ? Le message du Seigneur Krishna vient
au monde comme un moyen d’aide efficace aux afflictions et problèmes actuels et
comme un remède radical contre le mal. Le dialogue du Seigneur Krishna et son
charretier Arjuna, vieux de 3000 ans, cette vraie sagesse est toujours jeune et
toujours à la portée de l’esprit ouvert qui atteint péniblement ses hauteurs en
Occident, mais qui a une époque de déclin religieux a quand-même chance d’être
écouté.
Principaux commentaires :
La Bhagavad Gîtâ, « Le Chant du Seigneur », occupe une place unique parmi
les Saintes Écritures de l’Inde, et en est le résumé. La Gîtâ affirme l’unité de
la vie et sert parfaitement de guide pour l’homme d’aujourd’hui de part les
quatre coins du monde, de toute race et culture, grâce à son approche
pragmatique de la vie qui en fait un véritable guide. La Gîtâ ne nous cache
rien, car elle met l’homme devant les faits de la vie en tant que champs de
bataille, car rien ne s’accomplit sans efforts. Dans la lutte de la vie, le
petit livre de 700 versets invite l’homme à découvrir l’action juste au cœur
même de l’existence. La vie elle-même est une alternance de trois étapes, la
création, la préservation, et la destruction, qui sont indissociable de
l’activité incessante de l’éternel recommencement de la Nature comme le
déroulement des quatre saisons. La Gîtâ est une porte ouverte vers la vie
intérieure et à la fois extérieure, nous aidant à nous maintenir dans cette vie,
croître et nous renforcer, prendre conscience, en nous apprenant à fonctionner
suivant l’attitude juste, inspirée par l’amour grâce à la perception de
l’Existence éternelle, le Suprême Absolu.
Le Seigneur Krishna délivre son enseignement à Son ami Arjuna, qui
représente dans la Gîtâ l’homme de hier, aujourd’hui et demain, celui qui à
travers les âges ne change pas mais qui doit changer en se formant, car il porte
en lui la faculté de se brancher bien au-delà du visible et du tangible. Arjuna
a un problème précis à régler au début de la Gîtâ, et le Seigneur Krishna se
contente à l’aider, à nous aider aujourd’hui à le résoudre nous aussi.
La vie est un mystère insondable, mais la Gîtâ nous fait découvrir les
grandes valeurs de la vie. Les manifestations de la vie sont actuellement
déroutantes, non seulement par leur infinie multiplicité, mais aussi par des
contradictions, des oppositions, des conflits qui laissent supposer une anarchie
complète. Des théories patiemment élaborées, des lois savamment établies
s’effondrent brusquement par une nouvelle constatation qui bouleverse les
observations précédentes. Et, pourtant, la vie obéit aux lois cosmiques, comme
tout ce qui existe. La vie est la Loi elle-même, et ses principes sont simples.
Mais on ne peut en découvrir le mécanisme, dans l’infinité des rouages, des
pièces de ressorts, de leviers, des canalisations électriques et humorales qui
s’enchevêtrent, des multiples inter réactions chimiques, biochimiques et
électrochimiques, de l’action des radiations cosmiques, lumineuse, telluriques,
électo-magnétiques de toutes sortes de toutes puissances, de toutes provenances,
qui s’enchevêtrent et se conjuguent ou se contrarient et se bousculent dans un
véritable carrousel, en un chaos où il est impossible de se reconnaître.
Mettez-vous sur le plan spirituel de la Gîtâ et alors tout s’éclairera. Axez vos
recherches sur la vie spirituelles de la Bhagavad Gîtâ et vous trouverez la
solution que vous cherchez vainement dans l’attachement aux fruits de votre
labeur. L’enseignement de la Gîtâ est clair : l’action dans la société ne peut
pas être évitée, et le monde des objets (samsara) ne peut pas être nié. Bien au
contraire, nous devons l’utiliser intelligemment, en mettant tous nos efforts
dans le détachement (l’action désintéressée), car il nous donne un moyen
d’éliminer les tendances égoïstes qui voilent le Soi.
En ces « Temps Nouveaux » aujourd’hui, pendant que les anciennes valeurs
de nos parents disparaissent, la Gîtâ nous invite à méditer sur la Vérité Une.
C’est par la méditation, ce que nous verrons plus loin, que l’homme en tant que
personnalité, est touché par la vibration du Moi Spirituel (l’Âme), cherche à
l’atteindre en éliminant le moi égoïste de manière de s’élever au-delà de
l’attachement matériel. C’est par la méditation ou l’extension du concret à
l’abstrait, que la conscience Causale est pénétrée, et l’homme durant cette
période finale, devient le Moi Spirituel et non plus la personnalité.
La Bhagavad Gîtâ est postérieure au grand mouvement incarné par les
Upanisads primitives, et antérieure à la période de développement des systèmes
philosophiques et de leur rédaction en sutras. Ses constructions archaïques et
d’autres références internes nous induisent à penser que le merveilleux petit
livre est une œuvre de l’ère préchrétienne, dont la date pourrait être fixée 5
siècles avant Jésus Christ, malgré que le texte ait pu subir des altérations par
la suite (Indian Philosophy, Vol. I, pages 522-25). La Bhagavad Gîtâ tend à
inculquer deux choses à l’individu : d’abord, l’oubli de soi, puis l’action. Ce
que nous croyons que Dieu nous inspire de faire demande cependant à être
contrôlé, et c’est ici qu’intervient la nécessité de recourir aux avis et aux
conseils de la Gîtâ, le meilleur gourou ou Père spirituel. C’est au niveau de la
Gîtâ que le yogi (le dévot ou méditant) soumettra sa règle de vie personnelle.
La Gîtâ en mains, le souci dominant devra être, répétons-le, de suivre de prés
la volonté du Suprême Absolu. Le renoncement qui nous est demandé n’a pas
d’autre sens. C’est un renoncement à l’orgueil, à l’obstination dans les idées
purement personnelles et fausses, au caprice, à l’impressionnabilité, en vue de
marcher sans entrave dans la voie des yogis ou dévots et de parvenir à cet amour
dont les intuitions et les désirs ne feront plus qu’un avec la sagesse et
l’amour du Seigneur Krishna. De l’étude de la Gîtâ et de son application à la
vie naîtra la croyance qu’il y a un seul Esprit et non plusieurs ; que nous ne
pouvons pas vivre pour nous seuls, mais que nous devons arriver à réaliser qu’il
n’y a pas de séparativité et qu’on ne peut se soustraire au karma collectif de
la race à laquelle on appartient et, finalement, que nous devons penser et
agir conformément à cette croyance. Tout cela, seul le Suprême Absolu, Dieu,
peut réaliser en nous, dans la lumière de sa sagesse et la force de sa grâce. Le
yogi (le dévot) est celui ou celle qui attend tout du Suprême Absolu en se
mettant sous l’abri de l’enseignement de la Gîtâ. Il ou elle ne va dans la
solitude que pour se placer plus directement dans le rayonnement du foyer divin
par un mode de vie, et la méditation d’après la Gîtâ. L’homme d’aujourd’hui
proclame sa volonté d’unir tous les hommes par une seule Écriture, un seul
Suprême Absolu, une seule philosophie et un devoir unique. La Bhagavad Gîtâ
apporte tout cela.
L’histoire du Mahâbhârata :
La Srîmad Bhagavad Gîtâ, ou « le Chant Divin du Seigneur », est une partie
du Mahâbhârata, l’une des grandes épopées de l’Inde. De par le trésor de sagesse
qu’il contient, le Mahâbhârata est appelé « le cinquième Veda ». La rédaction de
la Gîtâ est attribuée à Vyasa, le compilateur légendaire du Mahâbhârata. A cette
époque donc, prospérait au Nord de l’Inde un royaume, Bhârata, qui était régné
par Pându, le plus jeune de deux frères. L’aîné en effet, Dhrtarâstra, ne
pouvait monter sur le trône, car il était aveugle depuis sa naissance.
Le roi Pându était marié à deux épouses, Kuntî et Madrî. La première eut
trois fils : Yudhisthira, Bhîma et Arjuna. La seconde femme eut deux autres
fils, Nakula et Sahadeva, des jumeaux. Dhrtarâstra, par contre avait épousé
Gândhâri, qui par respect pour son mari aveugle, s’était volontairement bander
les yeux, et ainsi elle partageait son sort.
Un jour le roi Pându tua tout accidentellement un brahmane, et pour expier cette faute, il décida e se retirer
dans la forêt et d’y accomplir une vie d’ascèse. Ses fils
furent confiés aux soins de Bhîsma, l’oncle de Pându et de Dhrtarâstra. Ce
dernier plus tard devint roi à la mort de Pându. Le maître d’armes des fils de
Pându (les Pândavas) et de ceux de Dhrtarâstra (les Kauravas) était le brahmane
Drona. Les fils de Pându et de Dhrtarâstra grandirent et furent élevés
ensemble ; cependant, l’aîné des Pândavas, Yudhisthira, étant accepté par
tous, fut considéré l’héritier légitime au trône.
Au fil de l’histoire, les Pândavas et les Kauravas développèrent leurs
compétences respectives. Yudhisthira était l’incarnation même de la vérité, de
la vertu, de l’honnêteté. Bhîma était d’une force
surhumaine et toujours prêt à se battre. Arjuna, ami, disciple et dévot du
Seigneur Krishna, incarnait l’idéal de l’héroïsme et de l’esprit chevaleresque.
Tous les frères des Pândavas se distinguaient par la noblesse de leur caractère,
et ils firent preuve par la suite de courage et de tolérance quand vinrent les
épreuves. Les frères Kauravas par contre, au nombre de cent, étaient tout le
contraire. L’aîné, Duryodhana était méchant, cruel et d’un esprit tortueux. Il
savait absolument et depuis très longtemps que son rival pour le
trône était Yudhisthira, de là sa jalousie grandissante.
Le jour arriva où Yudhisthira fut couronné comme prince héritier, ce qui
provoqua la joie par tout le royaume, grâce à sa droiture et bonté. Duryodhana,
jaloux, monta un complot pour faire périr les cinq Pândavas. Le plan fut
favorisé par le roi régnant Dhrtarâstra, qui attaché à son fils ne pouvait
résister, échoua. Les frères Pândavas n’osèrent pas retourner rapidement à la
cour, par crainte des persécutions. Ils habitaient la forêt pendant un certain
temps, et c’est lors de ce séjour qu’Arjuna obtint la main de la princesse
Draupadî, grâce à sa manipulation extraordinaire de l’arc. Tous retournèrent
ensuite à la cour de Dhrtarâstra en exigeant que justice leur soit faite. Ils
demandèrent que la moitié du royaume leur soit donnée, et Dhrtarâstra accepta,
cependant sous l’impulsion de Bhîsma. Les Pândavas élevèrent leur nouvelle
capitale Indraprastha (près de la Delhi actuelle). Le royaume de Yudhisthira,
bien gouverné, devint rapidement prospère. Le Seigneur Krishna était l’ami des
Pândavas, et il conseillait Yudhisthira dans son administration. Arjuna avait
aussi épousé Subhadrâ, la sœur de Krishna, et c’est ainsi que les deux amis
devinrent très proches.
Duryodhana ne pouvait supporter de voir la prospérité de ses ennemis, et
son envie ne connut plus de bornes lorsqu’il fut invité au couronnement du roi
Yudhisthira. La gloire du roi Yudhisthira, et la splendeur de sa capitale
Indraprastha, lui devenaient intolérables et il jura de causer la perte
des Pândavas. Dans ses plans obscures, il fut aidé par son oncle Sakuni : ce
dernier jouait aux dés, érudit dans l’art de tricher et de gagner bien attendu.
Duryodhana invita Yudhisthira à une partie de dés. Yudhisthira s’y rendit,
attiré par l’amour du jeu. Sakuni jouait pour Duryodhana, et inévitablement
gagna. Dans sa faiblesse, Yudhisthira peu à peu mit en jeu tout ce qu’il
possédait, y compris son royaume, ses frères, et même son épouse! C’était le
triomphe de Duryodhana grâce à Sakuni, tout en insultant les Pândavas devant
toute la cours horrifiée. Finalement, Dhrtarâstra accorda la pleine liberté aux
Pândavas, et tous s’en retournèrent.
Duryodhana en fureur, ne pouvant pas tolérer ce retournement de situation,
persuada son père d’inviter les Pândavas à une nouvelle partie de jeu de dès. Le
perdant devrait cette fois partir dans la forêt, et vivre une vie d’austérité
pendant douze ans, et rester inconnu la treizième année, au risque sinon de
devoir encore mener cette vie pendant douze autres années. Yudhisthira accepta
la partie de dés et l’enjeu, et de nouveau perdit !
Les frères Pândavas vécurent douze ans dans la forêt, pratiquant des
austérités, rencontrant des sages, en écoutant leur enseignement. Puis ils passèrent la treizième année de leur exil au
royaume dur roi Virâta, sous des déguisements divers : Draupadi en servante de
la reine, et Arjuna en eunuque maître de danse, Yudhisthira en courtisan du roi,
le distrayant par son habileté aux dés, et Bhîma en cuisinier. Cela leur réussit
de ne pas être découverts pendant cette dernière phase et treizième année de
leur exil, et cela malgré les recherches acharnées de Duryodhana, les Pândavas
revinrent à la cour de Dhrtarâstra réclamant leur royaume. Duryodhana refusa
encore de leur donner le moindre morceau de territoire. Il fit des alliances
avec d’autres rois puissants en vue d’une guerre éventuelle. Le Seigneur Krishna
fit des tentatives de réconciliation, mais Duryodhana ne céda point et son père
n’eut pas le courage ni l’intelligence de l’arrêter dans cette folie. La guerre
fut ainsi inévitable.
Le Seigneur Krishna joua un rôle majeur dans ce conflit de longue haleine,
bien qu’Il prit le parti de ne pas combattre. Sollicité à la fois par les
Pândavas, il donna à Duryodhana son armée, et à la demande d’Arjuna, il accepta
de conduire son char pendant la bataille. Les armées se trouvèrent le jour dit
sur le champ de bataille du Kurukşetra, et Arjuna demanda alors au Seigneur
Krishna de mener son char au milieu des deux armées, afin qu’il puisse
évaluer les forces présents. Quant-il fit l’armée adversaire, puissante et
remplie d’amis et de parentés, Arjuna fut saisi de malheur et son seul et unique
recours fut de se tourner vers son ami Krishna, et c’est ce que constitue en
forme de dialogue, la « Bhagavad Gîtâ ». La grande guerre du Mahâbhârata fut
effroyable, et les Kauravas furent complètement anéantis. Yudhisthira, pendant
trente-six ans, régna avec justice sur le royaume réunifié et prospère.
L’effort de l’homme a sa place dans l’abandon total au Suprême Absolu ;
abandon qui ne sait être dénué n’intention ni d’effort. La doctrine de la Grâce
Divine ne doit pas s’interpréter comme une élection spéciale ; car, une telle
conception contredirait la tendance générale de la Gîtâ à affirmer que le
Suprême Absolu est « identique pour tous les êtres ». Donc, ne cherchez le
Suprême Absolu, ni dans un lieu, ni dans l’espace. Fermez les yeux de votre
corps, en chaînez votre imagination, et descendez en vous-même par la
méditation, louange et prière : vous êtes ainsi en communion avec le Suprême
Absolu. L’homme est contemplatif par destination et par structure, et d’une
connaissance innée qui participe à celle du Suprême Absolu Lui-même, par l’œil
de la foi le voyant face à face dans la ferveur d’une création parfaite visible
et invisible, l’amour béatifique. Le connaître, c’est l’objet suprême de notre
intelligence faite pour la Vérité Une, et L’aimer, c’est le tout de notre
volonté avide du bien.
N’est-il pas étrange que le yogi construit pour s’épanouir dans la
concentration, la méditation et la contemplation qui le dilate à la mesure du
Suprême Absolu, et préfère l’action détachée qui le ramasse sur lui-même dans la
volonté de vaincre et d’arriver au Salut, le Nirvana où il n’y a plus de retour
dans le monde physique. Essayons de percevoir dans la Bhagavad Gîtâ quelque
chose de ces échanges de Vérité Une, d’amour et de pratiques spirituelles dans
le dialogue entre le Seigneur Krishna et Arjuna. Aucune joie humaine ne peut se
comparer à cette félicité divine. Le yogi comprend qu’elle n’est pas un bien
étranger à lui-même, moins encore une thèse à déchiffrer dans la littérature ou
un spectacle lointain dont l’inaccessible splendeur rendrait sa vie érémitique
ou la vie tout court dans le monde plus maussade.
La Méditation dans la Gîtâ :
Le yoga sous les formes proposées dans la Gîtâ ne peut être considéré
uniquement comme un acte précis, d’une durée plus ou moins courte, mais
présuppose la vie entière, dans les enceintes de l’ermitage ou ashram, ou
en-dehors dans la vie familiale et de la société, tous se consacrant à
l’exercice spirituel pour finalement atteindre le Nirvana (la libération des
cycles incessants de transmigration). En effet, celui qui entreprend cette voie,
est saisi d’un intense désir de libération. Il s’y prépare par une vie intègre
et d’austérité, pour certains même ascétique, baignée dans la ferveur et la
générosité de l’esprit, suivant les grands principes moraux (yama) propres aux
ascètes et les observances (niyama) diverses décrétées par le ‘dharma’ de
chacun. « L’homme sage doit toujours observer le yama, mais non le niyama,
car celui qui n’obéit pas au premier, alors qu’il observe le second, devient un
proscrit. » (Manusmrti 4.204)
Les yama et les niyama sont :
(1)
La non-violence
(2)
La vérité envers tous
les êtres
(3)
L’abstention de vol
(4)
Le célibat ou la
maîtrise des sens
(5)
L’abstention d’avarice
(6)
La purification
interne et externe
(7)
Le contentement
(8)
L’austérité ou la
renonciation
(9)
L’étude des Saintes
Écritures
(10)La dévotion totale
à Dieu
(Yoga Sutra 2.30-32)
C’est par la méditation ou par le retrait que l’homme apprend la
signification de l’esprit, la Force Vitale, qui s’applique finalement à tous le
corps, et au-delà, jusqu’à rien ne reste sauf le Suprême Esprit Lui-même. C’est
par la méditation ou l’extension du concret à l’abstrait que la conscience
Causale est pénétrée, et l’homme devient finalement le Moi supérieur et non plus
la personnalité. C’est par la technique de la méditation que l’homme en tant que
personnalité est touché par la vibration de l’Ego, en cherchant à l’atteindre et
à amener la conscience égoïque de plus en plus bas, de manière à inclure
consciemment le moi inférieur au supérieur.
Comme on a déjà pu comprendre, l’étude de la Bhagavad Gîtâ n’est plus
seulement pour nous une occasion d’accroître nos connaissances livresques, mais
on y trouve également un manuel pratique de dévotion et de spiritualité qui,
avec des faciles transpositions de termes, est utilisable dans le cadre de la
plupart des religions, y compris le Christianisme. La méditation dans la Gîtâ
est pour tous et chacun individuellement, en dehors ou à l’intérieur de
l’érémitisme ou le cénobitisme, car les pratiques
spirituelles et morales sont de toute façon assimilées aux austérités. Dans le
chapitre 17, 14-19, ces austérités sont divisées en trois catégories :
corporelles, verbales et mentales. Les austérités corporelles consistent à
révérer les Dieux, les Brahmanes, les gourous et les sages par la pureté,
l’intégrité, la chasteté et le refus de faire le mal. Les austérités verbales
consistent à s’exprimer en paroles de bonté et de vérité et à pratiquer en
permanence la récitation sacrée. Les austérités mentales consistent en sérénité
de l’esprit, bienveillance, silence et maîtrise de soi. Par contre, les sévères
austérités physiques sont condamnées.
