Chapitre 9
La
Connaissance Suprême et le Grand Mystère
Le Suprême Seigneur
dit : Je vais te révéler, à toi qui ne t’adonnes pas à l’incrédulité, le
plus profond secret de la connaissance associé à l’expérience transcendantale.
Connaissant cela, tu seras délivré des misères de l’existence du mal.
(9.01)
LA
CONNAISSANCE DE LA NATURE DU SUPRÊME EST LE GRAND
MYSTÈRE
La connaissance du Soi est
souveraine[1]
entre toutes les connaissances ; elle est le plus profond secret et
vraiment sacrée, pouvant être discernée par l’instinct, se conformant à la
justice (Dharma), est très facile à pratiquer, et éternelle.[2]
(9.02)
O Arjuna, ceux qui n’ont pas
de foi en cette connaissance ne M’atteignent pas, et suivent les cycles de
naissance et de mort.[3]
(9.03)
Cet
univers entier est une expansion de Moi. Tous les êtres dépendent de Moi (comme
une chaîne dépend de l’or, et les produits laiteux du lait). Je ne dépends pas
d’eux (car Je suis le plus grand de tous).[4]
(Voir aussi 7.12) (9.04)
Vois la
force de Mon divin mystère ; en réalité, Je ne dépends pas d’eux - le
protecteur et créateur de tous les êtres –, et ils ne dépendent pas de Moi. (Au
fait, la chaîne en or ne dépend pas de l’or, malgré que la chaîne n’est autre
que or. Aussi, la matière et l’énergie sont distinctes autant que identiques).
(Voir aussi BP 2.09.34 – 36) (9.05)
Comprends
que tous les êtres sont en Moi (sans contacte ou sans produire un effet
quelconque), comme le vent puissant, soufflant partout, demeurant éternellement
dans l’espace.[5]
(9.06)
THÉORIE
DE L’ÉVOLUTION ET DE L’INVOLUTION
Tous les êtres s’établissent
en Mon Adi Prakŗti[6]
(nature primaire matérielle) et à la fin d’un Kalpa (ou, un cycle de 4.32
billions d’années), O Arjuna, Je les crée à nouveau au commencement du prochain
Kalpa. (9.07)
Je crée la multitude entière
des êtres à mainte et mainte reprise avec l’aide de Ma Nature matérielle
(Prakŗti ou Māyā). C’est êtres se trouvent sous le contrôle des modes (Gunas) de
la Nature matérielle (Prakŗti). (9.08)
Les actes de la création ne
Me lient pas, O Arjuna, car Je reste indifférent et détaché de ces actes.
(9.09)
L’énergie cinétique divine
Māyā – avec l’aide de la Nature matérielle (Prakŗti) – crée sous Ma supervision
tous les objets animés et inanimés, et par ce moyen la création poursuit sa
ronde, O Arjuna.[7]
(Voir aussi 14.03) (9.10)
LES
VOIES DES SAGES ET DES IGNORANTS SONT DIFFÉRENTES
Les personnes ignorantes Me
méprisent lorsque J’apparais dans la forme humaine, ne connaissant pas Ma nature
transcendantale comme le grand Seigneur de tous les êtres (et Me considèrent
comme le plus commun des mortels). Car, vains sont leurs espoirs[8],
vains leurs actes, et vaine leur connaissance ; et, possèdent des aptitudes
affolantes (Tāmasika) (Voir 16.04-18) des démons cruels et avides[9]
(et, ils sont incapables de Me reconnaître). (9.11-12)
Mais les grandes âmes, O
Arjuna, qui possèdent des qualités divines (Voir 16.01-03) Me connaissent comme
L’immuable ; aussi en tant que cause matérielle et efficace de la création,
et M’adorent d’un amour unique et entier. (9.13)
Les personnes de ferme
détermination M’adorent avec ardeur et persévérance dans la dévotion, en
chantant sans cesse Mes gloires, déterminées de M’atteindre, se prosternant
devant Moi avec dévotion. (9.14)
Certains M’adorent par le
sacrifice de la connaissance. D’autres adorent l’Unique comme Celui qui est en
tout (sans dualité), comme le maître de tout (ou, dualité), et le multiple
tourné dans toutes les directions.[10]
(9.15)
TOUT
EST LA MANIFESTATION DE L’ABSOLU
Je suis le rituel, Je suis le
sacrifice, Je suis l’offrande, Je suis l’herbe, Je suis le mantra, Je suis le
beurre clarifié (Ghī), Je suis le feu, et Je suis l’oblation. (Voir aussi 4.24).