Voici donc le dit passage traduit directement en français de la version du
Dr. Ramananda Prasad :
« Le culte des régnants célestes (Deva’s), le prêtre, le
gourou, et les sages ; la pureté, la droiture, le célibat, et la non-violence,
sont considérés comme l’austérité des actes. (17.14)
La parole non offensive, qui est véridique, agréable,
bénéfique, et qui s’apprête à l’étude régulière des écritures est appelée
l’austérité de la parole. (17.15)
La sérénité du mental, la douceur, l’équanimité, le contrôle du
soi, et la pureté des pensées, est appelée l’austérité de la pensée. (17.16)
Cette triple austérité mentionnée ci-dessus (de la pensée, la
parole, et les actes) pratiquée par des yogis persévérants, avec une foi
inébranlable, sans désir d’en récolter les fruits, est dit d’appartenir au
tempérament bonté. (17.17)
L’austérité pratiquée pour obtenir le respect, l’honneur, la
révérence, et pour la cause de gloire extérieure qui s’appuie sur l’instabilité
et l’éphémère est dit d’appartenir au tempérament passion. (17.18)
L’austérité pratiquée avec une obstination stupide, ou en se
torturant, ou pour causer du tort aux autres, et dite d’appartenir au
tempérament ignorance. (17.19) »
La technique de la méditation démontrée dans la Gîtâ est appelée
« dhyâna », méditation prolongée, la septième étape du yoga, évoluant
progressivement dans ce cadre, intègre petit à petit d’autres pratiques
yoguiques. La méditation « dhyâna » est une des pratiques religieuses
fondamentales et fréquentes dans l’hindouisme d’aujourd’hui, et par le monde.
Les plus avancés dans la vie spirituelles la pratiquent plusieurs heures
chaque jour, tandis que ceux qui sont engagés dans l’activité du monde trouvent
tout de même le temps, si ce n’est qu’un moment bref, de se recueillir devant
l’image sacré du Seigneur Krishna ou autre, même un symbole sacré et de méditer
sur lui, y concentrant tout leur esprit et leur mental. Chaque acte important de
la vie hindoue, chrétienne ou autre devrait commencer par un moment de
méditation, une prière ou un chant méditatif.
Au fait, la pratique de la méditation est triple :
(1)
Elle relie et aligne
la personnalité du yogi ou dévot au Soi supérieur ou l’Ego.
(2)
Elle unit le yogi ou
dévot avec le créer visible et l’invisible, le microcosme dans le macrocosme.
(3)
Elle maintient le yogi
ou dévot en communion avec le Suprême Absolu.
Dans la Bhagavad Gîtâ, le chapitre 6, les versets 10 à 17 donne la méthode
de méditation, qu’on connaît déjà de nom, et que l’on nomme «Dhyâna yoga » (yoga
de la méditation). Le succès dans la méditation est directement proportionnel à
la tranquillité intérieure et donc à la maîtrise de soi dont le yogi ou dévot
fait preuve dans la vie quotidienne. Il n’atteint cet équilibre qu’après avoir
délaissé la fièvre de posséder et l’envie d’acquérir. Nous devons nous libérer
de cette préoccupation constante qui nous conduit à planifier sans cesse de
nouveaux moyens pour accroître nos possessions.
Comme on l’entend dans la Gîtâ, le détachement (ou, l’attachement dans le
détachement), c’est le bienfait de la solitude du yogi, tels que le silence et
l’abandon, comme nous allons voir plus tard. C’est la virginité du cœur, le
dépouillement de l’attachement, même des faveurs du Suprême Absolu en ce
qu’elles ont de savoureux. La douceur, c’est l’inaltérable patience au dedans et
au dehors, l’amour paisible des volontés contrariantes du Suprême Absolu et de
ses instruments, hommes et choses. La justice, c’est le désir lancinant du
Suprême Absolu, qu’il attise lui-même et qui opère d’admirables fruits de
sainteté. La miséricorde, c’est l’intuition perspicace et affectueuse de
l’indigence humaine, jusqu’au besoin d’y porter secours ; la tendre compassion
pour la faiblesse des autres. C’est l’indulgence qui comprend, pardonne tout et
relève avec des paroles et de gestes de bonté. La pureté, c’est l’aversion pour
le mal et la laideur, la crainte d’offenser le Suprême Absolu et sa Création
visible et invisible, le courageux effort de s’éloigner du péché, et la
vigilance héroïque pour en éviter de nouvelles, la passion pour le Suprême
Absolu primant toute intention, prière instante de purification. La paix, c’est
au dedans de soi et au dehors la tranquillité de l’ordre dans le respect de la
hiérarchie des valeurs.
Le yogi, le dévot, celui ou celle qui s’est lancé dans la pratique de la
méditation, a une manière privilégiée de le faire, qui relève de son état
religieux, se vouant ainsi au culte du Suprême Absolu, Dieu. Tous les exercices
spirituels, ressortissants d’une vie de méditation sont « Adoration et
Louange ». L’adoration authentique est difficile à l’homme dont elle devrait
être la respiration. Il lui manque sans doute le sens profond de la
transcendante Majesté du Suprême Absolu et de lui-même. Dans la méditation, les
divines perfections sont contemplées, l’idée d’Incarnation Divine étant acceptée
dans l’hindouisme autant que dans le christianisme car, en fait, chacun est en
quelque sorte une incarnation divine, puisque la Vérité Suprême imprègne chaque
créature et s’exprime envers elle. Plus l’esprit est pur, plus le rayonnement de
cette Essence divine resplendit.
Il est maintenant raisonnable de faire parler le Seigneur Krishna dans ses
indications concernant la pratique de la méditation. Les versets, chapitre 6.
10-17 sont une traduction minutieuse de la version anglaise du Sanskrit
par Dr. Ramananda Prasad :
Un yogi, assis dans la solitude et seul, doit constamment
s’efforcer de contempler le Suprême Être après avoir mis son mental et les sens
sous contrôle, libéré du désir et de droit de propriété. (6.10)
Il ou elle devrait s’asseoir dans un endroit propre, sur un
siège stable qui est ni trop haut ou trop bas, couvert d’herbe sacré Kuśa, d’une peau de daim, et d’une étoffe superposées. Là,
assis (dans une position confortable), concentrant son mental sur Dieu, et
maîtrisant ses pensées et les activités des sens, mettra en pratique la méditation pour sa propre purification.
(6.11-12)
La personne doit s’asseoir, la taille, la colonne vertébrale,
la poitrine, le cou et la tête droites, immobiles et d’aplomb ; le regard et le
mental fermement fixés sur l’extrémité du nez, sans regarder autour de soi ;
serein et sans crainte, mettant en pratique le célibat ; le mentale sous
contrôle, pensant à
Moi, et M’atteignant comme le dessein suprême. (6.13-14)
Ainsi, exerçant toujours le mental fixé sur Moi, le yogi dont
le mental est soumis atteint la paix de Brahma-nirvana et vient à Moi. (6.15)
Ce yoga n’est pas possible, O Arjuna, pour celui qui mange trop
ou qui ne mange pas du tout ; pour celui qui dort trop ou qui se tient éveillé.
(6.16)
Mais, pour la personne qui est modéré dans sa nourriture, son
délassement, ses travaux, son sommeil et l’éveil, le yoga de méditation détruit
toute souffrance. (6.17)
La méditation (dhyâna) est une assimilation à l’objet : celui qui médite
perd sa propre conscience de soi pour ne devenir conscient que de l’objet sur
lequel il médite.
(a)
Sur la
forme cosmique du Suprême Absolu : La méditation sur la forme cosmique et la
forme personnelle du Suprême Absolu sont les deux manifestations importantes de
la forme au cœur même du Suprême Absolu. Des deux, on considère que la seconde
est plus pratique que la première, car elle est le Suprême Absolu dans sa forme
la plus compréhensible pour la plupart des humains. La forme de purusa est la manifestation cosmique originale du Suprême
Absolu ; tandis que sa forme personnelle est sa
manifestation dans ses avatars. La méditation sur
la forme cosmique de Dieu, le Suprême Absolu, est essentiellement une
contemplation de toutes les choses créées, un regard porté sur elles de façon à
voir leur signification profonde en relation avec le Suprême Absolu. C’est au
fait un retour à la forme originelle de la création. Les objets considérés comme
êtres séparés et indépendants sans référence au Suprême Absolu perdent toute
signification, deviennent un vain rêve, un monde du maya, qui distrait et trompe
en enfonçant l’homme dans son ignorance. Le dhyâna est donc la méthode par
excellence pour vaincre l’ignorance en parvenant au point central, base de toute
la création, dans lequel toute chose est unifiée, toutes les choses s’articulent
comme les différents membres d’un même corps.
(b)
Sur la
forme personnelle du Suprême Absolu : De même que la méditation sur la forme
cosmique du Suprême Absolu est considérée comme plus difficile que sur la forme
personnelle, la méditation dont elle fait l’objet est censée d’être ainsi d’un
niveau presque exceptionnel à celle sur la forme du Suprême Absolu, comme nous allons lire plus bas dans la Gîtâ. On
pourrait dire que la méditation sur la forme personnelle de Dieu n’est qu’une
préparation à celle sur la forme cosmique, ou la transition progressive de
formes plus simples à des formes plus parfaites. On discerne un
approfondissement aussi bien dans les objets de la méditation que dans ses
formes mêmes, chacune réclamant au yogi ou dévot davantage de
concentration pour finalement atteindre l’union (Samadhi) avec l’objet
contemplé.
Si vous êtes vraiment détaché de tout et constamment orienté vers le
Suprême Absolu même par le désir, vous n’aurez pas besoin de paroles. Le
Seigneur Krishna interprète cette tension amoureuse dans la Gîtâ, qui traduit
jusque dans votre chair l’élan de votre être assoiffé. Les divines perfections
que le yogi ou dévot contemple ne lui arrachent qu’un mot où passe toute
l’extase de son âme parce qu’elles lui apparaissent éblouissantes dans l’unité
et l’infinité du Suprême Absolu, le mot sacré « AUM », que nous allons voir plus
loin. Tout d’abord, en ce qui concerne la méditation sur la forme cosmique et
sur la forme personnelle, la Gîtâ dit au chapitre 12 :
Arjuna dit : De ces très fermes dévots qui T’adorent (comme
Krsna, Ton aspect personnel), et de ceux qui adorent Ton aspect impersonnel,
l’Être Éternel (Brahma) ; lesquels ont la meilleure connaissance du yoga ?
(12.01)
Le Seigneur Suprême dit : Les très fermes dévots (Bhaktas) qui
adorent avec une foi suprême en fixant leur mental sur Moi comme Dieu personnel,
je les considère comme étant les meilleurs yogis. (12.02)
La réalisation du Soi est plus difficile pour ceux qui fixent
leur mental sur l’Être Éternel (Brahma) impersonnel et non manifesté ; car, le
non manifesté est très difficile à saisir pour les êtres incarnés. (12.05)
C’est pourquoi, fixe ton mental sur Moi, et laisse ton
intellect demeurer uniquement sur Moi (par la méditation et la contemplation).
Ainsi, tu M’atteindras certainement. (12.08)
La méditation peut être considérée comme une sorte de participation à la
vie du Suprême Absolu dans sa forme cosmique ; ou, dans les pas de la Gîtâ, le
Seigneur Suprême Krishna, en tant qu’aspect personnel du Suprême Être. Dans la
méditation, le yogi ou dévot se découvre lui-même dans la vie transcendantale
du Seigneur Suprême Krishna.
Méditation -I
Une simple technique de méditation est exposée ici :
(1)
Lavez votre visage,
yeux, mains, et pieds ; et asseyez-vous dans un lieu
propre, silencieux, et sombre, empruntant n’importe
quelle position confortable, avec la tête, le cou, et la colonne vertébrale
droite et verticale. La musique ni l’encens sont recommandables pendant la
méditation. L’heure et le lieu pour la méditation devraient être fixés au
préalable. Observez les yama et les niyama (voir page 6), comme étant les
bons principes de vie, autant en pensées, paroles, et actions. Quelques
exercices yogiques sont nécessaires. Minuit, matin et soir sont les meilleurs
moments pour méditer 15 à 25 minutes chaque jour.
(2)
Souvenez-vous du nom
ou de la forme du dieu personnel (Isht Dev) en qui vous croyez, tout en
implorant Son ou Sa bénédiction.
(3)
Fermez vos yeux, et faites cinq à dix respirations lentes et
profondes.
(4)
Fixez votre regard,
l’intellect, et émotions au-dedans le centre du thorax, le siège du cœur causal,
et respirez lentement. Chantez mentalement « So » lorsque vous aspirez, et
« Hum » lorsque vous expirez. Pense que c’est la respiration elle-même qui
retentit les sons « So et Hum » (Je suis Cet Esprit). Visualisez mentalement et
poursuivez la voie respiratoire par les narines, jusqu’au centre situé entre les
sourcils, en descendant jusqu’au centre de la poitrine, ou les poumons.
N’essayez pas de contrôler ou de conduire votre respiration, mais suivez le
cours naturel de votre respiration.
(5)
Dirigez votre volonté
tout en pensant que vous vous émergez dans l’infinie espace d’air que vous
respirez. Si la pensée s’écarte du rythme respiratoire entamé, recommencez à
partir de l’étape (3). Soyez régulier, et persistez sans remettre au lendemain.
Informez-nous de vos problèmes avec
cette technique.
Quelques activités profitables lors de la méditation.
Lors de la pratique de la méditation, le mental doit être possédé par les
activités suivantes :
(1)
La première est celle
de l’intention, du désir, ou la ferme résolution. C’est un désir suprême, ou une
préférence pour le contrôle dans une certaine direction, telle que la
méditation. Pour que l’on puisse atteindre le but de la méditation, il faut
souhaiter et être résolu à éviter toutes les pensées erronées et mondaines, tous
les états d’esprit qui sont des empêchements à la méditation, tout ce qui rend
l’attention confuse ou vacillante. Il faut que le but visé soit la tranquillité,
la connaissance transcendantale et la sagesse deviennent le désir ultime et le
but de l’esprit.
(2)
La seconde activité
nécessaire est d’avoir de la sincérité et du zèle. Cela veut dire que l’on
observera les préceptes yama et les niyama avec une sincérité persévérante.
(3)
La troisième des
activités nécessaire est celle de l’attention vigilante et de la réminiscence.
Cela veut dire que l’on doit toujours avoir présente à l’esprit la nature vide
et décevante du monde présent avec toutes ses tromperies et ses souffrances et
qu’il faut toujours chérir la Vérité Une et de la valeur de l’Illumination
résultant de la pratique de la méditation.
(4)
La quatrième activité
nécessaire du mental est l’acuité de la vision profonde. Il faut réfléchir en
comparant les plaisirs du monde avec ceux que nous procurent la pratique de la
méditation. Les attractions fascinantes terrestres arrivent souvent à cacher la
souffrance et l’irréalité. La vision pénétrante éveillera la conviction que la
pratique de la méditation fait gagner.
(5)
La cinquième activité
du mental est la clarté et la concentration sur une idée unique, par exemple
celle de la forme cosmique ou personnel du Suprême Absolu, Dieu. Cela veut dire
que l’on doit clairement comprendre la véritable nature du monde qui produit la
douleur ce qui est abominable ; et, en même temps il faut reconnaître que la
tranquillité et l’intelligence du mental produites par la méditation sont très
précieuses et honorables.
OM (AUM) – GAYATRI – OM TAT SAT:
Les mantras, sont des saints proverbes, mots, hymnes des Védas, ou prières
issues des textes sacrés. Au sens exotérique un mantra est la partie la plus
ancienne des Védas, la seconde partie de ce qui est composé par les Brahmanes.
Le mot mantra signifie, la faculté, ou pouvoir psychique qui conduit à la
perception ou à la pensée. Un mantra peut aussi être une vibration sonore
spirituelle, qui a pour effet de libérer l’être en purifiant le mental de ses
souillures et tendances matérielles. Ainsi, en langage métaphysique, c’est la
parole fait chair, ou ‘Grâce’ objectif de la Divinité. C’est également un
arrangement de mots ou de syllabes, disposés de telle sorte, qu’à leur énoncé
rythmiques des vibrations sont conçu. Par exemple, OM (AUM) est une vibration
sonore spirituelle qui représente la forme impersonnelle de la Vérité Une.
OM (AUM) est une syllabe mystique représentant
l’univers entier dans sa forme manifestée (le monde des noms et des formes) et
non manifesté (le Principe Suprême invisible, substratum cosmique). La syllabe
‘OM’ (AUM), est le plus grand « mantra » de tous les Vedas. La syllabe ‘OM’ est
constituée de trois sons : ‘A’, ‘U’, ‘M’, chacun représentant respectivement
l’état de veille, le rêve et le sommeil profond. Le prolongement du son ‘M’
représente le quatrième état de conscience « turîya » (l’état transcendant), et
le silence entre chaque ‘OM’ est l’Infini. Le ‘OM’ est le mot de gloire, du Moi
spirituel (l’âme) en nous, et l’espérance de la gloire par la libération finale.
Lorsque le ‘Mot’ est correctement prononcé, il s’ensuit un rayonnement
resplendissant de la Divinité, car le son fait également entrer en manifestation
l’âme incarnée (macrocosmique ou microcosmique), étant le saint mot par lequel
la lumière radieuse intérieure est visible sur terre. OM (AUM) est le Mot
libérateur de la conscience; correctement compris et utilisé, le Mot Sacré
délivre l’âme des bornes de la forme de ce monde.
Je suis Bhrgu parmi les grands Sages ; Je suis le monosyllabe
et son cosmique OM parmi les mots ; Je suis Japa-yajna parmi les disciplines
spirituelles (yajna) ; et Je suis l’Himalaya parmi les immobiles. (10.25)
Lorsqu’une personne quitte le corps physique en contrôlant tous
ses sens ; fixant le mental sur Dieu, et Prâna dans le cerveau ; engagée dans
des pratiques yoguiques ; en méditant sur Moi et en prononçant OM – le
monosyllabe et son sacré, force de l’Éternel Être (Brahma) – il atteint la
demeure Suprême. (8.12-13)
Le mot sacré ‘OM’ (AUM) est la voie la plus directe pour constituer un
canal servant à la transmission du pouvoir, autant efficace dans la méditation
individuelle que collective lors d’un Satsang par
exemple, ou autre rassemblement de caractère religieux. Parmi les vibrations
spirituelles c’est le ‘OM’ (AUM) qui représente le Suprême Absolu dans tout
l’univers visible et invisible jusque dans le plus intime de l’homme. En effet,
le divin habite au plus intime de l’être humain où l’on ne peut pas éteindre sa
lumière. Il est la clarté intérieure, le témoin caché, ce qui perdure
impérissablement de naissance en naissance, non touché par la mort, le déclin ou
la corruption. La grâce du Suprême Absolu est Sa vie même, et elle est sans
cesse déversée dans le monde de bien des manières et à des niveaux divers. C’est
donc le but de la Gîtâ de procurer aux yogis et dévots des canaux pour cette
effusion de force divine tel que le mot sacré, et de les préparer à profiter
pleinement. Apprendre à énoncer ‘OM’ (AUM) est une préparation inconsciente à
l’activité de la création spirituelle, notamment son accoutument dans le
cerveau sans qu’il soit énoncé. Pour réussir, ne faut-il pas établir une
progression graduée d’un état d’activité physique à un état de tranquillité
mentale !