Je suis le soutien de l’univers, le père, la mère, et le grand-père. Je suis
l’objet de la connaissance, le syllabe sacré OM, et aussi le Ŗg, le Yajur, et le
Sāma Véda. Je suis le but, le soutien, le Seigneur, le Témoin, la Demeure, le
Refuge, l’Ami, l’Origine, la Dissolution, la fondation du substrat, et la
semence immuable. (Voir aussi 7.10 et 10.39) (9.16-18)
Je dispense la chaleur,
J’envoie et retiens la pluie. Je suis l’immortalité autant que la mort, Je suis
aussi l’Absolu (Sat ou Akşara) et à la fois le temporel (Asat ou Kşara), O
Arjuna. (Le Suprême Être est devenu le tout, voir aussi 13.12)[11]
(9.19)
ATTEINT
LE SALUT PAR L’AMOUR DÉVOTIONNEL
Ceux qui accomplissent les
rituels prescrits dans les trois Védas, les buveurs du nectar de dévotion
(Soma), et purifiés de leurs péchés (fautes), M’adorent en faisant de bonnes
actions (Yajna) pour aller au ciel. Par leurs actes méritoires, il en résulte
qu’ils vont au ciel et jouissent des plaisirs des dieux.
(9.20)
Ils retournent au monde des
mortels, après avoir savouré le vaste monde des jouissances célestes – après y
avoir épuisé le bénéfice de leur bon Karma (Punya). Conformément aux injonctions
des trois Védas, ces personnes travaillent aux fruits de leurs actions, et ils
sont pris dans le cycle de la naissance et de la mort.[12]
(Voir aussi 8.25) (9.21)
J’apporte
personnellement tous bien spirituel et matériel à ces dévots inébranlables qui
se souviennent constamment de Moi, et M’adorent dans une contemplation
décidée.[13]
(9.22)
O Arjuna, même les dévots qui
adorent les divinités avec foi, rendent un culte à Moi, bien que d’une manière
impropre. (9.23)
Car Je, le Suprême Être
(Para-Brahman), suis le seul bénéficiaire de tous les cultes sacrificiels
(Yajna), et le Seigneur de l’univers. Mais Mon peuple ne connaît pas Ma vraie
nature transcendantale. C’est pour cela qu’ils tombent (dans les cycles répétés
de naissance et de mort). (9.24)
Les adorateurs des régnants
célestes (Devas) vont aux Devas, ceux qui vénèrent les ancêtres vont aux
ancêtres, et ceux qui adorent les esprits vont aux esprits, mais Mes dévots
viennent à Moi (et ne naissent plus).[14]
(Voir aussi 8.16) (9.25)
LE
SEIGNEUR ACCEPTE ET MANGE L’OFFRANDE D’AMOUR ET DE
DÉVOTION
Quiconque
M’offre une feuille, une fleur, un fruit, ou de l’eau avec dévotion ;
J’accepte et mange cette offrande de dévotion venant d’un cœur pur. (Voir aussi
BP 10.81.04) (9.26)
O Arjuna,
quoique tu fasses, quoique tu manges, quoique to offres comme oblation au feu
sacré, quoique charité tu donnes, quelle que soit l’austérité que tu pratiques,
accomplis tout en offrande à Moi.[15]
(Voir aussi 12.10, 18.46) (9.27)
Tu seras libéré de
l’enchaînement – bon ou mauvais – de Karma par cette attitude de renonciation
complète (Samnyāsa-yoga). Devenant libre, tu parviendras à Moi.[16]
(9.28)
Le Moi est
présent en tous les êtres et ne favorise personne. Quant à Moi, nul n’est
détestable ou cher. Mais, ceux qui M’adorent avec amour et dévotion sont très
proches de Moi, et Je suis très proche d’eux.[17]
(Voir aussi 7.18) (9.29)
IL N’Y
A PAS DE PÉCHEUR IMPARDONNABLE
Même si le
plus grand pécheur décide de M’adorer avec une dévotion exclusive et par amour,
il doit être considéré comme un saint, ayant pris la résolution correcte.[18]
(9.30)
Une telle personne devient
rapidement une âme juste et atteint la paix éternelle. Tiens pour certain, O
Arjuna, que Mon dévot ne périra ni tombera jamais.