Je suis Brhatsana parmi les hymnes Sâma. Je suis Gãyatrï
parmi les mantras Védiques, Je suis Novembre-Décembre parmi les mois, Je suis le
printemps parmi les saisons. (10.35)
Le Gãyatrï Mantra dont le rôle est d’ordre majeure dans
la civilisation Védique, est considéré comme la manifestation sonore Brahman.
Brahma en est l’initiateur, et c’est par une filiation spirituelle qu’il fut, à partir de Lui transmis. Le Gãyatrï est
composée de trois vers, chacun de huit syllabes. Côte à côte avec le mot sacré
‘OM’ (AUM), nul n’a été aussi glorifié que le Gãyatrï et aucun ‘mantra’ n’a eu
le privilège d’être chanté par tant de dévots, et depuis si longtemps.
Aum Bhûr Bhuvah Svah
Aum Tat Savitur varenyam bhargo devasya dhîmahi
Dhiyo yo nah prachodayât
Aum
Ce qui traduit :
Aum O Créateur de l’univers
Puissions-nous recevoir Votre Suprême Lumière qui détruit le péché
Puissiez-vous guider notre intellect dans la bonne direction.
Aum
La vie sur terre est une manifestation matérielle de la force suprême et
solaire de Gãyatrï. Ce qui signifie que le Gãyatrï mantra exerce son influence
sur divers niveaux de l’existence : physique, mental et émotionnel. C’est pour
cela, indépendamment de notre bagage culturel ou croyance scientifique,
inattentif à nos croyances religieuses, nous chantons Gãyatrï mantra, en
l’absorbant et le méditant car il possède la puissance pour ouvrir les écluses
de plus hauts capacités intellectuelles et créatives. Le Gãyatrï mantra se
chante individuellement ou en chœur 108 fois avec un rosaire qui s’y apprête.
Pour comprendre comment un mantra peu avoir une telle importance, nous devons
connaître un peu ce que l’on pourrait appeler la physique des mondes supérieurs,
et les lois qui régissent ces forces puissantes et la manière de les utiliser,
ce qui au fait la Gîtâ nous fait découvrir. Le Gãyatrï mantra est le Seigneur
Krishna Lui-même ; et en chantant ce mantra comme Arjuna son charretier, nous
lui confions la lutte, Lui tendant les armes, les reines et du gouvernement.
« OM TAT SAT » est dit d’être le triple nom de l’Éternel Être
(Brahma). Les personnes avec des qualités Brahmaniques, les Vedas, et le service
désintéressé (Seva, Yajna) ont été crées dans les temps anciens de et par
Brahma. (17.23)
Par conséquent, actes de sacrifice, de charité, et d’austérité
prescrits par les Écritures, commencent toujours par l’articulation « OM »
chez les connaisseurs du Suprême Être (Para-Brahma). (17.24)
Divers types de sacrifice, de charité, et d’austérité sont
accomplis par les chercheurs de libération (Mokşa) en
articulant « TAT » (ou, Il est le tout) sans viser à la récompense. (17.25)
Le mot « SAT » est employé dans le sens de la Réalité et de la
Bonté. Le mot « SAT » est aussi utilisé pour un acte favorable, O Arjuna.
(17.26)
La foi dans le sacrifice, la charité, et l’austérité est aussi
appelée « SAT ». Le service désintéressé pour plaire au Suprême, est appelé en
vérité « SAT ». (17.27)
OM TAT SAT. Sur chaque plan du système solaire, le
Suprême Absolu déverse Sa Lumière, Sa Force et Sa Vie ; et, c’est naturellement
sur les plans supérieurs que l’effusion de force divine peut nous être confiée
dans toute sa plénitude sur le plan mental, ce qui fait découvrir la méditation
et l’utilisation des mantras. OM TAT SAT représente la Vérité Absolue, Dieu
Lui-même, le Suprême Absolu, et reflète en trois mots l’aspect de l’unique
Réalité. « OM » représente le Soi transcendantal et pur, l’Absolu, qui est le
Substratum Infini sur lequel se maintiennent les projections du corps, du
mental, et de l’intellect. Le terme « TAT » est utilisé pour indiquer le But
Éternel, Immuable et Parfait. « TAT » désigne la source dont tout a émergé, en
laquelle tout existe et tout se dissoudra à la fin. Le mot « SAT » signifie
‘existence’ : c’est le Principe d’Existence fonctionnant à travers tout ce qui
est perçu, ressenti et pensé dans notre vie.
Donc, invoquer « OM » exprime l’Absolu transcendantal ; « TAT », la Vérité
Universelle ; « SAT » le concept. « OM TAT SAT », est la Réalité une en trois
parties qui permettent d’élever notre esprit et de purifier notre activité dans
le monde. De ce triple désignation coule la vie divine avec une plénitude
incomparablement grande sur le plan mental et de l’intuition. Cependant, ainsi
pour tout ce qui se rapporte à la spiritualité de la Gîtâ ou autres, des
expériences répétées et des investigations patiemment poursuivies, nous montrent
que le vrai succès n’arrive que lorsque le yogi ou dévot y est totalement ouvert
par une conduite de vie pure et irréprochable à la quête du Suprême Absolu.
Lorsque la pensée ou le sentiment d’un homme est égoïste, l’énergie produite se
meut en courbe fermée et revient inévitablement se verser sur son propre plan ;
mais lorsque la pensée ou le sentiment est parfaitement altruiste, l’énergie
s’élance en une courbe ouverte et ne revient pas dans la direction habituelle,
mais passe dans le plan au-dessus, trouvant sa place nécessaire à l’expansion
requise. Un courant illimité de force élevée est toujours prêt à se déverser
dans et par le yogi ou dévot qui s’offre à Lui, comme l’eau d’un réservoir qui
abreuve les assoiffés.
Le terme « OM » est prononcé au moment où ceux qui suivent la vie
intérieure, s’adaptent aux valeurs divines en entreprenant les actes de
sacrifice, la charité et l’austérité ou l’ascèse. Ce sont des étapes
préliminaires pour devenir compétent en matière de méditation, comme :
1.
LE REPENTIR,
c’est-à-dire se rendre compte de ses imperfections et faire de sincères efforts
pour les surmonter.
2.
L’ABSTINENCE de
ce que l’on considère comme faux et de ce qui, à nos propres yeux, nous dégrade.
3.
LE RENONCEMENT,
c’est-à-dire renoncer au sens de possession, aussi bien pour les choses
matérielles que pour les affections.
4.
L’AUSTÉRITÉ,
c’est-à-dire réduire au minimum ses besoins matériels. L’austérité n’implique
pas un manque, pour personne ; le manque tourmente l’âme.
5.
LA CONFIANCE AU
SEIGNEUR SUPRÊME, c’est-à-dire la patience face aux instabilités de la vie.
Prenez tout ce qui vous arrive comme venant du Seigneur Suprême et tout sera
bienvenu.
Nous savons déjà que le mot « TAT » représente la Vérité Universelle et
indique l’unité de toutes les créatures vivantes. Si l’on garde dans le mental
les intérêts de la famille, on oublie son intérêt personnel, et
l’accomplissement des actions avec l’attitude mental juste et désintéressé.
Le mot « SAT » signifie à la fois la réalité et bonté, et les actions
dignes de louanges, et a aussi trait au substratum unique, la Réalité Absolue,
« SAT ». Le verset 27 explique comment le mot « SAT » est utilisé pour
désigner « Brahman ». Ce mot est également employé pour indiquer la foi et la
dévotion d’un yogi ou dévot face au sacrifice, l’austérité ou l’ascèse et la
charité. « OM TAT SAT » invoque le concept du Suprême Absolu (OM), de
l’Universel (TAT) et du Réel (SAT), « Brahman » Infini. Dans tout ce
qu’accomplit le yogi ou dévot, le but suprême « OM TAT SAT » est invoqué,
servant à parfaire toute action, et confère à toute chose la plénitude. Le
souvenir du Divin exalte l’éclat et la gloire de nos motifs. Le don de soi au
Suprême Absolu signifie consacrer au Suprême Absolu toutes ses actions et Lui
offrir son mental. De même qu’un filet d’huile, versé d’un récipient dans
un autre, coule sans interruption, de même le yogi ou le dévot déverse toute sa
vie en Dieu ou « OM TAT SAT ».
Il y a trois degrés dans le don de soi à Dieu. Le premier, c’est de penser
qu’Il est tout, l’esprit immanent en tout. Le deuxième, c’est de penser qu’Il
est dans le mental, c’est-à-dire qu’Il est manifesté dans le mental exactement
comme l’électricité se manifeste partout mais plus particulièrement dans
l’ampoule qui donne la lumière. Le troisième degré, c’est la conviction qu’Il
est mon Moi réel, Lui et Moi sommes un. Le premier de ces degrés s’applique à la
méditation et à la douceur, le deuxième à la méditation et à la maîtrise du
mental et le troisième c’est le but de la méditation. Patanjali déclare
d’ailleurs : « Le don de soi à Dieu mène à l’absorption spirituelle ».
Le Suprême Seigneur Krishna (Krsna). Le Seigneur Krishna
est le personnage principal dans le Mahâbhârata. Il est né à Mathurâ, dans le
clan des guerriers Vrni, nom d’un ancêtre du Seigneur Lui-même. Krishna est le
fils de Vasudeva et de Devakî sa mère. Sa naissance avait été menacée car son
oncle qui était roi, suite à une prédiction obscure, tuait tous les
enfants que sa sœur mettait au monde. C’est ainsi que
Krishna fut enlevé à sa mère dès sa naissance, emmené à Gokula, et confié à des
parents adoptifs. Beaucoup d’événements miraculeux marquèrent la jeunesse de
Krishna parmi les bergers. Il était très intelligent, plein de joie de vivre, et
jouait merveilleusement de la flûte à l’enchantement de tous. A l’âge de douze
ans, il revint à Mathurâ et vainquit le roi despotique,
faisant preuve d’une force absolument surhumaine. Ensuite, il construisit à
Dvârakâ une ville, et il y établit un royaume. En réalité, il ne monta jamais
sur le trône, mais prodigua ses conseils en toutes les matières concernant le
bon déroulement d’un royaume, et dans les négociations diplomatiques les plus
délicates. Son entourage, autant que les citoyens du royaume et bien au-delà
reconnaissaient tous qu’Il était exceptionnel et absolument divin. Il fut la
réalisation divine qui marqua toute Sa vie, de plus Il était un exemple pour le
monde entier de hier, aujourd’hui et demain. En effet, une fois que l’on est
parvenu à la réalisation du Suprême Absolu, rien ne peut nous faire tomber de
cet état de conscience élevé. Il n’existe pas de profit plus grand que celui-là.
Le Seigneur Krishna vivait comme son enseignement dans la Gîtâ. Il pratiquait le
détachement, aimant, servant inlassablement autrui sans attendre les fruits de
son action, en parfait yogi, et engagé dans toutes les activités humanitaires,
tout en restant observateur des événements. Krishna fut plus qu’un chef de
clan, Il était le Guide Spirituel et le Dieu Suprême de toujours. Il ne cessa de
dire à son charretier et ami, Arjuna : « Lève-toi et combats ! » C’est suivant
la notion spirituelle qu’il faut comprendre cet ordre, et jusqu’à nous
aujourd’hui, et non réservé aux guerriers d’autrefois mais à l’humanité toute
entière, à bien mener la bataille de la vie. Krishna, par les paroles de la Gîtâ
nous apprend à maintenir notre esprit dans ce même état que Lui-même a mené,
afin d’atteindre la libération, le Nirvana, la Grande Illumination pour
toujours. Et, dans la Gîta, la philosophie de vie qu’Il nous propose pour
arriver à la plus haute perfection, c’est l’amour de Dieu le Suprême Absolu,
l’obéissance à Ses préceptes divines, le célibat ou le contrôle des sens,
l’austérité, le détachement, la méditation, l’oraison, le silence, la paix.
Prasâda:
Prasâda, qui signifie grâce ou miséricorde, est un rituel d’offrande lors
d’un Satsang, d’une réunion religieuse ou d’un culte Hindou. C’est de la
nourriture d’abord offerte au Seigneur Krishna, ou à une autre divinité et
redistribuée ensuite aux yogis ou dévots comme une bénédiction. Le Seigneur
Krishna accepte cette nourriture de la part de ses fidèles pour autant que les
dons soient offerts avec amour et dévotion ; et, ensuite Lui aussi les consacres
pour les partager avec Ses bien-aimés en guise de purification et de
bénédiction. Toutes les religions recommandent aux fidèles de faire des
offrandes comme d’ailleurs dans la Chrétienté, dont la célébration Eucharistique
dans les Églises Apostoliques et Épiscopales (Catholiques, Orthodoxes,
Anglicanes), et la Sainte Cène chez les Protestants d’après 1 Corinthiens 11.
23-29 de la Bible. Par notre rituel que l’on nomme ‘prasâda’ dans l’Hindouisme,
c’est notre offrande à Dieu ou à un avatar, que ce soit
le Seigneur Krishna ou autre divinité, même Jésus Christ, pour redevenir enfin
le partage entre fidèles, disciples, yogis ou dévots peut importe la
qualification ou le nom.
Quiconque M’offre une feuille, une fleur, un fruit, ou de l’eau
avec dévotion ; J’accepte et mange cette offrande de dévotion venant d’un cœur
pur. (Gîtâ 9.26)
« Eucharistie » vient du grec eucharistia, que l’on traduit par
« action de grâces », et utilisé dans le Nouveau Testament de la Bible pour
traduire le terme hébreu berakah, l’action de grâce prononcée par les
Juifs pieux sur toutes choses, et ne l’est certainement pas au sens étroit d’un
remerciement égoïste. « Prasâda » est également une eucharistie qui
purifie. Mais, ce « prasâda » (eucharistie) ne purifie, ne nourrit et ne
fait pas l’unité avec l’avatar, que si l’offrande est vécue dans la foi et dans
l’amour, dans une concorde sans tiraillement. La foi et la charité sont une
participation de l’amour inlassable dont prasâda est le gage, et ainsi se
traduit toute la dynamique de ce rite de partage. La mentalité d’aujourd’hui
pourrait s’étonner que le Suprême Absolu ait besoin d’objets aussi insignifiants
qu’une cuillerée d’huile pour la lampe, un cierge, un ‘mandir’ (temple), ou
église. Le verset 9.26 ci-dessus montre que les objets matériels offerts n’ont
aucune valeur, sauf la dévotion avec laquelle l’offrande est faite, que ce soit
une feuille, une fleur, un fruit ou simplement de l’eau. Dans un temple ou un
simple coin réservé chez soi à la méditation, le Seigneur accepte l’offrande
faite dans un esprit de pure dévotion. Bien attendu, le Suprême Absolu n’a pas
besoin de nos libéralités pour augmenter ou maintenir Sa gloire. Tout ce que
nous Lui présentons ne vient-il pas de Lui ? Autant qu’un amoureux cueille une
fleur pour la donner à sa bien-aimée ; de même le yogi ou dévot cueille une
fleur pour offrir au Seigneur Krishna. Prasâda est une réalité vivante,
vivifiante car purificatrice, une énergie, une puissance. Le Seigneur Krishna,
la représentation humaine de Dieu, après avoir montré qu’Il se trouve à
l’origine de la création, qu’Il est comme Avatar le Créateur autant que la
création, est donc véritable objet de tous les sacrifices. Le Seigneur Suprême
révèle quelques dons à offrir en offrande, non seulement par le soi personnel
mais aussi par ‘prasâda’. Le Seigneur Krishna, tout comme Jésus de Nazareth, le
Messie (le Christ) des Chrétiens, trois mille ans plus tard, est le centre et le
nœud de l’histoire, Dieu Lui-même incarné, désireux se voir présenter en
oblation, la nourriture devenant céleste, spirituelle et divine. Si, en effet,
nous voulons nous dévouer au Seigneur Krishna, et par conséquent à
l’enseignement de la Gîtâ, par le culte de dévotion, et nous purifier ainsi pour
atteindre le but de l’existence, notre offrande sera valide.
Celui qui aime le Seigneur Krishna Lui offrira tout ce qu’Il désire, en
mettant en pratique les préceptes de la Gîtâ, donc ce que le Suprême Seigneur a
enseigné dans le dialogue avec Arjuna. Prasâda est une offrande de produits
naturels que produit la terre, ce que nous retrouvons dans le rite Eucharistique
Catholique, par exemple, lorsque les dons sont offerts à Dieu à l’offrande :
« Tu es béni, Dieu de l’univers, Toi qui nous donnes ce pain et ce vin (jus
de raisins non alcoolisé), fruits de la terre et du travail des hommes, pour
qu’ils deviennent le pain et le vin (jus de raison non alcoolisé) du
Royaume Éternel. » Pour la brièveté, nous avons jumelé les deux offrandes, celle
du pain et le jus de raisin (produit de base pour faire le vin), de plus que de nos jours les deux espèces (le
pain sur patène et le vin dans le calice) sont très souvent offertes en même
temps. Naturellement, les Catholiques et Orthodoxes ajoutent à leur « prasâda »,
la « consécration » qui fait partie de la prière eucharistique où à lieu la
transsubstantiation (comment le Christ se rend présent sous les deux espèces
de pain et de vin), dogme vivement contesté de nos jours. Malgré que le
dogme infaillible ( ?) de la « Présence Réelle » sous les deux espèces soit
vérité pour les uns ; pour les autres, le pain et le vin simplement symbolisent
l’œuvre rédemptrice du Christ, pendant que le peuple de Dieu s’unit au Christ et
devient ‘un’ en Lui, contemplant en esprit et vérité Sa mort et résurrection (dogme
chrétien universel).
Prasâda nous unit également au Suprême Absolu dans la personne du Seigneur
Krishna, ou autre avatar, mais une immolation spirituelle comme dans chez les
Catholiques et Orthodoxes n’existe pas. Simplement, le Seigneur Krishna est
présent là où Il est invoqué.
La troisième et dernière partie de la célébration Eucharistique est la
communion, lorsque les espèces bénies et consacrées sont distribuées aux fidèles
comme don salutaire. La prière spécifiquement du prêtre à la communion
mentionne, « qu’elles soutiennent mon esprit et mon corps et me donne la
guérison. » D’abord, nous donnons au Seigneur Krishna notre offrande, puis nous
recevons de Lui, et avons ainsi communion avec Lui. Toutes les religions
insistent sur l’importance de l’offrande, sans que le fidèle à l’impression
qu’il fait un sacrifice lorsqu’il donne quelque chose. Quand dans la
dernière partie de prasâda, celle de la « communion », nous allons chercher ce
que le Seigneur nous donne, soit une feuille, une fleur, un fruit, ou de l’eau
pour nommer quelques espèces seulement, une telle nourriture n’est pas
différente de Krishna Lui-même. D’où l’urgence logique pour ceux qui participent
à prasâda en offrant des présents au Seigneur, finalement partagent aux dons du
Seigneur Krishna Lui-même, se conformant toujours plus pleinement a Lui, en se
mettant davantage sous l’abri de Sa plénitude.
Il est clair qu’une offrande n’est pas efficace que si elle est offerte
avec dévotion et par un mental pur, devenant ainsi un facteur d’évolution
spirituelle. Sans ceci, l’offrande est nulle et non avenant. Celui qui aime le
Seigneur Krishna, Lui offre ce qu’Il désire, et non ce qu’Il Lui déplaît. A ce
propos, la Gîtâ dit :
Les justes, qui mangent le restant du service désintéressé
(Seva, Yajna) sont libérés de tous péchés, mais les impies qui cuisinent
seulement pour eux-mêmes (sans d’abord M’en offrir, ou partager avec les
autres), vraiment mangent le péché. (Gîtâ 3.13)
Les êtres vivants subsistent des aliments de grains ; les
grains sont produits par la pluie ; la pluie arrive (comme une faveur des Dévas)
si le devoir est accompli en tant que service désintéressé (Seva, Yajna). Le
devoir est prescrit dans les Védas. Les Védas viennent de Brahma (l’Éternel
Être). Par conséquent, le Brahman omniprésent est toujours présent dans Seva.
(3.14-15)
Il est défendu d’offrir au Seigneur Krishna de la viande, du poisson ou
des œufs, ce qu’Il accepterait d’ailleurs jamais. Dans le verset 9.26 (voir plus
haut), Il confirme que seuls, une feuille, un fruit, une fleur, et l’eau, Lui
est agréable, mais Il ne mentionne en aucun cas, viande, poisson et œufs. Seuls
les légumes, céréales, fruits (boissons non alcoolisés de fruits), lait (beurre
et fromage), et l’eau composent une nourriture substantielle pour l’être humain,
ce que le Seigneur Krishna recommande Lui-même. Si l’on ne respecte Son désir,
comment se croire encore attaché et uni d’une manière indissoluble au Bien-Aimé
Seigneur !
Voilà comment se révèle cette théologie mystique de la Gîtâ, et cet amour
secret que portent les yogis et les dévots dans l’âme pour monter jusqu’au
Suprême Absolu. L’amour est comme le feu ; il s’élève toujours vers le haut pour
atteindre le centre de sa sphère, le Cœur spirituel du Seigneur. Offrons au
Seigneur Krishna les fruits de la terre, et préparons Lui des plats végétariens
simples et savoureux pour offrir devant Son Image, Sa Forme dans Son sanctuaire,
que ce soit un mandir (temple), ou un lieu de méditation d’une habitation, une
salle où se tient satsang, en se prosternant et en Le priant d’accepter notre
humble offrande, ce qui nous permet de progresser sur la voie spirituelle. C’est
en effet une grande merveille et une chose vraiment suave et douce que le
Seigneur tient en réserve à ceux qui accomplissent leurs devoirs et de
l’offrande faite même de soi, dans un sentiment d’amour. Répétons le, le Suprême
Absolu n’a pas besoin de nos offrandes pour augmenter ou maintenir Sa gloire,
car toutes choses viennent de Lui. Le Seigneur accepte l’offrande de celui ou
celle qui désire Lui plaire en faisant offrande des fruits de la terre et de
notre travail (nos efforts). Le facteur dominant de prasâda, dans la
préparation, la présentation, et finalement l’offrande, ne sont que pour
exprimer notre amour pour le Seigneur Krishna. Le verset 9.27 suivant,
confirme :
O Arjuna, quoique tu fasses, quoique tu manges, quoique tu
offres comme oblation au feu sacré, quoique charité tu donnes, quelle que soit
l’austérité que tu pratiques, accomplis tout en offrande à Moi. (9.27)
Le Suprême Absolu a Ses Desseins. Même au point de vue naturel Il veut que
nous perfectionnons, et Il nous conduit à ce sommet de perfection par la Gîtâ.
Au point de vue métaphysique surtout, notre cause est tout à fait claire et
certaine. On se procure ces devoirs dans la joie de la foi et en pénétrant
dans la retraite mystérieuse de la méditation où la foi devient vie, et dans le
détachement comme l’enseigne la Gîtâ.
Philippe De Coster, D.D.
The International Gita Society
Cette société internationale pour la diffusion de la Bhagavad Gîtâ fondée
en 1984, est enregistrée aux États Unies d’Amérique comme « International Gita
Society » (abrégée ‘IGS’). C’est une association absolument sans but lucratif,
taxe exempte en tant qu’institut spirituel, sous la Section 501 (c) (3) du Code.
L’adhésion comme membre est totalement gratuite. Tous sont bienvenus.
Les Actions et Objectives de la IGS sont :
- Publier et
distribuer, « La Bhagavad Gîtâ » dans un langage simple et compréhensif.
- Fournir un cours par
correspondance, soutenir, guider et encourager l’enseignement de la Gîtâ comme
manière de vivre.
Une édition de poche de la Gîtâ est gratuitement disponible en langue
anglaise, traduit du Sanscrit par le Dr. Ramananda Prasad. Une traduction de
cette version anglaise est en préparation. Vous pouvez également copier la Gîtâ
aux adresses suivantes :
gita-society.com/
ou
gita4free.com/
Dr.
Ramananda Prasad, Ph. D.D.
Le Dr. Prasad, un ingénieur gradué de l’Institut Indien de Technologie à
Kharagpur, en Inde, obtint son grade M.S. à l’Université de Toronto, et un Ph.D.
comme ingénieur civil à l’Université d’Illinois. Il retrouve sa racine à Bihar
(Inde) près de Bodh Gaya. Il travaille dans la recherche et l’enseignement,
comme ingénieur consultant pour différentes entreprises, autant pour le
gouvernement d’État et Fédéraux aux États Unis d’Amérique. Il travailla comme
superviseur à la Division Ouest de la Marine Américaine avant de prendre sa
retraite. Il est aussi professeur ingénieur civil de l’Université d’État
‘San Jose’, et professeur adjoint de Religion et de Psychologie au Collège de
« Union Institute of Cincinnati » à Ohio. Il publia plusieurs pages dans les
journaux de la Société Américaine des Ingénieurs Civils. Le Dr. Prasad
comprend confirmer l’immense contribution et guidance de la part de ses gourous
sur sa voie spirituelle, lui offrant le privilège de commencer l’étude de la
Gîtâ et de Kriya Yoga. Ils sont : Swami Prabhupada, Swami Chinmayananda, Swami
Dayananda Sarasvati de Rishikesh, Swami Harihar, et Paramahamsa
Hariharanandaji ;
Le Dr. Prasad est le membre fondateur de différentes organisations sans
but lucratif à San Francisco Bay Area comme le ‘Vedic Dharma Samaj’, qui a
maintenant un temple Hindou à Fremont ; Ramayan Sabha, et le Centre Universel de
Yoga à San Francisco. Il est le fondateur du « International Gita Society » en
1984, qui a comme but de servir l’humanité par l’enseignement de la Bhagavad
Gîtâ et autres Écritures, tout en établissant l’harmonie entre toutes les
cultures, races, religions, Foi Mondiale par l’enseignement immortelle des
grands maîtres spirituels et Écritures majeurs. Sa traduction « La Bhagavad
Gîtâ » (Le Chant de Dieu), est maintenant à sa quatrième édition, et est obtenue
gratuitement sur Internet en Sanscrit, Hindou et en Anglais.
Il est aidé par son épouse Sadhana Prasad, une grande dévote du Seigneur
Shiva. Il a une fille, Madame Reeta Raina, épouse du Dr. Abhinav Raina, M.D. ;
et un fils célibataire, Sanjay Prasad qui dirige les activités de l’IGS, et
prévoit de devenir un Docteur en Ostéopathie.
Le Dr. Prasad prit sa retraite en Mars 2000, afin de se consacrer
entièrement à la propagation du message de la Gîtâ avec l’aide et la coopération
de personnes qui partagent le même idéal et organisation.
Pour la lecture de la Gîtâ en langue anglaise, que vous pouvez
également copier :
bhagavad-gita
Pour acheter le livre en anglais :
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Prêtre, ou une personne de la classe des
intellectuels en Inde.
La séparation du monde fait l’ascète.
Elle va si loin pour lui qu’elle le coupe de la société des hommes et femmes,
fussent-ils ses émules dans la recherche du Suprême Absolu, et qu’elle le fait
vivre d’une façon continue avec l’Absolu seul, n’ayant de contact avec les
autres que ceux qu’imposent le besoin ou la charité.
Si nous oubliions le Suprême Absolu, si
notre vie intérieure se repliait sur elle-même, si elle ne tendait qu’à une
expérience du divin destinée à nous satisfaire nous-mêmes, nous ne serions plus
dignes de la Gîtâ et du nom de yogi, de dévot et d’ascète suivant notre
vocation.
Pour l’appelé par vocation, le yogi
(l’ermite), l’entrée dans la solitude d’une forêt ou du désert est très
certainement un instant solennel. Vous quittez le monde normal des relations
sociales pour l’inconnu de la solitude. Là, il faut commencer par des
arrachements, des brisements, peut-être des reniements. On n’accomplit pas sans
larmes cette universelle et parfois définitive rupture avec ce qui nous était le
plus cher. On trouvera bon la solitude, tout en affrontant l’austérité, mais
l’anachorète à travers les âges en quête du Suprême Absolu définit la solitude
d’une terre aride et ravinée, terre de sécheresse et de ténèbres, terre que nul
homme ne parcourt, où rarement l’homme se fixe. Finalement, grande est la paix
intérieure, vivant suivant l’enseignement de la Gîtâ.
D’après des statistiques peu récentes
quand-même datant de quelques années, environ trois cents ermites, hommes et
femmes, vivent en France. Ils étaient une vingtaine en 1960. De ces hommes et de
ces femmes – de ces femmes surtout – qui choisissent de tout quitter pour vivre
dans la précarité matérielle, la solitude et le silence. Tous à la recherche du
Suprême Absolu. Hindouistes, bouddhistes, juifs, chrétiens et mêmes musulmans
ont toujours su qu’un des chemins vers la Transcendance – peut-être le plus
court et certainement le plus difficile – se trouvait dans la solitude dite
désert. Mais, en Occident depuis deux siècles, rares étaient ceux qui
l’empruntaient. Au fait, pour la plupart d’entre nous, la solitude, le désert
n’est pas un cadre, il est un état d’âme. En cela gît sa difficulté dans le
monde. Le centre de la solitude, c’est vous en qui cette absence de l’homme et
de ses vanités crée une première zone de silence. Sur la steppe, il n’est qu’un
bruit : le gémissement du vent. C’est, dit le proverbe arabe, le désert qui
pleure parce qu’il voudrait être prairie ! Ainsi de vous, terre aride et sans
eau, qui supplie le Suprême Absolu d’y faire pleuvoir sa rosée. Le souffle du
Suprême Esprit doit seul se faire entendre.
Kuśa: herbe à longues feuilles pointues et
coupantes que long utilise dans les rituels.
Purusa : Le Moi spirituel ; Le moi incarné.
Le mot signifie aussi : l’habitant dans la cité, c’est-à-dire dans la corps. Il
dérive du sanscrit « pura » qui signifie cité ou corps et du « usa », un dérivé
du verbe « vas » habiter.
Dans le premier livre de la Bible, la Genèse,
l’allégorie de la création relate, « Au commencement, Dieu créa les cieux et la
terre. La terre était informe et vide ; il y avait des ténèbres à la surface de
l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. » (Gen. 1.1-2)
Avatars: Dieu, une ou autre de Ses émanations
plénières ou l’un de Ses représentants, “descendu” du monde spirituel dans le
monde matériel pour rétablir les principes de la religion, par exemple le
Seigneur Krishna, Moïse, Jésus, Mohammed, pour en citer quelques uns.
Par exemple, méditer sur l’effigie du Seigneur
Krishna.
Le repas doit être pris depuis quelques heures
afin que la digestion soit accomplie. Le corps doit être parfaitement propre
autant que les vêtements.
Se retirer dans une chambre tranquille où l’on
est assuré de n’être dérangé par aucune intervention ni aucun bruit. En Orient,
on trouve souvent dans des maisons mêmes peu fortunées, une chambre réservée
exclusivement pour la méditation. Si on le peut, se mettre dehors sous un arbre,
mais s’assurer toujours la plus grandes tranquillité.
Au fait, pour les débutants, il est bon avant
de commencer la méditation, de s’exercer quotidiennement à demeurer assis de la
manière souhaitée pendant 5, 10, 15 minutes, afin de discipliner le corps et
n’avoir plus à s’en occuper quand ils commenceront la méditation. On doit le
faire chaque jour à la même heure.
Ou, les yeux
légèrement baissés, pour limiter le champ de vision, ou complètement fermés, si
on peut le faire sans céder au sommeil. L’attention doit être concentrée entre
les sourcils.
Beaucoup de personnes font confusion entre les
idées et les pratiques de la respiration du Yoga des Hindous. Il est ainsi utile
de donner certaines explications sur les exercices Hindous de respiration
rythmique, mais l’on doit se rendre compte que seuls deux exercices Yogiques :
la respiration dite de purification et la respiration rythmique sont sans danger
pour nous. Le yoga est une science expérimentée qui permet à chacun d’obtenir un
contrôle inusité de son corps et de son esprit. Le mot « Yoga » employé dans
l’Hindouisme veut dire l’union avec Brahma, le Suprême Absolu, l’Être Suprême,
et quand on respire, le corps absorbe avec l’air une force appelée « Prâna »
(énergie vitale) qui est latente dans l’atmosphère.
(1)
Respiration Purificatrice.
Pour purifier le système respiratoire, cet
exercice est indiqué :
Fermez la narine droite, en la comprimant sur
le côté avec un doigt. Aspirez alors par la narine gauche. Renvoyez l’air
aspirez en exhalant par la narine droite ; recommencez en comprimant la narine
gauche et en aspirant l’air par la narine droite, et ainsi de suite. Les voies
respiratoires seront ainsi nettoyées de l’acide carbonique et autres impuretés.
Si la rétention du souffle indiquée est trop longue pour certains, nous
conseillons :
Aspirer en comptant huit ;
Retenir le souffle en comptant quatre.
Expirer en comptant huit.
Rester sans respirer (vide) en comptant
quatre.
(2)
Respiration Rythmique.
Voici un exercice très estimé :
Vider les poumons en comptant six.
Rester sans respirer en comptant trois.
Remplir les poumons et le thorax en comptant
six.
Retenir l’air en comptant trois.
Il ne faut pas que les comptes de la
respiration soient plus rapides, ni plus lents que le battement du cœur. Cette
respiration doit être rythmique, et deviendra par la suite automatique. Un
conseil, il vaut mieux commencer par cette pratique respiratoire en dehors des
heures saintes de méditation pour s’y habituer. On doit comprendre que plus tard
on peut augmenter le nombre des comptes et retenir la respiration plus
longtemps, mais si un débutant essaie la rétention du souffle, il se peut qu’il
ressente des vertiges ou autres troubles. Il faut toujours se rappeler que le
motif de cette respiration est de purifier le corps, de fortifier le système
nerveux et de calmer le mental, mais en évitant tout surmenage.
Les deux exercices dont partie du « Prânâyâma » pratiqué dans les systèmes
Yogiques des Hindous.
Compagnie (sanga)
des maîtres et des sages qui sont ancrés dans la Vérité (Sat). C’est aussi la
compagnie de ceux en quête de connaissance spirituelle.
Filiation
spirituelle, ou succession disciplique (paramparā) : Succession de maîtres
spirituels qui ont transmis, sans l’altérer, l’enseignement originel du Seigneur
jusqu’à nos jours, ce que au fait la Bhagavad Gîtâ représente en tant que
Sainte Écriture. Dans la Chrétienté Apostolique (Catholique, Orthodoxe,
Anglicane et autres), et d’après leur enseignement, par le souffle de l’Esprit,
le jour de la Pentecôte, un peuple « spirituel » est né, dont Jésus est le
premier-né et le Roi. L’Église Chrétienne est donc née, et l’apôtre Pierre avant
les autres apôtres, dès ce moment, est entré dans son rôle d’ « économe des
mystères de Dieu » suivant l’enseignement de Jésus Christ. C’est à partir des
apôtres, qu’en première instance l’Église de Jérusalem fut, pendant un certain
temps, toute l’Église de Jésus Christ ; et, de là Antioche et puis Rome, et
cette même succession apostolique ou disciplique ininterrompue jusqu’à nos jours
par les évêques.
En Anglais :
Oh, Creator of the universe
May we receive thy supreme sin-destroying
light
May thou guide our intellect in the right
direction
Aum
Mokşa : Libération,
nirvana, Mukti.
Trois mille ans
après, marquant le début d’une nouvelle ère pour la religion Abrahamique par la
naissance du Messie promis, rejeté jusqu’à nos jours par ceux qui attendent
encore Sa venue, et accepté par les autres de la Nouvelle Alliance, Jésus de
Nazareth, fils de Marie et du père adoptif Joseph, le roi Hérode dans sa
tyrannie fit massacrer les nouveaux nés, afin d’être certain de la mort de
l’Enfant Messie de Bethlehem.
A l’âge de douze
ans, Jésus de Nazareth monta avec ses parents à Jérusalem comme chaque année
pour la fête de Pâques. Au moment de repartir après la fête, l’enfant Jésus
resta dans la cité, pour discuter avec les docteurs dans le temple, et tous ceux
qui l’entendaient étaient stupéfiés de son intelligence et de ses réponses.
Après à Nazareth, il resta soumis à ses parents. Ici, la narration
évangélique s’arrête jusqu’à l’âge de trente ans environ lorsque Jésus
commença sa vie publique.
Incarnation divine
(littéralement) ‘descente’. Dans la tradition vishnouite, ce mot désigne les
incarnations de Visnu au nom de dix venant rétablir l’ordre dans le monde :
Matsya (le Poisson), Kûrma (la Tortue), Varâha (le Sanglier), Narasimha
(l’Homme-Lion), Vâmana (le Nain), Parasurâma (Râma portant une hache), le
Seigneur Rama, Balarâma (frère aîné de Krishna), le Seigneur Krishna (Krsna), et
pour terminer Kalki qui doit venir à la fin de notre ère actuelle. Le Bouddha
est parfois aussi inclus dans cette liste, et même Jésus comme incarnation
de Dieu fait homme.
Il est impérieux de dire que toute boisson
alcoolisée nous est absolument interdit. S’en abstenir, signifie que le yogi ou
dévot a vraiment compris le dessein du Suprême Absolu pour chacun de nous.
L’alcool fait déraisonner même les Sages. S’abstenir d’alcool et de drogue
(fléau des temps actuels), offre au Suprême Absolu quelque chose de son propre
mouvement dans la joie du Suprême Esprit, retranchant ainsi à son corps un
‘interdit’ dans l’exaltation du désir spirituel. Il est donc impérieux de
faire de notre cœur une carte blanche où la Suprême Sagesse divine puisse y
graver ce qu’Il Lui plaira. Combien est-il pénible pour un yogi ou dévot de
passer des heures entières dans la méditation, muettes, humbles, soumises, et ne
pas vouloir comprendre le réel motif de l’interdiction. L’âme arrive à la
libération par la purification opérée en elle par le Suprême Seigneur Lui-même.