(9.31)
LA VOIE
DE L’AMOUR DÉVOTIONNELLE EST PLUS FACILE
Quiconque – aussi les femmes,
les marchants, les ouvriers, et les malfaisants – sait atteindre la demeure
suprême tout en se livrant simplement à Ma volonté avec amour et dévotion, O
Arjuna.[19]
(Voir aussi 18.66) (9.32)
Combien plus dès lors est-il
facile pour les saints brahmanes et les saints royaux pieux d’atteindre le
Suprême Être. C’est pourquoi, ayant obtenu cette vie humaine transitoire, emplie
de tristesse, on devrait M’adorer avec amour et dévotion.[20]
(9.33)
Fixe ton mental sur Moi, sois Mon dévot, adore-Moi, et
incline-toi devant Moi. Ainsi, uni à Moi en Me mettant comme dessein suprême et
seul refuge, tu M’atteindras certainement.[21]
(9.34)
Ainsi prend fin le neuvième
chapitre intitulé «La Connaissance Suprême et le Grand
Mystère» dans les Upanişad de la Bhagavadgītā, l’écriture
de yoga, touchant la science de l’Absolu dans la forme du dialogue entre
Srīkŗşna et Arjuna.
[1] La sagesse, entre toutes les
sagesses, le secret entre tous les secrets.
[2] Nous tenons à notre disposition les moyens
différents et complémentaires d’obtenir la vérité, dont l’expansion intuitive et
intellectuelle du mental. Ainsi, il nous est loisible d’acquérir la sagesse, la
connaissance, la pénétration du réel et une profonde appréhension de la nature
des choses. Les philosophies religieuses démontrent que Dieu existe, mais que la
connaissance de Dieu est indirecte. Les grands mystiques proclament qu’ils ont
perçu la réalité de Dieu dans les profondeurs de leur âme et que leur
connaissance est directe. Cependant, pour que Dieu vienne produire ces touches
d’union, il nous convient de purifier le mental de toutes les jouissances du
désir et des sens. Le mental, étant donc transformé en Dieu, ne peut plus
recevoir l’impression des formes et des connaissances mondaines. Dans cet état,
toutes les opérations de la mémoire et autres puissances sont divinement
transformées à la réalité du Suprême Absolu. Dieu, en effet, les possède, comme
le Maître absolu, par la suite de la transformation en Lui. Désormais, Dieu nous
meut et nous commande divinement, suivant Son Suprême Être et Sa volonté. Celui
qui s’unit au Suprême Absolu ne fait qu’un avec Lui. Au fait, commençons de voir
le Suprême Absolu comme étant notre propre Moi, par notre mental développé,
purifié à son diapason.
[3] La connaissance suprême est
celle de l’identité de Kŗşna, le Seigneur incarné, avec Brahman, la source de
toute existence. Dans la dernière étape, le Samadhi, luira sur nous (du dedans
au dehors) si, dans la certitude de cette Divine Présence, nous adorons
l’Incarné. Le « Samadhi » dont l’autre nom est
« connaissance », c’est l’oubli de toute activité mentale en rendant
tout d’abord la pensée immuable, puis en identifiant la conscience au Seigneur.
La contemplation directe du Suprême Absolu cosmique est plus difficile. Les
humains sans foi qui refusent d’accepter la Vérité Une, n’obtiennent pas la
libération (Nirvāna), mais reviennent à la
naissance.
[4] Pacifier le sanctuaire du
cœur devrait donc être notre soin principal, notre exercice journalier par la
méditation et les pratiques spirituelles de la Gîtâ, par exemple. La paix
profonde ne peut naître que par l’activité spirituelle intérieure. Quand
arrivera ce qui est parfait, la claire vision, la connaissance du Suprême Absolu
complètera l’œuvre divin en nous. La réalité suprême transcende de très loin les
choses qui sont dans l’espace et le temps, et qui sont
qu’apparences.
[5] En un mot, ne perdez jamais
courage ; ne vous affligez pas quand vous serez dans l’abattement ;
recherchez la paix intérieure, car Dieu s’activera en votre âme lorsque le calme
y régnera. Chaque vertu est par elle-même paisible, douce et forte, et produit
dans l’âme qui la possède : la paix, la douceur et la
force.
[6] Hors de Son action, ils
retournent en Son immobilité et Son silence.
[7] Le Suprême Être, fonctionnant à travers la
Conscience Cosmique, est le Créateur ; et, le même principe absolu
s’exprimant à travers l’individu, âme vivante, mentalement autant
qu’intellectuellement, est le soi individuel, l’ego (samsārin). L’ego est soumis
à la loi de Karma et, en conséquence, contraint malgré lui de prendre naissance
dans la vie cosmique. En autres termes, le Suprême Être, Se multiplie à travers
la nature matérielle, pour provoquer à nouveau la manifestation cosmique. La
nature n’est autre que la manifestation de l’énergie inférieure du Suprême Être.