Pour situer en
bref, ‘Philippe De Coster’ sur le plan religieux et spirituel, il est un
gradué en théologie protestante. Il fut élève à l’Institut Biblique de Bruxelles
(1960) ; il reçut en 1970 un certificat de fin d’études en métaphysique
chrétienne de l’ « Unity School of Christianity, Lee’s Summit, Missouri, USA » ;
obtint un diplôme au London Bible College, Northwood, Londres en 1984, et
accepté depuis lors comme ancien élève de cette institution. Entretemps, il
poursuivit un programme d’étude ‘extra muros’ de réadaptation théologique avec
une faculté de théologie universitaire Américaine, et obtenu le degré de
« Bachelier en Théologie » en 1980 au Southeastern University, Greenville, South
Carolina par l’intermédiaire du Pasteur Diederik D. J. Quatannens, Professeur à
la Faculté Théologique Protestante de Bruxelles, Aumônier Général des
institutions pénitentiaires belge ; et, responsable Européen pour la
Southeastern University. En 1979, il reçut le titre ‘honoris causa’ Anglo-saxon
de ‘Docteur en Divinité’, d’où les initiales ‘D.D.’, conféré par l’Institut St.
Ephrem à Stockholm, Suède, suite à un travail de recherche et traité
théologiques important. Depuis 1963 environ, il s’est toujours intéressé à la
méditation, à la vie érémitique et, fut même le fondateur d’une telle
institution en Belgique sous l’abréviation ‘OMESA’,
l’ésotérisme notamment Hindou ; et, il eut depuis 1974 une haute fonction
dans le Vieux Catholicisme Romain et Latine (hors Rome).
Le 1e
Octobre 1991, il fut reçu comme oblat séculier à l’Abbaye Bénédictine Saint
Pierre (Catholique Romaine), Steenbrugge, lez Bruges (Belgique), par feu Dom
Livien, prieur de la dite Abbaye. Il jouissait ainsi des privilèges spirituels
de l’Ordre Bénédictin. Le Père Dom Livien-Frans Biebuyck mourut le 5 Février
1998.
Désormais, à la retraite depuis Janvier 2000, il s’occupe unique de propager la
Bhagavad Gîtâ et la Méditation (comme toujours d’ailleurs depuis les années
soixante), tout en vivant son idéal de vie semi érémitique, puisque il est situé
en ville.
ŚRĪMAD BHAGAVAD-GĪTĀ
Chapitre 1
LE DILEMME D’ARJUNA
Dhrtarâstra dit : O Samjaya, assemblés au champs saint de Kurukşetra et
désireux de combattre, que firent mon peuple et les Pāndavas ? (1.01)
Samjaya dit : Voyant la formation de bataille de l’armée des Pāndavas, le
Roi Duryodhana s’approcha de son gourou, et prononça ces paroles : (1.02)
O Maître, regarde cette puissante armée des fils de Pāndu, alignée en
formation de bataille par ton talentueux disciple, le fils de Drupada. (1.03)
Il y a plusieurs héros et puissants archers, égaux à Bhīma et à Arjuna en
guerre comme Yuydhāna, Virīta, et le grand guerrier Drupada ; Dhrsţaketu,
Cekitāna, et le Roi héroïque de Kāshi ; Purujit, Kuntibhoja, et le grand homme
Śaibya. Le vaillant Yudhāmanyu, le formidable Uttamauja, le fils de Subhadrā, et
les fils de Draupadī, tous de grands guerriers. (1.04-06)
INTRODUCTION DES COMMANDEURS DE
L’ARMÉE
Reconnais aussi, O Meilleur des « deux-fois-nés », ceux qui sont les plus
remarquables de notre côté. Pour ton information, je vais nommer les commandeurs
de mon armée ainsi : (1.07)
Toi-même, Bhīşma, Karna, le victorieux, Kŗpa, Aśvatthāmā, Vikarna, fils de
Somadatta, et bien d’autres héros qui ont risqué leur vie pour moi. Ils sont
armés avec diverses armes, et tous sont habiles dans le combat. (1.08-09)
Notre armée commandée par Bhīşma, est invincible ; pendant que leur armée,
protégée par Bhīma est facile à conquérir. Par conséquent, vous tous qui vous
tenez dans vos divisions respectives sur tous les fronts, protégez seulement
Bhīşma. (1.10-11)
LA GUERRE DÉBUTE AU SON DE LA
CONQUE
Le puissant Bhīşma, l’homme le plus ancien de la dynastie des Kurus, rugit
comme un lion, et souffla bruyamment dans sa conque, apportant la
réjouissance à Duryodhana. (1.12)
Après que les conques, les gongs, les timbales, les tambours, et les
trompettes retentirent ensembles, la commotion fut immense. (1.13)
Alors le Seigneur Kŗşna et Arjuna, assis dans un grand char attelé à des
chevaux blancs, soufflèrent dans leurs conques célestes.
(1.14)
Kŗşna souffla dans Sa conque, Pāncajanya ; Arjuna souffla dans sa conque,
Devadatta ; et Bhīma, le faiseur de formidables actions, souffla dans sa grande
conque, Paundra. (1.15)
O Seigneur de la Terre ; le Roi Yudhişţhira, fils de Kunti, souffla dans
sa conque appelée Anantavijaya ; pendant que Nakula et Sahadeva soufflèrent dans
leurs conques respectives Sughośa et Manipuşpaka. Le Roi de Kāśī, le puissant
archer ; Sikhandī, le grand guerrier ; Dhŗşţadyumma, Virāta, l’invincible
Sātyaki, le Roi Drupada, les fils de Draupadī, et le puissant fils de
Subhadrā, soufflèrent dans leurs conques respectives. (1.16-18)
Le mugissement tumultueux, répercutant de par la terre et le ciel, déchira
le cœur des Kauravas. (1.19)
ARJUNA DÉSIRE INSPECTER L’ARMÉE
ENNEMIE QU’IL VA DEVOIR AFFRONTER
Voyant les fils de Dhrtarâstra rangés en ordre pour commencer la bataille,
pendant que déjà les projectiles volaient ; Arjuna dont l’étendard portait
l’emblème du Seigneur Hanumāna, prit son arc et s’adressa au Seigneur Kŗşna : O
Seigneur, je T’en prie arrête mon char entre les deux armées, pour que je puisse
observer ceux qui sont rangés ici ardents pour le combat, contre lesquels je
suis engagé dans cet acte de guerre. (1.20-22)
Je désire observer tous ceux qui sont prêts à servir, rassemblés ici pour
livrer bataille, apaisant ainsi le fils perfide de Dhrtarâstra. (1.23)
Samjaya dit : O Roi ; Seigneur Kŗşna, à la requête d’Arjuna, j’ai placé le
meilleur des chars au milieu des deux armées, en face de Bhīşma, Drona, et les
autres Rois ; et dit à Arjuna : « Vois les Kurus rassemblés. » (1.24-25)
Arjuna vit là ses oncles, grands-pères, des maîtres, des oncles maternels,
frères, fils, petit-fils, et camarades. (1.26)
LE DILEMME D’ARJUNA
Voyant aussi les beaux-pères, les compagnons, et tous ses parentés se
trouvant dans les rangs de deux armées, Arjuna fut envahi d’une grande
compassion et dit douloureusement : O Kŗşna, voyant tous mes proches rangés
désireux de se battre, mes membres fléchissent et ma bouche se dessèche. Mon
corps tremble et mes cheveux se dressent. (1.27-29)
L’arc me glisse des mains et ma peau brûle intensément. Ma tête est prise
de vertige, je me sens incapable de me tenir debout, et O Kŗşna, je ne vois que
funestes présages. Je ne vois pas l’utilité de tuer mes parentés dans cette
guerre. (1.30-31)
Je ne désire pas la victoire, ni les plaisirs, ni royaume, O Kŗşna. A quoi
bon le pouvoir, ou les plaisirs, ou même la vie, O Kŗşna ? Car, tous ceux pour
qui nous désirons le royaume, les jouissances et les plaisirs sont rangés ici en
bataille, renonçant à leur vie et à leurs richesses. (1.32-33)
Je ne souhaite pas de tuer les maîtres, oncles, fils, grands-pères, oncles
maternels, beaux-pères, beaux-frères, et autres parentés qui sont prêts à nous
tuer, même pour la souveraineté des trois mondes, et encore moins pour ce
royaume terrestre, O Kŗşna. (1.34-35)
O Seigneur Kŗşna, quels plaisirs pourront être nôtres en tuant les fils de
Dhrtarâstra ? En tuant ces criminels nous commettrons que le péché. (1.36)
Par conséquent, nous ne pouvons pas tuer nos cousins frères, les fils de
Dhrtarâstra. Comment pourrions-nous être heureux après avoir tué les nôtres, O
Kŗşna ? (1.37)
Même si ils sont aveuglés par la convoitise, ne voient aucun mal à
détruire leur famille, ou de péché en trahissant leurs amis. Comment ne pas nous
détourner de ce péché, nous qui voyons clairement le mal dans la destruction de
la famille, O Kŗşna ? (1.38-39)
ARJUNA DÉCRIT LES MÉFAITS DE LA
GUERRE
Les traditions immémoriales familiales et les codes de conduite périssent
avec la destruction de la famille. L’immoralité prévale dans la famille à cause
de la destruction des traditions familiales. (1.40)
Et lorsque l’immoralité prévale, O Kŗşna, les femmes de la famille
deviennent corrompues ; quand les femmes sont corrompues, beaucoup de problèmes
sociaux s’élèvent. (1.41)
Ceci mène la famille et les tueurs de la famille en enfer, à cause que les
esprits de leurs ancêtres sont dégradés, privés des offrandes cérémoniales de
riz et de l’eau. (1.42)
Les qualités éternelles d’ordre social et des traditions familiales de
ceux qui détruisent leur famille sont ruinées en commettant le péché de
l’illégitimité. (1.43)
On nous a raconté, O Kŗşna, que les personnes dont les traditions
familiales sont détruites, demeure pour longtemps en enfer. (1.44)
Hélas ! Nous sommes prêtes à commettre un grand péché, en cherchant à
massacrer nos proches par convoitise du plaisir de la royauté. (1.45)
Il serait préférable pour moi que les fils de Dhrtarâstra me tuent dans la
bataille les armes en mains, pendant que je suis désarmé et sans résistance. (1.46)
EN AVANÇANT ON ENDURCIT, ET
MALGRÉ L’ENDURCISSEMENT ON PEUT DEVENIR D’ILLUSIONNÉ
Samjaya dit : Ayant dit ceci en plein champ de bataille, abandonnant arc
et flèches, Arjuna s’assit dans son char l’esprit accablé de douleur. (1.47)
Ainsi prend fin le premier chapitre intitulé « Le dilemme d’Arjuna » dans
les Upanişad de la Bhagavadgītā, l’écriture de yoga, touchant la science de
l’Absolu dans la forme du dialogue entre Srīkŗşna et Arjuna.
Le monde est un champ de bataille pour une
lutte morale. Le débouché décisif séjourne dans le cœur des hommes où les
batailles se livrent chaque jour et à tout instant. L’ascension du visible à
l’invisible ou du dedans, de la souffrance au mental, a lieu par la voie du
dharma, cette action gouvernée par la loi essentielle de la propre nature de
chacun. Même dans notre vie corporelle, c’est par la pratique du dharma ou la
morale juste, que nous parvenons à cet état de sécurité où toute difficulté
culmine dans une joie intérieure que le monde ne peut offrir. La vie dans le
monde est un écolage, l’école des saints yogis et dévots, ce que signifie « être
dans le monde mais pas du monde » où la flamme sacrée de l’esprit ne se laisse
jamais éteindre. Le monde est le lieu où nous épuisons notre karma (action qui
se prolonge par des conséquences) et accomplissons ainsi la tâche comme une
vocation de construire notre âme. Le
champ saint de Kurukşetra et de bataille est
celui du droit, parce que le Seigneur qui est le protecteur du dharma, y est
activement présent. La vie est une bataille contre l’esprit du mal. Le processus
créateur est une tension perpétuelle entre deux incompatibles, chacun dressé
contre l’autre. Par leur mutuel conflit, l’évolution progresse et le but de
l’univers s’accomplit. Ce monde comporte des éléments d’imperfections, de mal et
d’irrationalité, et il est notre devoir par l’action du dharma, de le changer.
Kurukşetra est le champ de la pénitence et de la discipline (Manu, II, 19
et 20). Établir une distinction très nette entre vie spirituelle et vie sociale
(matérielle) n’est pas une chose facile, car la vie spirituelle conditionne
profondément l’autre, et vice versa. La vie yogique n’est pas un but en soi,
mais doit amener le yogi ou dévot à abandonner beaucoup de choses et de
s’aligner aux saintes écritures comme la Bhagavad-Gîtâ, afin d’aboutir plus
rapidement qu’autrement à la libération ou le Nirvana. La solitude de l’ascète,
du yogi ou dévot, est une aide à une vie consacrée au silence et à la méditation
afin de parvenir à cette contemplation pure.
O Meilleur des « deux-fois-nés », est celui
qui a reçu le cordon sacré, celui qui est né deux fois dans la chair à la
naissance, et lors de la conversion ou l’initiation à la vie de l’esprit. Nous
naissons dans le monde naturel, tandis que la seconde naissance est celle de
l’esprit. L’humain naît enfant de la nature et croît jusqu’à la stature
spirituelle pour devenir un enfant de la lumière.
Dans toute la littérature hindoue et
bouddhiste le char symbolise l’organisme psychophysique, ou la discipline qui
étudie et cherche à quantifier les sensations provoquées par des excitations
déterminées. Les coursiers sont les sens, les rênes leur maîtrise mais le
cocher, le guide, est l’esprit, le Soi véritable, Atman. Kŗşna le cocher
est l’esprit en nous. (Katha Upanishad, III, 3)
Arjuna est conduit par des conventions
sociales et par la moralité de sa culture et non par une vision personnelle de
la Vérité. Il lui faut détruire les symboles de cette moralité extérieure et
acquérir la force intérieure. Ses anciens instructeurs qui l’ont guidé dans la
vie doivent être tués avant qu’il puisse acquérir la sagesse de l’âme, alors
même que les ennemis sont des agresseurs, nous ne pouvons pas les tuer. On ne
peut pas commettre un péché en représailles d’un autre péché. M.B.,
Udyogaparva, 38, 73, 74 : « Conquérez la colère des autres par la
non-colère ; les méchants par la sainteté, l’avare par des dons, la
fausseté par la vérité ».
Quand nous négligeons les archétypes
d’idéaux incarnés dans les traditions immémoriales, troublant ainsi l’équilibre
social, nous introduisons donc le chaos dans le monde.
Les paroles d’Arjuna sont prononcées dans
l’agonie et la charité. Son mental est sur la frontière entre le matériel et le
spirituel. Il lutte pour arriver à une solution, comme l’homme a toujours fait,
et pourtant il est inapte à prendre une décision à cause de son incapacité de
comprendre sa propre nature, celle des autres et du cosmos. Il met l’accent sur
la douleur humaine et la détresse matérielle qu’implique la guerre, malgré que
le but essentiel de la vie ne soit pas la poursuite du bonheur et l’aisance
matérielle. L’âme est attirée par le Suprême Absolu hors des sentiers de
la persuasion, de l’instruction et de l’entendement, parce que dans ceux-ci,
l’amour des choses divines est trop imparfait, et il y dépend trop de créatures,
il y ressemble à des gouttes d’eau qui tombent l’une après l’autre et par
intervalles. Nombreux sont ceux pour qui cette philosophie est sans rapport avec
la vie. Deux voies conduisent au Suprême Absolu. L’une se sert de la réflexion
et du raisonnement, l’autre de la foi simple et de la connaissance générale et
confuse. La première s’appelle « méditation » ; la seconde la contemplation, le
recueillement intérieur dans son sens le plus profond et acquise. La première
est pour ceux qui commencent et persévèrent ; la seconde pour ceux qui sont plus
avancés dans la vie yogique. La première est sensible, la seconde plus pure et
profondément spirituelle. Plus on est dans l’indépendance des créatures, plus on
s’appuie sur le Suprême Absolu, et sur Ses inspirations secrètes, par le moyen
de la foi pure, le détachement, et la charité ferme, confiant et véhément. Il
faut donc que la charité prenne les devants, se dépouillent
d’appréhensions de toutes sortes ; que le yogi ou dévot aime son Seigneur pour
ce qu’Il est, et non pour ce que l’imagination lui en présente. L’auteur de la
Gîtâ nous donne par le dialogue entre
Kŗşna et Arjuna l’expression dramatique du
sentiment de la Présence Divine en l’homme. Plus le mental de l’homme s’élève,
plus il se détache des objets sensible. Bien des âmes viennent jusqu’à la porte
de la contemplation, mais il y en a peu qui passent, soit faute d’un bon gourou,
ou parce qu’elles ne se soumettent pas à Dieu avec une entière confiance.
Quand Arjuna est tenté de s’abstenir de son devoir divin, la Présence en
lui, son inspiration la plus authentique, lui révèle la voie établie aussitôt
qu’il a pu écarter les subtiles suggestions de son moi inférieur. Quand le
mental considère avec attention les mystères de foi comme décrits dans la Gîtâ,
ce qu’il considère en détail, essayant d’en découvrir la vérité, il expérimente
que le cœur le plus intime de son âme est aussi le centre divin de tout
l’univers, le microcosme dans le macrocosme. Le soi le plus profond d’Arjuna est
Kŗşna. Seul celui qui, voué au Seigneur Kŗşna, possède la grandeur d’âme et la
tendresse de cœur d’Arjuna. Nul est aussi proche du Suprême Absolu, Dieu, que
soi-même et pour parvenir à Lui nous n’avons besoin qu’un cœur ardent et
l’intention pure. Arjuna se tient dans sa solitude et nudité sans intermédiaire
en face de son Seigneur. Il y a dans une telle situation une continuelle
communion entre le Suprême Absolu et l’homme, qui permet un dialogue se
poursuivant jusqu’à ce qu’une harmonie complète soit atteinte. Le yogi ou dévot
peut connaître soit par une habitude acquise à force de raisonnement, soit par
des lumières divines particulières. Le Suprême Absolu n’est jamais éloigné de
nous, il est tout proche. Il est ni un spectateur détaché ou un juge lointain de
la cause en cours, mais un ami. Le Seigneur veut que par la spiritualité autant
que par le secours de Sa grâce on fasse naître dans notre cœur la lumière dans
les ténèbres, le silence dans le tumulte, la solitude même au milieu de la
foule, l’oubli dans la misère, la force dans la faiblesse, le courage dans la
crainte, la résistance au milieu des tentations, et la paix dans la guerre. Le
chapitre premier s’achève dans l’abattement et la souffrance, et cela aussi est
appelé Yoga, car cette obscurité de l’âme est un pas important sur la voie de la
spiritualité. Arjuna traverse une phase de grande tension intérieure, mais
lorsqu’il se détache de ses obligations sociales et demande pourquoi il lui faut
accomplir le devoir que la société attend de lui, il passe au delà de son moi
socialisé et prend pleine conscience de lui-même en temps qu’homme seul et
dépouillé de tout. Lorsque le Seigneur veut conduire l’âme par la voie mystique,
à la connaissance et à l’amour de la Loi intérieure, Il la fait passer
parfois par des sentiers arides et ténébreux. En ce qui concerne Arjuna, sa
nouvelle liberté crée en lui un profond sentiment d’anxiété, de solitude, de
doute et d’insécurité. Cependant, pour qu’il retrouve sa fonction et son
efficacité, il faut qu’il dépasse les sentiments. La conclusion mentale est le
point de départ de la recherche spirituelle, et l’attitude nécessaire pour que
les graines de la Gîtâ puissent être semées et les fleurs de la perfection
cueillies. Croissance et activité sont les principales caractéristiques de la
vie dans son ensemble, aussi bien sur le plan physique que sur le plan
spirituel.
Chapitre 2
LA CONNAISSANCE TRANSCENDANTALE
Samjaya dit : Le Seigneur Kŗşna prononça ces paroles à Arjuna ayant les
yeux affligés et pleins de larmes, envahit de compassion et de désespoir. (2.01)
Le Suprême Seigneur dit : Comment un tel découragement a-t-il pu s’emparer
de toi en ce moment ? Ce n’est pas convenable pour un Aryen (ou une personne
dont le mental et les actions sont nobles). C’est déshonorant, et ne conduit pas
une personne au ciel, O Arjuna. (2.02)
Ne te laisse pas aller à la couardise, O Arjuna, car cela ne te convient
pas. Chasse cette faiblesse insignifiante de ton cœur et lèves-toi pour le
combat, O Arjuna. (2.03)
ARJUNA CONTINUE SON RAISONNEMENT
CONTRE LA GUERRE
Arjuna dit : Comment pourrais-je dans le combat lancer des flèches à
Bhīşma et Drona, qui sont dignes de ma vénération, O Kŗşna ? (2.04)
Vraiment, mieux voudrait vivre dans ce monde d’aumône plutôt que d’abattre
ces nobles gourous, car en les tuant je ferais que profiter des richesses et
plaisirs souillées de sang. (2.05)
Nous ne connaissons pas quel alternatif soit mieux pour nous, combattre ou
quitter. D’ailleurs, nous ne savons pas si nous allons conquérir ou qu’ils nous
conquérront. Nous ne devrions pas, ne fus que souhaiter, de vivre après avoir
tué les fils de Dhrtarâstra qui sont dressés devant nous. (2.06)
Mes sens sont envahis par la faiblesse de la pitié, et mon mental est
confus quant au devoir (Dharma). Je Te demande de me dire en toute certitude
qu’elle est la meilleure. Je suis Ton disciple. Instruis-moi, qui aie trouvé
refuge en toi. (2.07)
Je ne vois pas qu’acquérir un royaume sans rival et prospère sur cette
terre, ou même la seigneurie sur les régnants célestes (Devas) dissiperaient la
douleur qui dessèche mes sens. (2.08)
Samjaya dit : O Roi, après avoir parlé ainsi au Seigneur Kŗşna, le
puissant Arjuna dit à Kŗşna : je ne combattrai pas, et il resta silencieux.
(2.09)
O Roi, le Seigneur Kŗşna, esquissant un sourire, dit ces paroles à Arjuna
découragé au milieu des deux armées. (2.10)
LES ENSEIGNEMENTS DE LA GÎTÂ
DÉBUTE PAR LA VRAIE CONNAISSANCE DU SOI ET DU CORPS PHYSIQUE
Le Seigneur Suprême dit : Tu pleures pour ceux qui ne sont pas
dignes d’être lamentés, et pourtant tu prononces des paroles de sagesse. Le sage
ne se lamente ni pour les vivants ni pour les morts. (2.11)
Il n’y eut jamais un temps que ces monarques, toi, ou moi cessèrent
d’exister, et nous ne pourrons jamais cesser d’exister dans l’avenir. (2.12)
Tout comme l’entité vivante (Atmâ, Jîva, Jîvâtma) acquiert
l’enfance, un corps jeune, et un corps de vieillesse durant cette vie ; de même
elle acquiert un autre corps après la mort. Le sage n’en est pas troublé. (Voir
aussi 5.08) (2.13)
Les contacts des sens vers les objets appropriés engendrent la chaleur et
le froid, la douleur et le plaisir. Ils sont transitoires et impermanents.
Ainsi, apprends à les endurer, O Arjuna. (2.14)
Car une personne calme – qui n’est pas affectée par ces sensations, et est
ferme dans la douleur et le plaisir, se rend digne de l’immortalité, O Arjuna.
(2.15)
LE SOI EST ETERNEL, LE CORPS EST
TRANSITOIRE
L’Esprit invisible (Sat, Atmâ) est éternel, et le monde visible (y compris
le corps physique) est transitoire. La réalité de ces deux est vraiment perçue
par les voyants de la vérité. (2.16)
L’Esprit (Atmâ) par qui tout cet univers est pénétré, est indestructible.
Personne ne sait détruire l’impérissable Esprit. (2.17)
Les corps de l’éternel, immuable, et incompréhensible Esprit sont
périssables. Par conséquent, livre bataille, O Arjuna. (2.18)
Celui qui pense qu’Atmâ (Esprit) peut tuer, et celui qui pense qu’Atmâ est
tué, les deux sont ignorants. Parce qu’Atmâ ne tue ou est tué. (Un verset
parallèle se trouve dans KaU 2.19) (2.19)
L’Esprit (Atmâ) ne naît jamais et ne meurt jamais en aucun
temps. Il ne commence pas d'être, ou ne cesse pas d’exister. Il est ingénéré,
éternel, permanent, et ancien. L’Esprit n’est pas détruit lorsque le corps est
détruit. (Voir aussi KaU 2.18) (2.20)
O Arjuna, comment une personne qui sait que l’Esprit (Atmâ) est
indestructible, éternel, ingénéré, et immuable, tue quelqu’un ou provoque
quelqu’un d’être tué ? (2.21)
LA MORT ET LA TRANSMIGRATION DE
L’ÂME
Tout comme un homme revêt des vêtements neufs après avoir laissé
les anciens ; de même, l’entité vivante (Atmâ, Jîva, Jîvâtma) acquiert de
nouveaux corps après avoir rejeté les vieux corps. (2.22)
Les armes ne peuvent pourfendre cet Esprit (Atmâ), le feu ne le brûle pas,
l’eau ne le mouille pas, et le vent ne le dessèche. L’Atmâ ne peut être coupé,
brûlé, mouillé, ni asséché. Il est éternel, omniprésent, inchangé,
immuable, et ancien. (2.23-24)
L’esprit (Atmâ, le Soi) est dit être inexplicable, incompréhensible, et
immuable. Connaissant cet Esprit comme tel, tu ne devrais pas t’affliger. (2.25)
Bien que tu penses que cette entité vivante ou corps prend naissance et
meurt perpétuellement, même alors, O Arjuna, tu ne devrais pas t’affliger ainsi.
Car la mort est certaine pour ce qui est né, et la naissance est certaine pour
ce qui meurt. Par conséquent, tu ne devrais pas te lamenter sur l’inévitable.
(2.26-27)
Tous les êtres, O Arjuna, sont non manifestés – invisibles aux
yeux physiques – avant la naissance et après la mort. Ils se manifestent
seulement entre la naissance et la mort. Y a-t-il là de quoi s’affliger ? (2.28)
L’ESPRIT INDESTRUCTIBLE
TRANSCENDE LE MENTAL ET LA PAROLE
Certains voient l’Esprit comme une merveille, d’autres le décrivent comme
merveilleux, d’autres entendent parler de lui comme d’une merveille. Même après
avoir entendu le concernant, peu de gens le connaît. (Voir aussi KaU 2.07)
(2.29)
O Arjuna, l’Esprit qui demeure dans le corps de tous les êtres est
éternellement indestructible. Par conséquent, tu ne devrais pas pleurer pour
personne. (2.30)
LE SEIGNEUR KŖŞNA RAPPELLE
ARJUNA DE SON DEVOIR COMME GUERRIER
Ayant égard à ton propre devoir en tant que guerrier, tu ne devrais pas
être indécis. Car, il n’y a rien de plus heureux pour un guerrier qu’une guerre
juste. (2.31)
Seulement les guerriers favorisés, O Arjuna, reçoivent l’opportunité d’une
telle guerre non préméditée, qui est comme une porte ouverte vers le ciel.
(2.32)
Si tu ne veux pas combattre cette guerre juste, alors tu manqueras à ton
devoir, tu perdras ta réputation, et tu t’affligeras le péché. (2.33)
Les hommes raconteront perpétuellement ta disgrâce. Pour les honorables,
le déshonneur est pire que la mort. (2.34)
Les grands guerriers penseront que tu t’es retiré de la bataille par
crainte. Ceux qui t’on hautement estimés, perdront leur respect pour toi. (2.35)
Tes ennemis prononceront beaucoup de paroles injurieuses et mépriseront ta
capacité. Que peut-il y avoir de plus douloureux ? (2.36)
Tu iras au ciel si tué au combat (répondant au devoir), ou victorieux tu
jouiras du royaume terrestre. Par conséquent, debout donc, décidé à combattre, O
Arjuna. (2.37)
Considérant le plaisir et la souffrance, le gain et la perte, la
victoire et la défaite de la même façon, engage-toi dans ton devoir. En
accomplissant ton devoir, tu ne commettras pas de péché. (2.38)
LE SCIENCE DE KARMA-YOGA,
L’ACTION D’DÉSINTÉRESSÉE
La sagesse de la connaissance transcendantale t’a été transmise, O Arjuna.
Maintenant écoute la sagesse de Karma-yoga, le service désintéressé (Sevā), car
en y étant pénétré tu seras libéré des chaînes de l’action (Karma). (2.39)
Dans le Karma-yoga aucun effort n’est jamais perdu et il n’y a pas d’effet
adverse. Même la moindre pratique de cette discipline protège l’homme de la
grande peur de la naissance et de la mort. (2.40)
Un Karma-yogi tient une détermination résolue vers la réalisation de Dieu,
O Arjuna, mais les désires sont innombrables et diverses de l’homme qui
travaille pour jouir des fruits de son activité. (2.41)
LES VEDAS TRAITENT L’ASPECT
MATÉRIEL ET SPIRITUEL DE LA VIE
Les mal guidé prend plaisir dans le chant mélodieux de la Véda – sans
comprendre le vrai objectif des Védas – réfléchit, O Arjuna, comme si il n’y a
rien d’autre dans les Védas que des rituelles avec la seule raison d’obtenir les
jouissances célestes. (2.42)
Ils sont dominés par les désirs matériels, et considèrent l’acquisition
céleste comme étant le but le plus élevé de la vie. Ils s’engagent dans des
rites spécifiques pour cause de prospérité et de jouissance. La renaissance est
le résultat de leurs actions. (Voir aussi KaU 2.05, IsU 09) (2.43)
La détermination résolue de la réalisation du Soi n’est pas formée dans le
mental de ceux qui sont attachés aux plaisirs et au pouvoir, dont le jugement
est obscurci par ces activités ritualistes. (2.44)
Une partie des Vedas traite les trois modes ou états (Gunas) de la Nature
matérielle. Libère-toi des paires d’opposés, restes toujours équilibré et
indifférent à toutes pensées d’acquisition et de préservation. Lève-toi
au-dessus des trois états, en pleine conscience, O Arjuna. (2.45)
Pour la personne dont le Soi est réalisé les Védas sont aussi utiles qu’un
petit réservoir d’eau lorsque l’eau d’un énorme lac devient disponible. (2.46)
THÉORIE ET PRATIQUE DU
KARMA-YOGA
Tu as Adhikāra (droit, privilège) simplement sur tes devoirs
respectifs, mais pas de contrôle ou de revendication sur les résultats. Les
fruits du travail ne peuvent pas être ton motif. Tu ne devrais jamais être
inactif. (2.47)
Accomplis ton devoir le mieux possible, O Arjuna, par ton mental
attaché au Seigneur, abandonnant le souci et l’attachement intéressé aux
résultats, et reste calme dans le succès et l’échec. L’équanimité du mental est
appelée Karma-yoga. (2.48)
Le travail accompli avec des motifs égoïstes est très inférieur au service
désintéressé ou le Karma-yoga. C’est pourquoi sois un Karma-yogi, O Arjuna. Ceux
qui travaillent pour jouir des fruits de leur labeur sont vraiment malheureux.
(Car l’homme n’a pas de contrôle sur les résultats). (2.49)
Un Karma-yogi devient dans cette vie même libéré du vice autant
que de la vertu. S’efforcer de travailler le mieux possible sans être attaché
aux fruits du travail est appelé Karma-yoga. (2.50)
Les Sages Karma-yogis sont libérés des chaînes de la renaissance en
renonçant à l’attachement intéressé aux fruits de tout travail, pour atteindre
ainsi l’état de béatitude divine. (2.51)
Lorsque ton intellect aura complètement franchi le voile de confusion,
alors tu deviendras indifférent aux Écritures que tu connais et à celles qu’il
te reste à connaître. (2.52)
Lorsque ton intellect, rendu confus par les opinions contradictoires et la
doctrine ritualiste des Védas, restera ferme et inébranlable dans la
concentration sur le Suprême Être, ainsi tu atteindras l’union avec le Suprême
Être en état d’extase (Samādhi). (2.53)
Arjuna dit : O Kŗşna, quelles sont les marques d’une personne illuminée
(Sthita-prajna) dont l’intellect est ferme ? Quelle est la façon de parler d’une
personne dotée d’un intellect stable ? Comment une telle personne s’assied et
marche ? (2.54)
LES MARQUES D’UNE PERSONNE QUI
S’EST RÉALISÉE
Le Seigneur Suprême dit : Lorsqu’un être est complètement libre de tous
désirs du mental et est satisfait avec l’Éternel Être (Brahma) par la joie de
l’Éternel Être, ainsi cet homme est appelé un illuminé (Sthita-prajna), O
Arjuna. (2.55)
Une personne dont le mental est impassible au chagrin, qui ne
sollicite pas les plaisirs, et qui est complètement libérée de l’attachement, de
la peur, et de la colère, est appelée Sthita-prajna – un sage d’un intellect
ferme. (2.56)
Ceux qui n’ont aucun attachement ; qui ne sont pas transportés dans
l’obtention des résultats désirés, ni troublés par des résultats inopportuns ;
leur intellect est considéré comme fermement établi. (2.57)
Lorsque quelqu’un retire complètement ses sens des objets de perception
comme une tortue retire ses membres dans sa carapace pour se protéger, alors
l’intellect d’une personne est considéré comme fermement établi. (2.58)
Le désir pour les plaisirs sensuels s’évade lorsque l’homme s’abstient de
jouissance sensuelle, bien que le goût envers la jouissance sensuelle subsiste.
Cette envie disparaît aussi chez la personne qui a connu le Suprême Être. (2.59)
LE DANGER DES SENS NON
RESTREINTS
Les sens sans repos, O Arjuna, emportent fortement le mental,
même d’une personne sage s’efforçant vers la perfection. (2.60)
L’homme devrait fixer son mental sur Moi dans une douce
contemplation, après avoir mis les sens sous contrôle. Son intellect devient
fermement établi, lorsque ses sens se trouvent complètement maîtrisés. (2.61)
L’homme développe l’attachement aux objets des sens, en pensant
à ces objets de sens. Le désir envers les objets de sens vient de l’attachement
aux objets de sens, et la colère vient des désirs inaccomplis. (2.62)
L’illusion ou les idées sauvages parviennent de la colère. Le mental est
désorienté par l’illusion. Le raisonnement est détruit lorsque le mental est
désorienté. L’homme s’égare du droit chemin lorsque le raisonnement est détruit.
(2.63)
L’OBTENTION DE LA PAIX ET DU
BONHEUR PAR LE CONTRÔLE DES SENS ET DE LA CONNAISSANCE
Une personne disciplinée, se mouvant parmi les objets des sens sous
contrôle et libérée de tout attachement et de toute aversion, atteint la
tranquillité. (2.64)
Toutes les souffrances sont détruites en atteignant la tranquillité.
L’intellect d’une telle personne tranquille devient vite complètement ferme et
unie à l’Éternel Être (Brahma). (2.65)
Il n’y a pas de connaissance du Soi, ni de perception du Soi chez ceux qui
ne sont pas unis à l’Éternel Être (Brahma). Sans la perception du Soi il n’y pas
de paix, et sans paix il n’y a pas de bonheur. (2.66)
Le mental, lorsque contrôlé par les sens vagabonds, emporte
l’intellect comme la tempête qui dérive un vaisseau en mer de sa destination –
le rivage spirituel. (2.67)
Par conséquent, O Arjuna, l’intellect d’une personne devient ferme lorsque
les sens sont complètement retirés des objets des sens. (2.68)
Le yogi, la personne modérée, se tient éveillé lorsqu’il fait nuit pour
les autres. Il fait nuit pour le yogi lorsqu’il voit tous les autres éveillés.
(2.69)
L’homme atteint la paix intérieure don le mental a dissipé tous
les désirs sans créer moindre perturbation mental, comme l’eau d’une rivière qui
se déverse en plein océan sans le perturbé. Celui qui désire les objets
matériels ne trouve jamais la paix. (2.70)
Celui qui abandonne tous désirs, et devient libéré de tout aspiration et
d’émotion quant au « je » et « moi », atteint la paix. (2.71)
O Arjuna, ceci est l’état superconscient (Brāhmā). Atteignant cet
état, l’homme n’est plus abusé. Une fois parvenu dans cet état, même à la fin de
la vie, la personne atteint Brahma-nirvāna (ou, devient un avec l’absolu).
(2.72)
Ainsi prend fin le deuxième chapitre intitulé «La Connaissance
Transcendantale »
dans les Upanişad de la Bhagavadgītā, l’écriture de yoga, touchant la
science de l’Absolu dans la forme du dialogue entre Srīkŗşna et Arjuna.
La pitié d’Arjuna n’a rien de commun avec la compassion du Suprême Absolu.
C’est une forme de bienveillance de soi, le recul de ses nerfs devant un acte
qui lui commande de faire du mal à ses proches. Arjuna se détourne ainsi de son
devoir, mais le Seigneur Kŗşna le désapprouve.
Les Aryens, d’après quelques uns, sont ceux qui acceptent un type
particulier de culture intérieure et de pratique sociale, qui insistent sur le
courage, la courtoisie, la noblesse et la justice.
Kŗşna essaie de libérer Arjuna de ses doutes, et rappelle aussi la
doctrine de l’indestructibilité du soi, en appelle à son sentiment de l’honneur
et à ses traditions comme guerrier, lui révélant ainsi le dessein du
Suprême Absolu, tout en indiquant comment l’action doit être entreprise dans ce
monde. Voilà pourquoi il y a des âmes qui sont toujours écrasées, même par des
riens (et surtout par des riens) parce que ces riens sont au-dessus de leurs
forces ; et il y en a d’autres qui sont toujours debout et vaillantes, parce que
leurs forces spirituelles sont à la hauteur de toute épreuve.
Si nous nous représentons les victimes de toutes les pages sanglantes de
l’histoire, si nous entendons les cris d’hommes, femmes et enfants jusqu’à nos
jours, voyons ces mille formes de destruction, d’oppression et d’injustice. Nul
cœur animé de charité humaine ne peut goûter la joie dans ces conquêtes
souillées de sang.
Il est nécessaire que le monde nous laisse au cœur un grand vide. Ce vide
c’est la place du Suprême Absolu. Arjuna n’est pas poussé seulement par le
désespoir, l’anxiété et le doute, mais aussi par l’ardent désir de certitude.
Reposez-vous dans le bien du Suprême Absolu. Il y a en effet un sommeil qui ne
repose pas ; et il y a un autre sommeil qui opère la détente de l’être. Le
sommeil dans le Suprême Absolu, le sommeil de l’âme qui s’en remet pleinement à
Lui de tous ses soucis et de toutes ses peines, voilà le sommeil qui est repos.