La loi du « Karma » est incontournable : telle action, telle
réaction. L’Éternel Être n’est motivé ni par l’attachement, ni par l’aversion,
quand Il anime le « Prakŗti » (énergie créatrice) et projette la
multitude des êtres vivants. L’homme ne peut se comprendre que dans la mesure
où, dépassant son corps de constructions tangibles, n’est finalement
définissable dans le Suprême Être. Bien que le Suprême Être dirige la création
et la dissolution comme conscience et guide, Il n’est pas impliqué en elles,
parce qu’Il dépasse la procession des événements cosmiques. Comme la création
est l’œuvre de la nature qui appartient au Suprême Être (Dieu), Il doit être
considéré comme immanent en elle, et aussi sous son aspect pleinement cosmique.
D’innombrables individus naissent, croissent, agissent, souffrent, meurent et
renaissent, mais le Soi universel, le Suprême Être est à jamais libre. L’homme
recueille le fruit de ses actions, et il est lié par ses actes passés, mais le
Suprême Être est à jamais libre. Cette évolution qui commence à l’aurore
cosmique pour être réabsorbé à la nuit cosmique, qui finalement porte tous les
vivants vers une plus grande concentration, et par conséquent vers un psychisme
toujours plus développé. Au verset 10, Kŗşna est représenté
comme le Soi universel qui pénètre le crée et l’incréé, et soutient tous les
êtres, et pourtant les transcende et en même temps n’est pas affecté par eux.
Comment, dans ces conditions le Suprême Être, il y a environ cinq mille ans (le
Dieu Cosmique) s’incarna dans la personne du Seigneur Kŗşna, et trois mille ans
après dans le Christ pour notre adoration et libération. Le Suprême Être est
présent à Sa création, et il l’a maintient, et que les Seigneurs Kŗşna, le
Christ, et autres grands avatars, en s’incarnant, relient à leur tour la
création à son Créateur, le but royal de leur venue ici-bas. Le Suprême Être
considéré comme terme de l’évolution, de la création tout entière du monde et de
l’effort humain, à l’intérieur desquels Il agit depuis les origines sans que Sa
Présence puisse se dévoiler totalement. Nous ne voyons de l’homme que son corps
extérieur et non pas la Divinité en lui. Nous voyons l’apparence extérieure, non
la réalité intime. Et pourtant, ce qui fait et classe l’homme d’aujourd’hui
surtout, c’est d’être devenu capable de voir, non seulement dans l’Espace et
dans le Temps, autant que dans la Durée, ou dans l’Espace-Temps, grâce au mental
spiritualisé de l’homme. Ce qui affecte à ce moment nos vies, c’est que le
mental de l’homme a cessé d’être anti-matière, extra-matière, pour devenir
trans-matière. La spiritualité ne saurait plus à nos yeux s’opérer en
rupture, ni en discordance avec la matière, mais en traversée et émergence de
celle-ci. Ceci a un sens, si nous appliquons l’attachement désintéressé, car
reconnaître le Suprême Être sous son déguisement terrestre exige un effort. Tant
que nous ne tournerons pas notre existence entière vers le Suprême Être, que
nous ne franchirons pas les limites de la Nature phénoménale pour retrouver la
conscience universelle qui nous fait vivre dans la Divine Présence, nous serons
en proie à la fascination des choses finies.
[8] Jugés d’après le critère
éternel et divin.
[9] C’est-à-dire « qu’ils tendent vers la
nature des Asura et des Rakshasa » - une classe
d’élémentaux mauvais ; selon certains, ces hommes participaient « du
caractère des constituants les plus inférieurs de la
nature ».