Comme Arjuna, le yogi ou dévot doit comprendre sa misère et son ignorance, et en
même temps être anxieux de faire la volonté du Suprême Absolu, et de découvrir
ce qu’elle est.
Le sourire de Kŗşna indique qu’il perce à jour l’effort de rationalisation
d’Arjuna, ce qu’on appelle aujourd’hui pensée-désir. Mais je ne suis pas abattu
parce que je suis imparfait… et je ne veux pas que tu sois découragée parce que
la perfection, cet oiseau rare, cet oiseau du Suprême Être, s’est encore dérobée
à tes poursuites. Non, pas de découragement, précisément pour continuer ta
poursuite. La perfection de la terre c’est cette poursuite et c’est le courage
de la continuer jusqu’au bout et malgré tout. Je te conseille de sourire à tes
défauts, quand tu les regardes. Je te conseille de sourire à tes qualités, à tes
efforts, à tout ce qu’il y a de bon en toi, et à en remercier le Seigneur Kŗşna
qui t’a tout donné, Dieu Lui-même.
On explique brièvement dans le verset 2.38, la sagesse de la
philosophie du Sānkhya. « Considérant le plaisir et la souffrance, le gain et la perte, la
victoire et la défaite de la même façon, engages-toi dans ton devoir. En
accomplissant ton devoir, tu ne commettras pas de péché. » (2.38) Le Sānkhya est un
système enseigné par l’avatāra Kapila, qui procède par l’étude analytique de
l’âme spirituelle conçue comme distincte des vingt-quatre éléments de la nature
matérielle. Aussi, système d’analyse purement matériel du monde phénoménal dans
ses diverses manifestations, mis en forme par Kapila. Sānkhya-yoga est la voie
de l’approfondissement du moi spirituel comme distinct du corps matériel. Il a
pour effet d’amener l’être au bhakti yoga (l’amour pour le Suprême Absolu par le
service de dévotion), où il peut alors s’engager dans les activités spirituelles
qui lui sont propres. Le Bhakti yogi applique l’amour et la dévotion pour le
Seigneur, que caractérise l’engagement une fois purifié, des sens de l’être
distinct au service des Sens du Seigneur. Le silence mystique, il y en a
trois. Le premier est celui des paroles ; le second, celui des désirs ; le
troisième, celui des pensées.
Le premier est
parfait, le second est plus que parfait encore, le troisième l’est davantage. Le
silence des paroles sert à acquérir la vertu ; celui des désirs à trouver le
repos ; celui des pensées, à parvenir au recueillement intérieur. C’est au
silence, à l’absence de désirs et de pensées qu’on reconnaît le véritable
silence mystique pendant lequel le Suprême Absolu parle à l’âme, se communique à
elle, et lui enseigne la plus sublime, la plus parfaite des sciences. Voilà, ce
que enseigne la Bhagavad Gîtâ, la pratique par l’abandon de soi au Seigneur
Suprême, le Seigneur Kŗşna, à travers les activités dévotionnelles que le livre
enseigne. Pour finir,
Sānkhya ne se
rapporte pas au système de Kapila mais à l’enseignement des Upanishads.
L’être humain se rend capable de l’immortalité en passant par une série
de naissances et de morts. Les changements quant au corps ne signifient pas des
changements de l’âme. Aucune de ces incarnations n’est permanente. La
renaissance est une loi de la nature. Les incarnations semblent essentielles à
l’évolution de l’âme.
La vie éternelle est différente de la survie après la mort, la
réincarnation qui est accordée à tout être incarné. Être sujet au chagrin et à
la douleur, être troublé par les événements matériels, être détourné par eux du
sentier du devoir qu’il faut suivre, indique que nous sommes encore victimes de
l’ignorance.
L’être psychique est le vijnāna qui sert de base à la triple
manifestation en corps (anna), en vie (prāna), en en mental (manas).
Quand le corps physique disparaît, les gaines vitale et mentale subsistent et
sont le véhicule de l’âme.
Notre existence est brève et la mort est certaine. L’inévitabilité de
la mort ne sait pas justifier le meurtre, le suicide ou la guerre. Nous ne
pouvons pas délibérément désirer la mort des autres sous le prétexte que tous
les hommes doivent mourir. La loi des renaissances n’encourage pas les
meurtres, les massacres et les guerres inutiles, même si en certaines
circonstances afin de préserver la paix et l’ordre dans la société, l’homme doit
faire usage de l’armement militaire.
L’existence du Soi plus subtil que le corps, les émotions et l’intellect,
est une idée difficile à concevoir pour le « Je suis » (l’ego). L’individu peut,
cependant, atteindre la perfection spirituelle grâce à la pratique de certaines
disciplines et techniques. Une citerne, si profonde soit-elle, se remplit
toujours lorsque le ciel y déverse la pluie, donc qu’il se confie au Suprême
Absolu, en se conformant à ses devoirs dans le détachement, qui se trouve à la
base même de la perfection. Il expérimentera ainsi une merveilleuse extase
au-delà de toutes sensations.
L’Esprit, est ce lieu de repos, le royaume de toutes perfections et de
toutes les beautés spirituelles. Là, une lumière divine éclaire les mystères de
la foi ; là se trouvent l’humanité profonde, la résignation entière, la pureté,
la simplicité, l’innocence de la colombe, la modestie extérieure, la liberté
dans le Seigneur
Kŗşna et la pureté du cœur qui s’en suit. Bien
que la vérité du Soi soit libre d’accès pour l’humanité toute entière, seules
les rares âmes y parviennent, qui consentent à en payer le prix en discipline de
soi, persévérance et renoncement. La vérité est ouverte à tous, mais beaucoup ne
ressentent aucune inclination à la chercher ; et, parmi ceux qui ont
l’inclination il y a le doute et l’hésitation ou qui rebutent à cause des
difficultés. Seules les rares âmes réussissent à braver les obstacles pour
parvenir au but.
La lutte doit être entreprise dans un esprit de sérénité, sans céder au
bruyant désir de changement, d’être à la merci des variations affectives, mais
en accomplissant l’œuvre qui nous est assignée dans la situation où nous sommes
appelés.
Le Seigneur
Kŗşna distingue le vrai karma de la piété
ritualiste. Les sacrifices du Veda sont destinés comme récompenses matérielles.
La Bhagavad Gîtâ nous propose de renoncer à tout désir et à tout effort égoïste,
et de faire de la vie entière un sacrifice offert avec une dévotion réelle. Il
est bon de choisir un gourou, un maître spirituel qu’on désire imiter et pour
lequel on aura beaucoup de dévotion. Si un gourou veut avoir un ministère riche
en moissons spirituelles, qu’il ne recherche pas la conduite des âmes, car les
âmes viendront à lui au moment opportun. Le véritable moyen d’agir utilement,
c’est de ne pas faire le maître ni de chercher à le paraître. Peu de paroles et
de raisonnements sont nécessaires pour produire de grands effets, si un maître
spirituel souhaite sincèrement que ses disciples aiment la vertu et que leur
amour pour le Suprême Absolu soit pur et parfait. Sachez aussi, qu’il n’y a pas
de meilleur gourou que la Gîtâ. L’âme en qui naît l’abstraction pourra marcher à
sa perte, si elle tombe entre les mains d’un gourou sans expérience lui
conseillant la discipline spirituelle. Tout cela nous prouve combien, dans la
voie mystique et spirituelle, un guide expérimenté est nécessaire. Pour s’armer
conter certains gourou, allez à l’adresse suivante :
http://www.gita-society.com/guru4.htm
Le verset 2.47 bien connu contient le principe essentiel du
désintéressement. Quand nous accomplissons notre tâche, quelle soit comme paysan
ou ouvrier, chanteur ou penseur, nous serons détournés du désintéressement si
nous pensons à la renommée, ou aux revenus ou à toute autre considération
extérieure. Mais rien ne vaut excepté la bonne volonté, l’accomplissement du
dessein de Dieu.
On doit agir avec une sérénité sans égale et dans l’indifférence pour
les résultats. La personne qui agit en vertu d’une loi intérieure est à un degré
plus élevé que celui dont l’action est à la merci de ses fantaisies.
Un Karma yogi s’élève au-dessus de la morale et de sa distinction entre le
bien et le mal ; il est libéré de l’égoïsme et par conséquent incapable de mal.
La Gîtâ yoga est aussi l’égalité du mental dans le succès ou l’échec, chez lui
qui est engagé dans l’accomplissement de ses devoirs, tandis que son mental
demeure en le Suprême Absolu.
Sthita-prajna :
situation au plus haut niveau de la conscience mentale.
Commentaires sur les versets 2.54 -55. Lorsque l’âme est anéantie,
lorsqu’elle est complètement dépouillée, elle goûte dans son être supérieur une
paix profonde et un délicieux repos, car c’est dans « la Présence » qu’il
demeure. Dans cet heureux état, elle ne veut, elle ne désire que ce que veut et
désire le Seigneur
Kŗşna, et c’est dans cet esprit que l’âme
accepte tous les événements, travaux et angoisses, ainsi que les consolations et
les plaisirs. Une âme entrée dans le ciel de la paix se sent pleine du Suprême
Absolu, comblée de dons surnaturels, parce que le pur amour est son appui, et
qu’elle se plaît dans la lumière comme dans les ténèbres, dans le jour comme
dans la nuit, dans l’affliction comme dans la consolation.
Lorsque l’âme est dominée passionnément par les plaisirs de ce monde,
sa mémoire est perdue, son intelligence obscurcie à tout ce qui est normal et
naturel dans le cadre de la création et par conséquent des lois cosmiques, et
l’homme va à sa ruine. Ce qui est nécessaire n’est pas l’isolement forcé du
monde, ni la destruction de la vie sensible, mais une retraite à l’intérieur.
Haïr les sens est aussi critiquable que les aimer.
Quand tous les humains sont attirés par l’éclat des objets des sens, le
sage est concentré dans la réalité. Il est éveillé à la nature du réel, à
l’égard de laquelle le mondain est endormi ou indifférent. L’homme n’est dans
l’illusion que quand il suit ses convoitises ou ses attraits, ses raisonnements,
ses connaissances ou ses affections. Quelle heureuse fortune pour le yogi ou
dévot de pouvoir ce délivrer de la maison de la sensualité mal dirigée. Le plan
des contraires qui est le jour ou l’état d’activité pour le mondain, est nuit,
ténèbres de l’âme, pour le yogi ou dévot.
Brahma-nirvāna, c’est l’extinction de l’ego dans le plus haut Moi
intérieur spirituel ; mieux encore, l’immersion du moi personnel dans
l’existence infinie. L’âme ne saurait parvenir à l’union intime et affective
avec le Suprême Absolu, si le cœur n’est pas net, si les sens ne sont pas
purifiés. Il faut pour y atteindre que la mémoire soit vide, le mental éclairé,
la volonté soumise et ardente, car le Suprême Absolu étant la pureté, la lumière
et le repos même, ne peut accepter que l’âme totalement pure, le savoir juste,
détachée, attentive et paisible. Le nirvana, c’est la libération ultime de l’âme
qui l’unit éternellement au Suprême Absolu, Dieu le Seigneur
Kŗşna.
Chapitre 3
LA VOIE DE KARMA YOGA (Action, Altruisme)
Arjuna dit : Si tu considères que l’acquisition de la connaissance
transcendantale est préférable à celui du travail, pourquoi alors m’incites-tu à
m’engager dans cette terrible guerre, O Kŗşna ? Apparemment, tu sembles
confondre mon mental par des paroles contradictoires. Donne-moi, en toute
certitude, un moyen par lequel je puisse atteindre le Suprême. (3.01-02)
Le Seigneur Suprême dit : Dans ce monde, O Arjuna, il y a une
double voie de discipline spirituelle comme Je l’ai déjà dit dans le passé. La
voie de la connaissance du Soi (Jnāna-yoga) pour les contemplatifs, et la voie
du travail désintéressé (Sevā, Karma-yoga) pour les actifs. (3.03)
L’homme n’atteint pas la libération des chaînes de Karma en s’abstenant de
travailler. Personnes atteint la perfection en renonçant simplement au travail.
(3.04)
Car, personne ne peut demeurer, ne serait-ce qu’un instant sans action.
Chacun est contraint d’agir – vraiment sans aide – par les forces de la nature.
(3.05)
Le simulateur, qui refrène ses organes d’action mais se complaît
mentalement dans la jouissance des sens, est appelé un hypocrite. (3.06)
ON DEVRAIT SERVIR LES AUTRES
Celui qui contrôle les sens par le mental et l’intellect éduqués et
purifiés, engageant les organes d’action au service désintéressé, est supérieur,
O Arjuna. (3.07)
Accomplis ton devoir prescrit, car vraiment le travail vaut mieux que de
rester inactif. Même le maintien de ton corps ne peut s’effectuer sans travail.
(3.08)
Les êtres humains sont liés par la chaîne Karmique des activités, à
l’exception de ceux accomplies par le service désintéressé (Sevā, Yajna). Par
conséquent, O Arjuna, libère-toi de l’attachement égoïste aux fruits du travail,
et accomplis avec efficacité ton devoir comme un service qui M’est rendu. (3.09)
S’ENTRAIDER EST UN PREMIER
COMMANDEMENT DU CRÉATEUR
Brahmā, le créateur, au commencement créa les êtres humains ensembles avec
le service désintéressé (Sevā, Yajna, sacrifice), et dit : Par Yajna (en
servant) tu prospèreras et Yajna satisfera tous tes désirs. (3.10)
Nourris les régnants célestes (Devas) par le service désintéressé (Sevā,
Yajna), et les Devas te nourriront. Ainsi, vous nourrissant mutuellement, tu
atteindras le but Suprême. (3.11)
Les régnants célestes (Devas), nourris par le service désintéressé (Sevā,
Yajna), te donneront les objets désirés. Celui qui jouit des dons des Devas sans
rien leur offrir en retour est vraiment un voleur. (3.12)
Les justes qui mangent les restes du service désintéressé (Sevā, Yajna)
sont libérés de tous les péchés, mais les impies qui préparent la nourriture
pour eux seuls (sans d’abord M’en offrir, ou partager avec autrui) vraiment
mangent le péché. (Voir aussi RV 10.117.06) (3.13)
Les êtres vivants sont nés de la nourriture de graines, les grains sont
produits par la pluie, la pluie vient (comme une faveur des Devas) si le devoir
(Karma) est accompli en tant que service désintéressé (Sevā, Yajna). (Voir aussi
4.32) Le devoir est prescrit dans les Védas. Les Védas viennent de Brahman
(l’Éternel Être). Donc, le Brahman omniprésent est toujours présent dans la
Sevā. (3.14-15)
Celui qui ne M’aide pas à maintenir la roue de la création en
mouvement par le devoir sacrificiel (Sevā), et se complaît dans les plaisirs
sensuels, cette personne dans le péché vit en vain, O Arjuna. (3.16)
L’homme qui se réjouit uniquement dans l’Éternel Être (Brahman), qui fonde
ses délices dans l’Éternel Être, et qui trouve le contentement dans l’Éternel
Être seul, est une personne qui a réalisé le Moi, pour qui il n’y a pas de
devoir. (3.17)
Une telle personne n’à aucun intérêt, ni dans l’action ou l’inaction.
Celui qui a réalisé le Moi ne dépend de personnes pour aucun intérêt qui soit
sien (sauf de Dieu). (3.18)
LES DIRIGEANTS DEVRAIENT MONTRER
L’EXEMPLE
Par conséquent, accomplis ton devoir efficacement et sans
attachement égoïste aux résultats, car en accomplissant le travail sans
attachement, l’homme atteint le Suprême Être. (3.19)
Le Roi Janaka et autres ont atteint la perfection (ou, la
réalisation du Soi) par le service désintéressé (Karma-yoga) seul. Toi aussi
accomplis ton devoir en vue de guider le monde, et pour le bien-être universel
de la société. (3.20)
Quoi que fasse une noble personne, d’autres suivent. Quelque soit le
modèle qu’ils représentent, le monde suit. (3.21)
O Arjuna, il n’y a rien dans ces trois mondes (ciel, terre, et les régions
inférieures) que Je doive faire, ni rien à obtenir qui n’ait été obtenu ;
pourtant Je reste engagé dans l’action. (3.22)
Si Je ne suis pas inlassablement engagé dans l’action, O Arjuna, les
hommes de toutes manières suivraient Ma voie. Les mondes périraient si Je
cessais d’agir, Je serais la cause de confusion et de destruction pour tous les
hommes. (3.23-24)
QUE DEVRAIT FAIRE LE SAGE À
L’IGNORANT
Comme l’ignorant agit avec attachement aux fruits du travail, O Arjuna, de
même l’homme sage travaille sans attachement pour le bien-être de la société.
(3.25)
Le sage ne devrait pas troubler le mental des ignorants qui sont
attachés aux fruits du travail, mais l’illuminé devrait inspirer les autres par
l’accomplissement de tous travaux, sans attachement intéressé. (Voir aussi 3.29)
(3.26)
TOUTES LES ACTIONS SONT LES
ACTIVITÉS DE LA NATURE
Tous les travaux sont accomplis par l’énergie et la force de la
nature ; mais à cause de l’ignorance illusionniste, les gens assument en être
les faiseurs. (Voir aussi 5.09, 13 :29, et 14.19) (3.27)
Celui qui connaît la Vérité, O Arjuna, quant au rôle des forces de la
nature et leur activité, ne devient pas attaché à l’activité. Une telle personne
sait que ce sont les forces de la nature qui agissent avec leurs instruments –
nos organes. (3.28)
Ceux qui sont égarés par la force illusoire (Māyā) de la Nature deviennent
attachés aux fonctions des forces de la Nature. Les sages ne devraient pas
troubler le mental des ignorants dont la connaissance est imparfaite. (Voir
aussi 3.26) (3.29)
Accomplis ton devoir en Me dédiant toutes actions avec une
orientation spirituelle mentale libérée de tout désir, d’attachement, et de
fièvre mentale. (3.30)
Ceux qui pratiquent constamment Mon enseignement – avec foi (ou, avec une
pleine attention et sincérité) et ne se fiant pas à la critique – sont libérés
des chaînes du karma. Mais, ceux qui méprisent Mon enseignement et ne le
pratique pas, considère les comme dénués de toute connaissance, inanimés, et
perdues. (3.31-32)
Tous les êtres suivent leur propre nature. Même les sages agissent d’après
leur propre nature. Quelle est alors l’utilité de la restriction des sens ?