[10] Nous ne voyons de nos semblables que l’aspect
extérieur et non pas la Divinité en lui. Nous voyons l’apparence extérieure, non
la réalité intérieure. D’ailleurs la Bible dit : « Et l’Éternel dit à
Samuel : Ne prends point garde à son apparence et à la hauteur de sa
taille, car je l’ai rejeté. L’Éternel ne considère pas ce que l’homme
considère ; l’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel
regarde au cœur. (1 Samuel 16.7). Reconnaître le Suprême Être sous son
déguisement terrestre exige un effort. Tant que nous ne tournerons pas notre
être entier vers le Suprême Être, nous serons en proie des choses finies, et
spirituellement aveugles. Tout cela nous prouve combien, dans la voie mystique
et spirituelle, un guide tel que la Gîtâ d’une part, et un gourou (maître
spirituel) sérieux et désintéressé d’autres part sont nécessaires. Si nous
tenons notre nature divine et intérieure éveillée, nous manifesterons notre
vraie conscience de Soi, étant donné que notre nature entière est tournée vers
le Divin, pendant que toute notre vie devient une adoration continue au Suprême
Être. L’opinion d’autrui gouverne la plupart des hommes, et leur jugement se
base sur les idées fausses que leur sens et leur imagination leur présentent. Le
sage, le yogi ou dévot, lui, n’établit son jugement que sur la Vérité Une, qui
demeure en lui, et qui fait qu’il entend tout, qu’il conçoit tout, qu’il pénètre
tout, puisqu’il s’élève au dessus de tout ce qui est, au dessus de
lui-même.
[11] Le sacrifice Védique est interprété comme une
offrande de tout notre être, un don entier de soi au Soi Suprême et Universel.
Ce que nous recevons de Lui nous Lui rendons. La Bible dit : « Je vous
exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un
sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte
raisonnable. » (Romains 12.1) Autrement parlant, quiconque est dévoué à la
dévotion et au service de Kŗşna doit être considéré comme
ayant accompli tous les sacrifices recommandés dans les Védas. La vérité du
Suprême Absolu est Sa sagesse qui commande tout l’ordre cosmique de la création
et du gouvernement de la Nature matérielle. Se consacrer à Lui, le Suprême Être,
et de L’aimer a des conséquences immenses pour notre vie et celle d’autrui.
(Encore ceci à ajouter, le culte des images peut seulement être employé comme
moyen d’approche vers le Divin, et pour nous faciliter l’idée de Sa Divine
Présence. Autrement, les effigies sont sans valeur.) Rien n’est plus propre à
affirmer notre foi et espérance que la conviction profondément gravée dans le
yogi ou dévot, nous tous, que rien n’est impossible au Suprême Absolu, et qu’Il
exauce nos prières, sous quelque forme que nous l’adorons. Durant ma vie
entière, j’ai appliqué ce que j’appelle la « Règle d’Or », qui se lit
dans la seconde partie de la Bible : « Cherchez premièrement le
royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données
par-dessus. » (Matthieu 6.33) Méditez, adorez, contemplez, ainsi vous
demeurez en Sa Présence. Et, l’évangéliste ajoute : « Ne vous
inquiétez donc pas …. », au verset suivant. Le don de soi à Dieu signifie
Lui consacrer toutes ses actions et Lui offrir son mental. De même qu’un filet
d’huile, versé d’un récipient dans un autre, coule sans interruption, de même le
yogi ou dévot déverse toute sa vie en Dieu le Suprême Absolu (Être) ou
simplement « OM » (AUM). Il a une constante dévotion envers Lui sous
la forme OM (AUM) s’il ne peut accepter aucune autre forme.
[12] La vie dans ce monde est une occasion offerte
pour développer la Nature divine de l’âme à travers des instruments
imparfaits.
[13] Le Suprême Être prend sur Lui les fardeaux et
les soucis de ses yogis et dévots. La méditation qui mène à la contemplation
simple, pure, inspirée et parfaite, est une révélation intime, par l’expérience
que Dieu fait de Lui-même, de Sa Bonté car Il est parfait, de Sa Paix et de Son
Amour. Vous ne saurez boire ce divin nectar si vous ne faites des progrès dans
la vertu et le renoncement, et si vous ne vous efforcez de rendre votre âme
ferme dans la paix, dans le silence, dans l’oubli et dans la solitude
intérieure.
[14] Le Seigneur aime d’être aimé par Son dévot. Un
cœur consacré Lui est doux, loin des rituels compliqués, seule offrande qui est
agréable à Dieu, quant à la dispensation de Sa grâce. On devrait manger la
nourriture après l’avoir d’abord offerte à Dieu, « car nous te rendons
grâce pour tous Tes bienfaits Dieu tout-puissant ». A Son tour, le Seigneur
mange la nourriture offerte par ses dévots. Le mental est purifié lorsqu’on se
nourrit de la nourriture d’accueil offerte au Seigneur. Si pauvre que soit
l’offrande, elle est acceptable au Seigneur si elle est faite avec amour et
sincérité. La voie qui mène à l’Éternel Être ne passe pas par les subtilités de
la métaphysique ou des rituels compliqués, mais par le simple don de soi-même
symbolisé dans l’offrande d’une feuille, d’une fleur, d’un fruit ou même de
l’eau. Ce qui est indispensable, c’est l’adoration du cœur. Le sujet a été
traité longuement dans notre « Introduction à la Bhagavad Gîtâ », sous
la rubrique « Prasâda ». La mémoire que nous gardons du Suprême
Être en Sa faveur, et que nous invoquons incite le Seigneur à avoir mémoire de
nous. Il convient à tout dévot de louer le Seigneur en tout lieu et en tout
temps pour rappeler toujours, comme il se doit, le souvenir de Ses
bienfaits.
[15] La course à l’honneur est un
feu qui détruit tout yoga et austérité. La force illusoire de l’énergie divine
cinétique (Māyā) est terrible. Elle trahit tous, y compris les yogis, sauf si
tout se fait pour Dieu seul par le don de soi, et par la consécration de tous
les actes au Suprême Absolu. Les flots des tâches de chaque jour doivent
s’écouler à travers l’adoration de Dieu. L’amour de Dieu n’est pas une évasion
hors des peines de la vie, mais une consécration au service du
Très-Haut.
[16] Plus on est détaché de tout et recueilli en
soi-même, plus on est en état de comprendre sans effort ce qui est très élevé,
car on reçoit alors du ciel le don de l’intelligence. Un cœur pur, simple et
constant dans le bien ne se laisse pas dissiper par la variété des soins, et des
occupations extérieures : parce qu’en toutes choses, il n’envisage que la
gloire du Suprême Être, sans se rechercher soi-même. Un yogi ou dévot vertueux
et fidèle au Seigneur règle d’avance intérieurement les actions extérieures
qu’il doit faire.
[17] Le Seigneur n’a ni ami ni
ennemi, car Il est impartial, et ne damne ou n’élit personne La seule voie pour
gagner Son amour est la foi et l’adoration. Pourquoi différer toujours dans
l’accomplissement des bonnes résolutions ? « Lève-toi et commence dès
maintenant ; dis-toi à toi-même : il est temps d’agir et de combattre,
voici le temps de se corriger. »
[18] Il y a des pécheurs et des
péchés qui sont impardonnables, mais le feu de la repentance sincère brûle tous
les péchés. Le Saint Coran dit : « Et celui qui croit en Allah et
accomplit de bonnes œuvres, il lui effacera ses mauvaises actions et le fera
entrer dans des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux où ils demeurent
éternellement. Voilà l’énorme succès ! (Sourate 64) Chaque saint a un
passé, et chaque pécheur à un avenir. Yogānanda dit : « Un saint est
un pécheur qui ne cède jamais. »
La Bible dit : « Quiconque croit en lui a la vie
éternelle. » (Jean 3.15) Des actes de prières jaculatoires (Japa),
d’austérité, de service et de charité accomplies sans motif intéressé savent
réparés les actes mauvais, ainsi l’obscurité s’évanouit à l’aurore. (MB
3207.57).
[19] La Gîtâ transcende toutes les distinctions de
race, de sexe ou de caste, et met l’accent sur les valeurs spirituelles. Son
évangile d’amour est ouvert à toute l’humanité, inclus les membres de toutes les
castes, aussi bien qu’aux hors-castes. Ce texte exprime l’opinion dominante au
moment de la composition de la Gîtâ, mais aujourd’hui aussi nous pouvons en
tirer une leçon.
[20] Le verset 33, autrement
compris ; même ceux qui, en raison de leurs vies passées, souffrent
d’incapacités diverses et s’adonnent à des poursuites mondaines peuvent
surmonter leurs faiblesses et parvenir au Suprême Absolu. La voie est plus
facile pour ceux des Brahmanes et des sages royaux qui sont spirituellement
favorables.
[21] Dans la méditation directe sur le Soi, le yogi
ou dévot médite sur les grandes maximes qui enseignent la non-dualité comme
« Tu es cela » (Tat Twam Asi) et « Je suis Brahman » (Aham
Brahmasmi). C’est la forme la plus élevée de la méditation. Le mystique, le yogi
ou le dévot doit méditer attentivement sur son propre Soi qui, bien
qu’invisible, est pourtant la seule réalité ; et bien que manifeste dans
l’univers extérieur est pourtant de la nature de la conscience subjective. Le
« Samadhi », c’est l’oubli de toute activité mentale en rendant tout
d’abord la pensée immuable puis en identifiant la conscience au
Brahman.