(3.33)
DEUX PIERRES D’ACHOPPEMENT SUR
LA VOIE DE LA PERFECTION
L’attachement et l’aversion (Rājā et Dveşa) pour les objets de
sens résident dans les sens. Que nul ne vienne sous le contrôle de ces deux, car
vraiment ils sont deux pierres d’achoppement majeures, sur la voie de la
réalisation du Soi. (3.34)
Le travail inférieur et naturel de l’homme est préférable au travail
supérieur dénaturé. Il est préférable de mourir en accomplissant son travail
naturel. Le travail dénaturé produit beaucoup trop de tension. (Voir aussi
18.47) (3.35)
LE DÉSIR EST À L’ORIGINE DU
PÉCHÉ
Arjuna dit : O Kŗşna, par quoi l’homme est-il poussé à commettre le péché,
tout comme contre son gré et forcé contre sa propre volonté ? (3.36)
Le Suprême Seigneur dit : C’est le désir (Kāmā) né de la passion
(Rajo Guna) qui devient colère (lorsque inaccompli). Le désir est insatiable et
est un grand démon. Sache que c’est le grand ennemi. (3.37)
Comme le feu est enveloppé par la fumée, comme un miroir est
recouvert de poussière et l’embryon par l’amnios, de même la connaissance de Soi
(Brahma-jnana) s’obscurcit par le désir. (3.38)
O Arjuna, la connaissance de Soi (Brahma-jnana) s’enveloppe
ainsi par l’insatiable feu du désir, l’éternel ennemi du sage. (3.39)
Les sens, le mental, et l’intellect sont, dit-on, le siège du
désir (Kāma). Kāma – en contrôlant les sens, le mental, et l’intellect – égare
la personne de la connaissance du Soi (Jnana). (3.40)
Par conséquent, O Arjuna, en contrôlant d’abord les sens, détruis ce démon
du désir matériel qui ruine la connaissance et la réalisation du Soi.
(3.41)
COMMENT CONTRÔLER LE DÉSIR
On dit que les sens sont supérieurs au corps, le mental supérieur aux
sens, l’intellect supérieur au mental, et Atmâ (Esprit) supérieur à l’intellect.
(Voir aussi KaU 3.10, et Gîtâ (6.07-08) (3.42)
Connaissant le Soi (Atmâ) comme étant supérieur à l’intellect,
et contrôlant le mental par l’intellect (qui est purifié par des pratiques
spirituelles), on doit tuer le désir (Kāma) cet ennemi puissant, O Arjuna.
(3.43)
Ainsi prend fin le troisième chapitre intitulé «La Voie de Karma Yoga »
dans les Upanişad de la Bhagavadgītā, l’écriture de yoga, touchant la
science de l’Absolu dans la forme du dialogue entre Srīkŗşna et Arjuna.
Une succession disciplique, tradition, ou actions sont authentiques
quand elles éveillent une réponse adéquate à la réalité qu’elles présentent, et
valables quand le mental vibre en réponse à sa présentation. L’intention est
toujours nécessaire, comme caractère de la connaissance, et plus généralement de
toute la psychologie humaine, qui fait qu’elle s’oriente sur un objet qui lui
est transcendant. La phénoménologie moderne, à la suite de Husserl, a montré
comment la considération de l’intention est essentielle à toute compréhension de
l’acte de connaître, de conférer, et de faire.
Le Seigneur Kŗşna distingue, deux grands types de chercheurs : les
introvertis dont la tendance naturelle est d’explorer la vie spirituelle
intérieure, et les extrovertis dont l’inclination naturelle va vers l’action
dans le monde extérieur. En autres termes, le mystique (yogi, dévot) de la vie
intérieure traite avec la vie évoluante du Dieu intérieure, ainsi du centre à la
périphérie. Le mystique monte par l’aspiration et une intense dévotion vers le
Suprême Absolu macrocosmique et microcosmique, ou le Maître qu’il reconnaît. Le
mystique (yogi, dévot) extroverti, s’occupe de la forme et de la manifestation
extérieure du Suprême Absolu du dedans au dehors, et œuvre par l’activité.
Correspondant à ces deux caractères nous avons le yoga de la connaissance pour
ceux dont l’être intérieur cherche l’essor de la contemplation intérieure, et le
yoga de l’action pour les âmes énergiques qui se lancent vers l’action.
Cependant, cette distinction n’est pas finale, car nous sommes tous, à nos
degrés divers, à la fois introvertis et extrovertis. Pour la Bhagavad Gîtâ la
voie des œuvres est un moyen de libération tout aussi valable que celle de la
connaissance ; et l’une et l’autre est destinée à ces deux classes. Elles ne
sont pas exclusives mais complémentaires. La voie est un seul tout, impliquant
des phases différentes. L’action désintéressée, c’est simplement libérer de
l’énergie cosmologique. Exemple : « Dans l’action d’abord, j’adhère à la
puissance créatrice du Suprême Absolu ; je coïncide avec elle ; j’en deviens,
non seulement, l’instrument, mais le prolongement vivant. » Agir dans le
désintéressement, c’est également s’unir au Suprême Absolu. Mais, s’unir, c’est
se transformer en un plus grand que soi. Agir dans le détachement, c’est
finalement sortir du matériel, de l’immédiat, de l’égoïsme, pour avancer dans la
Vérité Une qui constamment évolue. Autant comme introvertis et extrovertis, nous
appliquons notre volonté à la réalisation du progrès. Encore, dans la vie
intérieure, c’est le Seigneur qui opère. La vie pleine de dévotion et de vertu
devient plus forte ; les liens se rompent ; les imperfections disparaissent ;
les passions s’évanouissent et l’âme se trouve libre. Dans la voie extérieure,
on s’efforce également d’accomplir sans cesse des actes vertueux, on essaie par
tous les moyens d’arracher le vice, de déraciner l’un après l’autre de la nature
humaine les attachements.
Dans le Nouveau Testament de la Bible, l’apôtre Paul pareillement
écrit : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. » (2
Th.3.10) La loi naturelle est que nous sommes liés par les résultats de nos
actes dans le détachement. Tout acte a ses réactions naturelles, et ainsi est
source d’enchaînement à la vie de chaque jour, lequel renvoie l’âme au monde du
devenir et empêche son union avec le Suprême Absolu à travers la transcendance
cosmique. Par conséquent, ce qui est exigé, ce n’est pas le renoncement à
l’action, mais l’abandon total aux désirs égoïstes.
Tant que nous vivrons des vies incarnées, nous ne pourrons échapper à
l’action.
Sevā : service désintéressé à l’humanité. Yajna : (Yajnya, Yagnya) :
Sacrifice, service, Sevā, actes méritoires, un rituel Védique (3.9).
Des dieux (voir chapitre 7)
Brahman : le Réel Suprême, indivisible et infini, hors de quoi rien
d’autre réellement n’existe.
Brahma-nirvāna : extinction de l’ego dans le plus haut Moi
intérieur spirituel.
Brāhmī-sthiti : état de stabilité en Brahman.
L’action a sa racine dans l’Impérissable. Sans l’action du Suprême Absolu,
le monde tomberait en ruines. Nous lisons dans le Rg-Veda (X, 90) que l’Unique
Purusa fut offert en sacrifice, et que ses membres furent dispersés dans toutes
les régions de l’espace. C’est par la grande action que le plan du monde est
maintenu. L’action est une nécessité mentale aussi bien que physique pour les
êtres incarnés.
La conception Védique du sacrifice et le service désintéressé sont
comme un échange entre les dieux (devas) et les hommes dans le cadre plus large
de l’interdépendance des êtres dans le Cosmos. Les actes accomplis dans un
esprit sacrificiel sont agréables au Suprême Absolu. Dieu est le contenu de tous
les sacrifices. L’apôtre Paul (Bible) : « Je vous exhorte donc, frères, par les
compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint,
agréable à Dieu, qui sera de votre part un culte raisonnable. (Rom. 12.1) »
L’amour de soi-même est comme un monstre, il faut le vaincre, et ce n’est que
par cette victoire qu’on arrive au sommet de la montagne de Paix, le Nirvāna (la
libération des cycles interminables de transmigration). Le sacrifice est le
Suprême Absolu, et la loi de la vie. L’être individuel et le cosmos sont
interdépendants, ayant un constant échange entre les deux.
Janaka fut le Roi de Mithilā et le père de Sitā, femme de Rāma. Le Roi
Janaka gouverna en abandonnant le sentiment personnel d’être l’agent. Samkara
lui-même dit que Janaka et les autres agirent pour que le peuple ne puisse pas
s’égarer, convaincus que leur sens seuls étaient engagés dans l’activité.
La Gîtâ souligne que les sages sont les pionniers qui tracent les voies
suivies par les autres. L’homme imite les modèles fixés par ces élites.
La vie du Suprême Absolu et la vie de tous les jours ne sont pas opposés
l’une à l’autre.
Le Suprême Absolu, par son activité ininterrompue, maintient le monde
et l’empêche de retomber dans la non-existence.
Qu’on ne trouble personne. Il ne faut pas affaiblir la dévotion
religieuse, quelle qu’elle soit. Le devoir, le sacrifice et la charité semblent
être à la base de toutes les religions. Le caractère absolu de la doctrine
théologique de n’importe quelle religion est incompatible avec le caractère
mystérieux de la Vérité Une au fondement d’une religion. La foi est plus grande
que la croyance.
L’âme vivante égarée s’attribue à elle-même les actes de Prakrti.
Prakrti : Nature, énergie créatrice. (Gîtâ 7.4) Prakrti et ses modes
représentent les limites de la liberté humaine telles que la force de l’hérédité
et la pression du juste milieu. Le moi expérimental est le produit des actions,
de même que l’ensemble du processus cosmique résulte de l’opération des causes.
Nous ne pouvons en aucun cas troubler ceux qui agissent sous l’impulsion
de la Nature. Il faut les libérer en temps opportun, et petit à petit de la
fausse identification du soi avec l’ego soumis à la nature. Le vrai soi est le
Soi divin, à tout jamais libre et conscient de soi. Le faux soi est l’ego qui
est portion de la nature, et reflète les activités de
Prakrti.
En nous abandonnant au Seigneur Suprême qui préside à l’existence et à
l’activité cosmique, nous sommes appelés à nous engager dans l’action, le
travail.
Verset 33 nous invite à découvrir notre être véritable et à lui
donner expression.
Prakrti est l’équipement mental avec lequel
nous naissons, qui est le résultat de nos actes passés, et dont l’activité doit
suivre son court, pour finalement abandonner toutes les impulsions néfastes. Si
nous voulons atteindre la perfection, il faut que nous soyons forts d’une
certaine assurance en la miséricorde divine, dans toutes nos imperfections et
dans toutes les fautes où nous pourrions succomber. Au court de la vie, c’est
par les petites chutes que le Suprême Absolu, notre Seigneur, nous fait éviter
les grandes, et nous sommes ainsi rendus humbles et vigilants, ce dont nos âmes
ont vraiment besoin. Saint Augustin, ce grand sages connu de par le monde dit :
« Ascendamus etiam per vitia et passiones nostras. (Pour monter au ciel,
servons-nous même de nos vices et de nos passions.) » L’homme doit agir
conformément à la compréhension. De point de vue de notre incarnation largement
comprise d’ailleurs, le détachement, le renoncement devient avant tout le fait
de ne pas chercher tant de choses, mais de chercher dans toute chose ce qui est
plus grand , plus parfait et donc plus pure.
Finalement, pour résumer, ce chapitre expose la nécessité d’accomplir
l’action sans aucun attachement égoïste pour ses résultats, en vue d’assurer le
bien du monde. C’est le détachement, non par coupure, mais par traversée et
sublimation. La spiritualité non plus par négation ou évasion, mais par
émergence. C’est le bien du monde en comprenant que l’énergie active appartient
aux modes de Prakrti ou au Suprême Absolu lui-même.
Chapitre 4
LA VOIE DE LA RENONCIATION PAR LA CONNAISSANCE
Le Suprême Seigneur dit : J’ai enseigné ce Karma-yoga, la science
éternelle de l’action correcte, au Roi Vivasvān. Vivasvān l’a enseigné à Manu.
Manu l’a enseigné à Ikşvāku. Ainsi, transmis de l’un à l’autre en succession
disciplique les saints Rois ont connu ce (Karma-yoga). A la longue la science de
Karma-yoga s’est perdue sur cette terre. Aujourd’hui, Je te décris cette même
ancienne science, car tu es Mon dévot et ami sincère. Karma-yoga est vraiment un
secret suprême. (4.01-03)
Arjuna dit : Postérieure a été ta naissance, mais antérieure dans les
temps anciens fut la naissance de Vivasvān. Comment donc pourrais-je comprendre
que Tu as enseigné ce yoga au début de la création ? (4.04)
Le Suprême Seigneur dit : Toi et Moi avons pris de nombreuses naissances.
Je Me souviens de toutes, O Arjuna, mais toi tu ne t’en souviens pas. (4.05)
Bien que Je sois éternel, immuable, et le Seigneur de tous les êtres ;
néanmoins, Je Me manifeste en contrôlant Ma propre Nature matérielle en usant
Mon énergie potentielle divine (Yoga-māyā). (Voir aussi 10.14) (4.06)
Chaque fois qu’il y a un déclin du Dharma (Justice) et une prédominance du
Adharma (Injustice), O Arjuna, alors Je Me manifeste. J’apparais de temps en
temps pour la protection du bien, la transformation des méchants, et pour
l’établissement de l’ordre mondial (Dharma). (Voir aussi TR 1.120.03-04)
(4.07-08)
Celui qui comprend vraiment Mon apparition transcendantale et Mes
activités (de la création, maintenance, et dissolution), atteint Ma demeure
suprême et ne naît plus après avoir quitté ce corps, O Arjuna. (4.09)
En prenant refuge en Moi, devenant pleinement absorbés en Mes pensées et
purifiés par le feu de la connaissance du Soi ; nombreux sont ceux libérés de
l’attachement, la peur, la colère, et qui ont atteint le salut (Mukti). (4.10)
LA VOIE DE L’ADORATION ET DE LA
PRIÉRE
Quelle que soit la manière dont les hommes Me rendent un culte,
J’accomplis leurs désirs en conséquence. Les hommes Me rendent un culte pour des
motifs différents. (4.11)
Ceux qui aspirent le succès dans leur travail ici-bas, rendent un culte
aux régnants célestes (Devas). Le succès dans le travail se réalise très vite
dans le monde humain. (4.12)
LA RÉPARTITION DU TRAVAIL EST
BASÉE SUR L’APTITUDE DES PERSONNES
Les quatre divisions – basées sur l’aptitude et la vocation de
la société humaine ont été crées par Moi. Bien que je sois l’auteur de ce
système, divisionnaire du travail, on devrait savoir que Je ne fais rien
(directement) et que Je suis éternel. (Voir aussi 18.41) (4.13)
L’activité ne M’affecte pas, car Je n’ai pas de désir pour les fruits du
travail. Celui qui comprend et pratique complètement cette vérité n’est pas lié
au Karma. (4.14)
Les anciens aspirants à la libération se sont également engagés à
accomplir leurs devoirs avec connaissance. Par conséquent, tu devrais accomplir
ton devoir comme firent les anciens. (4.15)
L’ACTION ATTACHÉE, DÉTACHÉE ET
INTERDITE
Même les sages sont troublés quand il s’agit de déterminer ce que sont
l’action et l’inaction. Par conséquent, Je vais clairement t’expliquer ce qu’est
l’action afin que, le sachant, on soit libéré du mal de la naissance et de la
mort. (4.16)
La vraie nature de l’action est difficile à comprendre. Par conséquent,
l’homme devrait connaître la nature de l’action attachée, de la nature détachée
de l’action, et aussi la nature de l’action interdite. (4.17)
UN KARMA-YOGI N’EST PAS
ASSUJETTI AUX LOIS KARMIQUES
Celui qui voit l’inaction dans l’action, et l’action dans
l’inaction, est une personne intelligente. Cette personne est un yogi et a tout
accompli. (Voir aussi 3.05, 3.27, 5.08 et 13.29) (4.18)
Une personne dont les désirs sont devenus désintéressés ayant été
consommés dans le feu de la connaissance de Soi, est appelée un sage par les
hommes avisés. (4.19)
Celui qui a abandonné l’attachement égoïste aux fruits du
travail, et reste toujours satisfait et ne dépend de personne sauf de Dieu, une
telle personne bien qu’il soit engagé dans l’activité, ne fait absolument
rien, et ne court pas le risque de la réaction Karmique. (4.20)
Celui qui est libéré des désirs, dont le mental et les sens sont sous
contrôle, et qui a renoncé à tout droit de propriété, ne s’attire pas le péché –
ni la réaction Karmique – en agissant avec son corps. (4.21)
Satisfait de ce qui vient d’une façon naturelle par Sa volonté, sans
affection des paires des opposés, libéré de l’envie, équanimité dans le succès
et l’échec, alors qu’il est engagé dans le travail, un tel Karma-yogi n’est pas
lié au Karma. (4.22)
Celui qui est libéré de l’attachement, dont le mental est fixé dans la
connaissance du Soi, qui travaille dans un esprit de service (Sevā) au Seigneur,
tous les liens Karmiques d’une telle personne philanthropique (Karma-yogi) sont
dissoutes. (4.23)
L’Éternel Être (Brahman) est l’oblation. Brahman est le beurre
clarifié. L’oblation est versée par Brahman dans le feu de Brahman. Brahman sera
réalisé par celui qui considère tout comme (une manifestation, ou) un acte de
Brahman. (Voir aussi 9.16) (4.24)
DIFFÉRENTS TYPES DE PRATIQUES
SPIRITUELLES OU SACRIFICES
Certains yogis accomplissent le service du culte aux régnants célestes
(Devas), alors que d’autres offrent le sacrifice par le soi dans le feu de
l’Éternel Être (Brahman) en accomplissant le sacrifice de la connaissance du
Soi. (4.25)
Certains offrent leur ouïe et les autres leur sens en sacrifice dans le
feu de la maîtrise, d’autres offrent le son et d’autres les objets des sens
(comme sacrifice) dans le feu des sens. (4.26)
D’autres offrent toutes les fonctions des sens, et les fonctions des cinq
bio-impulsions (Prāna) comme sacrifice dans le feu de la maîtrise de soi, allumé
par la connaissance du Soi. (4.27)
D’autres offrent la richesse, leur austérité, et leur pratique du yoga en
sacrifice, tandis que les ascètes aux vœux sévères offrent leur étude des
Écritures et leur connaissance en sacrifice. (4.28)
Ceux qui sont engagés dans des pratiques yogiques, parviennent à l’état
essoufflé d’extase (Samādhi) en offrant l’inhalation dans l’exhalation, et
l’exhalation dans l’inhalation en sacrifice (en utilisant de brefs techniques
respiratoires Kriyā). (4.29)
D’autres restreignent leur nourriture, et offrent leurs inhalations en
leurs inhalations. Ils sont tous des connaisseurs en sacrifice, et sont purifiés
par leur sacrifice. (4.30)
Ceux qui accomplissent le service désintéressé (Sevā, Yajna)
obtiennent le nectar de la connaissance qui découle de leur sacrifice et
atteignent l’Éternel Être (Brahma). O Arjuna, même ce monde n’est pas un lieu
heureux pour celui qui n’offre aucun sacrifice, quelle serait alors sa part dans
l’autre monde ? (Voir aussi 4.38, et 5.06) (4.31)
Plusieurs types de disciplines spirituelles sont déployés dans les Védas.
Sache que tous sont nés de Karma ou de l’action du corps, du mental et des sens.
Sachant cela, tu obtiendras le salut (Mokşa, Nirvāna). (Voir aussi 3.14) (4.32)
ACQUÉRIR LA CONNAISSANCE
TRANSCENDANTALE EST SUPÉRIEUR À LA PRATIQUE SPIRITUELLE
Le sacrifice de la connaissance est supérieur qu’aucun sacrifice
matériel, O Arjuna. Car, toutes actions sans exception culminent dans la
connaissance. (4.33)
Cherche la connaissance transcendantale d’une personne qui a
réalisé le Soi en te prosternant humblement, par la recherche sincère, et par le
service. Les sages qui ont réalisé la Vérité t’instruiront. (4.34)
Quand tu auras connu la
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